A. Horse-pox artificiel ^woduit par inoculation
Que ce soit du vaccin d'enfant, du cow-pox ou du horse-pox qu'on ait semé, les manifestations finales sont les mêmes.
Les caractères et la marche du horse-pox suc-
(1) Chauveau. Contribution à l'étude de la vaccine originelle. Recherches ■ comparatives sur l'aptitude vaccinogène dans les principales espèces vaccinifères. [Revue mensuelle de médecine et de chirurgie^ Paris, Germer-Baillière, . 1877.)
IlES ORICINKS DR LA VACCINR. 77
cédant à l'insertion du vaccin do bœuf, ont été décrits comme suit par M. Chauveau (1) :
« Pendant les cinq ou six premiers jours qui suivent l'inoculation, on ne voit apparaître aucun travail spécifique. Du cinquième au huitième, les points piqués deviennent nettement papuleux. Jusqu'au dixième jour environ, les pustules s'agrandissent et deviennent de plus en plus saillantes, en prenant la forme d'un cône extrêmement évasé, ayant de 10 à 20 millimètres à sa base. Pendant cette période, ces larges papules coniques sont résistantes, douloureuses à la pression, et ne présentent à leur surface aucun soulèvement, ni aucune autre modification de l'épiderme, qui offre seulement un reflet légèrement rougeâtre chez les animaux à peau peu pigmentée. Puis survient une nouvelle phase, qu'on pourrait appeler période de sécrétion, et qui commence du neuvième au douzième jour; l'épiderme, légèrement soulevé sur presque toute l'étendue de la papule, laisse suinter de nombreuses gouttelettes d'une sérosité limpide très-légèrement citrine ; ces gouttelettes ne tardent point à se concréter en croûtes jaunâtres, transpa-
(1) Vaccine et Variole, nouvelle étude sur la question DE l'identité de cks DEUX AFFECTIONS, étude faite, au nom de la Société des sciences médicales de Lyon, par une commission composée de MM. Bondet, Chauveau, Delork, Dupuis, Gail- LKTON, Hokand, Lortet, P. Meynet et .Viennois; rapport de MM. Chauveau, Viennois et Meynet, communiqué à l'Académie de médecine de Paris, le 30 mai 1865. (Voyez aussi Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, Paris, 1865, n" 22, 23, 25, 26 et 27; no 23, p, 351.)
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rentes, formant, sur toute la surface de la pustule, une espèce de cristallisation caractéristique, bien différente de la croate qui succède aux pustules vaccinales chez rhomine et dans l'espèce bovine. La sécrétion, qui dure plusieurs jours, est terminée du treizième au dix-septième jour de l'inoculation. Si alors on enlève la croûte, on met à nu une surface humide, granuleuse, rosée, ne faisant aucune saillie au-dessus de la peau environnante. Cette surface est creusée d'une cavité centrale assez profonde, sorte d'ombilic dans lequel s'enfonce, à la manière d'un clou, une saillie de la face profonde de la croûte.
« Voilà la marche et les caractères de l'éruption vaccinale, provoquée, chez le cheval, tels qu'on les observe presque généralement.
La commission lyonnaise a soumis aux épreuves de l'expérimentation différentes questions se rapportant à l'avenir du horse-pox artificiel, quand on le reporte de l'enfant sur le bœuf ou sur le cheval, et que, de ceux-ci, on le reporte sur l'espèce humaine, et voici la solution qu'elle a obtenue (1) :
La vaccine d'origine équine de l'enfant, reportée sur l'espèce chevaline, a donné lieu à une éruption de horse-pox, mais petite et prompte à s'éteindre.
Cette vaccine d'origine équine de l'enfant, reportée sur la vache, a engendré un très beau cow-pox.
Le horse-pox produit sur le cheval par l'inoculation d'un vaccin d'enfant, d'origine équine, re-
(1) H. Boulet, loc. cit. p. 199.
porté sur l'enfant, n'a engendré que des pustules vaccinales avortées et fausses, car l'enfant, soumis à la contre-épreuve de l'inoculation avec la vaccine, a contracté un très-beau vaccin.
Le cow-pox de la vache, engendré par le vaccin de horse-pox reporté sur l'enfant, a donné lieu sur lui à une belle éruption vaccinale.
Voici donc la série de ces générations.
r Le liorse-pox est produit par l'inoculation du cow-pox au cheval.
2° Ce horse-pox (artificiel), inoculé à la vache, donne lieu à des pustules de cow-pox qui, inoculées à l'enfant, donnent la vaccine.
3° Le horse-pox engendré du cow-pox, inoculé à V enfant, donne la vaccine.
4° Le vaccin humain, engendré du horse-pox, inoculé au cheval et à Vâne, donne le horse-pox.
5° Le vaccin humain, engendré par le horse-pox, inoculé à la génisse, donne lieu à un beau cow-pox.
6° Le horse-pox, engendré du vaccin humain, issu du horse-pox, inoculé à l'enfant, donne lieu à des pustules avortées et fausses, reconnues telles par la contre-épreuve de l'inoculation vaccinale.
7°. Le cow-pox', engendré par le vaccin humain issu du horse-pox, inoculé à des enfants, donne lieu à de très-beau vaccin.
8". Le cow-pox, engendré par le vaccin humain issu du horse-pox, inoculé à des génisses, engendre le cow-pox.
La commission lyonnaise a cru pouvoir conclure
80 CIIAPITIŒ IV.
de ces faits que l'organisme du cheval constituait un milieu moins favorable à la culture du vaccin que celui du bœuf et de l'homme ; et, conséquemment, que le vaccin était originaire de l'espèce bovine et que la vraie vaccine primitive était le cow-pox.
« Cette conclusion, on le voit, dit M. H. Bouley, est en complète contradiction avec la théorie Jennérienne. Pour Jenner, c'est le cheval qui est la source primitive, c'est du cheval que la vaccine procède ; c'est dans le cheval que le virus vaccinal paraît posséder sa plus grande énergie. »
Que de réserves n'y a-t-il pas à faire quant à la valeur de ces déductions. Mais n'anticipons pas.
N'omettons pas de retenir seulement qu'aucune de ces expériences n'a été faite avec le horse-pox naturel.
21. B. Horse-pox artificiel produit par voie d'absorption générale (injection intra- veineuse, intralymphatique ou intra-cellulaire de vaccin chez le cheval).
Le cheval peut être amené artificiellement à présenter une éruption vaccinogène généralisée, se rapprochant de celle du horse-pox naturel. La constatation de ce fait, très-intéressant, est due aux recherches de M. Chauveau.
« La vaccine naturelle, dit le professeur de Lyon (1), c'est-à-dire la vaccine dite spontanée,
(1) Bulletin de l'Académie de médecine de Paris. Séances du
DES OaiGlNES DU LA VACCINK 81
s'est toujours montrée avec des caractères spéciaux que riiomme, jusqu'à présent, n'est jamais parvenu à reproduire expérimentalement dans la vaccine transmise : exanthème pustuleux généralisé, confluence à la région mammaire chez la vache, à la région naso-labiale et à celle des talons chez le cheval.
« Transmis à un autre animal par insertion sousépidermique, le virus de cet exanthème détermine une éruption locale dans la région inoculée, et jamais il ne survient, à la suite de cette inoculation, des manifestations dans les régions qui forment le siège de prédilection de l'éruption dite spontanée. »
Eh bien ! M. Chauveau a réussi à créer expérimentalement une vaccine offrant les caractères appartenant à la vaccine dite spontanée, en faisant intervenir l'agent virulent d'une manière méthodique, indispensable selon lui, c'est-à-dire en faisant une injection de vaccin dans un vaisseau lymphatique interrompu sur son trajet par un ganglion.
L'expérience fut exécutée le 12 mars 1866 ; onze jours après, le cheval sur lequel elle avait été instituée prit un magnifique exanthème vaccinal au nez et aux lèvres, et, au quatorzième jour, l'exanthème s'était aussi maniièsté au pli du paturon, dans les membres postérieurs. Cet exanthème
n avril et du 11 septembre ISjG, et Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 28 septembre 1866, p. 612.
H"! CHAPITIIE IV.
était parfaitement légitime. Le liquide qu'il fournit, inoculé à quatre animaux de l'espèce bovine, fit naître, sur tous une, belle éruption vaccinale qui resta absolument locale. Inoculé, par quatre piqûres, à un enfant, il lui donna un seul bouton vaccinal fort petit, dont l'évolution fut extrêmement lente, mais dont le virus, transmis à un deuxième enfant, fit naître, à chaque bras, trois pustules à évolution également fort prolongée et qui finirent par acquérir des dimensions extraordinaires.
« La forme générale de la vaccine artificielle, complètement inconnue avant mes expériences, dit M. Chauveau (1), se présente avec des caractères identiques avec ceux de la vaccine ou-horse-pox naturel.
" Jamais, dans cette forme, il ne survient d'accident vaccinal dans les points ayant servi de porte d'entrée au virus. Au lieu de germer sur place, ce virus produit ailleurs ses manifestations, et la poussée éruptive, indice de la multiplication du vaccin, ne débute qu'après une incubation de huit jours au minimum.
' « Pour que la vaccine générale se développe, il faut que le virus inoculé pénètre dans l'économie sans passer par la peau. Cette loi se vérifie : 1° en injectant directement le vaccin dans les vaisseaux lymphatiques ; 2° en pratiquant cette injection dans les vaisseaux sanguins ; 3° en la faisant arriver indirectement dans la circulation par une surface
(1) Loc. cit.
absorbante autre que les téguments extérieurs.
» Le développement de la vaccine générale est indépendant de la quantité de virus employée pour infecter l'économie, pourvu que cette quantité soit appréciable.
» La germination sur place du vaccin, dans le cas d'inoculation cutanée, n'implique pas un défaut d'absorption générale du virus. Malgré son affinité spéciale pour la peau, il pénètre dans le torrent circulatoire, et, s'il ne produit pas alors, en même temps que l'éruption locale, une éruption générale, c'est probablement parce que, au moment où cette éruption générale pourrait se développer (huitième jour au plus tôt), la peau, en raison de l'immunité créée, dès le cinquième jour, par le travail local de la vaccination, n'est plus apte à la pustulation vaccinale. »
Mais ce n'est pas seulement la pénétration directe du vaccin dans le torrent circulatoire qui aurait la propriété d'engendrer la vaccine dite primitive ; la pénétration indirecte iowivait de la même prérogative, suivant M. Chauveau {loc. cit.), quand cette pénétration s'effectue par des surfaces absorbantes autres que la peau.
Le tissu cellulaire sous cutané se prête admirablement à cette pénétration indirecte. C'est une des voies d'absorption les plus actives, et c'est sur elle que M. Chauveau a expérimenté.
L'animal choisi pour cette expérience était un jeune poulain de dix-huit mois. Une petite incision
CIIAl>lTnE IV.
ayant été pratiquée à la peau sur le côté gauche de l'encolure, on fit un godet dans le tissu cellulaire sous-culané avec le manche d'un scalpel. Puis, après s'être assuré, par une longue atteiite, qu'il ne s'était écoulé ni sang ni lymphe hors des vaisseaux, on souffla, au fond de la petite plaie, un tube de vaccin recueilli sur un jeune poulain, en prenant toutes les précautions nécessaires pour empêcher le virus de toucher les lèvres de la plaie cutanée.
Le dixième jour après cette injection, l'animal présentait, dans la région naso-labiale, le début d'une éruption vaccinale nettement caractérisée. Cette éruption se composait de sept pustules en tout: une fort belle, la première apparue, sur le côté droit de la lèvre supérieure; une autre, assez jolie, sur l'aile interne du naseau gauche, et enfin, au bout du nez, un groupe de cinq petites, qui se montrèrent assez tardivement.
w Les résultats de cette expérience, dit M. Chau- ■veau, ne laissent plus subsister le moindre doute sur l'exactitude des vues hypothétiques qui nous ont guidé dans cette recherche des conditions essentielles qui président au développement de la forme générale de la vaccine artificielle. Toutes peuvent se résumer en une : la pénétration du germe vaccinal au sein de Véconomie par une voie autre que la peau.
Et l'auteur conclut de la partie expérimentale de son travail, qu'à côté de la vaccine naturelle et de
PKS OUir.lNKS DE LA VACCIMC. 8S
la vaccine artificielle locale, telle qu'on la produit parles procédés ordinaires d'inoculation, il existe, chez le cheval, une vaccine générale que l'œil le mieux exercé, comme Vespril le plus prévenu, ne peuvent distinguer de la vaccine naturelle, spontanée, primitive.
Mais il s'en faut que l'introduction du vaccin, dans le système général, chez le cheval, soit toujours suivie de l'évolution des symptômes que nous venons de décrire. Dans un nombre de cas, relativement considérable, il n'en est pas ainsi.
Les expériences de M. Chauveau représentent plusieurs séries, considérables par le nombre des sujets qu'il y a consacrés. Voici le rappel de ces expériences et de leurs résultats :
1° Tentatives d'infection vaccinale par les voies respiratoires (1). — Ces tentatives ont eu surtout pour objet de démontrer que la vaccine naturelle, qui se montre en apparence spontanément, pourrait bien avoir pour origine la pénétration, dans les voies respiratoires, de particules de matière vacci-^ nale desséchée et voltigeant dans l'air. Il fallait prouver que, dans ces conditions réalisées expérimentalement, l'absorption c'e la matière vaccinale peut provoquer les exanthèmes plus au moins généralisés de la vaccine naturelle.
M. Chauveau a réussi, en effet, à provoquer la naissance de pustules de vaccine aux lèvres et au
(1) Théorie de la contagion médiate. Comptes-rendus de l'Academio des sri nces, 1868.
bout du nez, en faisant aspirer de la poudre de vaccine desséchée dans le vide, par des chevaux dont la trachée, ponctionnée avec un petit trocart, avait permis l'adaptation d'un appareil à soupape contenant la vaccine. Mais les résultats positifs ont été extrêmement rares. Et l'on peut se demander même si ceux qui ont été remarqués n'étaient pas dus à l'inoculation directe par quelque particule égarée, ce que le siège des pustules peut d'ailleurs faire supposer.
2° Tentatives d infection vaccinale 'par les voies diges'ives. Deux des plus belles éruptions de vaccine généralisée qu'il m'ait été donné d'observer, dit M. Chauveau,(l) se sont montrées sur de jeunes chevaux auxquels on avait fait prendre, dans leurs boissons, de notables quantités d'humeur vaccinale.
3" Injection de lymphe vaccinale dans le tissu conjonctif sous-cutané (2). Dans tous les cas, sans exception, cette inject'on, même aux plus faibles doses, détermine la formation d'une tumeur tantôt petite, tantôt volumineuse, disparaissant ensuite par résolution, plus ou moins lentement. De plus, il survient, chez quelques sujets, des éruptions cutanées, parfois très-belles, ayant tous les caractères et les propriétés de l'exanthème vaccinal naturel, ainsi que nous l'avons vu plus haut.
4° Injection de lymphe vaccinale dans les vais-
(1) Id.
(2) Bulletin de P Académie de médecine, 1866.
nES ORIGINES DE LA VACCINE. 87
seaux lymphaliques . M. Chauvcau a eu quatre succès sur un total de onze cas. Les quatre cas positifs étaient des cas modèles.
5° Injection de lymphe vaccinale clans les vaisseaux sanguins (1). Total des expériences : 27. Résultats positifs: 11. Ces expériences ont été faites sur des animaux mâles et femelles de différents âges. L'influence du sexe a été nulle. Ce sont les sujets jeunes qui ont fourni le plus de succès.
Quelle signification faut-il donner à ces résultats négatifs si nombreux? Eh bien, M. Chauveau a démontré qu'ils n'étaient négatifs qu'en apparence. Négatifs au point de vue des manifestations extérieures, oui; à celui de l'imprégnation vaccinale, non. Dans tous les cas où M. Chauveau, dans un but de contrôle facile à comprendre, a revacciné, en mettant en usage le procédé habituel, les sujets en apparence réfractaires , il a constaté que tous, sans aucune exception, étaient devenus inaptes à la prolifération locale de la vaccine. La revaccination a échoué aussi bien sur les chevaux chez lesquels les résultats de l'action de la vaccine avaient été, en apparence, négatifs, que sur ceux qui avaient présenté de beaux exanthèmes. Tous ont donc éprouvé la même impression de la première introduction du vaccin, à savoir l'invasion de l'économie et. l'immunité actuelle à une autre imprégnation.
Il n'y a de variable que la poussée exanthémati-
(1) Id.
que, tantôt nulle, tantôt réduite à un seul bouton, tantôt localisée au lieu d'élection par excellence, la région naso-labiale, tantôt disséminée sur toute la surface du corps. Et encore n'est-il pas sûr, dit M. Chauveau, que l'immunité puisse exister sans exanthème, puisqu'un seul bouton suffit pour le constituer, et que ce bouton peut être difficile à découvrir sur la A'^aste surface poilue que représente la peau d'un cheval.
Au résumé, l'absorption, par voie générale, du vaccin, chez le cheval, crée l'immunité, soit qu'elle ait été suivie d'un exanthème ou d'une tumeur au lieu d'injection (tissu cellulaire), soit qu'aucun de ces phénomènes ne se soit manifesté.
M. Chauveau croit que les résultats ainsi acquis « mettent fin à toute discussion sur l'origine de la vaccine, en prouvant qu'on peut produire à volonté, avec son activité spéciale, la vaccine naturelle, si improprement appelé'^ « vaccine spontanée. »
C'est peut-être aller un peu loin ; ce qui ressort de ces magnifiques expériences, c'est qu'on peut développer une vaccine généralisée, eu injectant du vaccin dans les vaisseaux lymphatiques ou veineux ou dans le tissu cellulaire du cheval. Mais il ne s'ensuit pas absolument qu'il doive y avoir identité absolue entre ce vaccin et celui qui se développe par la voie d'absorption générale employée par la nature.
Nous aurons à revenir ultérie'ireraent sur ce sujet.
DES ORIGINES DE LA VACCINE. «y
22. Occupons-nous maintenant de la variole telle qu'elle se développe, naturellement, chez la vache, et que, par un abus de langage dont s'accommode mal la science moderne, on appelle encore de toutes parts le Coio-pox spontané.
La variole de la vache, ou Cow-pox, très souvent ne s'accompagne d'aucun malaise général, d'aucune fièvre, tandis qu'on en observe chez la plupart des autres animaux. Cependant ces symptômes généraux ne font pas constamment défaut, et l'on a notamment signalé le manque d'appétit, la répugnance pour les ahments, la continuation de la ruminat'on sans que le bol alimenta're revienne à la bouche, la diminution de la sécrétion du lait, qui devient plus séreux et moins épais que de coutume ; il se caille plus facilement ; le pis est parfois congestionné, plus sensible; on constate alors de la sécheresse des excréments, une diminution de la sécrétion urinaire, plus rarement une accélération du pouls, de l'abattement général. Après trois ou quatre jours de cette fièvre d'éruption, qui correspond à la période d'invasion de la variole de l'homme, on voit apparaître ordinairement aux mammelles, mais surtout aux trayons, presque exceptionnellement au mufle, sur les naseaux, les paupières, les parties de la peau où le poil est rare (Hurtrel d'Arboval, Pilger), des nodosités de couleur rosée, des élevures arrondies de la dimension d'une lentille à-peu-prcs, ordinairement déjà ombiliquées; vers le troisième ou quatrième jour, le
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septième environ de la maladie, les papules se transforment en vésicules ou pustules; c'est-à-dire que, sous l'épiderme, ou plutôt dans celui-ci, s'accumule un liquide séreux, visqueux et jaunâtre. A cette époque, ces pustules présentent ordinairement, au centre, une coloration bleuâtre, et sont jaunes ou oranges, parfois rougeâtres et même violacées, à la périphérie. On a attaché parfois une extrême importance à cette coloration des pustules, et l'on a voulu en faire un caractère essentiel de l'affection, d'autant plus que Jenner avait parlé uniquement de la coloration bleuâtre ; si la peau est simplement de nuance claire, le reflet sera rougeâtre ; si elle est plus foncée, il Fera d'un gris plombé. Le centre de la pustule est alors, le plus souvent, fortement déprimé, ombiliqué, le pourtour est dur, tuméfié et sensible, et, chez les animaux à peau claire, il y a une auréi le rouge autour de la pustule. Les jours suivants, les pustules s'accroissent pour acquérir, du huitième au dixième jour, d'après Ceeley du neuvième au onzième, leur plus grand développement; c'est alors le moment le plus favorable pour récolter le vaccin ; seulement, il faut avoir soin de faire plusieurs incisions à chaque pustule, afin d'ouvrir les diverses vaccioles qui forment la tumeur ; à cette époque, les pustules ont parfois les dimensions d'un haricot ; sur le pis même, elles sont de forme circulaire, tandis que, sur les trayons, elles sont plus allongées; l'aréole est plus complète ; au lieu de simples vergetures
DES OniGINES DE LA VACCINE. 91
s"irrailiant autour de la pustule, le cercle a une teinte plus uniforme.
Le contenu de la pustule devient ensuite purulent ; la surface de la pustule paraît granuleuse, légèrement pointillée, et, l'on distingue, à la loupe, un grand nombre de' petites vésicules remplies d'un fluide transparent.
Arrive alors la période de dessiccation (douzième jour), où il se forme, à partir du centre, une croûte jaunâtre, puis brunâtre, qui s'étend insensiblement vers la périphérie. Cette crov'ite, épaisse et reluisante, cristalline comme on l'a dit, ou plutôt écailleuse, est fortement unie à la peau et ne se détache qu'après le quinzième jour, parfois seulement dans la troisième ou quatrième semaine, à moins qu'elle ne soit enlevée auparavant par une action traumatique ; elle laisse alors après elle une cicatrice plus ou moins profonde, qui persiste pendant quelque temps. Chez la bête bovine, rarement il y a de la suppuration au-dessous de l'épiderme.et de l'ulcération duchorion, et alors la cicatrice n'est pas indélébile.
Rœll et Hering ont vu que l'éruption des pustules ne se fait pas toujours en même temps, qu'au bout de quelques jours après la première éruption, on en voit sortir parfois de nouvelles, de sorte qu'il y a déjà alors des pustules en desquamation quand d'autres ne se montrent encore que sous forme de papules; il y a, dans ces cas, des pustules de tout âge, mûres et non mûres; l'éruption peut ainsi se faire par poussées successives
92 CIIAPITUR IV.
et mettre de huit à dix, même quinze jours, avant de finir ; cependant, on croit avoir observé qu'une fois la desquamation commencée, il ne naît plus de pustules nouvelles.
