‹ Traité de la vaccine et de la vaccination humaine et animale [electronic resource]Chapitre 7 sur 23 · DU VACCIN PROPREMENT DIT · texte numérisé non relu

DU VACCIN PROPREMENT DIT

d'un virus atténué un certain temps, au point d'être demeure inoffensif, comme les virus du charbon et du choléra des volailles, lorsqu'il ont été soumis à l'action atténuante de l'air dans des conditions déterminées.

« Ainsi se trouverait donnée l'interprétation de ce qu'à tort on appelle spontanéité. Une maladie contagieuse spontanée ne serait, d'après cette manière de voir, que l'expression de la manifestation d'un virus atténué, qui aurait rencontré des milieux organiques favorables à sa réviviscence.

« M. Pasteur va plus loin dans ses déductions : il se demande si, parmi ces microbes au milieu desquels nous vivons, et qui restent inoffensifs pour l'homme et pour les animaux dont il est entouré, il ne s'en trouve pas qui ont en eux une virulence latente, encore inconnue, mais qui peut se manifester un jour, si ce microbe vient à pénétrer dans une des mille et mille espèces de la création. Ne se pourrait-il pas, alors, que sa virulence, renforcée par des passages successifs dans les représentants de cette espèce, devint capable de s'attaquer soit à l'homme, soit à tel ou tel animal de grande taille ? Ne serait-ce pas de cette manière qu'auraient apparu, à travers les âges, la variole, la syphilis, la peste, la fièvre jaune, le typhus, etc. ? »

Si, nous reportant à ce qui précède, nous examinons, au même point de vue, l'immunité procurée par la vaccin contre la variole, une question se présente tout d'abord : la vaccine, qui donne

cette immunité, est-elle une maladie dérivant d'un virus propre, ou n'est-elle pas, simplement, représentée par une race microbienne descendant en droite ligne de la variole, dont elle ne serait qu'une atténuation?

Question grave que nous nous réservons d'examiner dans le chapitre qui va suivre.

Des origines de la vaccine. — 15. Opinion de Jenner. — 16. Qii est-ce que le Grease? — 17. Du Grease coyistitutionnel. — 18. Horse-pox naturel. — 19. Horse-poo) artificiel produit par inocidation. — 20. Observations delà Commission lyonnaise. — 21. Horse-pox artificiel produit jpar voie d absorption générale. — 22. Cow-pox naturel. — 23. Cow-pox artificiel. — 24. Propositions g éyiérales sur le contage variolique. — 25 Opinion de M. Depaid. — 26. Opinion de M. Bousquet. — 27. Expériences de la Commission lyonnaise. — 28. Opinion de Vauteur sur la question d'identité posée par M. Depaul dans ces termes ; « Il n'y a pas de virus vaccin. Le vaccin n'est pas autre chose que la variole modifiée, atténuée dans son passage à travers l'organisme du cheval ou de la vache. » — 29-30. L'auteur se rallie à cette opinion.

15. Depuis près d'un siècle, la question de savoir si le vaccin qu'on emploie pour se préserver de la

variole provient originellement de la vache ou-du cheval fait l'objet des discussions les plus suivies dans le monde médical.

Quand Jenner eut établi qu'un certain nombre de personnes qui étaient occupées à soigner et à traire les vaches se montraient réfractaires au virus varioleux qu'il leur inoculait, il reconnut qu'elles devaient cette immunité à ce qu'elles avaient contracté précédemment, sans doute par des plaies qu'elles devaient avoir aux mains, une maladie pustuleuse qu'elles rencontraient sur le pis de ces animaux. Jenner fut conduit à admettre que ceuxci avaient eux-mêmes pris la maladie des chevaux avec lesquels ils avaient été directement ou indirectement en rapport, « Il y a, dit-il, une affection à laquelle le cheval est fréquemment sujet par suite de sa domesticité. Les maréchaux l'ont appelée the grease : c'est une inflammation et un gonflement dans le talon ; il s'en écoule une matière qui possède des propriétés d'une espèce toute particulière, car elle semble capable d'engendrer, dans le corps humain, une maladie qui a une si forte ressemblance avec le small-poso (petite vérole) que je considère comme très-probable qu'elle doit être la source de cette dernière. Mais il faut auparavant que cette matière ait subi une modification. Dans cette contrée laitière, il y a un grand nombre de vaches, et le soin de les traire est confié indistinctement à des hommes et à des servantes. Il peut arriver que l'un de ceux-là, après avoir

pansé les talons d'un cheval affecté de grease, n'ait pas pris le soin de se laver les mains, et se soit mis à traire les vaches, sur les mamelles desquelles ses doigts ont déposé quelque^s particules de la matière infectieuse qui y était restée adhérente. Lorsqu'il en est ainsi, une maladie est communiquée aux vaches, aux filles de service, laquelle se propage dans toute la ferme, à tel point que le troupeau tout entier et tous les domestiques en ressentent les conséquences. »

