‹ Traité de la vaccine et de la vaccination humaine et animale [electronic resource]Chapitre 6 sur 23 · Du VACCIN PROPREMENT DIT. — 14. DcS VaCClUS · texte numérisé non relu

Du VACCIN PROPREMENT DIT. — 14. DcS VaCClUS

en général.

13. Le VACCIN est un élément figuré spécifique contenu dans des papules pustuleuses, qu'on voit se développer accidentellement sur divers animaux tels que le cheval, la vache et le mouton. Chez le cheval, les papules se manifestent de préférence sur la muqueuse des lèvres et des nasaux, ainsi qu'à la peau des talons; chez la vache, elles se rencontrent presque exclusivement aux pis et aux trayons. On l'appelle horse-pox chez le premier, cow-pox chez la seconde.

Le vaccin possède des propriétés virulentes actives ; inoculé à l'homme ainsi qu'à la vache ou au cheval, il produit une éruption semblable à celle d'où il provient, et offrant une grande analogie.

pour ne pas dire une identité absolue, avec celle de la variole.

La variole est une maladie qu'on ne contracte, en général, qu'une fois dans la vie. Une première attaque préserve ordinairement d'attaques ultérieures. L'inoculation du vaccin a le même effet : elle préserve de la variole.

Le mot vaccine s'emploie pour désigner la maladie éruptive dont le vaccin est le produit. On s'en sert aussi pour désigner l'opération même par laquelle on inocule le vaccin. Propager la vaccine. Comité de vaccine. Le mot vaccination s'approprie mieux à cette dernière signification.

Les mots vaccine, vaccin s'emploient au figuré : Aux amis de la liberté, Bonaparte montrait, dans le Concordat, une victoire définitive de l'esprit philosophique, une soumission de l'Eglise à l'Etat : « C'est la vaccine de la religion » disait-il à Cabanis (1).

14. Aujourd'hui, le détournant de sa signification étymologique (vacca, vache), on donne le nom de vaccins à des virus atténués par des procédés artificiels, et propres, sous cette dernière forme, à préserver ceux à qui on les inocule de la maladie à laquelle on les a empruntés, sans pouvoir reproduire celle-ci.

Jusqu'aujourd'hui l'on ne connaît que trois exem-

(1) Lanfkay. Histoire de NafoUon, t. Il, j). 201.

ni: VACCIN l'ItOl'IlIiMKNT DIT. -^O

pies do l'atténuation, ainsi comprise, des principes virulents; ils se rapportent au choléra des poules, au charbon et au y^ouget du porc.

" Le virus du choléra des poules (1) est doué d'une puissance telle qu'à la dose la plus infinitésimale il donne lieu infailliblement à des accidents mortels. Il suffit, en effet, pour tuer une volaille, de la piquer avec la pointe d'une aiguille trempée dans le sang d'une volaille malade. Or, c'est ce virus, si énergique à des doses si infiniment petites, que M. Pasteur est parvenu à atténuer, au point d'en faire un préservatif contre ses propres atteintes, et cela simplement par l'exposition de plus en plus prolongée au contact de l'air pur du microbe spécial au choléra des poules développé dans un milieu de culture.

« En soumettant ce liquide à des épreuves d'inoculations successives, M. Pasteur a reconnu que, dans les premiers mois, le microbe conservait toute son énergie ; puis, qu'à mesure qu'on s'éloignait de la date de l'ensemencement, cette énergie décroissait graduellement, et qu'elle finissait par s'éteindre.

« Un grand secret se dévoilait ainsi. Le moyen était découvert d'accommoder l'activité du virus à la résistance vitale, de transformer la maladie mortelle qu'il cause, quand il est dans sa pleine puis-

(1) H. BouLHY. Leçons de pathologie comparée. Le progi-ès en médecine par l'expérimentation. VoL in 8" pp. 672. Paris. Asselin, 1882.

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sance, eu une maladie compatible avec la conservaiion de la vie, et de faire bénéficier l'organisme des effets de cette maladie, en l'investissant de l'immunité qui lui fait suite. C'est effectivement ce que l'expérimentation démontra. Grâce à l'atténuation de l'énergie du microbe dé la virulence du choléra des poules, il devint possible de transmettre cette maladie sous une forme bénigne, et de rendre désormais invulnérables à ses atteintes les animaux qui l'avaient subie, sous cette forme.