La confluence des pustules varioliques est trèsrare chez la vache, c'est-à-dire que rarement les pustules sont assez nombreuses et rapprochées pour se confondre ; il n'y a pas, par conséquent, de vaste érysipèle qui remplace l'éruption.
Les pustules sont facilement déchirées par quelque frottement, par exemple sur une litière rude, ou par les mains de la trayeuse ; elles adhèrent moins à la peau s'enlèvent facilement, mais alors les croûtes se forment plus vite; la suppuration tend à devenir plus profonde, et des crevasses ulcéreuses se forment à leur place.
On n'a pas signalé enco e, chez les vaches, quelque éruption concomitante sur les muqueuses, ainsi que cela n'est que trop fréquent dans la variole de l'homme ou la clavelée du mouton; il n'y a, conséquemment, pas de catarrhe nasal avec tuméfaction des ailes du nez, pas do dyspnée, pas de dilïiculté dans la déglutition.
On n'a pas signalé, chez les bêtes bovines, de ces cas graves où l'éruption a de la peine à se faire, et où, alors, la fièvre provoque de l'adynamie, parfois une altération du sang. Par contre, observe-t-on souvent, certainement plus souvent que dans les autres espèces animales, ce qu'à tort on a nommé, depuis Jenner, de fausses varioles.
Ce sont des varioles fausses, mais seulement pour celui qui veut récolter du vaccin, car, le plus souvent, il n'y a pas de sérosité dans la j)ustule ; mais elles ne le sont pas au point de vue de la pathologie ; ce sont le plus généralement des pustules ordinaires qui ont été arrêtées ou modifiées dans leur développement, ce sont de vrais exanthèmes varioliques, comme Hering l'a démontré, des exanthèmes qui se produisent souvent en même temps que les pustules dites vraies, et qui souvent aussi peuvent, aussi bien que les vraies, développer le mal par contagion.
On a distingué plusieurs variétés de ces varioles fausses.
1° Des varioles dures ou papuleuses, encore dites verruqueuses, où l'exanthème est resté à l'état de papule, n'a pas été infiltré de sérosité, encore moins de pus ; ce sont des nodosités indolentes, dures, modérément rouges au début et sans aréole ; elles ont ordinairement la dimension d'une lentille ; mais Roell les a vu arriver au volume d'une noisette. On les confond facilement avec les verrues, si fréquentes au pis des vaches, d'autant plus qu'elles conservent généralement leur forme pendant des semaines et des mois entiers, et ne disparaissent qu'insensiblement.
Les varioles acuminées, encore appelées secondaires (Hering), qui se développent parfois en même temps que les pustules vraies, quelquefois en lieu et place de celles-ci. Dans l'un et l'autre
CIIAPITIIE IV.
cas, ce sont des pustules qui ne parviennent pas à leur développement complet; dans le premier, on voit ces pustules se produire quelque temps après les premières, et le plus souvent autour de celles-ci, secondairement, comme sous l'influence d'une nouvelle infection par celles-ci ; mais bientôt, par suite de l'immunité que crée la première éruption, la seconde est arrêtée, avortée. Dans l'autre cas, ces causes d'avortement de l'éruption viennent sous l'influence de causes extérieures. Ce sont des nodosités rouges, dépourvues d'aréole et d'ombilic, qui sont assez saillantes, mais qui ne contiennent que peu de sérosité, presque jamais de pus, et donnent rapidement lieu à la formation d'une croûte, parfois en quatre ou cinq jours. On a dit que ces éruptions peuvent se renouveler fréquemment, de façon que la durée totale de la maladie peut dépasser plusieurs semaines. Leur caractère contagieux est hors de doute.
3° Les varioles bulleuses, aqueuses, parfois emphysémateuses, sont des vésicules assez grandes, sans ombilic ni aréole, remplies d'une sérosité visqueuse, où la sécrétion trop abondante, peut-être trop prompte, n'a pas provoqué le cloisonnement des pustules ; elles crèvent facilement et ne laissent agrès la dessiccation que des croûtes minces se détachant rapidement. Il n'est pas rare de voir leur contenu se résorber en peu de temps, et il ne reste alors qu'une enveloppe épidermique, sous laquelle il n'y a que de l'air, de l'emphysème.
DES OlUGINES DE LA VACCINE. 9S
Cette variole suit sou cours eu six ou imit jours, paraît moins contagieuse que les autres formes, mais l'est également.
4" La variole noire, encore dite liémorriiagique ou gaugréneuse, est celle qui est caractérisée par la gangrène de la pustule ; elle est accompagnée de taches pétécliiales autour de celle-ci ; cette forme est rare chez la vache; elle entraîne facilement une altération générale du sang et se termine par la mort.
5° La variole tuberculeuse a été, à tort, appelée ainsi, parce que les pustules, au lieu d'obéir à un processus progressif, sont atteintes de la dégénérescence caséeuse, et ressemblent aux tubercules ; il n'y a cependant pas là de tubercules vrais ; cette forme est assez rare chez la vache.
Le cow-pox a toujours une marche régulière, il dure huit jours à peine dans ce qu'on a appelé la forme fausse, de vingt à vingt-huit dans la forme vraie. On peut y distinguer une période d'incubation, que l'on ne peut constater que dans la vaccine expérimentale ou inoculée; une période d'invasion, où l'on observe plus ou moins de fièvre; une période d'éruption, qui est caractérisée par l'apparition des pustules qui constituent essentiellement la maladie; enfin, la période de desquamation, où les pustules se trouvent remplacées par les croûtes. Cette maladie contagieuse, une fois introduite ou développée dans une étable, ne tarde pas à s'y propager, surtout entre vaches que le
96 CIIAI'ITUIC IV.
même individu trait ; la maladie se communique peu à peu aux autres vaches, mais presque toujours sous une forme bénigne, plutôt par une infection locale, une espèce d'inoculation, que par une infection générale. Une fois commencé dans une étable, le cow-pox peut y traîner pendant des mois. On a vu alors la maladie se communiquer à l'homme, notamment aux personnes qui sont chargées de traire li^s vaches.
On croit avoir constaté qu'une première atteinte de cow-pox crée l'immunité chez l'animal. Cependant, comme la maladie passe si souvent inaperçue chez nos cultivateurs, on ne saurait avancer la chose avec certitude ; trop souvent, la variole, se présentant sous ce qu'on a appelé improprement la fausse vérole, n'est pas prise en considération.
Le pronostic de la vaccine est, dans la presque généralité des cas, des plus favorables ; la maladie paraît si bénigne que les gens qui soignent les vaches ne s'en aperçoivent pas, à moins qu'ils ne prennent eux-mêmes quelque éruption aux mains.
23. Le cow-pox peut être inoculé à la vache par l'insertion du horse-pox, du cow-pox — naturels ou artificiels — et du vaccin humain. C'est sur cette propriété que repose la pratique, si répandue depuis quelques années, de ce qu'on est convenu d'appeler la vaccination animale.
Comparés aux effets de l'inoculation vaccinale chez le cheval, ceux qu'on observe chez la vache présentent quelques différences.
La pustule du cheval est conique, au lieu d'être plate et ombiliquée comme celles du bœuf et de rtioinme; son ombilication ne devient visible qu'après le détachement de la croûte.
Au point de vue de la façon dont s'effectue la sécrétion dans la pustule arrivée à la période de maturité, il existe, entre la pustule du cheval et celle du bœuf et de l'homme, un caractère différentiel encore plus marqué ; chez le cheval, la sécrétion s'effectue sur toute la surface du bouton, jusqu'à ses limites extrêmes à sa base, tandis que, dans les pustules vaccinales bovine et humaine, la sécrétion ne s'opère que dans le cercle circonscrit dans l'aréole. La croûte consécutive correspond à la surface sécrétante. Il en résulte que, chez le cheval, elle recouvre toute la pustule, tandis que, chez le bœuf et l'enfant, elle n'en occupe que le centre.
Au point de vue de l'abondance des liquides sécrétés, la différence est grande entre les pustules du cheval et celles du bœuf. Tandis que les premières fournissent une quantité très-considérable de liquide virulent, dont on peut remplir des tubes en grand nombre, celles-ci se trouvent très-rapidement taries et désséchées. Au point de vue pratique, cette différence de fécondité des pustules dans les deux organismes doit être prise en grande considération, car si l'urgence se manifeste de pratiquer l'inoculation vaccinale sur un grand nombre de sujets à la fois, on sera sûr de se procurer du vaccin en plus grande abondance en
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l'inoculant au cheval qu'en le confiant à un animal de l'espèce bovine. Et à supposer que l'inoculation équine directe ne soit pas possible dans une localité donnée, par pusillanimité des opérateurs ou des opérés, le cheval fournira le moyen d'inoculer un grand nombre de génisses et de vaches (H. Bouley).
Des différences existent également, à ce même point de vue, entre la pustule de la vache et celle de l'enfant : tandis- que, chez celui-ci, le vaccin vient sourdre en gouttelettes hyalines à la surface de la pustule, dès qu'on vient à ouvrir celle-ci avec une lancette ou une aiguille, chez la vache, il faut l'en exprimer au moyen d'une pression assez forte opérée à la base des petites tumeurs, ce qui, dans la pratique de la vaccination dite animale, commande des procédés spéciaux.
Nous avons va plus haut (19) que, chez le cheval, l'éruption procurée par inoculation diffère assez sensiblement de celle qui se développe par infection générale. Il n'en est pas de même dans l'espèce bovine ; quelque attention qu'on porte à l'une et à l'autre, il est impossible de différencier la pustule du cow-pox dit spontané de celle du cow-pox produit par inoculation, au moyen d'une piqûre sous-épidermique.
Cette similitude absolue rend illusoire la recherche que l'on pourrait vouloir faire encore des cas de cow-pox spontané, dans le but de rafraîchir les souches ; le premier venu pourra, par des inoculations bien faites d'un vaccin quelconque, donner,
DES OlUGINES UE L.\ VACCINE. 99
à cet égard, le change au plus habile. Et la supercherie ue manque pas de se produire là où, par une fausse appréciation des besoins actuels de la pratique, des primes sont attachées à la découverte des cas dits spontanés.
Heureusement, cette recherche elle-même n'est qu'un débris d'un autre âge. Partout où se pratique la vaccine animale, elle est absolument inutile. Si lecow-pox constitutionnel, en effet, diffère par un excès de virulence du cow-pox inoculé, ce qui a été affirmé, cet excès ne serait pas à rechercher dans la vaccination des gens. Ici, au contraire, il faudrait le neutraliser, en faisant passer ce cowpox, au préalable, à travers l'organisme d'un autre bovidé.
La vaccination animale, telle qu'elle se pratique aujourd'hui dans presque tous les pays, ne fait pas autre chose. Cinq fois en quatorze ans, nous avons ainsi renouvelé notre souche animale pour satisfaire au préjugé. Jamais, au grand jamais, nous n'avons vu la souche nouvelle l'emporter, par aucun caractère, sur notre souche ancienne. Et cela s'explique, les souches bovines bien cultivées ne fléchissant que si elles font de mauvaises rencontres.
Il faut savoir tourner ces difficutés quand elles se présentent, en faisant avancer des réserves prudemment ménagées.
De même que chez le cheval, on peut déterminer l'imprégnation vaccinale par une voie d'absorption
généfale, chez les animaux de l'espèce bovine. C'est encore à M. Chauveau que l'on doit la constatation de ce fait par la voie expérimentale. Il y a toutefois, entre la vache et le cheval, des différences essentielles, au point de vue des manifestations qui se produisent. Ces différences sont :
a) L'éruption qui résulte d'une inoculation reste toujours absolument locale chez le bœuf, tandis que, chez le cheval, il arrive parfois, si les animaux sont jeunes, que l'éruption locale primitive s'accompagne d'un exanthème secondaire plus ou moins généralisé.
h) Quand on fait agir le virus vaccin sur l'économie sans le mettre en contact avec la peau, il est facile d'obtenir d'emblée chez le cheval l'exanthème vaccinal généralisé, avec tous les caractères qu'il présente dans les cas naturels. Jamais il n'a été possible de produire ainsi le fac-similé de cet exanthème naturel chez le bœuf.
c) Quand c'est la voie du tissu conjonctif souscutané qu'on choisit pour taire ainsi pénétrer le virus dans l'organisme des animaux de l'espèce bovine, il survient, comme chez le cheval, une tumeur locale, et, comme chez le cheval aussi, l'influence générale exercée sur l'économie se traduit par l'immunité vaccinale.
d) Si l'injection est opérée directement dans les vaisseaux lymphatiques ou veineux, elle ne paraît pas exercer, dans l'espèce bovine, la moindre influence générale.
De ce qui précède, il résulte que l'économie du cheval se prête, plus que celle du bœuf, à certaines manifestations auxquelles celle-ci peut même rester complètement étrangère. Chez le cheval, la vaccine se rapproche davantage de la variole humaine : comme celle-ci, elle peut se généraliser par la simple inoculation locale, ce qu'elle ne fait pas chez le bœuf.
M. Chauveau pense que les résultats qu'il a obtenus sont favorables à l'hypothèse de Jenner sur l'origine du cow-pox. Nous en tirerons des déductions d'un autre ordre.
24. Les faits acquis dès longtemps et ceux qui viennent d'être exposés peuvent se résumer dans les propositions suivantes :
1° Sous l'influence d'un contage virulent spécial, la variole peut se développer chez l'homme, sous la forme d'une maladie générale, caractérisée par des symptômes fébriles et une éruption spécifique généralisée ;
2° Sous l'influence d'un contage virulent spécial, une maladie, ayant avec la variole humaine de nombreux points de ressemblance, symptômes fébriles et éruption, peut se développer sur divers animaux, et principalement sur le cheval et sur la vache ;
3° Le virus emprunté aux pustules de l'homme et inoculé à l'homme, y donne lieu à une éruption identique, au lieu d'insertion du virus, et, le plus
souvent, à une éruption généralisée discrète et sans gravité, et à des symptômes généraux légers. (Variolisation, inoculation.)
4° Ce même virus, inoculé au cheval et à la vache, y détermine la production de boutons de petit volume, renfermant une matière qui, reportée à l'homme, y produit les mêmes phénomènes que ceux de la variolisation par le virus humain. (Commission lyonnaise.)
5° Le virus emprunté à la maladie du cheval, horse-pox, ou à celle de la vache, cow-pox, évoluées naturellement, et transmis à l'homme, y donne lieu à une éruption caractéristique : celui du cheval amène fréquemment un état général très-accentué et parfois des pustules sur des parties autres que le lieu des piqûres. Celui de la vache est moins actif et ne donne lieu que très-exceptionnellement à une éruption généralisée ;
6° Le virus hippique, en passant par la vache, s'y dépouille de son surcroît d'activité et peut être ensuite transmis à l'enfant, sans qu'il en résulte d'affection générale ;
7° Le horse-pox et le cow-pox peuvent être produits par le transport direct, voulu ou accidentel, du virus sur des régions dépouillées d'épiderme ou d'épithéhum, soit par des lésions indépendantes (eaux aux jambes, excoriations des trayons par les trayeuses, etc.), soit par la lancette de l'opérateur. Les symptômes produits de la sorte resteui locaux.
25. Qu'est-ce donc que ce cont£ige spécial ? Nous l'avons dit, quand nous nous sommes occupé de la variole, pour celui qui donne la maladie à l'homme. Le coniage est-il le même pour l'homme que pour le cheval et que pour la vache? Ou bien y a-t-il des contages différents pour chacune de ces espèces ? C'est la question de l'unicité ou de la multiplicité du germe variole et du germe vaccin. Objet des discussions les plus intéressantes depuis plus de soixante ans, cette question se représente aujourd'hui presque intacte, demandant à la science moderne des éléments nouveaux qu'elle ne lui refusera pas.
Précisons bien : Voici la variole, voici le horsepox et voici le cow-pox, se développant naturellement sur l'homme, sur le cheval et sur la vache, et s'y manifestant par des symptômes généraux et locaux ne différant guère, chez les différentes espèces, que par le degré. Ces maladies, qui appartiennent évidemment (10) à la classe des maladies parasitaires, ont-elles un germe commun, ou chacune d'elles a-t-elle son microbe spécial?
La question n'est pas neuve. Soulevée par Curmer en 1799, el défendue dans le sens de l'unicité par Jenner, Woodville, Vibong, Coleman, Ingenhousz, Fumer, Hunter, Robert (de Marseille), Piorry, Bouillaud et principalement par Thiele (de Cazan), et Ceely (d'Aylesbury), elle a fait l'objet, à l'Académie de médecine de Paris, en 1863 et 1864, d'une discussion mémorable que nous allons résumer.
Déjà, en 1862 (séance du 27 mai), M. Depaul avait dit : « Il y a donc un seul et même principe » morbide qui agit sur les clievaux et sur les va- » ches, et qui, inoculé à l'homme, produit lavacn cine, laquelle iiest pour moi qu'une variole modir> fiée, mitigéei^). r>
Dans la séance du décembre 1863, le même auteur reprit ce thème, développé dans une série de propositions qu'il avait déposées, sous pH cacheté, dans une séance ijrécédente, et qui étaient ainsi conçues :
« 1° Il n'existe pas de virus vaccin.
2° Le prétendu virus vaccin, que l'on considère comme l'antagoniste, le neutralisant, du virus varioleux, n'est autre que le virus varioleux luimême.
3" Les espèces bovine et chevaline sont sujettes à une maladie éruptive qui est identique, quant à sa natitre, avec la variole de l'espèce humaine;
4o II est à peu près démontré qu'il en est de mêmepour plusieurs autres espèces animales (porcs, moutons, chèvres, chiens, singes). Je suis moins afflrmatif en ce qui concerne ces derniers animaux, parce que je n'ai pas encore une opinion personnelle suffisante ;
5° Les phénomènes locaux et généraux que présen-
(1) M.Jules Guérin a soulevé à ce sujet une question rte priorité. Elle se juge contre lui par ce fait que c'est seulement dans le n» du 1 juin 1862 de la Gazette médicale de Paris, c'est-à-dire dix jours après la déclaration de M. Depaul, que M. Guérin a exprimé des opinions se rapprochant beaucoup de cette dernière.
tciit les animaux sont les mêmes que ceux observés chez l'homme; il n'y a de différence, quant aux pustules, que celle qui dépend de la structure de la peau et de la présence de poils nombreux ;
6° Comme dans l'espèce humaine, la variole apparaît, sous forme sporadiqueou épidémique, dans les espèces bovine et chevaline ;
7° Du cheval, on l'inocule facilement à la vache et réciproquement ;
8° De la vache, on l'inocule sans peine aux individus de l'espèce humaine, pourvu qu'ils n'aient eu ni la variole spontanée, ni la variole inoculée;
9° Du cheval, on l'inoculerait sans doute aussi à l'homme; mais la prudence n'a pas permis, jusqu'ici, de tenter ces expériences, le cheval étant sujet à plusieurs autres maladies graves qui pourraient s'inoculer en même temps ;
10° La variole de l'homme s'inocule à la vache, au cheval et à plusieurs autres espèces ;
1 1° Quand une épidémie de variole sévit sur l'espèce humaine, elle peut s'étendre par contagion aux animaux (vaches, bœufs, chevaux, moutons, etc.) ;
12° Une épidémie de variole peut débuter par les animaux et s'étendie également à l'homme;
13° La variole inoculée produit une réaction générale beaucoup moins grande que la variole développée par simple contagion. Cela est vrai pour l'espèce humaine et surtout pour les autres espèces animales ;
14° Les pustules qui résultent delà variole inoculée sont souvent limitées aux points mêmes de l'inoculation;
15° Quand une é uption secondaire se produit, elle est presque toujours insignifiante, et se compose d'un très-petit nombre de pustules, faciles à compter.
16" Dune manière générale, on peut dire que la variole des animaux est plus discrète et moins grave que celle de l'espèce humaine.
17° On a beaucoup exagéré les dangers de l'inoculation de la variole dans l'espèce humaine. Il suffit d'étudier sans idée préconçue ce qui a été écrit sur ce sujet, pour s'en convaincre.
18° Il est probable que les animaux sont, comme l'homme, sujets à des éruptions aphtheuses.
19" Mais la maladie aphtheiise, telle qu'elle est décrite par plusieurs de nos vétérinaires modernes, n'est autre chose que la variole.
20" C'est un chapitre nouveau qui doit désormais trouver sa place dans les dictionnaires et dans les traités de médecine, sous le nom de variole. »
26. Ces conclusions ont été vivement combattues, spécialement par Bousquet, qui, entre autres objections, y a fait les suivantes, lesquelles peuvent les résumer toutes :
S'il y a de grandes analogies, dit-il, entre la variole et la vaccine, il y a entre elles aussi de nombreuses dissemblances, qu'il ne faut pas taire :
« 1° La variole est souvent épidémique ou endémique, la vaccine jamais.
2° La variole se transmet indistinctement par les miasmes qu'elle exhale dans l'atmosphère, et par l'inoculation du virus contenu dans les pustules; la vaccine ne se transmet que par inoculation.
3° La variole naturelle est une maladie excessiment grave; la vaccine est toujours bénigne.
4° La variole couve au moins huit jours avant d'éclore; la vaccine trois jours seulement,
5" La variole spontanée n'a qu'une éruption, répandue sur tout le corps et principalement aux mains et au visage ; la variole inoculée en a deux, l'une locale, l'autre générale; la vaccine n'en a qu'une, toujours locale.
6° Rien de plus commun que la variole, puisque ceux-là seuls en sont exempts qui ne vivent pas assez pour l'attendre ; rien de plus rare que le co"w-pox.
7° Etablir que la vaccine et la variole naissent du même germe, c'est aller contre toutes les règles de la pathogénie.
8° Si l'on inocule la variole à une vache, on n'obtient pas de résultat. (La commission. lyonnaise a obtenu quelque chose : de petits boutons dont le contenu, inoculé, a donné la variole.) Si on lui inocule la vaccine, elle rend la vaccine.
9" Que M. Depaul recommence les expériences de Sunderland, de Thiele, de Ceely, qu'il inocule la variole à la vache et que celle-ci lui rende la
CIIAPTUE IV.
vaccine, et tout sera dit. Rien ne le sera jusque-là.
10° Si l'on mêle ensemble le virus de la variole et celui du vaccin et qu'on inocule ce mélange, les deux virus lèvent tous deux, chacun à son heure; l'un produit la variole, l'autre la vaccine, et les deux éruptions font leur évolution aussi tranquillement que quand elles sont séparées.