Ce passage dit explicitement que Jenner admettait comme origine du vaccin « une maladie du » talon du cheval qui, transmise à la vache par les » souillures versées sur les mains des hommes » ayant pansé les chevaux malades, se transforme » en cow-pox. Et après avoir appelé cette maladie the Grease, il lui a donné, plus tard, le nom de Sore heeVs, mal, ulcères des talons, (1) qu'il lui conservera désormais.

Jenner croyait donc que la source du cow-pox est une matière morbide particulière, se développant sur le cheval et sur lui seulement. « Je suis " bien convaincu, écrit-il, que cette maladie ne se « développe jamais sur les vaches, à moins qu'elles

n'aient été traitées par quelqu'un qui soignait, « en même temps, un cheval affecté de sore heel's,

(1) Voir, pour plus de détails, l'art. HoRSR-pnx, duJVotiveau dictionnaire pratique de médecine, de chirurgie et d'hygiène vétérinaires, par l'Oî.LKY et Riîynal. Paris. P. Asselin, t. IX, octobre 1881, qui nous a beaucoup servi pour la rédaction de ce chapitre.

y OU que cette maladie (le cow-pox) n'eût été comr> muniquéeàun troupeau par une vache déjàinfec- '» téo ou par un domestique qui en était atteint lui- » même. « (1)

16, Qu'est-ce donc que le Gréas e ?

C'est la maladie que les vétérinaires français appellent les eaux aux jambes, les allemands MAUKE, les italiens garpe. " Particulière aux solipèdes, elle affecte la peau du dessus du genou et du jarret, celle des parties inférieures des membres, principalement autour de* la couronne, du paturon et du boulet, et s'étend sur la région de s canons ; la maladie est plus fréquente aux membres postérieurs qu'aux membres antérieurs. (2)

« Le premier symptôme que l'on observe sur le membre ou sur les membres qui vont devenir le siège de cette maladie, c'est un engorgement commençant d'habitude dans le pli du paturon ou à la face postérieure du boulet, et qui remonte quelquefois jusqu'au milieu du canon. Cet engorgement se manifeste souvent huit, dix et même quinze jours avant l'apparition des autres symptômes ; il diminue beaucoup pendant le repos et revient pen-

(1) Ed. Jenner, An Inquiry into the causes and effects ofthe Varioles vaccinœ, a disease discovered in some of the Wesiem counties of England, particularly G-loucestershire, and knotvn by the name ofCom-pox. London, 1798, in 4°, with plates.

(2) L. H. J. HURTREL d'Arboval. Dictionnaire de médecine, de chirurgie et d'hygiène vétérinaires, édition revue et augmentée par M. ZuNDEL. Art. Eaux aux jambes.

daiit la marche. Souvent la partie engorgée est chaude et douloureuse ; à la pression de la main, l'animal témoigne une vive sensibilité ; il relève brusquement le membre en le portant dans l'adduction ; il s'y manifeste souvent aussi une vive sensation de prurit, qui porte les animaux à se frotter, soit contre les objets qui les entourent, soit avec le membre opposé.

« Ces symptômes d'une vive inflammation ne se remarquent pas d'une manière constante ; très souvent la maladie débute sous la forme chronique.

« Les poils qui recouvrent la région engorgée ont perdu leur direction normale ; au lieu d'être imbriqués les uns sur les autres, ils sont hérissés, fortement piqués et s'élèvent perpendiculairement à la surface du tissu cutané. Ils sont humectés par un liquide séreux, peu odorant dès le début, plus ou moins abondant, qui les rend humides à leurs extrémités et qui les baigne incessamment à leur base; quelquefois l'humeur est tellement abondante qu'elle s'écoule par gouttelettes sur le sabot et sur le sol. C'est à cette période du mal qu'on a quelquefois signalé des vésicules remplies de sérosité ; cependant, il parait que ces vésicules n'appartiennent pas aux eaux aux jambes proprement dites.