" Ce n'est pas tout : les recherches de M. Pasteur sur le microbe du choléra des poules l'ont conduit à la constatation de ce fait, bien inattendu, que le microbe qu'on a destitué de V excès de son énergie par l'exposition au contact de l'air pur du liquide où il a été ensemencé, pouvait faire souche de microbes dans lesquels l'énergie de la virulence se trouve contenue dans les limites mêmes où elle a été réduite, et qu'il est ainsi possible de constituer des races spéciales de microbes, pour aùisi dire assujettis, j'allais presque dire domestiqués, appropriés aux usages de Vhomme, devenu maître de profiter de ce qu'ils ont conservé .de puissance pour en faire un moyen de préservation contre les atteintes de la contagion naturelle dont ces microbes sont les instruments.

w Cette méthode de l'atténuation des virus, inventée par M. Pasteur, a été appliquée au charbon, par M. Toussaint, de Toulouse.

" En soumettant à l'action d'une température de

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55 degrés le sang charbonneux déflbriné, M. Toussaint a réussi à destituer dans une certaine mesure les bactéridies charbonneuses de l'excès de leur énergie et à les tranformer en agents d'une virulence modérée, ne traduisant ses effets que par une fièvre charbonneuse légère, à la suite de laquelle l'immunité estacquise.

- Mêmes résulats ont été obtenus ])ar le mélange du sang charbonneux déflbriné avec de l'acide phénique dans la proportionde 10 pour 100. Mais la formule de l'atténuation de la virulence charbonneuse permettant de mettre à la disposition de la pratique un liquide vaccinal dont on puisse se servir avec confiance dans ses effets et sans crainte de ses effets, M. Toussaint n'a pas encore réussi à la donner. Des chances demeurent pour que, dans les myriades de bactéries affaiblies par le procédé mis en usage pour atténuer leur vitalité, il y en ait qui la récupèrent vite, après leur insertion dans le tissu cellulaire, et que des accidents mortels soient la conséquence de leur réviviscence.

" Il appartenait encore à M. Pasteur de trouver la solution du problème. Celui qu'il avait résolu pour le choléra des poules ne pouvait-il pas l'être également pour le virus charbonneux ; lui aussi ne pouvait-il être transformé en vaccin par une méthode de culture appropriée ?

« Telle est la question dont M. Pasteur a trouvé la solution, avec le concours de ses deux collaborateurs, MM. Chamberland et Roux. Comment?

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Par un procédé qui n'est autre, à quelques égards, que celui qui a été employé pour la culture atténuante du microbe du choléra des poules, car le mode de reproduction de la bactérie charbonneuse, différant de celui de ce microbe, nécessitait l'application de moyens différents pour arriver aux mêmes résultats.

" Le microbe du choléra des poules ne se reproduit pas par des spores dans le liquide de culture, ce ne sont que cellules ou articles, toujours prêts à se multiplier par scission : les parties détachées de leurs branches continuent à se reproduire sous la forme de cellules, sans que des spores se montrent jamais.

« La bactérie charbonneuse se comporte bien différemment dans les liquides de culture. Les filaments, après vingt-quatre ou quarante-huit heures, se transforment, notamment ceux qui ont le libre contact de l'air, en corpuscules ovoïdes, réfringents, qui, comme l'œuf des organismes supérieurs, renferment en eux le devenir de l'espèce ; c'est de ces œufs ou de ces spores que doivent naître les bactéridies futures et que doivent procéder tous les effets morbides qu'elles sont susceptibles d'engendrer dans les organismes qui leur serviront d'habitat. Or, l'air atmosphérique est sans action sur ces germes, le temps ne fait rien sur eux ; ce n'est donc pas en lui qu'on trouvera les mêmes effets atténuants pour le virus charbonneux que pour le virus du choléra des poules.

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« Mais il n'en est pas de même des bactéridies proprement dites, maintenues à l'état filamenteux où sa reproduction ne s'opère que par scission ; or, on arrive à ce résultat en soumettant la bactéridie, agent de la virulence, à l'action de l'oxygène, quand elle n'est encore qu'à l'état de mycélium, et à prévenir en elle la formation des spores ; en d'autres termes, en empêchant le développement de ses organes reproducteurs essentiels.

" Par quels artifices ? Voici :

« Les bactéridies ne se cultivent pas au-dessous de 16 degrés. A cette température, elles ne peuvent pas arriver à leur développement complet ; elles ne forment pas de spores.

« L'influence des températures les plus élevées compatibles avec leur culture produit le même résultat. A 45°, la bactéridie ne se cultive plus dans le bouillon de poule, tandis que la culture y est rapide et abondante de 42° à -13°, mais les spores ne s'y forment pis. Voilà donc trouvé le moyen de produire des bactéridies privées de germes ; il suffit de les maintenir au contact de l'air pur à la température de 42 à 43 degrés.