1 1° On dit que la vaccine est la variole modifiée, transformée par son passage à travers la vache. Quelle est cette modification, cette transformation? Touche-t-elle à la constitution chimique ou vitale du virus? ou, cette constitution restant la même, se borne-t-elle aux manifestations extérieures? Tout cela manque de clarté. D'autre part, le miheuvache n'est pas le même que le milieu-cheval; l'organisation de ces deux animaux n'est pas à ce point semblable que le virus varioleux en doive recevoir juste la même influence, la même modification et se changer en vaccine dans l'un et l'autre cas.
12° En supposant, par impossible, que la variole se changeât en vaccin sur la terre d'exil, à peine rendue à sa patrie, elle y reprendrait ses caractères, sa physionomie et toutes ses propriétés. ^
M. Depaul n'a pas été ébranlé par cette argumentation, à laquelle il a répondu dans la séance du 8 mars 1864. Son discours se termine par les conclusions suivantes :
« 1° L'homme, la vache, le cheval, ainsi que plusieurs autres animaux, sont sujets à une mala-
die éruptive généralisée, qui n'est autre que la variole.
2° La variole des animaux s'inocule facilement à l'homme et lui est transmise par infection.
3° Elle est généralement plus douce et plus bénigne que la variole de l'espèce humaine ;
-1° La variole de l'homme s'inocule et passe aussi par infection aux animaux. Elle perd, en traversant CE NOUVEAU MILIEU-, UNE PARTIE DE SA VIRULENCE.
5 Le virus vaccin, en tant que virus spécial et complètement distinct du virus varioleux, tel qu'on l'admet généralement de nos jours, n'existe pas. «
27. Ce fut à la suite de ce long débat que la Société des sciences médicales de Lyon conçut le projet de demander à l'expérimentation des données que le raisonnement avait été impuissant à lui fournir, et qu'elle nomma la commission dont MM. Chauveau, Viennois et Meynet furent les rapporteurs.
Ce fut d'abord sur l'espèce bovine que porta son étude expérimentale de la variole.
Qu'arrive-t-il quand on inocule le virus de la variole à des animaux de cette espèce ? Voici : l'inoculation variolique n'y est jamais suivie de symptômes généraux; elle ne se traduit que par « de petites papides rouges » ayant de deux à quatre millimètres de diamètre, papules peu saillantes, légèrement coniques, au centre desquelles on distingue la piqûre de la lancette. Ces papules
110 CHAI'ITIIE IV.
commencent à se développer le deuxième jour et arrivent, en cinq jours, à leurs plus grandes dimensions. Le douzième, elles disparaissent complètement, après avoir présenté, à leur centre, une croûte noire extrêmement petite.
Et ces papules représentent bien la variole humaine inoculée à la vache et restant variole, car, si l'on en inocule le produit à l'enfant, celui-ci en reçoit une véritable variolisation, pustules varioliques caractéristiques au lieu d'insertion, et, le plus souvent, éruption généralisée plus ou moins abondante.
Que si, poursuivant l'épreuve — etla Commission lyonnaise l'a fait — , on inocule un deuxième enfant avec le virus du premier, il y reprend une activité nouvelle, et, dès la deuxième génération, peut se traduire par une variole confluente.
On pourrait dire que l'éruption du second enfant a été, dans ce cas, celle de la vaccine généralisée et non celle de la variole. La Commission a paré cette objection en reportant sur l'espèce bovine le virus de l'éruption du second enfant. Si cette éruption était de nature vaccinale, elle devait se traduire, sur un sujet de l'espèce bovine, par une éruption de cow-pox ; or, il n'est survenu que la trèspetite éruption papuleuse caractéristique de l'inoculation bovine.
Ainsi, la vache inoculée de la variole ne rend pas la vaccine ; elle rend ce qu'on lui avait prêté, et en naonnaie identique, c'est-à-dire qu'elle rend la variole.
DES OniGlNES DE LA VACCINE.
La Commission s'est posé le môme problème pour le cheval, et elle a constaté que l'organisme de ce dernier, comme celui du bœuf, peut recevoir l'imprégnation variolique de la même manière et avec les mêmes conséquences. Seulement, chez le cheval, l'éruption est mieux caractérisée que chez le bœuf. Elle se traduit par des papules coniques, rougeàtres, douloureuses, dont le centre, correspondant au point piqué, est couvert d'une toute petite croûte.
Au point de vue de la forme, la ressemblance est grande entre les papules de la variole et celles du horse-pox inoculé ; mais celles-ci diffèrent de celleslà par ce caractère essentiel qu'à la période de leur maturité, l'épiderme se soulève sur toute leur surface, qui devient le siège d'un sécrétion séreuse abondante, persistant pendant plusieurs jours ; tandis que la papule variolique ne laisse sourdre, sous la pression des doigts, qu'une très-petite quantité de liquide, par l'orifice de la petite cavité que l'enlèvement de la croûte centrale a mise à nu.
La preuve de la susceptibilité du cheval à contracter la variole résulte, comme pour le bœuf, de ce que, une fois variolé, il n'est plus propre à prendre la vaccine ; et une fois vacciné, il se montre réfractaire à la variole.
Le virus variolique du cheval s'affaiblit, comme celui du bœuf, lorsqu'il est inoculé du cheval à un animal de son espèce, mais non pas aussi rapidement que dans l'espèce bovine ; ce qui implique-
CIIAPITHE IV.
rait que l'organisme du cheval est plus propre que celui du bœuf à la culture du variolin. Mais la variole n'y reste pas moins la variole ; ce qui le prouve, c'est que, lorsqu'on va en repuiser le virus dans l'organisme équin qui l'a reçu, pour le faire retourner à l'homme, la maladie qu'on détermine chez celui-ci est la petite vérole, se généralisant sur tout le corps, et revêtant même les caractères infectieux qui lui sont propres. (H. Bouley),
y> Le virus variolique, ajoute M. H. Bouley, semble perdre de son énergie en passant par le médium du cheval, mais il reste identique à luimême. Rien, dans les résultats de l'expérimentation, n'autorise donc la doctrine qui fait de la variole humainela source commune d'où procéderaient non seulement les maladies antagonistes de la variole, mais encore toutes les maladies varioloïdes des animaux.
Et M. H. Bouley conclut ainsi : « La doctrine de y> l'identité de la variole et de la vaccine ne saurait y> donc être acceptée, puisque, loin de trouver son appui dans l'expérimentation, elle est contredite et infirmée par tous les faits de l'expérimeu- V tation. n
MM. Chauveau, Viennois et Meynet ne sont pas moins absolus. Le dernier § de l'article II de leur mémorable rapport se termine ainsi : " Ces expé- » riences jugent le litige en dernier ressort. Trans- » porté et cultivé sur la vache, après avoir produit, » sur l'homme, pendant plusieurs générations, des
" éruptions locales tout-à-fait identiques, en apparence, à la vaccine, le virus variolique équin ne y> produit que les phénomènes de la variole comme r> dans l'espèce chevaline. Ce qui établit déflnitive- Qient cette proposition que l'organisme du cheval » nesl pas plus apte que celui du bœuf à h^ans former n la variole en vaccine. ^
A ces conclusions, M. Depaul a répondu (séance du 30 mai 1865). « J'accepte les résultats énoncés y par M. Chauveau, mais je n'accepte pas ses con- » clusions. Je reconnais l'intérêt de ses recherches, « mais je crois devoir faire des réserves sur les « conséquences qu'il en tire. »
28. Dans notre ignorance de la nature des réserves faites par M. Depaul, nous dirons celles que font naître, dans notre esprit, les conclusions de M. H. Bouley et celles de la Commission lyonnaise.
Ces conclusions ne sont pas adéquates. Les prémisses sur lesquelles elles s'appuient établissent simplement que l'organisme du cheval n'est, pas plus que celui du boeuf, apte à transformer en vaccine la variole qui lui a été confiée par inoculation. Elles laissent entière la question de savoir de quelle façon se comportent l'organisme de la vache ou celui du cheval, par rapport au virus variolique reçu par voie d'absorption générale.
Et lorsque nous voyons la différence qui existe, aussi bien chez l'homme que chez la vache ou le cheval, entre les affections variolo-vaccinales, sui-
114 ciiAi'iTiti': IV.
vant qu'elles se développent par absorption générale ou par insertion locale, il nous est bien permis de dire qu'avant de conclure ainsi qu'on a fait, il y avait un hiatus à combler ; il restait à savoir ce que rendent ces mêmes organismes quand on leur confie la variole, soit par la voie de l'absorption générale, ce qui paraît expérimentalement difficile, soit, au pis aller, par celle de l'injection intralymphatique, intra-veineuse ou intra-cellulaire, ainsi que M. Chauveau l'a fait pour la vaccine Aussi longtemps que cette expérience n'aura pas été faite, les conclusions de la Commission lyonnaise devront être considérées comme prématurées.
Quand une maladie virulente éruptive est inocu lée, la lésion élémentaire, a dit Auzias Turenne, ne ressemble pas absolument à celle de l'accident primitif, dont elle n'égale pas d'ordinaire le développement ni la puissance virulente (vaccine, syphilis, etc).On dirait que l'accident primitif acquiert en profondeur et en lenteur ce que l'accident général gagne en superficie ,• l'un semble être la condensation et l'autre la dissémination du principe virulent. Le premier représente le virus qui pénètre dans l'organisme, le second le virus qui s'en échappe.
Cela étant, il nous est permis de dire que l'hypothèse de M. Depaul attend encore d'être réfutée ; bien plus, qu'elle emprunte aux découvertes récentes de la science une force qui lui manquait, alors que la théorie parasitaire n'avait pas encore fait ses plus intéressantes révélations.
DKS OllIfilXI-.S l)K l.\ VACCINK. 1 !•»
29. Nous allons reprendre cette hypothèse, en réclairant des lumières fournies par ce qui est déjà connu aujourd'hui de l'atténuation des virus par leur culture dans les différents milieux. Cette hypothèse, son auteur l'exprime carrément dans cette proposition :
^ Il n\j a pas de virus vaccin. Le vaccin n'est y> pas autre chose que la variole modifiée, atténuée, » ddns son passage à travers l'organisme du cheval - ou de la vache. -
Ces propositions, que nous avons naguère énergiquement combattues, demandent à être traitées désormais avec plus de respect.
Nous avons vu (14) que M. Pasteur était parvenu à destituer le virus du choléra des poules de son excès d'énergie par l'exposition de plus en plus prolongée, au contact de l'air, de son microbe spécial développé dans un milieu de culture, et à transmettre ainsi cette maladie sous une forme bénigne, capable toutefois de rendre désormais invulnérables à ses atteintes les animaux l'ayant subie sous cette forme.
11 a constaté aussi que le microbe, ainsi privé de son excès d'énergie, peut faire souche de microbes dans lesquels l'énergie de la virulence demeure contenue dans les limites mêmes où elle a été réduite, et qu'il est ainsi possible de constituer des races spéciales, n'ayant conservé que le degré de virulence nécessaire pour pouvoir être utilisées comme vaccin, et ne pouvant plus remonter
à la virulence première, qu'à des conditions restant encore à déterminer.
Nous avons vu encore (14) que M. Toussaint (de Toulouse) d'une part, M. Pasteur de l'autre, étaient arrivés à des résultats semblables, par des moyens différents, pour le microbe du charbon. Ici, c'est en soumettant le sang charbonneux défibriné à l'action d'une température de 55°, que M. Toussaint a réussi à déposséder, dans une certaine mesure, les bactéridies charbonneuses de leur excès de virulence. '
M. Pasteur, on le sait, a été plus loin ; et pour cela, il lui a suffi de produire des bactéridies charbonneuses privées de germes, en les maintenant au contact de l'air à la température de 42° à 43". L'atténuation ainsi obtenue, par la culture en liquide chaud, il est possible de la fixer dans les générations bactéridiennes à naître et den faire un caractère de race.
L'excès de virulence perdu peut-il être rendu? Oui, mais à des conditions déterminées (14).
Et ce ne sont point là vues de l'esprit ; ce sont des faits bien et dûment acquis à la science et passés, désormais, dans le domaine de la pratique. Il sera donc bien permis de les invoquer, et, s'il y a lieu, d'en faire, par analogie, l'application à d'autres espèces.
30. Que la variole flotte librement dans l'air ou qu'elle couve secrètement dans les germes, nous
DES OaiGINES DE LA VACCINE. 117
supposons qu'elle se précipite indistinctement sur l'homme, sur le cheval et sur la vache, et qu'elle est acceptée par l'un comme par les autres. Dans cette hypothèse, bien autrement vraisemblable que celle qui crée un microbe spécial pour le horse-pox, ce qui en entraîne un autre pour le cow-pox, toutes les obscurités s'évanouissent soudain.
Le virus atmosphérique, frappant l'homme, lui donne la variole confirmée, générahsée, s'il n'en a été mis à l'abri par une atteinte antérieure de la maladie ou par une inoculation préventive, variolique ou vaccinale, ou par une immunité originelle indéterminée. Les symptômes principaux par lesquels elle se manifeste sont ; un état fébrile et le développement, sur diverses parties du corps, de papulo-pustules, dont le caractère est bien Connu (4).
Que le virus créateur du horse-pox — nous n'ad mettons pas qu'un virus puisse naître spontanément dans les organismes, pas plus que dans l'atmosphère — que ce virus, disons-nous, s'empare de l'organisme d'un cheval, dans des conditions identiques, et nous voyons se produire soudain ce même état fébrile, moins énergique seulement, et des pustules en différant à peine par l'aspect extérieur, n'en différant pas par la structure intime.
De plus, si l'on inocule la matière qu'elles renferment, elle crée l'immunité variolique ou vaccinale, sur l'animal qui la porte aussi bien que sur l'homme.
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CIlAPITItl': IV.
Et réciproquement en ce qui concerne le germe repris à ce dernier.
Et il en est de même pour la vache. Avec cette difl"érence seulement que les réactions y sont encore moins énergiques que chez Je cheval.
Eh ! bien, admettons un instant que ce virus soit le virus unique dispensateur de la variole des gens, et tout s'explique incontinent, à la faveur de la théorie de l'atténuation des germes.
Rencontrant l'organisme du cheval, le virus s'y introduit et s'y installe dans un milieu différent de celui qui lui est familier. Il y subit une dépréciation semblable à celle que subit le virus charbonneux cultivé dans un bouillon spécial et à des degrés d'oxygénation et de calorification déterminés. Pour le charbon, une température de 45° suffit à tuer, dans son bouillon, la bactéridie dont la culture, au contraire, y est rapide et abondante à celle de 42 à 43°, c'est-à-dire à la différence de 2 à 3 degrés. Serait-il étonnant que rien que l'écart thermal, qui est d'un degré en moins de l'homme au cheval, fût pour quelque chose dans cette déchéance de l'élément virulent? Et de combien d'autres côtés encore cette différence dans la nature des deux milieux ne s'accentue-t-elle pas encore? Qu'y auraitil donc de surprenant à ce que, sous l'empire de telles conditions, le virus variolique fût destitué, chez le cheval, d'une partie de sa virulence de cette partie précisément qui le rendait propre à la propagation à distance et à la dissémination
Divs onir.iNrs de lv v.vcgink. 119
intime - susceptible d'éveiller le cortège de symptômes généraux si imposant chez l'homme?
Et, en réalité, le horse-pox n'est pas autre chose, phcnoménalement, que la variole humaine, privée de ces deux éléments.
Chez la vache, c'est la môme chose, à cette diflerence près que l'écart thermal y est de deux degrés au moins. La température chez l'homme étant en moyenne de 37.5, est de 38.25 chez le cheval et de 39 dans l'espèce Ijovine (Zûndel). Et, chose curieuse, comme s'il fallait que les faits nous donnassent préventivement raison, voilà qu'à cette différence thermale répond une déchéance correspondante de la virulence. On sait, en effet, que le horse-pox est autrement actif que le cow-pox, à telle enseigne qu'on l'a vu produire une éruption généralisée (Amyot (17) ) et qu'il n'y a qu'une voix sur le danger de l'inoculer à l'homme si on ne l'a fait passer, au préalable, à travers l'organisme du bœuf qui, tout le monde le reconnaît, va le dépouiller de l'excès de sa virulence et le rendre à l'état de vaccin inoffensif, complétant ainsi l'œuvre commencée dans son premier voyage.
L'hypothèse, telle que nous venons de l'établir, de l'origine unique de la variole et de la vaccine, répond à toutes les objections. Reprenez une à une toutes celles que nous avons reproduites plus haut, (26), et vous verrez que pas une ne tient devant la supposition, si plausible, de l'atténuation du germe, chef de la famille. Toutes les différences, quant au
120 CIIAPITIIB IV.
mode de propagation, à l'intensité des manifestations morbides, à la fréquence relative des deux maladies, à l'état épidémique oa endémique, invoquées par Bousquet, et, plus tard, par nousmêmes (i', s'expliquent par elle sans aucun embarras.
Bousquet a demandé qu'on lui fît connaître de quelle nature serait la modification subie par la variole traversant le bœuf ou le cheval. Cette transformation, dit-il, touche-t-elle à la constitution chimique ou vitale des virus? Gu cette constitution, restant la même, se borne-t-elle aux manifestations extérieures? C'est aïRcher de l'exigence quand on s'est montré si coulant à propos de ce fait, si bien établi qu'on n'a même jamais songé à en demander l'explication, à savoir que le virus du horse-pox ou du cow-pox, dits spontanés, trop virulent pour être inoculé à l'enfant, n'a besoin que de passer à travers l'organisme d'une vache pour redevenir inoflfensif. De même que le philosophe qui démontrait le mouvement en marchant, montrons-lui le fait de l'atténuation des virus par des procédés artificiels, et prions-le de ne pas nous en demander davantage.
Mais en supposant, dit-il encore, que la variole se changeât en vaccin sur la terre d'exil, à peine revenue dans sa patrie, elle y reprendrait ses carac-
(1) la vaccine et la vaccine obligatoire à V Académie royale de médecine de Belgique. Broch. in-B», p. 92. Bruxelles, Manceaux»
DES ORIGINES DE LA YACrjNE. 121
tèrcs, sa physionomie et toutes ses propriétés. Eh bien ! cette supposition tombe encore devant l'expérience déjcà acquise, et que, par analogie, nous appliquons si volontiers à la défense de notre thèse : - Le microbe privé de son excès d'énergie peut » faire souche de microbes, dans lesquels l'énerw gie de la virulence demeure dans les limites V mêmes où elle a été réduite, et il est ainsi pos- 55 sible de constituer des races spéciales, n'ayant 55 conservé que le degré de virulence nécessaire 55 pour pouvoir être utilisées comme vaccin (14). ^
Cette virulence, il est vrai, peut remonter à son apogée, mais c'est à la condition d'être cultivée dans des milieux spéciaux, et Vexpérieiice a démontré que le milieu humain n'est pas propre à cette réascension, car elle y est sans exemple.
Restent les faits acquis par la commission lyonnaise, faits dont l'importance, sans cesser d'être considérable,ne doit cependant pas être surfaite. Personne, en effet, ne méconnaîtrala différence énorme qu'il doit y avoir entre l'élaboration des germes dans toute l'étendue de l'économie et celle qui va s'opérer dans un petit coin de territoire, ainsi qu'il arrive dans les divers procédés d'inoculation par soulèvement d'un lambeau épidermique. Et cette différence, la nature ne nous la montre-t-elle pas déjà quand elle nous fait voir l'intensité des phénomènes issus de l'absorption générale dans la variole humaine, le horse-pox et lecow-pox naturels, et ces phénomènes à peine ébauchés dans ces mêmes affections créées par la lancette ?
122 CHAPITllR IV.
Non, avant de pouvoir arriver à la conclusion qu'on s'est trop pressé de vouloir tirer du résultat des inoculations, il y a encore bien des degrés à franchir : il y a d'abord l'injection intra-cellulaire, intra-veineuse et intra-lymphatique de la variole humaine chez le cheval et chez la vache, puis la contamination variolique par voie atmosphérique, de ces mêmes animaux, au moyen de matières virulentes inspirées sous la forme de poudres fines. Si de ces injections ou de cette contamination sort la variole, la thèse de l'unicité attendra encore sa démonstration. Que s'il en résulte la vaccine, oh ! alors, la grande querelle sur l'origine de la vaccine sera terminée du coup ; la vache et le cheval ne seront plus que les laboratoires où la natui'e se charge d'atténuer, elle-même, les germes dont elle a besoin pour l'oeuvre de prophylaxie imaginée par le génie de Jenner.
J'ai fait un grand nombre d'expériences dans cette direction, avec le concours éclairé de M. Hugues, vétérinaire très-distingué de l'année. Elles ont toutes porté sur des chevaux et ont toutes été négatives.
Cela ne nous découragera pas, nous les recommencerons. Que si les chevaux continuent à ne pas nous donner la solution recherchée, ce ne sera pas une raison, pour nous, de croire qu'ils se sont prononcés contrairement à nos idées. Si précises que soient les données de l'expérimentation moderne, il n'est pas permis d'augurer de son silence
ItKS OllICIMvS l)K LA VACCINE. 423
quand il lui plaît de se taire. Et de ce que, dans l'espèce, cette expérimentation s'est jusqu'ici montrée peu comm.unicative, il n'en résulte pas que son arrêt soit décisif. La nature a des voies qui dominent l'expérimentation.
Quoi qu'il en soit, force nous est pour le présent, et nous le regrettons, de considérer la thèse de l'unicité comme une hypothèse simple. Hypothèse respectable, toutefois, car il n'en est aucune autre qui donne, aussi bien qu'elle, la clef du problème complexe dont nous venons de rechercher la solution.
De la vaccine humaine. — 31. Définition. — 32. Du pri7icipe actif du vaccin. — 33. Le microbe vaccinal. — 34. A quel moment apparaît-il dans la papiule variolique ou vaccinale ? — 35. Quel est le sort idtérieur des micrococcus du vaccin ? — 36. Comment V immunité procurée par la vaccination peut-elle s expliquer scientifiquement ? — 37. Composition du vaccin. — 38. Cest bien dans le microbe que réside la virulence du vaccin. — 39. 40. 41. 42. Technique de la vaccination. — 43. Vaccination au moyen du vaccin de conserve. — 44. Vaccin enU^e plaques de verre. — 45. Vaccin sur pointes d'ivoire. — 46. Vaccin en tubes . — 47. Insertion du vaccin conservé.
31. Le vaccin est un élément figuré, virulent, qui se rencontre dans les papules du liorse-pox ou du
cow-pox naturels ou artificiels. Inoculé à l'enfant, il donne naissance à des papules offrant tous les mêmes caractères, et recélant, à leur tour, un élément semblablement inoculable à l'espèce humaine, à la vache et au cheval, et qui se nomme également vaccin.