« A mesure que le mal se continue, l'engorgement va en augmentant ; le volume du membre est quelquefois double de ce qu'il était à l'état normal. L'engorgemont peut monter, dans certains cas,

jusqu'au jarret ou jusqu'au genou ; il remonte rarement au-dessus ; le plus souvent, il reste limité vers le milieu des canons. Le liquide sécrété n'a plus sa transparence et sa limpidité primitives ; il est dèvenu plus consistant, est grisâtre et a surtout pris une odeur fétide, repoussante, de matière en putréfaction. Il ne coule plus en gouttelettes sur le sol, mais il adhère aux poils, qu'il colle ensemble et maintient raides comme les bouquets d'une brosse, grâce au vernis qui leur sert d'enduit ; cette matière sanieuse irrite en outre le tégument, qui est fortement excorié. La peau, distendue sous l'influence de l'engorgement, se crevasse facilement, se couvre de gerçures, d'ulcères superficiels, que le liquide sécrété transforme en des plaies bourgeoi;neuses facilement saignantes.

» Puis surviennent les phénomènes morbides ci-après : douleur locale profonde engageant l'animal à avoir le membre levé, quand il est au repos ; boîterie très accusée ; altération de la peau de la région digitale, surtout sur le derrière du pâturon et du boulet, d'où le poil est alors tombé et où l'épiderme est détruit ; développement de tubérosités du volume d'abord d'un grain de groseille, augmentant progressivement et constituant des végétations ou excroissances charnues mamelonnées, molles, rouges, pédonculées, qu'on a désignées sous le nom de fies, de grai:)iMs ou de verrues ; quelquefois isolées, plus souvent agminées sur des places très étendues, macérant en quelque sorte dans un

l)i:S ORIGINES UK LA V.VCCINH

liquide infect, purulent, gris-verdâtre , • sanieux, acre, irritant, d'une fétidité insupportable. Les sillons qui séparent les excroissances sont remplis d'une matière gélatineuse, fétide, et garnis de quelques pinceaux de poils implantés perpendiculairement à la peau. Quelquefois, cette sécrétion ichoreuse cesse et est remplacée par une sécheresse extraordinaire de la peau, pouvant aller jusqu'à la gangrène ; de véritables escarres se forment, qui, en tombant, donnent naissance à une plaie ulcéreuse, réfractaire à toute cicatrisation, sur les bords de laquelle se forment de nouvelles excroissances tubéreuses. (1)

Dans cette forme sèche, les grappes sont plus fermes, plus résistantes, leur texture est plus serrée ; elles sont moins saignantes ; parfois elles se recouvrent d'une couche épidermique rugueuse qui, tantôt tombe en écailles furfuracées, et tantôt prend l'aspect de la cornée. Dans ces conditions, les membres sont très-engorgés et très-raides ; un moment arrive même, parfois, où les eaux aux jambes gagnent en surface et en profondeur, où il survient des complications fâcheuses qui, alors, ou bien aggravent la situation, rendent le travail impossible, ou bien amènent la mort.

« La maladie est généralement lente ; quelquefois on la voit cesser à un pied pour reparaître à un

(1) On ne confondra pas ces altérations avec celles de la phymatose, où le bourgeonnement offre un autre caractère et un bien autre développement.

autre; elle disparaît parfois au moment de la belle saison, pendant les temps secs, pour reparaître aux jours d'automne, durant une température humide.

y> La contagion est possible pour les eaux aux jambes proprement dites, ainsi que le rapportent Plasse et Mégnin ; la nature parasitaire de la maladie explique suffisamment ce mode de communication (i). y>

Si l'on en excepte les vésicules remplies de sérosité qu'on voit apparaître ^ ar/ow dans le cours de la maladie, et qui, de l'aveu des auteurs, paraissent ne pas y appartenir mais en être seulement un accident, rien, dans la description qu'on vient de lire, ne ressemble, de près ni de loin, à l'éruption variolique ou vaccinale qui se développe, naturellement ou artificiellement, chez l'homme, le cheval ou la vache. La maladie ressemble bien plutôt à un phlegmon diffus. Isolée et dépourvue de la complication des « vésicules remplies de sérosité », c'est celle que, dans un écrit datant de 1802 {Account of some experiments on the origine of the Cowpox, from Loy) et qui a passé longtemps ina-