« Que se produit-il dans ces conditions ? Cesbactéridies, qui ne peuvent se reproduire que par scission, perdent leur vitalité au bout d'un mois environ. Quand on les ensemence, ce temps écoulé, dans le liquide qui lejr convient, le bouillon de poule par exemple, leur stérilité est complète ; mais, en-deçà de cette limite de temps, leur reproduction s'opère avec facilité.

« Quant à leur virulence, elle ne persiste pas, sous la température de 42° à 43°, au-delà de huit jours. Quoique la bactéridie soit encore vivante et apte à se reproduire pendant un mois dans un liquide de culture, sous la forme de mycélium, elle a perdu, après huit jours, ses facultés de pullulation dans l'organisme des animaux qui sont le plus susceptibles de ses effets, le cobaye, le lapin et le mouton.

« Il est donc possible, par un simple artifice de culture, non-seulement d'atténuer la virulence charbonneuse, mais aussi de la supprimer, en apparence tout au moins.

« Ainsi, comme le microbe du choléra des poules, le microbe du charbon périt au contact de l'air, mais dans un temps plus rapide, en passant, comme lui, par les degrés divers d'atténuation. Et, chose bien remarquable ! cette atténuation obtenue parl'artifice de la culture en liquide chaud, il est possible de la fixer, pour ainsi dire, dans les générations bactéridiennes à naître et d'en faire un caractère de race. Que si, en effet, on remet la bactéridie atténuée dans un liquide de culture moins chaud, elle redevient apte à produire des spores, mais celles-ci n'ont exactement que le degré de virulence de la bactéridie mère.

« La question de l'atténuation des virus ainsi résolue, reste la question de leur réviviscence, autrement dit de leur retour à leur énergie primitive. En d'autres termes, quand la bactéridie char-

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bonneuse a été privée de toute virulence pour le cobaye, le lapin et le mouton, peut-on lui rendre son activité vis-à-vis de ces espèces? De même pour le microbe du choléra des poules, destitué de sa virulence à l'égard des poules. Est-il possible de la lui restituer ?

« Oui, dit M. Pasteur, mais à la condition de recourir, pour ranimei- leur énergie, à des cultures successives dans des milieux organiques constituant, suivant les âges ou suivant les espèces, des milieux appropriés.

« Ainsi la bactéridie rendue inotfensive pour les cobayes d'un certain âge, d'un an à une semaine par exemple et moins encore, tue infailliblement ceux qui viennent de naître. Si l'on passe alors d'un premier cobaye d'un jour à un autre, d'un jour également, par inoculation du sang du premier au deuxième, de celui-ci à un troisième et ainsi de suite, on renforce progressivement la virulence de la bactéridie, c'est-à-dire qu'elle récupère peu à peu sa faculté de pullulation dans les milieux organiques, faculté qu'elle avait en grande partie perdue, sous l'influence du mode de culture auquel elle avait été soumise en dehors de l'organisme.

« Pour le microbe du choléra des poules, on lui restitue la virulence qu'on lui a fait perdre, en le faisant passer par l'organisme de petits oiseaux, serins, canaris, moineaux, toutes espèces qu'il tue de prime-saut, même lorsqu'il est affaibli. On arrive à lui rendre ainsi ses vertus premières. En le faisant

revenir de son état d'inertie à celui d'extrême énergie, qu'il finit par récupérer, il passe successivement par tous les degrés de la virulence vaccinale, comme il avait fait en suivant la courbe descendante de l'atténuation.

« Cela est vrai du microbe du choléra des poules et de celui du charbon.

« M. Pasteur a donc démontré, d'une part que la virulence peut être atténuée et éteinte, de l'autre que la virulence près de s'éteindre est susceptible d'une réviviscence dans des conditions qu'il a déterminées expérimentalement pour deux des maladies les plus virulentes : le choléra des volailles et le charbon.

« Ces faits jettent leur clarté sur la réapparition des épidémies après leur extinction. N'est-il pas admissible, en effet, qu'un virus affaibli, éteint en apparence, trouve les conditions de sa réviviscence dans des milieux organiques devenus favorables à sa culture sous certaines influences ? Par exemple, la peste. Il est admissible que, lorsqu'elle s'est éteinte dans un pays où elle a sévi, son virus, microbe encore inconnu, n'a pas disparu, mais qu'il demeure dans un état d'atténuation, prêt à reprendre sa force dès qu'il rencontrera des conditions favorables, telles notamment que la misère physiologique des habitants, déterminée par les privations de toutes sortes. En pareil cas, une maladie qui paraît spontanée, qui est réputée telle, trouve son interprétation étiologique dans la réviviscence

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