Le vaccin, qu'il provienne en droite ligue du cheval ou de la vache, jouit, au degré près, des mêmes propriétés ; il donne lieu au développement de pustules caractéristiques, et, quand il a été inoculé à un sujet de l'espèce humaine, bovine ou équine, lui confère l'immunité, soit variolique, soit vaccinale.
On a dit que la vaccine, c'est la variole des animaux inoculée à Vhomme (Jules Guérin). Simple question de terminologie. Nous appelons vaccin la variole des animaux, tout aussi bien avant qu'elle soit sortie de chez elle qu'après avoir passé à l'espèce humaine. Vouloir prétendre que la variole des animaux a besoin d'emprunter à cette dernière des éléments constitutifs spéciaux pour devenir vaccin, c'est restreindre de façon fâcheuse la signification du mot ; c'est vouloir différencier le vaccin humain du vaccin animal, ce qui, au point de vue de leurs manifestations respectives, ne se justifie ni scientifiquement, ni pratiquement.
32. Dans tout ce qui précède, il n'a été jusqu'ici question qu'incidemment (10) de ces petites granulations spéciales, qui se trouvent dans la pustule
l^li) ClIAl'lTHE V.
variolique et dans la pustule vaccinale, sur lesquelles l'attention s'était déjà portée il y a bien longtemps, et qu'on s'accorde aujourd'hui à considérer comme des organismes végétaux parasitaires, infectieux ; la régularité de leur forme, leur groupement, la constance de leur apparition à tous les stades de l'éruption, leur présence dans tout liquide d'inoculation, dont ils forment l'élément sine qaâ non de l'activité virulente, enfin, leur étude, comparée avec celle des agents microbiens, dont la propriété infectieuse d'une part, la nature parasitaire de l'autre, sont hors de doute, justifient cette manière de voir.
Ces microbes, considérés comme agents spécifiques de la variole et de la vaccine, sont des coccus, petits et absolument sphériques.
Dans un opuscule qui appartient à l'histoire (1), Gluge, s'occupant de la composition intime de la vaccine, s'exprimait ainsi :
« Les pustules observées du sixième au huitième jour fournissent un liquide contenant :
^ \° Au microscope, une masse blanche tout-àr> fait uniforme, die zusammenhing und in « der sich keine einzelne Partikeln unter- » scheiden liessen. Sie erstarrte zu weis- « sen, baumfôrmigen Gruppen unter dem » Microskop.
(1) Anatomisch-microsliopische JJntersuclmngen 2 vol., le V paru à Winden en 183^, le second à Jena, en 1841, par Gluge, Ijrofesseuv à l'Université de Bruxelles. Toine 1, p. 67.
1)1-: LA VACClMv llLMAINli:. 127
« 2° On y voyait beaucoup de cristaux ; le liquide fut généralement examiné un quart d'heure après avoir été recueilli. Les cristaux se forment si rapidement qu'ils doivent nécessairement se trouver dans le vaccin inoculé.
r 3° Sparsame Blutkugelchen , die immer « da sind, der Verletzung angehôren, und,
wie der Befolg zeigt, in so geringer - Quantitàt die Inokulation nicht hindern.
- Nous avons donc ici encore un exemple d'un principe puissant, lié à un amas de matière dans lequel nous ne découvrons pas de particularités physiques appréciables. " Vielleicht ist die w Chemie , die bis ietzt nur einige Salze in r ihr gefunden hat, einst glûcklicher. «
M. Gluge semble donc admettre qu'il n'y a pas, dans le liquide dit vaccinal, d'autres éléments figurés que les globules du sang et les cristaux. Ceux-ci, toutefois, doivent lui avoir semblé caractéristiques et lui avoir permis de distinguer, au microscope, le liquide vaccinal de tous les autres liquides pathologiques. Nous fondons cette opinion sur le passage suivant de Magendie (1).
« Une. des personnes qui m'écoutent, M. le docteur Gluge, est arrivé à distinguer entre elles les différentes espèces de pus, par la seule inspection des globules qui le constituent. Du pus recueilli par
(1) Phénomènes physiques de la vie. Bruxelles, 1838, t 111, p. 181.
moi à riiôpital, dans le poumon, la plèvre, le péricarde, les tumeurs phlegmoneuses, lui a été présenté, et il en a parfaitement indiqué l'origine. Je me rappelle même avoir voulu lui tendre un piège en lui donnant du pus artificiel de ma façon, mais il ne s'y est pas laissé prendre. Je ne doute donc pas qu'on ne puisse reconnaître, à de certains caractères physiques des globules, les diverses espèces de pus, etc. »
Il est vraisemblable que c'est à la présence des corpuscules brillants, que Gluge considérait comme des cristaux, que cet habile observateur reconnaissait le liquide vaccinal et le distinguait des autres liquides pathologiques, et c'est bien vraisemblablement à lui qu'appartient l'honneur de les avoir, le premier, signalés.
Toutefois, c'est à Keber que revient celui d'avoir, le premier, cherché à se rendre compte de la nature de ces granulations brillantes, en cherchant à les séparer de la lymphe vectrice par différents procédés de filtrage. Il réussit assez bien dans ses essais, pour constater que l'inoculation de la lymphe, vectrice de ces granulations, ne donne aucun résultat, quand elle en est privée. M. Chauveau, de son côté, s'était livré à des expériences minutieuses pour établir la valeur de ces granulations, à une époque où personne ne songeait encore, en France, à leur accorder la dignité d'éléments parasitaires ayant leur vie propre.
Les expériences de Chauveau avaient démontré
m \.\ VACCINK IIU.MAINK. 129
également, de la manière la plus indiscutable (1), que la lymphe vaccinale, privée de ses éléments corpusculaires, a perdu toutes ses propriétés virulentes. Malheureusement, ces expériences n'étaient pas probantes pour les granulations, parce que ce n'était pas seulement d'elles que l'on dépouillait le liquide d'inoculation ; on lui enlevait en même temps tous les autres éléments corpusculaires, leucocythes, cellules épithéloïdes, fragments protoplasmaliques, etc., pour lesquels, après tout, il était permis de revendiquer le pouvoir spécifique tout aussi bien que pour les granulations.
Il n'est pas douteux que les granulations actives, peut-être les cristaux de Gluge, ne soient un vrai microbe, parasite et infectieux; les progrès faits, ces dernières années, dans la reconnaissance de ces organismes inférieurs ne laissent plus à ce sujet l'ombre d'un doute. Jusqu'ici l'on n'est pas parvenu à les cultiver en dehors de l'organisme ; toutes les tentatives les plus persévérantes faites dans cette direction ont échoué. Ce n'est qu'une raison de plus pour les poursuivre. 11 est inutile de faire remarquer, en effet, que, si l'on parvenait à opérer la culture du microbe vaccinal dans des milieux dégagés de toute promiscuité suspecte, un progrès considérable serait réalisé.
(1) Chauve.vu. Nature des virus. Déterminati exi^érimentale des éléments qui consUtuent le principe virulent dans le pus varloleux et le pus morveux. Àcad. des sciences, .séance du 24 février 1868. (Gaz. hebd. 13 mars 1868, p. 16.5.)
'VÀO CIIAI'IÏHIC V.
Ceux qui croient que le horse-pox et le cow-pox ne sont que la variole humaine, atténuée en passant par l'organisme du cheval ou de la vache, — et c'est une opinion avec laquelle il faudra compter désormais,— songeront sans doute à chercher le prophylactique de la variole dans l'atténuation du virus de celle-ci, ne le pouvant trouver dans la culture du microbe vaccinal en des milieux inoffensifs. C'est une idée qui est déjà vraisemblablement à l'étude et qui fera du chemin.
33. Le microbe vaccinal ne diffère point, par des caractères physiques appréciables, du microbe variolique. Et cependant, ils doivent avoir une organisation différente en quelques points échappant à nos moyens d'investigation, puisqu'ils engendrent des produits non entièrement similaires. Qui distinguera, entre deux graines de pavot, celle qui donnera naissance à une fleur rouge de celle d'où une fleur blanche sortira ? Le noyau de l'amande douce, qui fournira un fruit bienfaisant, ne diffère pas, à la vue, du noyau de l'amande amère, qui porte en lui le plus violent des poisons, et cependant nul ne songera à arguer de la ressemblance extérieure des deux graines pour prétendre à leur identité ; personne ne doutera, pour cela, de la différence qui doit exister dans leur organisation moléculaire. Il en est de même pour les infiniment petits; nos moyens d'investigation seuls sont en défaut. Le perfectionnement de ces moyens nous
tlim quelque chose peut-être demain, peut-être dans un temps plus éloigné, peut-être jamais.
En attendant, voici ce que nous savons de ees organismes, qui sont d'une petitesse telle qu'avec les plus forts grossissements de nos meilleurs instruments, ils n'apparaissent encore que comme les points de nos caractères ordinaires d'imprimerie.
Klebs en donne la description ci-après (1) :
« Les organismes de la vaccine, comme ceux de la variole, se montrent exclusivement sous forme de micrococcus, et, dans aucune phase de leur développement, ne prennent d'autre aspect que celui de petits globules sphériques.
» Ni dans la pustule variolique, ni dans le vaccin animal, ni dans les organes d'individus morts de variole, nous n'avons trouvé de figures bâtonnées. Nous avons donc à faire à des micrococcus purs, qui, dans les stades divers de leur développement, ne passent par aucune autre forme » .
Le diamètre des coccus de la vaccine est, d'après les mensurations de Klebs, de 0,6 micromillimètres. Les coccus delà variole et ceux des pustules qui s'obtiennent chez le veau par l'inoculation du virus varioleux humain, oscillent sensiblement autour de ce diamètre, les premiers au-dessus, les seconds au-dessous. Peut-être l'abondance ou l'insuffisance du matériel nutritif, ainsi que certaines conditions de développement, influent-elles sur ces dimensions. Ces mensurations de Klebs pèchent d'ailleurs, nous
(1) Klebs. ArchivfUr experini. Pathologie. X, 2-3.
132 CllAl'ITlîK V.
semble-t-il, par le petit nombre des cas sur lesquels elles ont porté.
■Enfin, Klebs signale comme caractère plus ou moins propre des microbes du vaccin comme de ceux de la variole, la disposition, évident d'après lui, à se mettre en groupes de quatre, à ce point qu'ils mériteraient le nom de " micrococcus quadrigeminus. 55 (1)
34. Où et quand les micrococcus apparaissent-ils dans la pustule variolique ou vaccinale ? Comment y a lieu leur développement et quel rôle y jouentils par rapport aux altérations que présentent les éléments anatomiques?
Ce n'est guère que sur la pustule d'inoculation vaccinale que le sort des microbes a été bien suivi jusqu'ici. Le travail de Pincus(2), paru cette année, donne à cet égard les détails les plus circonstanciés et les plus intéressants.
Disons d'abord que le développement, la marche et la constitution anatomique de la pustule vacci-
(1) Dans la séance de la Société de Biologie de Paris du 29 juillet 1882, M. Straus a j)résenté diverses préparations microscopiques de la pustule vaccinale du veau. On y voit de nombreux micrococcus colorés en bleu parle violet de gentiane, disposés en amas compacts ou en séries linéaires, suivant les espaces lymphatiques. Leu ■ nombre et leur position dans l'épaisseur de la couche de Malpighi et du derme lui-même varient suivant l'époque d'évolution de la pustule du cow-pox. Vers le 6^ ou le 7e jour, toute l'épaisseur du derme est envahie par les colonies de micrococcus.
(2, Vntersuchungen Uher die Wirlmngsweisse dcr Vaccination. Vol. in 8», pp. 164, mit 4 Lthog. Tafeln. Berlin, Hirsohwald, 1882.
I)K I.A VAC.CINR iiuMAixr:. 133
nalc ne diffèrent pour ainsi dire en rien de ceux de la pustule variolique. C'est toujours la couche muqueuse de Malpighi qui est le siège des premières et des principales modifications organiques. Alors même que la lancette a pénétré plus profondément, portant jusque dans les mailles du tissu dermique le liquide chargé de l'agent microbien dont elle est recouverte, c'est toujours dans les couches épithéliales que débutent les phénomènes propres de l'inoculation virulente. D'après Pincus, la réaction congestive qui succède presque immédiatement au petit traumatisme répond exclusivement à la lésion mécanique, vu qu'elle ne diffère pas dans les cas d'inoculaticn virulente et dans ceux de piqûre simple. Ces premiers phénomènes réactionnels sont rentrés dans l'ordre, avec cicatrisation complète, en-déans les quarante-huit heures.
Quant aux phénomènes relevant de l'action spécifique du virus, pour être moins immédiats, du moins dans leurs effets apparents, ils ne tardent pas à se manifester. Déjà 24 heures après l'inoculation, on peut constater, sur des préparations microscopiques, au niveau du rete Malpighi, des altérations indépendantes de la réaction traumatique, et qui se répartissent sous trois zones, dont la centrale, vrai foyer d'inoculation, est le siège de processus aigus que Pincus considère comme étant de nature nécrotique, et qu'il attribue à l'intensité de l'action microbienne. Les noyaux sont fragmentés, les cellules deviennent mécon-
naissables et se fondent en des masses diffuses, sans structure et jaunâtres (nécrose primaire). La description de Pincus se rattache à celle donnée par Weigert pour l'éruption variolique, et s écarte de celle fournie par les auteurs français.
Quoi qu'il en soit de la nature de cette première altération des cellules épidermiques, il est établi que les micrococcus se multiplient, au niveau de ces foyers, avec une extrême rapidité.
La deuxième zone, moins intensément affectée par le virus, est désignée, par Pincus, sous le nom de zone de dégénérescence trouble. La troisième, externe, est celle de l'irritation ; la multiplication cellulaire semble y être très-active.
Comme nous l'avons dit, le petit traumatisme détermine presque immédiatement une réaction congestive, avec augmentation de circulation sanguine et lymphatique. Cette période réactionnelle banale est très-courte, et suivie généralement, dès le deuxième jour, d'une diminution sensible de l'intensité des courants plasmatiques. Le repos consécutif dure de vingt-quatre à quarante-huit heures. Cet abaissement de la ch'culation est mis, par Fauteur, sur le compte de l'infection virulente locale; elle s'accompagne d'une multiplication rajiide des microbes.
Du troisième au quatrième jour, l'abord plasmatique devient habituellement très-actif, sans qu'on sache encore, la cause de ce changement. C'est à partir de ce moment que le développement de la
DE LA VACCINE IIUMAINK. 13o
vésicule commence. Le liquide d'exsudation se fait une voie dans la zone d'inoculation et dans celle de « dégénérescence trouble » ; la zone extérieure s'élargit, la multiplication cellulaire s'y active encore; enfin, le derme cutané se remplit peu <à peu de leucocythes.
Les phénomènes de réaction inflammatoire banale viennent se mêler avec les effets directs de l'agent infectieux, et la part des uns et des autres ne peut plus être faite. C'est quelques heures, généralement un jour, après que la circulation a si vivement réagi, que commencent les phénomènes fébriles généraux. Cette fièvre est-elle due à l'action directe des microbes emportés dans les voies générales et à l'efforj; fait par l'économie pour en provoquer l'expulsion, ou est-elle l'effet d'une espèce d'empoisonnement de l'organisme par les produits de décomposition et d'altération des protoplasmes cellulaires attaqués parle microbe? On ne saurait le dire. Il semble établi cependant que l'injection directe, dans le tissu conjonctif, de microbes de la vaccine, ne donne pas lieu à des manifestations fébriles intenses, et les expériences de M. Chaiiveau justifient cette manière de voir; mais les essais faits dans cette direction ne suffisent pas encore pour trancher la question.
C'est dans la partie moyenne du réseau de Malpighi que se fait le premier développement des micrococcus; c'est là aussi, nous l'avons vu, que se montrent les premières altérations spécifiques. Il
J36 CHAI'ITRE V.
semble que ces petits organismes inférieurs ne savent pas bien se développer dans les régions où existe un courant plasmatique bien intense. Et en effet, Pincus signale ce fait curieux, qu'au premier jour la pullulation des microbes ne se fait guère dans la zone d'inoculation, qui se trouve sous le coup d'une vive réaction et d'une circulation plus intense due au traumatisme, mais que, déjà à cette époque, on peut parfois l'observer plus en dehors, partant sans doute de quelques groupes emportés par le plasma nourricier, puis arrêtés en dehors de la région immédiatement atteinte.
Dès que la réaction traumatique s'est formée, c'est-à-dire le deuxième jour, les coccus entrent dans un développement rapide , cette fois au niveau même de la zone d'inoculation. Peutêtre altèrent-ils tout d'abord la vitalité des cellules épidermiques, trouvant ensuite, dans les protoplasmes altérés ou même nécrosés, un excellent terrain pour leur développement. Les follicules pileux doivent présenter également des conditions de vie très-avantageuses aux microbes, car, généralement, des colonies entières s'y rencontrent, logées, il y a tout lieu de le croire, dans des voies préformées des gaines et enveloppes du poil.
Lorsque la réaction du troisième ou quatrième jour entre en jeu, le développement semble s'arrêter; au moins se ralentit-il considérablement. Sans aucun doute, les coccus nouvellement
DE lA VACCINE HUMAINE. 137
formés sont en partie entraînés par la lymphe et vont infecter l'organisme entier .
Une expérience faite par M. Chauveau semble prouver que cette immigration vers les parties profondes de l'organisme se fait déjà après un temps beaucoup plus court. Sur une partie de la surface cutanée de la région du cou de plusieurs chevaux, il a fait en ligne cinq ou six inoculations à la lancette. Vingt-quatre ou quarante huit heures après, il a excisé complètement la partie de la peau qui portait les piqûres d'inoculation, et réuni, par une suture, les lèvres de la plaie, dont la cicatrisation s'opéra par première intention. De cette manière, il s'opposa à la germination sur place du virus inoculé ; l'éruption locale manqua nécessairement. Mais ce virus, avant l'excision du tissu où il avait été déposé, avait eu le temps de pénétrer dans le torrent circulatoire, où il avait dû agir comme un infectant général, car, au bout de quinze à vingt jours, il put constater qu'un certain nombre de sujets ainsi préparés avaient pris, dans les lieux d'élection, un exanthème vaccinal dont les caractères étaient absolument identiques à ceux de la vaccine naturelle.
Au cinquième jour, époque à laquelle la récolte du hquide vecteur peut déjà commencer, les coccus se trouvent en amas considérables sous le stratum cornéen ; souvent ils semblent, par leur développement, avoir pénétré les groupes de cellules en les écartant comme des coins. A cette
époque il existe aussi, dans les régions les plus superficielles du derme, des amas disposés en couches parallèles à la surface de la peau, tandis que , dans les régions plus profondes du derme, ces amas ne se" retrouvent guère.
A partir de ce moment et jusqu'au huitième jour, les coccus ont encore gagné considérablement de terrain ; il en existe de fortes masses dans la couche superficielle de toutes les parties nécrosées, et des groupes s'avancent dans la profondeur du derme. Ceci a lieu surtout au niveau des follicules pileux, dont les gaines et les canaux lymphatiques péri-folhculaires leur servent pour ainsi dire de route conductrice.
Les coccus de la variole se rencontrent généralement dans la profondeur du dernie à une époque moins tardive que ceux de la vaccine ; assez fréquemment, on peut de bonne heure observer des colonies entières engorgeant les voies lymphatiques et remplissant les anses capillaires des papilles. Le fait s'explique : dans la variole, maladie générale, la migration de l'ennemi se fait de dedans en dehors, et celui-ci doit traverser les papilles pour arriver à la couche privilégiée et s'y multiplier. Le contraire a lieu pour la vaccine inoculée, où le microbe procède de dehors en dedans, c'est-à-dire par voie concentrique.
35. Quel est le sort ultérieur des micrococcus? Nous avons vu que, à, la suite du mouvement
fluxiounaire, du troisième au quatrième jour, une partie de ces coccus est reprise et va se projeter dans tout l'organisme, une autre partie demeure sur place et continue à se développer. Nous n'avons que bien peu d'observations précises sur leur sort final. Bon nombre de coccus semblent périr sur place. On en observe beaucoup dont le volume est devenu beaucoup plus considérable par absorption d'eau, phénomène précurseur de la mort ou déjà postérieur à celle-ci. D'autres coccus gardent, au milieu des masses cellulaires desséchées et des sucs épaissis, toute leur vitalité, et la conservent pendant longtemps : la virulence des croûtes détachées des pustules varioliques ou vaccinales, virulence qu'on a d'ailleurs surfaite, le prouve suffisamment.
Quant aux coccus résorbés et projetés dans la circulation générale, nous savons que ceux de la variole inoculée se colonisent dans des foyers secondaires, lorsque l'économie n'est pas réfractaire à leur action. En effet, cette inoculation amène le développement local d'une pustule variolique, suivie, du quatrième au cinquième jour, d'une infection générale dont témoignent la fièvre, le malaise, et qui, le plus souvent, est suivie elle-même d'une éruption disséminée et d'une intensité variable, qui apparaît du huitième au neuvième jour (11).
Le sort des coccus repris de ces nouvelles pustules ou de toute éruption variolique secondaire à une infection générale, enfin, de ceux de la pustule vaccinale, est jusqu'ici tout-à-fait inconnu. Il n'est
liO ciiAPnniî V.
pas douteux, semble-t-il, que ces microbes ne périssent dans l'organisme. Mais où, quand et par quel mécanisme? Nous n'avons encore à ce sujet guère plus que des hypothèses, basées sur des analogies probables avec des champignons plus élevés, injectés dans,le sang, et dont le sort a été poursuivi dans ces derniers temps, spécialement par Grawitz.
36. Ici se place l'examen de cette question: Comment l'immunité procurée par la vaccination ou la variolisation peut-elle s'expliquer scientifiquement?
Trois hypothèses sonten présence : cellede l'épuisement, celle de l'antidote, celle de l'altération cellulaire.
La première suppose que le processus morbide produit par le virus inoculé consomme, détruit ou annihile une matière, inconnue d'ailleurs, dont l'existence est nécessaire au développement ultérieur du virus. Imaginée par Klebs, elle semble avoir rallié M. Pasteur.
Cette théorie, dit M. Grawitz (1), n'est pas admissible: 1° parce que l'organisme remplace toujours rapidement les substances qui sont consommées ; — 2° parce que les champignons des moisissures ne déterminent pas la décomposition dans le milieu où ils se trouvent et qu'ils laissent intacte la substance qu'ils n'assimilent pas; — 3° parce qu'eafin les cultures montrent que les champignons n'ont
(1) Virchow'sArchiv. B. LXXXIV, p. 87.