(1) Bibliographie — Euzard père. Essai sur les eaux aux jambes. Paris, n84. — Vial de Saint-Bel, Eléments of the Veterinary. Londres, 1797. — Barthélémy aîné. Cours complet d'agriculture. Paris, 1805. — Girard. Traité du pied, 1813. — Vatel. Éléments de pathologie. Paris, 1828. — Plasse. Mémoire sur le crapaud. Niort. 1845. — Verheyen. Vaccine primitive. Bruxelles, 1846. — Sleinbrenner. Tvsiité de la vaccine. Paris, 1846. — Hering. Pathologie. Stuttgard, 1849. — Spinola. Pathologie. Berlin, 1838. — Raynal. Nouv. dict. prat. Paris, 1859. — Mégnin. Du crapaud. Paria, 1862.

perçu, Loy appelait grease local pour le distinguer du grease constitutionnel 0).

Ainsi, les eaux aux jambes sont une affection à marche lente, cessant à un pied pour reparaître à l'autre, disparaissant parfois au moment de la belle saison, pour reparaître en automne, toutes circonstances propres à éloigner une assimilation avec les maladies vaccinogènes, dont la caractéristique est de se restreindre à un cycle de 12 à 15 jours, après quoi l'immunité contre de nouvelles atteintes est acquise pour un temps relativement assez long. La matière sécrétée inoculée à d'autres animaux peut, nous l'avons dit, vu sa nature parasitaire qui n'est pas douteuse, donner lieu à une maladie semblable à elle-même. Jamais, dans son état de simplicité, elle ne peut donner naissance à des pustules vaccinales.

Mais, de ce qu'un cheval est atteint des eaux aux jambes, il ne s'en suit pas qu'il soit inaccessible à la variole propre aux solipèdes. Au contraire, les plaies dont il est atteint peuvent être une porte d'entrée ouverte au virus, qui peut y être déposé de toutes pièces, accidentellement ou volontairement. Ce sont des animaux ainsi contaminés, dont

(1) Le petit ouvrage de Loy, 29 pages in-S", bien qu'ayant été traduit en 1802, par De Cairo, dans la Bibliothèque britannique ^ t. XXI, p 377, n'a été connu en France qu'après que M. Bouvier ^ dans un discours tenu à l'Académie de naédecine de Paris, dans la séance du 2 février 1861, et inspiré des conseils d'Auzias Turenne, l'eut exhumé et révélé. Il donne de la question une solution cherchée ensuite pendant plus de cinquante ans.

le grease local est compliqué des vésicules spéciales doat il a été parlé plus haut, qui ont fait croire, pendant longtemps, que les eaux aux jambes produisaient elles-mêmes et charriaient les principes yaccinogènes. Il n'y a pas de plus grande hérésie en pathologie.

Étant donné que le cheval est un animal vaccinogène, ce que personne ne contestera plus aujourd'hui, ce n'est donc pas la maladie dite eaux aux jambes qui est le facteur réel de cette propriété.

Le cheval est susceptible d'une affection générale ayant avec la variole de l'homme de nombreux points de rapprochement. C'est celle que Loy avait appelée grease constitutionnel et que M. Bouley a, plus récemment, nommée Horse-pox. Nous en donnerons un historique détaillé (i).

« Au printemps de 1860, éclata tout à' coup à Rieumes , non loin de Toulouse , une épizootie parmi les chevaux ; en moins de trois semaines, on comptait plus de cent malades. La petite vérole régnait en même temps dans les environs.

y> La maladie débutait par un état général marqué par une fièvre peu forte, mais qui se soutenait jusqu'à l'apparition des symptômes locaux : le principal de ces symptômes consistait dans un engorgement des jarrets, chaud, rouge, douloureux,

(1) Be Vorigine de la vaccine chez le cheval, rapport sur un mé moire de M. Laforgue, de Toulouse, relatif à des cas de transmission des eaux aux jambes du cheval à l'homme et à la vache, tous forme de cow-pox, par Bousquet ; Acad. de méd. de Paris. Séance du 2T mai 1862 (voy. aussi : Ga%. méd. de Paris, 1862, p. 335).

se composant lui-même d'une foule cle petites pustules pressées les unes contre les autres. Cette période, la première, durait de 3 à 5 jours.

r> La seconde période durait de 8 à 10 jours : elle s'annonçait par un écoulement purulent au pli du paturon ; à mesure que le pus coulait, l'engorgement se dissipait et la boiterie diminuait. Puis les pustules se desséchaient, et, dès le quinzième jour, les croûtes commençaient à tomber avec des faisceaux de poils hérissés, laissant après elles des cicatrices plus ou moins marquées, suivant l'aflluence de l'éruption. Cette troisième période ne durait guère que de 5 à 6 jours.

» Toutes les pustules ne se bornaient pas aux pâturons ; il en venait par-ci par-là sur les différentes parties du corps, aux fesses, aux narines, à la vulve, aux lèvres, etc.

» Au nombre des malades de cette épizootie se trouvait une jument, la jument de M. Corail ; c'est elle qui a fourni la matière de l'inoculation et dont il faut maintenant parler.

r> Pendant un voyage qu'elle fit de Rieumes à Toulouse, cette bête, plus nonchalante que de coutume, semblait souffrir des reins; le lendemain, elle commença de boiter, et, presque en même temps, les membres postérieurs s'engorgèrent, surtout ceux du côté droit. Huit jours après, elle parut triste ; peu d'appétit, boiterie des deux membres postérieurs, quoique plus accusée d'un côté que de l'autre ; gêne dans la flexion des boulets ; gonfle-

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ment chaud, douloureux, borné au boulet de

gaucho, étendu à droite jusqu'au milieu du canon.

» Sur ce gonflement s'élevaient çà et là des faisceaux de poils hérissés, et, sous ces poils, quelque chose comme des pustules, d'où s'écoulaitjune matière liquide à odeur ammoniacale, moins fétide que la sécrétion des eaux aux jambes.

» Le 29 avril, on tond les parties affectées, et l'on enlève en même temps des plaques épidermiques couvertes de poils hérissés, lesquels mettent à nu des ulcérations nombreuses, les unes en relief, les autres déprimées, la plupart circulaires, du diamètre d'une forte lentille ou d'une pièce de 50 centimes, d'où s'exhale une matière séro-purulente comme gommeuse.

» Le 30 avril, on aperçoit, pour la première fois, à la lèvre supérieure et inférieure du côté droit, des pustules d'autant plus distinctes et plus visibles que les poils sont plus courts dans cet endroit : plates, rondes, à bord saillant, moins larges qu'un centimètre, écaillées par le^frottement, déprimées au centre elles sont couvertes d'une croûte ferme, sèche, fortement adhérente. L'éruption, qu'on croyait bornée aux membres, s'étendait jusqu'à la muqueuse des lèvres et à la pituitaire.

» Le 4 mai, plus de fièvre, plus de boiterie, engorgement sensiblement diminué. Le 15, tout est rentré dans l'ordre. »

Voilà pour le développement des symptômes. Voyons maintenant ce qui advint de l'inoculation

dont cet animal fut le point de départ. C'est l'objet principal de cette observation.

Le 25 avriiy c'est-à-dire huit jours après l'invasion de l'éruption, M. Lafosse prit avec la lancette la matière d'une pustule et l'inocula publiquement à une jeune vache, par une piqûre à chaque trayon. Le 30, les piqûres commencent à rougir. Le 3 mai, il y a aux trayons cinq pustules plates, larges, fermes, rondes, creusées d'un ombilic. Ce sont, à n'en pas douter, des boutons de cow-pox. — Le 4 mai, en présence d'un commission, nouvelle inoculation de ce dernier à une autre vache. Succès complet. — Le 11, le virus est reporté à un cheval qu'on inocule au museau ; il naît de cette inoculation plusieurs pustules, qui servent à vacciner un enfant, auquel il donne six magnifiques pustules.

A l'aspect de ces pustules, il était impossible d'en méconnaître la nature. Tous les sujets sur lesquels le produit en fut reporté, vaccinés peu de temps après avec le vaccin en usage, y furent réfractaires, comme ils l'eussent certainement été à la variole.

L'épreuve était complète.