1)K I.A VAC.CINK III MAINK
Hl
besoin, outre l'oxygèue, que d'une solution d'albumiue ou de peptoue, qui ne manque pas dans le sang.
La deucciè'Ue hypothèse, dite de Vantidote (Klebs), est fondée sur ce fait que, dans la fermentation alcoolique, l'alcool, s'il est en forte proportion dans la solution, empêche le développement ultérieur du mycoderme. Elle a reçu un nouvel appui des découvertes deBaumann, Brieger et Salkowski ; ceux-ci ont démontré que, parmi les produits de dédoublement des matières albuminoïdes, il se forme des corps qui jouissent de propriétés antiseptiques, comme l'acide phénique, ou qui sont de véritables antiseptiques (Wernich) (2). Cette théorie a eu, en ce qui touche la contagion du sang de rate, un chaud défenseur dans M. Chauveau.
Elle n'en est pas moins invraisemblable, dit encore M. Grawitz, parce qu'on ne voit pas à quel corps les spores de moisissures pourraient donner naissance ; et qu'en tout cas, en supposant qu'elles soient capables, comme le mucus racemosus privé d'oxygène, de produire une substance antidote, celle-ci ne pourrait être qu'en quantité excessivement petite, vu la petitesse infinie de la masse des spores vis-à-vis de l'organisme entier, et qu'enfin cette substance antidote devrait être entraînée, par les excrétions, hors de l'économie.
La troisième hypothèse est due à M. Grawitz luimême : Que se passe-t-il, dit-il, quand on injecte
(2) Virchow's Archiv.BA. LXXVIII.
CIIAI'ITIIK V.
des spores dans le sang ? Une lutte pour l'existence entre celles-ci et les cellules des tissus. Cette lutte a pour résultat d'augmenter l'énergie vitale de ces dernières. L'immunité consécutive à la première inoculation s'expliquerait ainsi par l'augmentation de la résistance de nos cellules, qui, pour être suffisante, a dû dépasser en énergie vitale celle du parasite. Une fois accrue, cette résistance vitale peut durer des mois et des années, en se transmettant par hérédité d'une génération de cellules à la suivante.
Disons, à notre tour, à l'auteur, que cette explication, qui touche à de grandes lois naturelles, adaptation, etc., part de données tout-à-fait arbitrairement interprétées, et qu'elle est à mille et mille lieues d'une apparence même de démonstration.
Aucune de ces trois hypothèses n'est donc guère acceptable matériellement. Celle de l'épuisement, cependant, ne s'éloigne pas de la vraisemblance autant qu'on le croirait au premier abord. Une expérience de laboratoire, rapportée par Duclaux, rend bien sensible la fragilité des germes, leurs exigences nutritives et leur extrême impressionnabilité. Un liquide de culture contient un cinquantemillième de zinc ; une ou deux générations d'aspergillus absorberont complètement ce métal et rendront l'existence d'une nouvelle génération cliétive ou impossible. " Dans un tel liquide, dit M. Duclaux, un nouvel ensemencement, j'allais dire une nouvelle inoculation, resterait sans effet. » « Ajoutons,
1)1-; LA VACCINK IIL'MAINK. 143
continue-t-il, uu seize cent millième de nitrate d'argent au liquide nourricier, et la végétation s'arrête brusquement. Elle ne peut pas même commencer dans un vase d'argent, bien que la chimie soit presque impuissante à montrer qu'une portion de la matière du vase se dissout dans le liquide ; mais la plante l'accuse en mourant. Supposons que l'aspergillus soit un parasite humain, pouvant vivre et se développer dans l'organisme et l'envahissant tout entier, la quantité de nitrate d'argent nécessaire pour le faire disparaître du corps d'un homme pesant 60 kilogrammes, serait de 40 milligrammes. S'il ne pullulait que dans le sang, 5 milligrammes sufiaraient pour arrêter le développement d'un être aussi sensible. » 11 est vrai que d'autres espèces pourront vivre où meurt cet aspergillus. Chaque ferment a son liquide ou son milieu de choix, et l'on arrive à cette formule « que tous les sols ne conviennent pas à toutes les cultures et qu'un terrain fertile est bien vite épuisé. »
La théorie de l'éther, de ses vibrations ou de ses ondulations, est bien moins justifiable. S'en sert-on moins, pour cela, dans le langage scientifique, en vue de le faciliter ? La théorie de l'épuisement va pouvoir nous servir au même titre et dans le même objet.
Quel qu'il soit, végétal ou animal, le germe du vaccin ou de la variole a besoin, pour exister et se multiplier, d'un milieu approprié. « On ne peut, dit M. Pasteur, se défendre de l'idée que le microbe ne
i 'il CIIAlMTItK V.
trouve, dans le corps de l'animal où il va élire domicile, un milieu de culture, et que, pour satisfaire aux actes de sa propre vie, il n'altère ou ne détruise, ce qui revient au même, certaines matières, soit qu'il les élabore à son profit, soit qu'il les brûle, par l'oxygène qu'il emprunte au sang. » Or, tous les êtres humains, pour ne parler que d'eux, ne paraissent pas être, à un égal degré, ce milieu de culture favorable à la vie du germe variolique ou vaccinal ; les uns y sont propices, les autres réfractaires. Le germe s'attaque- l-il aux premiers, il s'y installe et s'y multiplie, en raison du pabulum vitce qu'il y rencontre ; celui-ci une fois épuisé, il meurt d'inanition ; de ce moment, l'immunité est acquise. Se heurte-t-il à un sujet réfractaire, soit de naissance, soit par épuisement préalable, il vient échouer à l'entrée.
Supposons l'ennemi dans la place, il s'y multiplie et s'y nourrit jusqu'à épuisement du sujet; de ce moment, celui-ci n'a plus rien à redouter de ses agressions pour un temps indéterminé; mais ce temps n'est pas illimité ; il peut venir un moment où la réceptivité se rétablit et ne peut plus être détruite que par un nouveau terme d'occupation. Le germe, introduit à nouveau, épuise derechef son sujet et le rend impropre à la vie de nouveaux occupants.
Pour certains sujets, il suffit à leur épuisement d'une seule colonie d'habitants ; pour d'autres, il en faut deux, trois, dix. Ne pouvant rien préjuger
i)K L\ v.vcciNK 111 muni:. 1 io
d'avance, il n'y a qu'au moyeu de s'assurer de l'immunité actuelle, c'est de répéter les inoculations à de courts intervalles de temps. Eîi matière de vaccine, nous appelons cela vaccinisation (64). Inutile de dire que c'est la revaccination qui doit périodiquement rétablir l'irréceptivité.
37. Depuis que le vaccin est connu, on le considère comme étant un liquide doué des propriétés spéciales inhérentes à ce virus. C'est une erreur, le vaccin est un corps figuré, (32) qui se trouve dans ce qu'on est convenu d'appeler la «pustule vaccinale », libre dans les loges dont cette pustule se compose, ouadhérentà leurs parois ou aux autres parties qui s'y rencontrent (gaines des poils, etc.).
La pustule vaccinale, d'autre part, est infiltrée d'un liquide séreux qui, chez l'homme, s'échappe dès qu'on lui donne issue, entraînant avec lui un certain nombre de corpuscules virulents.
Longtemps, on a cru que la pustule, ainsi ass îchée par l'issue de sa partie liquide, cessait de contenir de ces corpuscules; et, en effet, quand le premier flot s'en est échappé, si on laisse à de nouvelles quantités de sérosité dermique le temps d'aborder, cett3 sérosité n'entraîne plus que des quantités de microbes de moins en moins grandes, et la virulence de ce liquide retardataire en devient incessamment moindre.
Cela ne veut pas dire que la pustule ait perdu, de ce fait, tous ses principes actifs. Loin de là. On
sait, aujourd'hui, à n'en pas douter, que sa charpente reste tapissée de coccus, ce que l'excision des pustules chez les animaux, impossible et inconnue chez l'enfant, permet chaque jour de mettre hors de doute.
Nous verrons plus loin le parti que l'on a tiré de cette connaissance, pour l'établissement des procédés à mettre en usage dans la conservation du vaccin animal.
Quoi qu'il en soit, si Ion ouvre, soit par incision, soit par simple piqûre, une pustule vaccinale arrivéeàla flndu septième jour, dans l'espèce humaine, assez superficiellement pour n'en blesser que l'enveloppe la plus extérieure, il s'en échappe un liquide qu'on est convenu d'appeler vaccin, se rapprochant du plasma de la lymphe et tenant en suspension divers éléments solides.
Ces éléments sont :
1° Des leucocythes, excessivement rares tout d'abord, puis devenant de plus en plus abondants, jusqu'à couvrir, dans le stade purulent, tout le champ d'observation du microscope. Ces leucocythes peuvent être en dégénérescence granuleuse, granulo-graisseuse, etc.
2° Des cellules épithéloïdes nécro tiques, des fragments nécrosés divers, souvent irréguliers, provenant des cloisons, etc.
3° De grandes cellules multi-nucléaires, nées peut-être de la confluence de plusieurs leucocythes, dues sans doute aussi à l'accroissement et à la mul-
tiplicalion du noyau des cellules épitliéliales, sans division parallèle de la masse du protoplasme.
4" Les micrococcus décrits plus haut. Ils existent presque seuls dans le liquide encore clair des jeunes vésicules. Ils sont isolés à cette époque. Plus tard, on les trouve réunis en majeure partie en colonies irrégulières et criblant les éléments cellulaires du liquide.
5° Des granulations moléculaires libres, trop irrégulières pour pouvoir être rapportées à des coccus.
6° Toute espèce de mélanges accidentels: globules rouges du sang, cellules et masses épidermiques cornées, entraînées avec le liquide ; impuretés de tout ordre qui se trouvent sur la peau ou sont venues s'attacher à la pustule vaccinale.
Il est évident que le liquide varie aussi notablement d'après l'époque de la récolte, l'organisation cutanée individuelle, les précautions prises pour le recueillir, etc., etc. Il diffère également chez les divers animaux vaccinogènes,
38. Ainsi que nous venons de le dire, le siège de la virulence dans les granulations brillantes, (microbes, coccus) est désormais fixé. C'est encore à jNI. Chauveau que revient l'honneur d'avoir fait expérimentalement la preuve de ce fait important.
Le plasma vaccinal qu'on a privé de tous ses éléments solides, en utilisant le phénomène de la diffusion, cesse d'être inoculable. Voici les expé-
lis CIIAPITHK V.
riences qu'a instituées l'illustre professeur de Lyon pour établir sa démonstration (1).
^ Sur un même sujet (enfant, cheval ou vache), on inoculait simultanément à la peau, par les procédés ordinaires, d'une part du vaccin pur de bonne qualité, d'autre part plusieurs dilutions vaccinales formées avec le même virus étendu d'une quantité d'eau graduellement croissante. On avait soin de faire, pour chaque série d'inoculations, le même nombre de piqûres, et de charger la lancette toujours avec la même quantité de liquide. Ces expériences ont été très-multipliées,de manière à essayer l'activité des humeurs vaccinales diluées au plus grand nombre de degrés possible. C'est ainsi que je suis arrivé, dans ces dernières séries, à inoculer le fluide vaccin étendu de 150 fois son poids d'eau.
« En général, les premières dilutions se sont montrées aussi actives que le vaccin pur. Les vaccinations faites avec le vaccin étendu de 2 à 15 fois son poids d'eau comptent, en effet, presque autant de succès que de piqûres. A partir de la dilution au 50'', au contraire, les inoculations échouèrent le plus souvent. J'ai cependant, dans un cas, obtenu une pustule sur dix piqûres faites avec du vaccin étendu de 150 fois son poids d'eau. Quant aux inoculations pratiqués avec les dilutions vaccinales
(1) Nature clu vaccin. Détermimtioa expérimentale des éléments qui constituent le principe de la sérosité vaccinale virulente. Acadéiiiie des sciences de Pans. Séance du 10 février 1868. (Qaz. hebd. de médecine et de chirurgie, 21 février 1868, p. 119.)
1)K I.A VACCINE IlUMAINi:. 149
comprises entre la 15° et la 50", les unes avortèrent, les autres réussirent, mais le nombre des piqûres avortées fut toujours plus grand avec les dilutions étendues. A ces résultats, il faut ajouter une observation importante ; dans tous les cas où l'inoculation réussit, l'éruption se comporta absolument de la même manière. La pustulation suivit une marche et présenta des caractères identiques avec ceux de la pustulation produite par l'inoculation du vaccin pur. Echec ou succès, tout a donc été net et complet dans ces expériences. Jamais il ne s'est rien manifesté de mixte, d'intermédiaire ou d'atténué dans les efiets des inoculations.
» Ainsi, le résultat des ces expériences a été, sur tous les points, contraire à la présence du liquide virulent dans le plasma de la sérosité vaccinale, et en conformité parfaite avec l'activité virulente des éléments solides flottant dans cette sérosité » (31).
Comme on vient de le voir, l'humeur vaccinale trcs-diluée ne peut s'inoculer à la lancette que trèsexceptionnellement. Si c'est réellement parce que les corpuscules virulents, très-éloignés les uns des autres par la dilution, ne sont amenés qu'exceptionnellement sur la pointe de l'instrument, Tinoculation en masse du liquide dilué devra, au contraire, réussir à coup sûr, parce qu'elle mettra tous les corpuscules virulents contenus dans ce liquide on contact avec l'organisme. Or, c'est ce qui ne manque jamais d'arriver. En injectant dans l'appareil circulatoire du vaccin dilué à n'importe quel degré.
on infecte à coup sûr le sujet de l'expérience. Un des plus beaux liorse-pox artificiels obtenus par M. Chauveau a été produit par l'injection intra-veineuse de 8 milligrammes de sérosité vaccinale étendue de 400 fois son volume d'eau. Le liquide, inoculé à la lancette à plusieurs animaux avant l'injection, n'avait cependant pu faire pousser sur eux une seule pustule vaccinale.
Ces données nous seront très-utiles pour nous guider dans le choix des procédés opératoires de la vaccination et des modes de conservation du vaccin, dont nous aurons à nous occuper dans les pages qui vont suivre.
39. L'inoculation du vaccin à l'espèce humaine, soit qu'il provienne d'un enfant, soit qu'il soit emprunté au cheval ou au bœuf, s'appelle vaccination. Dans le premier cas, c'est la vaccination humaine; dans le second, la vaccination animale.
40. On la pratique en empruntant la matière vaccinale d'un sujet à un autre sujet appartenant à l'espèce humaine.
Bien que tout individu, quel que soit son âge, soit, à de très-rares exceptions près, apte à recevoir, une première fois, la vaccine et à la reproduire, c'est ordinairement aux enfants qu'on demande cette reproduction pour les besoins de la vaccination. 11 y a à cela deux raisons : la première, que
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la peau, plus fine, des jeunes sujets se prête mieux à l'évolution intégrale de la pustule ; la seconde, qu'on sait, presque à coup sûr, avoir à faire ainsi à des sujets neufs, c'est-à-dire, soumis à une première imprégnation, ce qui n'est pas le cas pour les individus plus âgés. Chez ceux-ci, une atteinte de varioloïde ou une vaccination antérieures n'ayant pas laissé de traces apparentes peuvent donner le change. Or, l'expérience a démontré qu'une vaccine, dans ces conditions, ne donne lieu, le plus souvent, qu'à un virus affaibli, les pustules eussentelles cependant un aspect et un développement normaux.
Quand nous parlerons, dans la suite, de vaccin humain, c'est donc toujours à du vaccin d'enfant que ce mot s'appliquera.
Manière de vacciner.
41. Elle diffère, suivant qu'on fait usage de vaccin fluide puisé à même de la pustule, — vaccination de bras à bras, — ou de vaccin de conserve.
I. Vaccination de bras à hras. — Choix du vaccinifere. L'expérience a démontré que le vaccin, pour être de bonne qualité, doit provenir d'enfants vigoureux et bien portants. On choisira donc pour vaccinifères ceux ayant dépassé l'âge où certaines diathèses, la syphilitique, par exemple, peuvent exister sans se révéler par aucunes manifestations extérieures, c'est-à-dire celui de trois mois pour le moins. Quand ce sera possible, on s'enquerra de
l'état de santé des parents, et l'on rejettera tous les enfants de mauvaise souche.
On écartera avec soin, à titre de vaccinifères, les sujets atteints de maladies de la peau, de diarrhée ou de maladies aigiies, de quelque nature qu'elles soient. Il faudra, pour cela, les visiter foncièrement. Si les parents des vaccinifères s'en offusquent, ceux des enfants à vacciner en sont ravis.
Choix des pustules. — Même quand elles se présentent chez l'enfant le plus sain, les pustules vaccinales peuvent ne pas avoir toutes un égal volume. Cette différence importe peu quant à la qualité de la matière qu'elles contiennent ; une pustule très-petite peut donner d'excellent vaccin.
En général, voici comment se manifestent et se développent les boutons de vaccine légitime.
On a dit qu'à l'instant où la lancette du vaccinateur quitte le lieu de la piqûre qu'elle vient de faire, celui-ci s'entoure d'un petit cercle rose, d'une ligne de diamètre à peu près, lequel présage un heureux résultat. Ce signe, ainsi que le dit fort bien Bousquet (1), est commun à toutes les piqûres, de quelque nature qu'elles soient ; il n'indique donc rien par préférence pour la vaccine. « Le premier, le second et le troisième jour; dit encore Bousquet (2), on n'aperçoit rien, si ce n'est pourtant
(1) BousQUKT. Nouveau traité de la vaccine et des énqjtions V'irioleuses. Pai-is, J.-B. Baillière, 1818. (21. Id. p. m.
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une apparence de vie dans les piqûres, signe visible d'un travail profond et caché ; mais, pour des yeux inexpérimentés, le sujet vacciné est comme s'il ne l'était pas : c'est la période d'incubation, commune à toutes les maladies contagieuses et principalement aux fièvres éruptives.
« Du troisième au quatrième jour, un peu plus tôt e:i été, un peu plus tard en hiver, on aperçoit sur chaque piqûre un point rouge, plus sensible au toucher qu'à la vue ; en effet, lé doigt distingue très-nettement un [ etit engorgement ; il ne fait que commencer, mais il n'en doit pas rester là.
» Le cinquième jour à compter de celui de l'inoculation, ou le second de l'éruption, ce bouton se prononce davantage, mais il n'a encore aucun caractère particulier propre à le faire connaître pour ce qu'il est ; en sorte que, si l'on n'était pas instruit des antécédents, on n'en soupçonnerait pas la nature.
^ Parvenu au sixième jour, il est impossible de se tromper. Au lieu de se développer en pointe comme il avait commencé, le bouton s'élargit, s'aplatit, se creuse légèrement au centre, et prend une teinte blanchâtre tirant un peu sur le bleu, laquelle joue le reflet de l'argent ou de la nacre. En même temps, la base s'entoure d'un petit cercle rouge encore très-circonscrit, mais qui s'étend chaque jour davantage.
" Le septième et le huitième jour, mêmes symptômes, un peu plus marquées. La pustule, alors
dans toute sa vigueur, se présente aussi avec tous les caractères qui la distinguent ; large d'une à deux lignes, d'un blanc légèrement azuré, entourée d'une aréole plus ou moins étendue, déprimée à son centre et terminée par des bords durs, saillants, plus élevés que le reste de la surface.
w Le neuvième et le dixième jour, cet appareil de symptômes acquiert encore plus d'intensité ; mais le changement le plus remarquable se passe dans l'aréole, dont la couleur, plus vive, plus vermeille, disparaît plus difficilement à la presi>ion du doigt, et s'étend jusqu'à neuf ou dix lignes en tous sens. Les parties sous-jacentos sont engorgées, et cet engorgement est proportionné à l'intensité et à l'étendue de l'aréole.
» Dès le onzième j jur, le bouton commence à se flétrir ; le reflet argenté s'altère et brunit, l'aréole se rétrécit, pâlit et jaunit ; enfin, à dater du douzième ou du treizième jour, le bouton se dessèche et se transforme en une croûte dure, noirâtre, qui tombe du vingtième au vingt-cinquième, en laissant à sa place une cicatrice indélébile, tellement caractéristique qu'avec un peu d'habitude il est presque toujours facile d'en reconnaître l'origine.
» La cicatrice vaccinale est ronde, profonde, gaufrée, traversée de rayons et parsemée d'une foule de petits points noirs, qui répondent sans doute aux cellules dont les boutons sont garnis à l'intérieur. Il serait superflu d'ajouter que, plus la
cicatrice est récente, plus elle se confond avec les téguments, mais elle ne s'efface jamais complètement, y
Cette description est celle qui a été donnée précédemment de la pustule variolique. Nous y renvoyons pour les détails (4).
Il s'en faut, toutefois, que toutes les pustules vaccinales légitimes répondent de tous points à ce signalement, même chez les plus beaux enfants. La structure de la peau, plus fine chez les uns que chez les autres, peut-être la profondeur à laquelle le vaccin a été porté, peuvent leur imprimer des différences très-marquées.
Nous avons vu la pustule typique se présenter, le septième ou le huitième jour, sous la forme d'un turban blanc, entouré d'une aréole rouge et faisant une sailHe, limitée par des bords durs et saillants. Il n'en est pas toujours ainsi : parfois l'aréole manque complètement ; parfois encore, c'est la saillie qui fait défaut ; la tumeur semble s'être développée en dedans plutôt qu'en dehors ; le turban est remplacé par une zone blanc-nacré, toujours entourée alors d'une aréole inflammatoire, mais ne faisant pas de saillie appréciable au passage du doigt ; celui-ci, en appuyant, perçoit seulement la sensation d'une induration plus ou moins profonde.
D'autre fois encore, la pustule, chez l'enfant, présente les mômes caractères que ceux qu'elle offre le plus souvent chez l'adulte, dont la peau est moins délicate et moins souple. Elle est moins plate, moins
ombiliquée ; elle n'a ni la môme régularité de forme, ni le même éclat ; le bourrelet est moins net, l'arête moins tranchée ; l'aréole moins vive, moins intense. En un mot, elle offre, dans l'ensemble de ses caractères extérieurs, quelque chose d'indécis, plus facile à sentir qu'à décrire, et qui la rapproche, à quelques égards, de ce qu'on a appelé la « fausse vaccine. «
Malgré ces variétés de forme, le vaccin renfermé dans ces pustules, si l'enfant est de bonne souche et a reçu de bonne vaccine, est propre à être inoculé à d'autres, avec le même succès que celui qui provient de pustules typiques. Si celles-ci méritent néanmoins la préférence, c'est que la lymphe y est plus abondante, située plus superficiellement et partant plus facile à en extraire. On les choisira donc pour la vaccination de bras à bras, de même que pour la récolte dans les tubes, à laquelle elles se prêtent mieux que d'autres, plus difficiles à attaquer et plus susceptibles d'effusion sanguine.
Pour extraire le vaccin des pustules d'un enfant, il importe de lui saisir le bras avec fermeté, et de bien en tendre la peau. Les pustules alors se dessinent en une saillie plus forte. Cela fait, au moyen, soit d'une lancette, soit d'une aiguille cannelée, tenues obliquement par rapport à la surface de la petite tumeur, ou ouvre celle-ci en différents points par des ponctions ou des incisions superficielles. On aura soin que l'enfant ne puisse,
1)1-: I.A VACCIXK IIL'iMAIiNH. Iu7
par SOS mouvements, aller au-devant de l'instrument ; pour cela, on prendra de la main qui tient celui-ci, un point d'appui sur le bras lui-même, et Ton procédera avec une grande légèreté de. main. Si du sang apparaît, la pustule devra être dédaignée.
Les piqûres doivent être multiples, car, en n'en faisant qu'une, on ne voit venir que peu de liquide, les cellules qui le contiennent ne communiquant pas entre elles. Il faut attaquer la pustule par sa surface et par ses bords; on voit alors le liquide vaccinal sourdre en gouttelettes hyalines ; on le recueille sur la pointe de la lancette ou dans le creux de l'aiguille cannelée, et l'on procède à l'opération proprement dite.
42. Insertion du vaccin. — Elle a pour unique objet de mettre le vaccin en contact avec la couche muqueuse de l'épiderme {rete de Malpighi). Pour cela, il suffit d'une simple piqûre, au moyen d'une aiguille ou d'une épingle.
« La piqûre, dit Bousquet, est d'origine asiatique, ainsi que l'inoculation de la variole. Abandonnée aux femmes du peuple, cette opération était pratiquée par elles avec trois aiguilles liées ensemble. A ce procédé, aussi simple que facile, elles joignaient, suivant l'usage de l'Orient, les pratiques les plus superstitieuses. Deux hommes étrangers à notre art, Sutton père et fils, la débarrassèrent de cet appareil de charlatanisme et s'acquirent une
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réputation qui les conduisit rapidement à la fortune. On dit que la médecine anglaise en conçut quelque jalousie, mais elle eut le bon esprit d'adopter la méthode, qui, depuis, règne sans contestation. »
La piqûre, en effet, est un procédé simple et sûr, si l'on opère de bras à bras, c'est-à-dire avec du vaccin actuel, n'ayant été exposé à aucune des influences capables d'en désagréger les éléments. Certaine de charger quelques-uns des corpuscules dans lesquels gît la virulence, la pointe de la lancette ou de l'aiguille cannelée, glissée sous l'épiderme, les y dépose à coup sûr.
Quelques précautions sont cependant nécessaires : l'opérateur doit exiger que le bras de l'enfant à vacciner soit libre de tout vêtement, afin de pouvoir le saisir à pleine main par son dessous ; les quatre doigts d'un côté, le pouce de l'autre, il tend alors fortement la peau, puis, y appliquant la pointe de l'aiguille chargée de liquide vaccinal, obliquement et en déclivité par rapport au manche, — afin d'éviter que le liquide ne puisse quitter la pointe, comme fait l'encre d'une plume dont on tient le bec trop élevé—, il y fait une piqûre superficielle. Si l'aiguille ou la lancette ne portent du vaccin que d'un côté, c'est ce côté qui regardera la peau ; la piqûre faite, on exécutera alors, avant de retirer l'aiguille, un léger mouvement de soulèvement de la pointe, de façon à faire un petit godet épidermique, et l'on sera ainsi certain de faire arriver
le vaccin à son adresse. C'est autrement pratique que d'appliquer le pouce sur la pointe de l'instrument, comme pour l'essuyer contre les lèvres de la plaie, ainsi que le recommandent quelques vaccinateurs; précaution mal-heureuse, car le doigt emporte avec lui la presque totalité du liquide, au lieu de le retenir à sa destination.
Nous n'avons eu en vue que la vaccination faite au bras ;c'est qu'en effet l'usage s'est prononcé pour ce lieu d'élection. On choisit la partie supérieure et externe du bras, de préférence à toute autre, par la seule raison que c'est l'endroit le plus commode. Quelques mères demandent qu'on vaccine leurs enfants à la cuisse, pour éviter les cicatrices visibles au bras. Il n'y a pas de bonne raison pour s'y refuser ; il faut seulement choisir la partie supéro-externe, moins exposée que les autres à subir le contact des excréments.
Ilestd'usagede faire trois piqûres à chaque bras ; pour les garçons, on peut les disposer en triangle : pour les filles, il vaut mieux les faire en ligne horizontale, à une distance d'un bon pouce l'une de l'autre. Si l'on veut plaire aux mères et s'épargner des reproches par la suite, on demandera à cellesci d'indiquer elles-mêmes à quelle hauteur on doit les placer. La disposition en ligne horizontale permet de cacher les cicatrices à venir par un soupçon de manche.
On évitera le plus possible de faire couler le sang, non pas tant par la crainte que le vaccin n'en soit
IGO CHAI'ITUE V.
entraîné, que parce que les parents s'en agitent, et spécialement parce qu'en allant dans le derme assez profondément pour le faire saigner, on dépasse la couche où le vaccin est appelé à germer (couche de Malpighi). Quand l'enfant est tenû assis sur le bras de la personne qui le porte et que celle-ci se tient debout, comme le chirurgien, en pleine lumière, l'opération doit pouvoir se faire sans que le sang apparaisse et sans que l'enfant pousse un cri. Qu'importe, dira-t-on? Et l'on dira mal; plus on écartera de l'opération l'appareil imposant, et la douleur et les cris, plus elle réunira de partisans et d'adeptes. Il faut que, le moment venu, aucune mère ne soit retenue par la crainte qu'on ne fasse souffrir ses petits.
La vaccination pratiquée, on recouvre les bras, au niveau des piqûres, d'un coussinet d'ouate, en vue d'y maintenir une température uniforme et de les préserver des coups, des frottements et surtout des grattements qu'y appellent les démangeaisons, dont ils ne vont pas tarder à être le siège.
Il y a autre chose, en effet, dans l'acte delà vaccination, que la piqûre faite à la peau ; il y a l'introduction, sous l'épiderme, d'un principe germinatif que l'instrument du vaccinateur y dépose. Ce principe, qu'il soit virus, microbe ou ferment, prolifère promptement sur place, envahit les voies interstitielles attenantes, parfois même est transporté au loin (pustules supplémentaires), et provoque dans les tissus, au point où ils sont fixés, une altération
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nutritive qui aboutit à renscmble des phénomènes décrits plus haut (41).
Entre le moment de l'insertion vaccinale et la chute de la croûte, par laquelle le bouton se termine, il se passe de trois à quatre semaines.
Il y a des germes immédiatement au point de l'insertion, ceux qu'on y a déposés et qui bientôt s'y multiplient. Au bout de quatre à cinq jours, quelquefois plus tôt, la ruche où ils pullulent fait déjà saillie sous l'épiderme, et cette saillie va en augmentant jusque vers le dixième, où la tumeur suppure, puis se ratatine et se dessèche.
La virulence du contenu de la petite tumeur est d'autant plus grande que cette dernière est plus jeune. C'est donc à tort qu'on l'a accusée de ne produire, jeune, que de faux vaccin; c'est le contraire qui est vrai. Vers le septième jour, chez l'enfant, la matière vaccinale est assez abondante pour fournir aux services qu'on lui demande, sans que la proportion des principes actifs soit au-dessous du titre voulu pour qu'ils se présentent normalement à la pointe de la lancette du vaccinateur. Après le septième jour, la sérosité est en excès, et il faut une plus grande quantité de matière pour fournir à une bonne vaccination. C'est donc le septième jour ou plutôt le commencement du huitième qu'on choisit de préférence pourprélever le produit des pustules, non, encore une fois, parce qu'il est alors le plus actif, mais parce que c'est le moment le plus rapproché de l'insertion où il peut se récolter facilement et en quantité suffisante.
102 CIIAIMTIIK V.
43. //. Vaccination au moyen de vaccin conservé. — Le vaccin est d'autant plus actif qu'il est employé à une date plus rapprochée de celle de sa naissance. La vaccination de bras à bras répond le mieux à cette condition, et il serait à désirer que jamais l'absence d'un anneau n'interrompit la chaîne. Mais il n'en est pas ainsi, et le besoin de réserves pour la réfection des souches, perdues par le défaut de vaccinifères humains immédiats, s'est fait sentir dans tous les temps. De là la recherche des procédés les plus propres à conserver, pendant un certain temps, au vaccin extrait de ses cellules, le plus possible de son activité.
Le problème à résoudre est plus complexe qu'il ne le paraît d'abord. Conserver le microbe en vie le plus longtemps possible en est un des termes ; l'isoler des éléments dont l'introduction dans l'organisme constitue un danger, en est un autre, d'une importance non moins grande.
Quand on fait une boutonnière ou une piqûre à la peau d'un enfant et qu'on y introduit une matière animale, on pose, à chaque fois, la question de vie ou de mort. Pour que le danger soit immense, il suffit que la matière à inoculer soit atteinte de putridité, au moment de son introduction.
Sans doute tous les enfants auxquels on aura inoculé du vaccin putride n'en mourront pas, mais tous auront été menacés. Et c'est sans doute pour s'être trop peu préoccupé de cette éventualité que l'on a vu, et que l'on voit encore si souvent, des
accidents iullaininatoiros compliquer la vaccination, surtout quand elle est faite avec du vaccin de conserve: ce sont des pustules plilog'tnoneuses, des érysipèles, des abcès. Pour quiconque a suivi de près les vaccinations f^iites soigneusement de bras à bras et les autres, il est hors do doute qu'il s'ajoute à ces dernières des phénomènes surnuméraires dus à l'introduction, dans les plaies opératoires, de matières jouant presque toujours le rôle de corps étrangers, souvent celui de principes spécifiques ou septiques.
De quelque façon qu'on s'y prenne, il est difficile d'éviter cette action irritante du vaccin de conserve; mais il est facile d'écarter, de façon absolue, le danger de l'action septique. C'est à quoi il faut principalement s'attacher. Nous verrons combien peu l'on s'en est préoccupé.
Le moment le plus propice pour la récolte du vaccin humain est celui où il est le plus actif; ce n'est pas une vérité à démontrer ; malheureusement, ce moment est trop rapproché de celui de l'insertion pour permettre une récolte suffisante; il faut attendre que le bouton ait pris un certain développement, et que le vaccin vienne sourdre spontanément par les piqûres faites a sa surface. On ne peut pas, en effet, chez l'enfant, comme on le fait pour les pustules animales, exprimer, par des pinces compressives, le vaccin renfermé dans les profondeurs du bouton ; il faut se contenter de ce qui se présente naturellement. Or, le liquide
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vaccinal ne sort guère, en quantité notable, qu'à l'issue du septième jour. Plus tôt, il n'y en a pas assez pour les besoins. Plus tard, il y en a trop, c'est-à-dire que les corpuscules actifs y sont noyés dans une trop grande quantité de sérosité. Plus tard encore, il offre cet autre inconvénient d'être mêlé de pus.
Nous passons aux procédés en usage pour la conservation du vaccin humain.
44. A. Plaques de verre. » Ces plaques, dit Bousquet, sont carrées ; elles ont six, huit, dix lignes de côté ; on en prend deux qu'on pose alternativement sur un bouton largement ouvert, de manière que les points humectés se répondent exactement. On répèle cette petite manœuvre deux ou trois fois, et, lorsqu'on juge que la quantité de vaccin qu'elles retiennent est suffisante, on les applique l'une contre l'autre, après avoir donné cependant au vaccin le temps de prendre un peu de consistance, afin qu'il ne s'étale pas trop ; c'est l'affaire de deux à trois minutes. Il est d'usage, en France, de les luter, soit avec de la cire blanche, soit avec de la cire à cacheter. En Angleterre, on ne se donne pas cette peine ; on se con. tente de rapprocher exactement les plaques et de les envelopper dans des feuilles d'étain. J'adopte volontiers ce procédé ; il est plus simple et aussi sûr que beaucoup d'autres plus comphqués.
» Les plaques sont-elles destinées à un long
DE LA VACCINlî IIUMAINlî. 1 65
voyage, à passer les mers par exemple, on les met dans une petite bouteille à large goulot ; cette bouteille est elle-même renfermée dans une plus grande, et l'on interpose entre les deux un mélange frigorifique de nitre et de muriate de soude.
» Lorsqu'on veut reprendre le vaccin étalé et desséché sur les plaques, il faut les séparer. On y parvient aisément avec la pointe d'un couteau ; cela fait, on commence par ramener le vaccin à l'état liquide ; les uns conseillent de l'exposer à la vapeur de l'eau chaude ; les autres, et de ce nombre est Jenner, préfèrent l'eau froide ; nous pensons comme Jenner. Qu'on n'aille pas cependant prendre de l'eau à la glace: point d'excès. La température la plus convenable en tout temps est celle d'une chambre habitée.
» Quoique l'eau n'altère pas sensiblement les propriétés du vaccin, il est bon néanmoins d'en user avec discrétion. Pour moi, je me contente de plonger la pointe de la lancette dans un verre d'eau; il n'en faut pas davantage pour humecter, pour ramollir le vaccin épaissi, et le mettre en état d'être inoculé. Le reste de l'opération, comme si l'on vaccinait de bras à bras. ^
Ainsi s'exprime Bousquet. Il ne prévoyait point, paraît-il, que beaucoup de vaccinateurs et la plupart des sages-femmes, dont on tolère à tort l'ingérence en cette matière, trouveraient plus simple d'user de leur souffle tiède — et souvent embaumé d'alcool ou de tabac, ou peut-être impur encore à
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d'autres titres — pour remplacer la goutte d'eau pure dont il est parlé, et mettraient ainsi le comble aux inconvénients dune pratique qui n'en est plus à les compter.
L'emploi des plaques de verre, toi qu'il vient d'être décrit, compte, on le voit, nombre d'imperfections ; on eût voulu les réunir toutes qu'on n'eût pas autrement procédé. En appliquant, avec plus ou moins de légèreté, les plaques sur les pustules ouvertes, pour les charger, il n'est rien de plus fa,cile que d'entraîner, avec le vaccin, du sang qui sera venu s'y mêler et qu'il sera désormais impossible d'y reconnaître ; en rapprochant les deux plaques, on renferme dans la bergerie le vaccin, granulations et sérum, des cellules épithéliales, souvent du sang, et de l'air; tout ce qu'il faut, en un mot, pour favoriser, permettre au moins la macération, voire la putréfaction du contenu. Vainement aurat-on luté, calfeutré, scellé les bords des plaques, tout cela n'empêchera pas l'air d'accéder et d'agir. Et cela est si vrai que si, après quelques jours, on sépa're les plaques, et que la matière interposée s'y retrouve à l'état liquide ou à peu près, ce qui est rare, il s'en dégage une odeur de moisi, indice peu douteux de son entrée en putréfaction. Que si, au contraire, on la retrouve desséchée, il sera bien permis de se demander ce qu'on aura gagné à laisser s'opérer la dessiccation, par aciion lente, d'un produit macéré et déjà plus ou moins altéré, plutôt que de le livrer à une dessiccation immédiate
et franche, SOUS l'influence d'une chaleur tempérée, et de l'évaporation rapide des éléments liquides, ainsi qu'on le fait pour les plaques d'ivoire, dont nous parlerons bientôt. Ajoutons à tout cela le mode compliqué de la préparation, du lutage, de l'emballage des plaques de verre, si l'on A^eut les confier à la poste, et l'on verra que rien ne manque au cortège de leurs imperfections.
Un mot encore à ce sujet: « la vaccination pratiquée avec un vaccin fourni par un sujet vaccinifère bien choisi, a dit récemment M. Fonssagrives (1), vaut cent fois mieux que laA'^accination sur plaques, qui, en dehors d'une origine scientifique bien connue et bien constatée, devrait toujours être laissée de côté comme dangereuse et suspecte. «
Malgré cela, la plaque légendaire a encore ses partisans. Grand bien leur fasse. Prions-les seulement d'éloigner de leur pratique routinière ce qui en est le principal danger : en ajoutant à leur petite mare vaccinale une gouttelette de glycérine qu'ils y mêleront bien, ils la préserveront de la putréfaction, et, la glycérine étant un corps fixe, la retrouveront liquide, ou molle du moins, après un très-long temps.
45. B. Pointes d'ivoire. Elles constituent, à tous les égards, un mode utile pour recueillir, expédier et conserver le vaccin. Ce sont de petites plaques d'ivoire taillées carrément à l'une de leurs
(1) Gazette hebdomadaire. 4 nov. 1837, p. 695.
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extrémités, en pointe à l'autre, et ayant d'ordinaire- 6 millimètres de large sur 36 de long. L'extrémité en pointe est amincie et tranchante des deux côtés, très-acérée à son bout, en vue de la faire servir, au besoin, à l'acte même de la vaccination. Cette pratique est bonne en soi, puisqu'elle écarte absolument les inconvénients d'instruments banaux pouvant se contaminer ; les instruments d'ivoire, toutefois, offrent l'inconvénient de ne pas permettre d'incisions nettes.
On trempe l'extrémité de ces pointes, suivant une longueur de 4 à 5 millimètres, dans le liquide de pustules vaccinifôres ouvertes, puis on les fait sécher rapidement, soit au soleil, soit à un foyer rayonnant ne leur envoyant pas une chaleur dépassant de 30 à 40° centigrades, afin de dépouiller le vaccin du liquide qui le baigne. Il échappe ainsi à toute macération, à la façon des conserves de légumes séchés sur des claies, et qui bravent les outrages du temps. La pointe n'est-elle pas destinée à être utihsée à bref délai, on en badigeonne la partie recouverte de vaccin d'une couche de mucilage de gomme arabique faisant office de vernis, pour la préserver de l'action de l'air et de ses impuretés.
Ainsi préparé, le vaccin sec se conserve trèslongtemps. Pour l'expédition, on p'que la pointe sur une instruction indiquant la manière de s'en servir, on glisse dans une enveloppe de lettre et l'on jette à la poste. 11 n'y a rien de plus pratique.
M. Darke, do Londres, a récemment imaginé un petit appareil qu'il a fait breveter eu Angleterre et en Amérique, etqui n'est autre que la grosse aiguille de toilette à tête de verre, avec ces différences que l'épingle est en fer de lance et que la tête de verre est plate. C'est sur cette surface plane que le vaccin est déposé et qu'on le fait sécher, comme on fait pour les pointes d'ivoire. On fait les ôraillures (sci'atclies) avec la lance, on y dépose le vaccin, puis on rejette l'instrument qui, pour toute sûreté, ne doit servir qu'à une seule personne.
Pour se servir, soit de la pointe d'ivoire, soit de la lance-Darke (pin-point), on les trempe dans de l'eau tiède afin de ramollir lé vaccin, puis on frotte celui-ci sur les scarifications. On ramasse ensuite le tout sur celles-ci et on laisse sécher.
46. C. Tubes de verre. — Longs de neuf à dix centimètres, les tubes de verre employés habituellement sont capillaires et renflés à leur milieu. Cette disposition concilie l'avantage d'une capacité suffisante et d'une finesse des extrémités favorable à l'action capillaire, et se prêtant à une fusion facile dans l'opération de la fermeture à la lampe. Quand le commerce les livre, ces deux extrémités sont closes, pour que des impuretés et des particules de poussière n'en viennent pas oblitérer l'étroite lumière. Au moment de s'en servir, on casse les deux bouts; l'un d'eux est présenté à une gouttelette du vaccin d'une pustule qu'on vient d'ouvrir ;
170 CHAPITUE V.
le liquide s'y précipite, surtout si l'on donne au tube une position déclive propre à favoriser l'action de la capillarité en y ajoutant celle de la pesanteur. Le tube rempli, on le ferme eu en fondant les deux extrémités à la flamme d'une bougie ou d'une lampe à l'esprit-de-vin.
Les tubes à renflement médian n'ont, sur les tubes capillaires strictement C3''lindriques, que l'avantage de pouvoir, vu la finesse de leurs bouts eflilés, se fermer plus facilement à la chaleur. Les tubes cylindriques ont toujours des parois plus épaisses, nécessitant l'exposition prolongée du verre à la flamme, préjudiciable à la vie des germes.
Au moment de vacciner, on casse, dit Bousquet, les deux extrémités du tube, on adapte à l'une d'elles un chalumeau de verre ou un tuyau de paille, et l'on souffle doucement sur une plaque de verre où le vaccin va se répandre et où on le reprend avec la lancette pour l'inoculer. Il est plus simple de vider le tube sur le bras lui-même, où l'on vient de faire les scarifications prêtes à en recevoir le contenu. Il s'en perd moins et tout le vaccin arrive à son adresse.
M. Fiard a imaginé un petit tube de cinq centimètres de long, d'un demi-millimètre de diamètre, ouvert à l'une de ses extrémités et terminé de l'autre par une petite ampoule. Voici la manière de s'en servir : on commence par raréfier l'air contenu dans l'ampoale, soit avec les doigts, soit avec la
bouche. Cela fôit, on le saisit par la tige entre le pouce et rindicatcur, et on le présente, par l'autre extrémité, à la surface du bouton. Au même instant, il se fait une condensation de l'air, raréfié de la boule par la température de l'air extérieur, et le vaccin s'élance dans le tube en quantité plus ou moins grande ; peu importe, il ne faut pas pens er à le remplir. La manière de sceller est la même que pour les tubes capillaires ordinaires ; seulement il n'y a qu'un bout à fermer, celui opposé à la boule. Celle de vider le tube est beaucoup plus simple : cassez la pointe et réchauffez l'ampoule, vous verrez bientôt le vaccin circuler et s'échapper de sa prison par le seul effet de la dilatation de l'air. La sensibilité de l'instrument dépend de la grosseur des boules et de la petitesse du tube. Tout ceci rappelle le thermoscope ou le thermomètre différentiel (Bousquet.)