Ce fait ne devait pas rester isolé :

En 1863, « par la plus singuhère et la plus heureuse des chances, la maladie équine génératrice du cow-pox, dit M. H. Bouley (1), s'est montrée à

(1) Leçons de pathologie comparée. Le progrès en médecine par l'expérimentation. Un vol. in-8o pp. 672. Paris, Asselin et Cie, 1882. (p. llo.)

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Alfort, pendant quelques mois, sous toutes les formes variées qu'elle est susceptible de revêtir. Tantôt localisée dans la partie déclive des membres et représentant la forme spéciale décrite par Jenner sous le nom de Sore-heeVs, en remplacement du mot Grease, sous lequel les maréchauxferrants la désignaient ; tantôt occupant une surface plus étendue des régions inférieures, et imitant, à s'y méprendre, les eaux aux jambes véritables, par la forme de l'engorgement, l'abondance du liquide séreux que laissait suinter la peau enflammée, et la multitude de petites tumeurs confluentes que représentaient les pustules de l'éruption ; tantôt encore, coïncidant avec les lésions désignées sous le nom de Javart; tantôt, enfin, avec tous les caractères de la forme sous laquelle elle était apparue à M. Lafosse : pustules disséminées sur tout le corps, concentrées dans la région inférieure des membres et à la partie déclive de la tête ; ou bien limitée à la partie supérieure d'un membre ; ou bien concentrée dans les cavités nasales et autour des narines, avec accompagnement d'angeioleucite, et simulant alors la morve et le farcin, j usqu'à donner lieu aux plus complètes méprises ; ou bien encore, concentrée sur la muqueuse buccale et ayant simplement l'apparence d'une stomatite aphtheuse, dont les caractères anatomiques n'avaient rien qui fût déterminatif de la nature de la maladie qu'ils spécifiaient.

« Si j'ai pu en connaître laspécificité, ajoutenotre

autour, c'est grâce au parti que j'avais pris d'interroger par l'inoculation toutes les maladies du cheval do forme éruptive que les hasards de la clinique feraient passer sous mes yeux.

« Ce n'est pas tout: un élève, il s'appelait Amyot, blcbsé à un doigt, pansant un cheval qui avait subi l'extirpation d'un cartilage du pied ayant produit une surface traumatique qui avait été la voie par laquelle s'était effectuée linoculation greanenne, et d'où suintait un liquide abondant, fut pris des accidents ci-après: la plaie qu'il avait au doigt se tuméfia et devint douloureuse, le lendemain du jour de l'inoculation. Le surlendemain, survinrent des symptômes de malaise et de faiblesse. Dans les jours suivants, des pustules se montrèrent successive ;nent sur les doigts de la main gauche et au front, au niveau de la racine du nez, entre les deux sourcils. Ces pustules, bien développées, d'une teinte rouge nuancée de bleu à leur base, étaient surmontées d'une cloche épidermique trèsgrosse, d'où s'écoula en abondance un liquide d'une très-grande limpidité.

« Les pustules de la face dorsale des doigts furent très-douloureuses et- donnèrent lieu à un mouvement fébrile intense, qui ne dura pas moins de quinze jours, à des lymphatiques avec tuméfaction douloureuse des ganglions de l'aisselle. Il en fut de même pour les ganglions du cou, en arrière des mâchoires, effet du retentissement de l'éruption frontale.

« Cette maladie d'Amyot, c'était bien l i vaccine, qui s'était manifestée, chez lui, avec les caractères d'intensité qu'elle revêt souvent lorsqu'elle est transmise directement du cheval à l'iiomme. La preuve de la nature vaccinale a été donnée par les belles pustules de cow-pox dont elle a déterminé le développement chez un jeune taureau à qui elle avait été inoculée sur la région scrotale ; pustules qui, inoculées elles- mêmes à un enfant, donnèrent lieu, chez lui, à une éruption vaccinale de la plus belle apparence. »

Rien ne s'opposait plus désormais à ce que le horse-pox, que M. H. Bouley avait, si heureusement, revêtu de son vrai nom, prît place définitivement dans les cadres nosologiques. L'article HoRSE-pox du dictionnaire de MM. Bouley et R' ynal (t. IX, 1871 j lui donna ses lettres de grande naturalisation.

Pour ces auteurs, le horse-pox, ou grease constitutionnel de Loy, est une maladie éruptive, vésiculo-pustuleuse, dont les éruptions caractéristiques peuvent avoir leur siège sur la peau et sur les membranes muqueuses buccale et nasale, par exception seulement sur la conjonctive.

L'éruption peut apparaître sur la peau de tout le corps, mais son siège de prédilection est la partie inférieure des membres et de la tête, où elle est souvent confluente. Avec l'éruption cutanée, coïncide assez communément celle de !a membrane muqueuse buccale, qui, dans quelques cas exceptionnels, se

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montre isolément. L'éruption nasale, quand elle existe, est presque toujours accompagnée d'une éruption de même nature au pourtour des nar nés et aux lèvres. Un léger mouvement fébrile, le plus souvent inaperçu, précède de trois à quatre jours l'apparition des éruptions.

La confluence de l'éruption à la paitie inférieure des jambes est parfois accompagnée de symptômes tels, turgescence, inflammation, ulcération et sécrétion, que la confusion avec les eaux aux jambes en est devenue possible. De là l'idée, qui a régné si longtemps, de la propriété vaccinogène du grease.

18. HoRSE-POX NATUREL. — Nous en empruntons la description au Dictionnaire de Hurtrel d'Arboval, revue par Zundel, (Art. Variole, p. 776. Paris 1877).

« Il y a toujours chez le cheval une période d'invasion bien marquée, caractérisée* par une fièvre plus ou moins intense, par de l'inappétence, de la tristesse, de l'abattement. Comme dans toutes les fièvres éruptives, ces symptômes généraux disparaissent au moment où se manifestent les symptômes locaux. Souvent dès les premiers jours, on constate un engorgement des membres ; le boulet est chaud, sensible ; s'il y a des balzanes, pn constate de la rougeur ; souvent les animaux boitent, marchent avec raideur, parfois ils ménagent méiLC le membre malade à l'écurie. La durée de cette période d'invasion peut être de trois à

cinq jours, pour céder la place à celle d'éruption.

« Celle-ci est parfois générale et s'étend alors de la tête à la croupe et des pieds au ventre. C'est autour des ouvertures naturelles, autour de la bouche ou du nez, sur les lèvres et sur les narines, sur les muqueuses buccale, nasale, conjonctivale, dans les régions où les poils sont rares, et enfin vers les pieds, au boulet ou au pâturon, que les pustules se montrent et peuvent même être assez nombreuses pour confluer, — Les pustules revêtent des caractères un peu différents, selon qu'on les examine sur la peau ou sur les muqueuses ; dans ce dernier cas, elles diffèrent encore sur la pituitaire, où elles peuvent suivre régulièrement toute leur évolution, et sur la muqueuse buccale, où elles se trouvent détruites par le contact des aliments. Nous allons d'abord les examiner sur la peau: au début, quand on passe la main sur le corps du cheval, on perçoit des papules de la grosseur d'une lentille et donnant la sensation de corps durs enchâtonnés sous l'épiderme. Ces papules, au bout de deux à trois jours, se montrent de la grosseur d'un pois, même plus grandes, par l'accumulation de sérosité qui s'y fait ; elles sont plus saillantes, avec les rebords bien délimités et ont un ombilic au centre. Au bout de sept à huit jours, la pustule, arrivée à sa complète maturité, est remplie de sérosité ; le cloisonnement du sommet de la pustule n'est pas toujours aussi net dans la variole équine que dans celle vaccine, et souvent

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il y a ce que nous avons appelé chez la béte bovine des varioles bulleuses ou aqueuses. Les pustules, qui restent pour ainsi dire vésicules, s'ouvrent facilement, avant que le contenu soit devenu purulent, surtout si elles se développent dans une région où les poils sont nombreux ; alors ceux-ci sont hérissés par petits paquets et se relèvent bientôt si l'on cherche à les mettre dans leur direction normale ; en passant la main dans cette région, elle est mouillée par la sérosité qui suinte le long de ces poils. Pour les pustules qui s'ouvrent comme pour celles qui se dessèchent par épaississement du contenu, il se forme une croûte qui adhère à la base des poils et en réunit quelques-uns. Ces paquets de poils tombent avec les croûtes, au bout d'un temps plus ou moins long (du quinzième au vingtième jour), laissant à nu une petite surface arrondie, d'un rouge violacé, sensible au toucher, où cependant les poils repoussent au bout de quel* que temps. On ne constate guère, chez le cheval, la variole diphthérique avec ulcération du derme. Souvent, à cette dernière période, au moment où la desquamation commence, on constate du prurit. Sur les muqueuses, le horse-pox se montre sous forme d'ampoules, de la grosseur d'un pois, les unes circulaires, les autres allongées, dont la couleur opaline rosée tranche sur la couleur rouge de la muqueuse, ordinairement enflammée, qui lui sert de support. Ces vésicules sont lisses à leur surface, sans aucune dépression; sous le doigt, elles don-