Ce-s tubes paraissaient oubhés, quand M. J. Bineau (1) les a recommandés de nouveau, croyant les avoir inventés. « Je vous avouerai franchement, nous écrit-il, que j'ai cru l'idée mienne. On m'a appris, depuis, que M. Pasteur n'emploie pas d'autres tubes pour la conservation de ses virus. »
Quelle est la valeur des tubes comme moyen de conservation du vaccin? Ecoutons Bousquet:
" Après avoir fait usage des plaques, dit-il, le Comité contrai adopta les tubes, et je ne doute pas que l'autorité de son exemple n'ait beaucoup con-
(1) Le Lyon médical. 18 septembre 1881
tribué à les mettre en faveur. Le vaccin peut, en effet, s'y conserver très-longtemps : dix, douze quinze mois et plus ; mais dire d'une chose qu'elle peut être, ce n'est pas dire qu'elle soit ni toujours, ni souvent.
r> A peine l'Académie fut-elle saisie de la vaccine que je fus frappé du peu de succès de ses envois de vaccin en province. A quoi cela tenait-il? on ne pouvait s'en prendre à la maladresse du commis chargé de préparer ces envois ; l'Académie avait eu l'attention de s'attacher celui de l'ancien Comité ; il n'y avait donc rien de changé à cet égard.
» Cepèndant la commission chargée plus spécialement de veiller sur ce précieux dépôt prescrivit une enquête ; elle désigna M. Burdin, l'un de ses membres, qui voulut bien se réunir à moi. Nous vaccinâmes ensemble et comparativement un nombre égal d'enfants, les uns de bras à bras, les autres avec du vaccin conservé dans des tubes. La différence des deux procédés parut sensiblement dans le résultat : le second donna presque moitié moins de boutons que le premier, quoique le vaccin n'eût pas au-delà d'un mois.
En suivant cette échelle de dégradation, on voit que le vaccin se détériore assez rapidement dans les tubes ; et, s'il n'y avait des exceptions en toutes choses, il serait facile d'indiquer le terme où il perd toutes ses propriétés.
» Je ne sais ce qui se passe dans les tubes capillaires, mais j'ai bien souvent observé que, lorsqu'on
les garde un certain temps, le vaccin disparaît peu à peu ; or, on est fort étonné, au bout de cinq à six mois, de les trouver presque vides. Ma première pensée a été qu'ils étaient mal bouchés, quoique cela ne parût pas à l'œil. J'y ai adapté un chalumeau de verre, j'ai soufflé et le vaccin n'a pas bougé. Que devient-il cependant, s'il ne se fait jour au dehors ? Peut-on admettre qu'il se vaporise et que le produit de la vaporisation reste sous forme de gaz dans l'intérieur du tube ? Il n'y a pas d'apparence. Je conclus de ce fait et de beaucoup d'autres que le vaccin en tubes subit des changements qui ne peuvent être que funestes à ses propriétés. »
Ces changements, nous les avons constatés comme Bousquet, et peut-être mieux observés que lui. Pour cela, nous avons rassemblé du vaccin de beaucoup de pustules appartenant à un grand nombre d'enfants dans des tubes très-volumineux, pouvant contenir la quantité totale afférente à vingt tubes ordinaires au moins. Or, voici ce que nous avons remarqué : bien que les tubes fussent pleins du vaccin le plus clair et hermétiquement bouchés à la lampe, au bout de deux à trois jours déjà, nous avons vu le liquide se troubler, devenir lactescent, de petits grumeaux blancs s'y former, de plus en plus volumineux, les plus petits adhérents aux parois du tube, les plus gros en bouchant parfois toute la lumière. Si, à ce moment, on vide le tube, on constate que le vaccin a pris une odeur plus ou moins prononcée de moisi, qui devient putride si
ITi CIl.Vl'ITUE V.
l'on tarde un peu plus. Un départ s'est formé, les corpuscules solides se sont groupés, de telle façon qu'au microscope on les trouve réunis en grappe au lieu de les voir disséminés. Si l'on fait usage de ce vaccin au moyen de la lancette et qu'on opère par piqûres, on risque de plus en plus de ne charger que de la sérosité et de faire des vaccinations blanches. Et cela explique déjà, sans qu'il faille recourir à la macération ou à la putréfaction pour les expliquer, les insuccès nombreux relevés par Bousquet : presque moitié en plus que par la vaccination de bras à bras, quoique le vaccin n'eût pas au-delà dun mois !
Pour diminuer cette proportion, on peut conseiller de rouler rapidement le tube entre les doigts au moment de s'en servir, pour en laver les parois, et de verser le tout alors sur des scarifications faites à cette fin. On aura ainsi la chance de réussir mieux, car tout aura pénétré et servi. Mais il reste cette méchante odeur de moisi, à laquelle nous ne saurions nous montrer indifférent.
Un de nos grands chimistes, M. Melseus, voulant obtenir une fermeture complète sans qu'on ait h. craindre l'action d'une trop forte température (scellage à la lampe) ou la formation de produits empyreumatiques (cire à cacheter), a imaginé le procédé suivant: (1)
» On se sert de tubes capillaires à parois assez
(1) Journal de la Société royale des sciences mé'licales et natareUes de Bruxelles, t. LUT, p. 525. Déc. 1871.
DK LA VACCINE IIUMAIN'IÎ. 17o
solides ; on puise le vacciu à la manière ordinaire, ci, quand une quantité convenable a été introduite, on le fait, au moyen de quelques secousses, couler dans le tube, de manière à laisser une petite colonne d'air à l'orifice de ce dernier. Alors on plonge cette extrémité dans une goutte d'eau pure placée sur une lame propre, et l'on incline le tube pour faire couler le vaccin; l'eau s'introduit par suite de l'inclinaison donnée au tube et par capillarité ; mais le vaccin reste séparé de cette colonne d'eau par le petit cylindre d'air interposé .
» On arrête l'arrivée de l'eau lorsque le vaccin se trouve poussé à quelques millimètres au moins de l'extrémité restée sèche et qu'il ne faut pas lui laisser atteindre ; puis on la ferme en l'introduisant dans la flamme d'une petite lampe à alcool ou dans les bords de la flamme d'une bougie ordinaire, ce qui sufiat parfaitement. La fermeture obtenue par la fusion du verre ne laisse plus aucun doute sur l'occlusion parfaite et inaltérable ; la faible conductibilité du verre empêche la chaleur de coaguler ou d'altérer le vaccin qui se trouve de ce côté du tube.
» On fait ensuite la même opération à l'extrémité opposée ; l'eau a lavé cette partie du tube et entraîné la trace du vaccin déposé sur les parois ; à la première application de la chaleur, une petite explosion, due à la vapeur d'eau qui se forme, chasse celle-ci en partie, et l'on obtient ensuite la fermeture complète, sans provoquer la moindre trace de produits empyreumatiques.
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Si le Taccin naturel liquide peut se conserver, lorsqu'il est mis d'une façon absolue à l'abri de l'air, on est certain, en opérant comme il vient d'être dit, d'avoir écarté toutes les causes possibles d'altération provenant d'une fermeture souvent, sinon toujours, incomplète; le procédé décrit, abstraction faite de l'emploi d'une température élevée, met le vaccin dans les conditions des conserves d Appert ; ces conditions de conservation sont même meilleures dans ce cas, puisqu'on évite l'emploi des bouchons, de la cire, des soudures et des métaux, le verre étant inaltérable.
» On peut se demander, eu égard à la conservation de la virulence, si des tubes préparés ainsi ne ressemblent pas jusqu'à un certain point à ces cadavres morts de maladies virulentes, infectieuses, (typhus, etcj enfermés dans des bières de plomb hermétiquement closes par une soudure métallique. On sait que, dans des déplacements de tombes, des accidents survenus à la bière ont produit sur les individus faisant le travail la maladie qui avait emporté le défunt. On est amené, en raisonnant par analogie et induction, à dire que la virulence ou Vinfection particulière qui avait frappé le vivant s'est conservée avec ses propriétés spéciales dans ce cadavre, qui la répand autour de lui et frappe de nouveau de la maladie qui l'a emporté, les vivants exposés à ses émanations. »
M. Melsens ayant reçu, le 25 novembre 1871, quatre petits tubes renfermant du vaccin d'enfant.
DE LA VACCINlî IlUMAlNIil. 177
le transvasa, y ajouta environ dix fois sou volumed'eau, et introduisit ce mélange dans cinq tubes neufs qui furent scellés à la lampe suivant son pro cédé. Le 27 juin 1874, c'est-à-dire trois ans et dem après, ce vaccin avait encore de la virulence : sun' six piqûres qui avaient été faites, il y en eut une qui donna lieu à une pustule parfaitement caractérisée. Le mode opératoire employé — la piqûre — et la grande quantité d'eau de dilution, expliquent de reste pourquoi une seule pustule sur six insertions a abouti. Le fait de la longue conservation du germe reste néanmoins entier.
Ce fait est intéressant à consigner et justifie l'excès de soin à prendre pour conserver au vaccin savirulence pendant un très-long temps. Le procédé de M. Melsens doit être retenu ; il peut être utile à l'occasion.
Pour les usages journaliers, tant de précautions ne sont pas nécessaires. Voici le meilleur mode à suivre pour faire donner au vaccin en tubes tout ce qu'il peut donner et le préserver sûrement de la putréfaction — c'est celui qu'a recommandé, il y a déjà bien longtemps, le docteur Edouard Mûller, directeur de l'établissement des vaccinations, à Berlin— : on met dans un verre démontre un mélange de glycérine très-pure, ne contenant pas d'acide chlorhydrique, et d'eau distillée, à parties égales. C'est dans ce liquide qu'on reçoit la lymphe extraite des pustules. L'eau distillée a pour but de rendre la solution plus fluide et d'en permettre l'introduc-
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tioli dans de petits tubes. La lymphe ne se dissout , pas facilement dans la glycérine, et il est bon , avant de l'employer, de faciliter la diffusion à l'aide d'un pinceau.
M. Mûller estime qu'on peut ainsi, sur les pustules d'un enfant, recueillir la quantité de lymphe nécessaire pour remplir un demi-verre de montre, et dans des proportions telles que la lymphe entre environ pour la cinquième partie dans la solution vaccinale ainsi composée. M. Mùller a pu, du reste, étendre la lymphe jusqu'à dix fois son poids de glycérine, et l'inoculer avec succès.
Nous ne conseillerons jamais d'en agir de la sorte ; la confiance dans la proportion des succès devra toujours être en raison de la quantité de vaccin pur dissoute dans le mélange. Nous engageons à faire celui-ci à parties égales et non au-delà. La mare ainsi obtenue étant d'un extrême fluidité, le liquide se précipite rapidement dans les tubes qu'on lui présente. On ferme à froid, suivant le procédé de M. Chambou, en enfonçant les deux extrémités des tubes dans de petites bougies qu'on prépare en fondant ensemble trois parties de paraffine et une de suif. On voit immédiatement une petite colonne paraffinée monter dans le tube. L'occlusion est satisfaisante ; pour lui donner plus de solidité, on plonge, pour finir, ces deux extrémités dans une solution secundum artem de caoutchouc et d'éther, qu'on appelle, dans le commerce, capsulage artificiel.
1)K I,A VACCINIÎ IIUMAINK. 179
Veut-on préparer les tubes en vue d'une longue conservation, on a recours au procédé ci-après, qui n'est que celui de M. Melsens perfectionné : on présente le tube à une goutte d'huile fine, d'olives ou d'amandes douces, qu'on y laisse pénétrer jusqu'à y faire une colonne d'un demi-centimètre de haut, puis au vaccin, qui chasse celle-ci jusqu'à un centimètre de l'autre extrémité; puis, enfin, encore une fois à la gouttelette d'huile qui chasse la première jusqu'au bout. On bouche à la lampe. Le vaccin est ainsi renfermé entre deux colonnes d'huile qui le préservent et de l'évaporation et du contact de l'air, le scellage à la lampe fût-il même imparfait, ce qui arrive trop souvent.
47. Insertion du vaccin conservé. M. Bousquet, dans son livre qui a été pendant plus de trente ans l'évangile du vaccinateur, pose, en ce qui concerne la manière de vacciner, divers aphoris • mes, parmi lesquels nous relevons les suivants :
« 1. Prenez du bon vaccin, c'est le point important; piquez ensuite comme vous voulez et ne vous inquiétez pas du résultat.
« 2. Si la lancette est bien chargée, il est inutile de la charger de nouveau à chaque nouvelle piqûre, à chaque nouvelle incision. La quantité de vaccin ne fait absolument rien au résultat; qu'il y en ait peu ou beaucoup, qu'importe ?
« 3. Le vaccin qu'on emploie est-il en croûte ou desséché, il faut l'humecter et le ramener à
l'état liquide avec quelques gouttes d'eau fraîche, puis l'insérer en prenant le soin de laisser la lancette quelques secondes de plus ,
« 4. Je tiens l'incision et la piqûre pour bonnes toutes deux et à peu près également. «
Ces préceptes ne sont certainement applicables qu'à la vaccination de bras à bras, à la vaccination faite avec du vaccin que j'appellerai « vivant » pour la facilité du langage. Quand il s'agit de vaccin conservé, il faut se hâter de les oublier, ou plutôt d'en prendre la contre-lettre. Ainsi :
1. Prenez une bonne préparation; assurez-vous, si elle est liquide, qu'elle n'exhale aucune odeur ; puis, faites en sorte qu'elle soit mise, dans l'épiderme, en contact avec de larges bouches absorbantes. Pour cela, appliquez-la sur des scarifications nombreuses, et faites, en exerçant quelques frictions, qu'elle pénètre bien. Gardez-vous de vous contenter de faire des piqûres, vous n'en retireriez que des mécomptes.
2. La quantité de vaccin introduite joue un rôle considérable dans le résultat. S'il en pénètre peu, il y a beaucoup à craindre que la vaccination n'échoue.
3. Si le vaccin est desséché (vaccin sur pointes), il faut le ramollir en trempant la pointe dans l'eau tiède, faire des éraillures ou des scarifications ; si du sang apparaît, le laisser tarir, puis promener la plaque sur les scarifications, à plat et pendant assez longtemps, et n'abandonner la friction que
lorsque l'ivoire a perdu tout son vaccin. Si du sang s'y mêle, rassembler le tout sur les incisions et l'y laisser sécher.
4. A^ous tenons la piqûre pour détestable. Les scarifications doivent être employées à l'exclusion de tout autre mode d'introduction.
Ces préceptes sont dictés par ce fait, indéniable, que, dans le vaccin conservé, les principes actifs ont souffert, que beaucoup ont péri, et que, pour être sûr d'en faire parvenir une quantité suffisante à destination, il faut leur ouvrir largement la porte. Ajoutez à cela que, dans le vaccin de conserve, qu'il soit sec ou liquide, les granulations virulentes se sont groupées au lieu d'être réparties uniformément dans la masse, d'où la probabilité de voir la pointe d'une lancette n'en charger que peu ou point.
Que dire, après cela, de ces inventions qui tendent exclusivement, en vue de parer à la pénurie menaçante du vaccin humain, à le dispenser le plus parcimonieusement possible, en l'étendant au moyen d'un pinceau sur la pointe d'une multitude d'aiguilles, et à l'y laisser sécher, pour le faire servir, à mesure des besoins, aux vaccinations et aux revaccinations? Pratique déplorable, fruit des préceptes de Bousquet, que nous avons rappelés l)lus haut, et qui ne font aucune différence entre le vaccin vivant et le vaccin de conserve.
Nous ne saurions assez le répéter : la vaccination au moyen du vaccin conservé ne peut lutter avec
celle de bras à bras qu'à la condition de suppléer à la qualité par la quantité. Que si elle était appelée à servir de base à un service public de vaccinations ou de revaccinations, et que les retardataires voulussent s'en tenir à leur vieille routine de la pratique des piqûres, elle donnerait lieu à beaucoup de vaccinations blanches, mécompte réparable, il est vrai, dans une certaine mesure, quand il s'agit de vaccinations, mais qu'on ne saurait écarter avec assez de soin, dans les revaccinations, où la sécurité demande à être aussi absolue que possible.
Il faut donc, absolument, introduire largement, dans des scarifications, le vaccin de conserve. Il suffit à la rigueur, pour faire des éraflures convenables, d'une épingle ou d'une aiguille. Mais, si simple que soit l'opération, il reste bon nombre de praticiens de la vieille roche qui, fanatiques des piqûres, trouvent encore un bâton pour frapper la pratique, plus récente et plus correcte, des scarifications : ils la trouvent d'une exécution difficile, et, de fait, font les incisions, tantôt trop petites, tantôt trop grandes, ici trop superficielles, là trop profondes.
Pour ces maladroits, M. Umé, médecin militaire belge, a imaginé un instrument fort ingénieux. Nous en parlerons, quand nous traiterons de la pratique de la vaccination animale, à l'occasion de laquelle il a été fabriqué (58).
De la vaccine animale. — 48. Définition, but et raisons d'être de la vaccination dite animale.
— 49. Syphilis vaccinale. — 50. Pénurie relative de la matière vaccinale humaine. — 51. Dégénérescence du vaccin humain. — Technique DE LA VACCINATION ANIMALE. — 52. Animaux à employer. — 53. Vaccination des veaux. — 54. Vaccination des bêtes adultes. — 55. Développement de l'éruption chez les bêtes bovines. — 56. Récolte et conservation du vaccin animal.
— 57. Vaccin animal liquide. A. Tubes. B. Plaques de verre. — 58. Vaccin animal sec. A. Pointes d'ivoire. Scarificateur vaccinal. B. Poudre vaccinale. — 59. Vaccin aniynal en pulpe. A. Pustide in integro. B. Pulpe glycérinée. — 60. Appréciation. — 61. Discussion des objections faites à la vaccine animale. — 62. Tubercidose vaccinale. — 63. Charbon vaccinal. Conclusions.
48. On a donné le nom de vaccination animale à celle qui se pratique au moyen de vaccin cultivé
sur des bêtes de l'espèce bovine. C'est un terme de convention ; le vaccin d'enfant est aussi animal que celui de génisse.
La vaccination dite animale semble d'invention récente. Qui pourrait l'affirmer ? Nous tenons de la bouche d'un vieux praticien qu'il a vu, dans sa jeunesse, son père, médecin de village, semer sur des trayons de vache du vaccin d'enfant conservé tout l'hiver, pour refaire sa provision de vaccin frais, à chaque renouvellement de saison vaccinale. Bien d'autres ont dû faire comme lui.
Nous savons aussi que, pendant un grand nombre d'années, le docteur Vy (d'Elbeuf) a fait, sur une vaste échelle, de la vaccination animale, en semant sur des veaux du vaccin d'enfant, et que la même méthode est usitée, depuis longtemps, dans plusieurs contrées de l'Allemagne et principalement en Bavière. Cela s'est appelé rétro-vaccincUion.
Le sens qu'il faut donner aujourd'hui aux mots « vaccination animale » est plus restreint : le vaccin animal est le produit du horse-pox ou du cowipox naturels, cultivés sur des génisses et n'ayant jamais quitté ce lieu de culture. Ainsi comprise, la vaccine animale est de date récente. L'histoire dit bien qu'elle était pratiquée, en 1800, par Duquenelle, à Reims, et par Valentin à Nancy ; qu'elle a été introduite, en 1810, à Naples, par Galbiati, et qu'elle s'y est implantée, depuis cette époque, pour être reprise ensuite par Négri, son élève ; la légende dit encore que la Reine d'Angleterre a,
DE LA VACCINE ANIMALE. 18o
jadis, envoyé d'Ecosse à ce dernier une vache atteinte du cow-pox spontané dont il se serait servi pour régénérer son vaccin ; mais rien ne dit que Galbiati ait jamais fait autre chose que de la rétro- vaccination.
Faut-il lui en faire un reproche? Pour nous, nous nous en garderons. Nos idées actuelles sur l'unicité des vaccins nous l'interdit. Nous savons que le horse-pox naturel perd une partie de sa virulence par son transfert à la génisse ; de même le vaccinnaturel de génisse peut être destitué d'une partie de son activité en passant à l'enfant. Mais rien ne nous empêche de croire que, reporté à la vache, le vaccin d'enfant puisse s'y relever, de façon à y reprendre toutes les qualités du cowpox, de même que celui-ci peut se relever à la dignité de horse-pox, quand on le repasse au cheval. Question de terrain. Nous n'avons donc rien à reprendre à la pratique de la rétro-vaccination, à la condition expresse, toutefois, qu'une culture bien faite ait assuré le retour à leur puissance intégrale des produits d'émigration.
Quoi qu'il en soit, et pour éviter toute interprétation litigieuse dans une question encore fortement controversée, il ne sera question dans ce chapitre que de la vaccination animale, dans le sens rigoureux que nous avons précédemment attaché à ces mots.
Ainsi comprise, la vaccination animale est bien une méthode nouvelle ; ce n'est, en etfet, qu'à par-
186 CHAI'ITRR YI.
tir de l'aimée 1864, après que le professeur Palasciauo, de Naples, eut appelé sur elle l'attention des savants réunis au Congrès médical de Lyon, que la question en fut mise sérieusement à l'ordre du jour. En 1865, le docteur Lanoix, de Paris, après avoir, pendant plusieurs semaines passées à Naples, suivi pas à pas M. Négri dans sa pratique, ramena de Naples une génisse qui y avait été vaccinée par ce dernier. En passant à Lyon, il y avait vacciné une génisse et plusieurs enfants, au moyen du produit de son vaccinifère. Enfin, arrivé à Paris, il avait eu l'extrême obligeance de nous envoyer, à Bruxelles, une génisse vaccinée par ses soins, qui fut le point de départ de l'Institut vacciuogèné que nous y créâmes en 1865. Celui-ci passa, en 1868, aux mains du gouvernement, sous le nom d'Institut vaccinal de l'État, et nous en prîmes la direction. Enfin, en 1882, il fut transféré dans les dépendances de l'École vétérinaire de l'État, où il devint une institution d'intérêt public exclusif, sous le nom d'Office vaccinogène central (1),
De l'institution de Paris et de la nôtre partirent les innombrables ramifications qui aboutirent aux divers établissements de vaccination animale qui fonctionnent actuellement dans la plupart des grandes villes de l'Europe et de l'Amérique.
Dans tous les pays civilisés, la vaccine est acceptée et mise en pratique comme le plus sûr et
(1) Voir, pour le Règlement rie cet établissement, le Moniteur Belge rlu 30 Janvier 1883.
même le seul moyen préservateur de la variole. Vainement, de loin en loin, des sceptiques élèventils encore des doutes sur sa valeur, leur opposition ne sert qu'à rendre plus vivace et plus convaincante une vérité désormais acquise.