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nent une sensation de tension rénitente, et l'animal paraît souffrir lorsqu'on les comprime. Quand ces pustules ou phlyctènes suivent leur cours régulier, elles deviennent successivement lactescentes et purulentes, puis elles se dessèchent et fournissent une croûte qui s'en va bientôt, laissant à sa place une coloration ardoisée.

« Dans la bouche, où l'épithélium est facilement déchiré par les aliments fibreux, l'éruption se montre sous forme de plaies qui paraissent faites à l'emporte-pièce; le fond est finement granuleux. Il y a salivation abondante, rendue spumeuse par les mouvements de la langue; cette salive remplit la cavité buccale et s'échappe en flocons par la commissure des lèvres. Il y a, assez fréquemment, un jetage muqueux par le nez. Nous avons déjà dit que souvent il y a de la confluence, qu'au lieu de pustules, il y a une plaie ulcéreuse, plus ou moins recouverte de squames; de pareilles plaies ne sont pas rares aux ailes du nez, autour des lèvres. Le suintement d'une sérosité gommeuse aux extrémités provoquant le hérissement des poils, s'accompagnant de l'engorgement du membre jusqu'au-dessus du jarret, d'une légère boiterie, tout cela est propre à faire croire aux eaux aux jambes, et l'on comprend que longtemps on ait pu confondre la variole avec cette maladie, surtout si, comme cela arrive parfois, le mal se trouve localisé aux extrémités ; mais, si l'on a pu suivre la formation des pustules, si surtout il y en a autour

du nez et de la bouche, sur la surface du corps, la confusion n'est plus possible. D^ailleurs, la variole, môme abandonnée à elle-même, guérit toujours dans un temps assez limité, tandis que les eaux aux jambes résistent souvent et pendant longtemps aux divers traitements.

En cas de doute, on pourrait d'ailleurs recourir à l'inoculation de la matière séreuse sur une vache.

Telle est la marche du horse-pox naturel. « C'est une vraie fièvre éruptive bénigne, dont l'évolution, généralement courte mais régulière, donne la notion instinctive d'une maladie qui prospère en se développant sur un terrain qui lui est particulièrement favorable. Les cliniciens qui ont la chance d'assister, dès le début, à cette évolution, ne sauraient échapper à cette impression; ils n'ont pas le spectacle d'une maladie avortée, transmise accidentellement à un organisme plus ou moins rebelle à son développement ; c'est précisément le contraire.

« La fièvre prodromique n'est jamais prononcée, ni au point de vue de l'élévation de température, ni à celui de l'accélération du pouls. Mais l'exanthème pustuleux caractéristique n'en apparaît pas moins, dans certains cas, avec une riche abondance. L'éruption débute toujours dans des régions privilégiées, les lèvres, les naseaux, le bout du nez, la région génito-anale, les extrémités. De ces lieux d'élection, elle peut se disséminer par toute l'étendue du tronc. Ce sont les extrémités que

Jenuer avait signalées comme le lieu d'élection par excellence de l'éruption vaccinale des chevaux. Les observations ultérieures ont montré qu'en France au moins les éruptions de vaccine sont plus fréquentes à la tête et même à la région génito-anale.»

Fièvre éruptive des mieux caractérisée, la vaccine naturelle du cheval a donc tous les attributs d'une maladie d'emblée générale (1).

19. HoRSE-Pox ARTIFICIEL. — Mais le cheval peut présenter des pustules vaccino-varioliques ayant une autre origine. Elles peuvent avoir été provoquées, chez lui, par l'insertion directe, dans le tissu muqueux cutané, de virus vaccinal provenant soit de la vache, soit de l'homme, soit du cheval, ou bien par l'absorption de ce même virus injecté dans le tissu cellulaire profond, les veines ou les lymphatiques. Dans ces cas, ce n'est plus le horsepox naturel, c'est le horse-pox artificiel qu'on a sous les yeux.

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