Les objections faites à la vaccine, en général, sont de deux ordres: pour les uns, elle contribuerait à enfermer dans l'organisme des principes morbides qu'une évolution variolique aurait pour effet et pour but d'entraîner au dehors; elle serait ainsi susceptible de donner lieu à d'autres affections tout aussi graves, dont on n'aurait fait que reculer l'éclosion ; pour d'autres — et ceci s'adresse surtout au public — elle offrirait, en outre, cet immense danger d'exposer les sujets vaccinés à recevoir, dans l'acte de la vaccination, l'imprégnation de maladies constitutionnelles dont peuvent être atteints ceux qui fournissent la matière d'inoculation.
lia été fait justice depuis longtemps de la première de ces objections; quant à la seconde, force est de l'accepter comme fondée, au moins dans une certaine mesure et en ce qui concerne la syphilis, et nous ne pouvons nous refuser à donner satisfaction à ceux qui, en présence des coercitions de la vaccine légalement obligatoire, éprouvent des répugnances dont la légitimité ne saurait être équital)lcment contestée. Les faits de contagion, en effet, s'ils ont été considérablement exagérés par la méfiance publique, ne s'en présentent pas moins de loin en loin dans In prnlique.
On nous a reproché plus d'une fois de nous en être servi pour les besoins de la cause. Ce reproche est immérité. Nous avons dit que c'était un élément deiaquestion dont ilfallaittenirgrandcompte, et nous le répétons. A quoi bon d'ailleurs en faire profession? L'aveu n'en est-il pas dans toutes les consciences, et devons-nous, en refusant de nous en expliquer, nous croire en sûreté, comme l'autruche quand sous son aile elle a caché la tête?
Nous n'en agirons pas de la sorte. Tout ce qui a jeté de la lumière sur cette question est fait pour intéresser nos lecteurs. C'est donc en accomphssement d'un réel devoir que nous y consacrons le chapitre qui suit (1).
49 Sijjjhilîs vaccinale. Cette question a donné heu, en 1864, à une discussion approfondie, au sein de l'Académie de médecine de Paris. Il s'agissait de savoir si le vaccin d'un sujet syphilitique peut être inoculé impunément à un individu sain. Ainsi posée, la question paraissait devoir être promptement résolue dans un sens négatif. Il n'y eut qu'une voix, en effet, pour proclamer l'indispensable nécessité d'entourer de toutes les garanties possibles la pratique de la vaccination ;
(1) WARi.orcNT. Discours sur la syphilis viiccinale et la vaccination animale, lu à l'Académie royale de médecine de Belgique, le 30 Juin 1866. (Bull, de l'Atad. de méd 1866. t. IX, no6.)
mais ou se demanda, en même temps, s'il n'y avait pas danger à attenter, par une enquête retentissante, à l'inviolabilité traditionnelle de la pratique inventée par Jenner. Est-ce que la syphilis est à nos portes, s'est-on écrié; menace-t-elle d'envahir nos foyers domestiques sous le couvert de la vaccine, et n'y a-t-il pas imprudence à faire le procès à cette bienfaisante institution, et à compromettre ainsi la foi si vive que la société et le corps médical ont en elle ?
L'Académie ne se laissa pas émouvoir par ces considérations et ne voulut pas qu'il fût mis une sourdine aux faits qui surgissaient de toutes parts, pensant avec raison que connaître un danger est le plus sûr moyen de s'en garantir. Elle avait d'ailleurs un passé à effacer : N'avait-elle pas dit, en 1830, à tous les vaccinateurs de France : « Vaccinez sans crainte, vaccinez toujours, car le virus vaccin, puisé chez des sujets atteints de maladies susceptibles de se communiquer par contagion, comme la syphilis, ne se charge, dans aucun cas, d'autres principes, et ne donne que le vaccin. » Pouvait-elle consentir à ce qu'un semblable dogme, sur lequel toute une génération de médecins s'appuyait depuis trente ans, continuât à être proclamé sans appel, alors qu'une succession de faits, sur la signification desquels le doute ne semblait plus permis, le venait sans cesse contredire et condamner ?
La discusion s'ouvrit donc vaillamment : pas une
190 CHAPlTIlli VI.
hypothèse, pasune observation n'y furent négligées. Tous les faits énoncés furent si scrupuleusement fouillés, quelques-uns d'entre eux se trouvèrent si bien au-dessus de toute interprétation dilatoire, que, le débat fini, tout le monde se trouva d'accord pour accepter la syphilis vaccinale comme une éventualité redoutable, rare il est vrai, mais qu'il n'était plus permis de contester. C'est alors que l'on entendit l'illustre ex-chirurgien de l'hôpital du Midi faire cette déclaration, qui marquera dans sa longue et glorieuse carrière : « J'ai d'abord repoussé la possibilité de la transmission de la vérole par la vaccination ; les faits se reproduisant et devenant de plus en plus conflrmatifs, j'ai accepté, avec réserve et même avec répugnance, ce mode de transmission. Aujourd'hui je n'hésite pas à en proclamer la réalité. «
Cette déclaration de M. Ricord avait une immense portée scientifique. On savait ce qu'il avait fallu de preuves et d'évidences pour l'arracher à ce caractère si inébranlable dans ses convictions. On savait que l'enquête, poursuivie sous ses yeux, n'avait pu laisser dans l'ombre aucune circon^ance de quelque intérêt, et désormais la question put paraître jugée.
Il n'en a pas. été ainsi: « Qu'on me donne la description exacte d un seul cas de syphilis produit par le vaccin, s'est-on écrié, qu'on me démontre que, dans ce cas, c'est bien la syphilis qu'on a observée et que le vaccin seul l'a pu produire, et je
m LA VACCINK ANIMALE. l»!
me déclarerai convaincu. « En présence de cette exigence, il ne restait plus qu'à reprendre le débat, et c'est ce que nous allons faire.
Bien des années se sont passées dans l'apparente sécurité créée par l'instruction émanée, en 1830, du sein de l'Académie de médecine de Paris. Je dis « apparente « car, en même temps que l'on proclamait de toutes parts l'innocuité du vaccin, il n'était pas une mère qui ne réclamât pour son enfant, un médecin pour son client, cette condition que le vaccin fût puisé à une source pure, immaculée. On tenait donc, comme devant, dans une constante suspicion, toute- lymphe recueillie sur un terrain qui n'offrît pas ses deux ou trois quartiers de pureté constitutionnelle. Cette défiance traditionnelle, instinctive, devait porter ses fruits, car, tout en vaccinant à dire d'expert, bien des médecins se préoccupaient des dapgers possibles de la vaccination et accumulaient les témoignages propres à les confirmer. De là la réaction de 1860, jeune encore comme on le voit, mais jeune seulement par les années, car, à la faveur d'un faisceau de faits minutieusement accumulés, elle ne devait pas tarder à grandir et à s'imposer. En effet, autant jusquelà l'on avait \»ris soin de se cacher à soi-même, tant était puissant l'empire de la chose jugée, les accidents dont la vaccination pouvait être passible, autant, maintenant que l'idole était brisée, s'empressait-on de publier les faits acquis par une observation, timide d'abord, mais qui reprenait courage,
SOUS l'impulsion des champions diligents qui rentraient dans l'arène.
Je ne déroulerai pas ici le long catalogue des cas de syphilis vaccinale dès à présent dénoncés à la science. Ceux qui seraient désireux de les connaître dans tous leurs détails, en trouveront l'exposé dans une monographie publiée, en 1860, par M. Viennois (1), et dans un travail de M. Depaul, datant de 1865 (2). Plus de 300 cas de syphilis transmis par la vaccination y sont exposés. Tous ont été interrogés avec soin, et si quelques-uns d'entre eux peuvent être écartés du dossier, faute d'être suffisamment péremptoires, la plupart méritent évidemment d'être acceptés.
Ce n'est pas à dire pour cela que j'espère les voir admettre sans conteste. Si la vaccination est parfois suivie des signes de la syphilis, me dira-t-on, c'est qu'elle a été pratiquée sur des sujets syphi- Jisés, qui n'attendaient, pour trahir leurs misères, que le mouvement de réaction générale qu'entraîne la vaccine, et en vertu duquel les fonctions cutanées se réveillent et amènent l'épanouissement des signes d'une diathèse latente jusque-là ou incomplètement exprimée. On pourra même nous citer» avec beaucoup de raison, à ce propos, l'exemple
(1) Viennois. De la transmission de la syphilis par la vaccination. [Archives générales de m'decine, 1860, t. I, p. 640, t. II, pages , 3 >, 297.)
(2) Dkpaul. La syphilis vaccinale "devant V Académie impériale de médecine de Paris. (Séances de décembre 1864, février et mars 18S5.)
UK LA VACCINK A.MMALK. 493
d'un enfant, vacciné par M. Friedinger, de Vienne, et cité par M. Viennois (1) qui, peu après une vaccine régulière, avait manifesté une syphilide huileuse confluente, bien qu'au moment de la vaccination il eût toutes les apparences de la plus florissante santé.
Pour que cette objection eût de la valeur, il faudrait admettre que tous les sujets ayant présenté les signes de la syphilis après la vaccination, étaient déjà atteints, avant elle, de la diathèse syphilitique. Or, voyons ce qui s'est passé dans ,un des cas dont l'histoire a fait le plus de bruit, celui du professeur Gaspard Cerioli :
« Une petite fille de trois mois (enfant trouvée) fut vaccinée avec du vaccin pris sur un enfant bien portant et qui ne cessa pas de l'être. Des pustules régulières se développèrent et servirent à inoculer 46 enfants. Six de ces derniers eurent des pustules normales avec lesquelles on inocula cent autres enfants, qui ne présentèrent ultérieurement aucun symptôme de syphilis. Chez presque tous les autres, on observa, sur les points où les piqûres avaient été faites, des ulcères recouverts de croûtes permanentes, ou des ulcères indurés. Ces accidents survenaient au moment de la chute des croûtes vaccinales. Plus tard, on vit apparaître des ulcères de la bouche et des parties sexuelles, des éruptions croûteuses sur le cuir chevelu, des taches cuivrées, des ophtalmies, tous symptômes qui se communi-
(1) Loc. cil. t, I. p, 647
ClIAl'lTUE VI.
quèreiit aux nourrices et aux mères de ces enfants. «
Eh bien ! si, dans ce cas, l'on rejette l'origine vaccinale des symptômes accusés, on doit admettre que 40 sur 46 des enfants, dont il y est question, étaient atteints de syphilis avant qu'ils fussent vaccinés, proportion vraiment inadmissible. En effet, que voyons-nous à Paris, dit M. Devergie : Dans le service du bureau des nourrices, dans le cours d'une année, 2,200 enfants sont confiés à 2,200 nourrices, et sur ce nombre c'est à peine si l'on constate deux cas de syphilis congénitale dans une année. Ces enfants ne tardent pas à être envoyés dans des dépôts en province, où ils fournissent encore par an 9 ou 10 cas de syphilis héréditaire, total 12 ou 13, mettez 15 sur 2,200 enfants. Voyez à quelle proportion l'on arrive, et rapprochez ce chiffre des 40 enfants syphilisés sur 46, dans le fait de Gaspard Cerioh (1).
Mais il est un autre argument bien autrement puissant. Dans presque tous les cas de syphilis vaccinale qui ont été recueillis, l'accident initial a été un chancre induré, siégeant au lieu de la piqûre, et bientôt suivi de tout ce qu'on a nommé la pléiade syphilitique. Cela est si bien établi que, dans la description qu'il en a donnée, M. Rodet dit, en propres termes : le chancre vaccino-syphilitique a les caractères du chancre induré, accompagné de
(1) Discussion sur la syphilis vaccinale à V Académie de médecine de Paris, séance du 14 février 1865.
I)K VACClNIi ANIMALK. 195
l'adénite indolente caractéristique (1). Or, s'il est vrai, ainsi que l'exprime un des premiers aphorismes de l'Ecole du Midi, que la vérole ne se double pas, c'est-à-dire qu'un individu en puissance de syphilis constitutionnelle, acquise par voie d'hérédité ou par nn chancre induré, est impropre à contracter un autre chancre induré, do môme qu'un sujet récemment vacciné ne peut plus produire de bouton vaccinal ; si cela est vrai, dis-je, il est clair que les individus atteints de la syphilis vaccinale représentée par une induration sj^philitique au bras, n'étaient pas en puissance de syphilis au moment de la vaccination, puisqu'ils n'auraient pu produire, dans cette éventualité, que des manifestations étrangères à l'induration caractéristique. Tous ces sujets se trouvent donc, par ce seul fait, en dehors du soupçon de syphilis constitutionnelle antérieure, que l'acte vaccinal n'aurait fait que réveiller.
L'excessive rareté des cas de syphilis vaccinale, mise en regard du nombre prodigieux de vaccinations opérées depuis quatre-vingts ans, est un autre argument dont on ne s'est pas fait faute. Mais il ne faut pas oublier que, sous l'empire des idées imposées relativement à la non-inoculabilité des accidents syphilitiques secondaires, pas un médecin n'était disposé à en croire ses yeux, se fût-il trouvé en présence du cas le plus avéré de syphilis vaccinale. Et s'il arrivait, par aventure, qu'une mère accusât la vaccine d'un méfait de l'es-
(1) Gazelle médicale de Lyon. 183B, p. 160.
496 CIIAI'ITIIE VI.
pèce, n'étious-iious pas tout prêts à traiter de billevesées des plaintes peut-être légitimes? Combien de cas n'ont pas ainsi été privés d'un examen auquel ils avaient droit ? On sait, d'autre part, que la syphilis marche plus lentement que la vaccine , et que, la plupart du temps, les vaccinés sont déjà loin quand les accidents spécifiques se produisent ; ils échappent ainsi à une observation rigoureuse et impartiale. Bien des médecins vous diront que, dans leur longue carrière, ils ont annuellement inoculé la vaccine à des centaines d'enfants, sans avoir jamais eu à noter d'accidents qui lui fussent imputables. Mais combien ont-ils revu de ces enfants, à la campagne surtout et dans les dispensaires, après les avoir inoculés? La plupart échappent à tout contrôle, et si, plus tard, des sj^mptômes syphilitiques se manifestent chez quelqu'un d'entre eux, les médecins se croient autorisés à les mettre incontinent sur le compte d'une diathèse antérieure, trop heureux d'éluder ainsi une responsabilité bien faite pour engager à la circonspection ceux-là même que le doute aurait pu atteindre.
Un motencore àce propos: le29novembre 1864, M. Depaul, directeur de la vaccine à l'Académie de médecine de Paris, disait, dans son projet de rapport à présenter à S. E. le Ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics : « L'Académie peut invoquer son expérience, qui est une des plus vastes ; elle procure les bienfaits de la vaccine à deux à trois mille individus chaque
DE LA VACCINK AN'IMALK. 197
année, et, jusqu'à ce jour, elle n'a pas eu à constater un seul cas de sj^philis vaccinale parti de chez elle. y> Parole fatale, car neuf mois ne s'étaient pas écoulés, que la chance contraire venait frapper, à son tour, aux portes du service de la vaccine de l'Académie.
Obs. (1). M. A. X., âgé de 27 ans, n'ayant jamais eu d'autres accidents vénériens que deux blennorragies intenses, se disposant à aller voir à Francfort son père atteint de la petite vérole, se présenta le 19 août 1865, à l'Académie de médecine, où il fut revacciné, en l'absence de M. Depaul, par une autre personne, qui lui pratiqua six piqûres, trois à chaque bras, avec une aiguille chargée de vaccin pris sur un enfant de six mois environ, pâle et d'assez chétive apparence. Le même jour, plusieurs enfants et plusieurs soldats furent vaccinés avec le vaccin du même sujet. M. X. ignore si les pustules du vaccinifère étaient ou non saignantes. Quatre pustules ont été le résultat des six piqûres pratiquées, deux à chaque bras, au siège des deux piqûres supérieures. Elles ont été examinées à Francfort, par un médecin qui les a jugées de bon aloi. Les croûtes tombent le 12 septembre.
De retour à Paris, M. X... constate, vers le 20 septembre, un mois après la vaccination, la présence de deux nouveaux boutons, au niveau des deux piqûres restées jusque-là improductives; ces bou-
(1) MiLi.AKD, médecin de l'hôpital Saint-Antoine. {Union médirais, déc< ni))re 18f55, n' 147, p. Kjfî.)
tons se convertissent bientôt en croûtes sèches et brunâtres. Un mois plus tard, vers le 20 octobre, il commence à ressentir des douleurs de tête trèsviolentes, se manifestant surtout la nuit, dès qu'il a la tête sur V oreille}^, qui le i)rivent de sommeil, et quelques douleurs vagues dans la poitrine. Doux ou trois jours après, quelques rougeurs insignifiantes, non accompagnées de démangeaison, se montrent à la face antérieure de la poitrine et sur le ventre. Les douleurs de la tête deviennent si insupportables qu'il va, le 6 novembre, demander à M. le docteur Millard un conseil pour ce qu'il appelle son rhumatisme dans la tête, et le malaise général dont il est affecté. Après un examen un peu superficiel, M. Millard allait prescrire un traitement anti-névralgique, quand M. X... vint à lui parler, incidemment, de sa revaccination et de ses deux boutons retardataires, dont les croûtes, lui dit-il, n'étaient pas encore tombées 78 jours après l'opération.
Ce fut pour M. Millard un trait de lumière : il fit immédiatement déshabiller son malade et découvrit, à la partie supérieure de chaque bras, une croûte épaisse, brunâtre, au bas de deux cicatrices récentes de vaccine régulière. La croûte du bras droit ne différait pas sensiblement, par ses dimensions, sa couleur brune et son épaisseur, des croûtes vaccinales légitimes ; mais celle du gauche était beaucoup plus large, de forme cunoïde, de couleur très-foncéo, noire-verdâtre, très-épaisse el
comme formée do plusieurs couches écailleuses: elle rappelait les croûtes du rupia. Il était difficile de sentir de base indurée sous ces croûtes, mais depuis qu'elles sont tombées, cette induration a été perçue manifestement. De plus, dans chaque aisselle, on sentait plusieurs ganglions lymphatiques tuméfiés, formant une vérital)le pléiade. Enfin, sur la poitrine, sur les bras, et surtout sur les régions latérales et postérieures du tronc, existait une éruption papulo-vésiculeuse assez étendue, absolument indolente, offrant tous les caractères d'une syphilide. Elle n'avait pas envahi les membres supérieurs, il n'y avait pas eu de maux de gorge et l'isthme du gosier était sain. Un seul ganglion légèrement tuméfié se faisait sentir à la région occipito-mastoïdienne. La céphalalgie avait le caractère syphilitique, s'exaspérant la nuit, prédominant surtout au sommet de la tête, semblant augmenter par la pression et redoublant très-sensiblement au contact et à la chaleur de l'oreiller.
Les organes génitaux, minutieusement examinés, étaient sains et ne portaient aucune cicatrice ; il n'y avait aucun engorgement ganglionnaire dans les aines, et, de plus, le malade, interrogé de nouveau avec insistance, affirmait n'avoir jamais eu de chancre.
" Après cet examen, je demeurai convaincu, dit M. Millard, que M. A. X... était atteint de syphilis vaccinale ; que cette syphilis lui avait été inoculée le If) aoûl ; que les croûtes, qui existaient encore
aux bras, près de quatre-vingts jours après l'inoculation, recouvraient deux ulcérations de nature chancreuse ; que les engorgements ganglionnaires des aisselles en étaient la conséquence et devaient exister depuis longtemps ; qu'enfin, l'apparition presque simultanée de la céphalée et de l'éruption cutanée vers le 22 octobre, c'est-à-dire au bout de deux mois, confirmait le mode d'évolution le plus habituel de la diathèse syphilitique.
« Très-ému et presque embarrassé de cette découverte, comprenant la gravité d'un fait semblable, puisque c'était à l'Académie de médecine que l'inoculation avait eu lieu, six mois à peine après une discussion célèbre dans laquelle il avait été souvent répété, avec une sorte de complaisance, que, depuis plus de 60 ans qu'on vaccine à l'Académie, chaque année, des milliers d'enfants, on n'y a jamais observé de syphilis vaccinale, je devais tenir à ce qu'il fût constaté par un médecin dont le témoignage ne pût être révoqué en doute, et, séance tenante, je conduisis moi-même M. A. X... chez mon excellent maître et ami, M. le docteur Hardy.
« Après avoir examiné et interrogé le malade, l'habile médecin de l'hôpital S*-Louis n'hésita pas à porter le même diagnostic, et à déclarer que la syphilis avait été inoculée au mois d'août par les piqûres du vaccin. Nous arrêtâmes un traitement mixte, composé de pilules de proto-iodurc de mercure et d'une solution d'iodure de potassium. Ce dernier médicament devait avoir pour effet de
débarrasser promptement le malade de sa céphalée si pénible. Je donnai aussi à mon client le conseil de prévenir immédiatement son oncle, le docteur S... Celui-ci conduisit son neveu, le soir même du 6 novembre, chez M. le docteur Ricord. L'éminent sypliiliographe, qui, on se le rappelle, avait, au mois de janvier dernier, combattu à l'Académie, avec une grande vivacité, les conclusions du rapport de M. Depaul, et qui avait contesté plusieurs observations invoquées dans ce rapport, n'hésita pas à se rendre à l'évidence et à reconnaître que, chez M. A. X..., la revaccination . avait été le point de départ de la syphilis. Il prescrivit un traitement en conséquence. J'ai revu le malade plusieurs fois depuis : la croûte du bras droit est tombée le 9 novembre, et a été remplacée par une cicatrice arrondie, rougeâtre, très-peu saillante et légèrement indurée. Le 14 ou le 15 novembre, la croûte du bras gauche s'est détachée à son tour et a fait place à une cicatrice large, circulaire, à base manifestement indurée, et semblable à celle d'un chancre. La céphalée a disparu rapidement sous l'inflLience de l'iodure de potassium, pris concurremment avec des pilules de proto-iodure ; l'éruption du tronc, après avoir un peu augmenté, commence déjà à pâlir, mais elle est encore très-caractérisée. Le malade continue de suivre régulièrement les prescriptions de M. Ricord, et tout fait espérer qu'il sera promptement guéri. Le 1" décembre, il a quitté Paris pour aller reprendre ses fonctions à Constantinoplc.
« M. Depaul, dès qu'il a été averti de ce cas malheureux, a commencé une enquête sur les vaccinations pratiquées à l'Académie le 19 août dernier. Neuf enfants avaient été vaccinés en même temps que M. A. X... et avec le vaccin du même enfant. Six d'entre eux ont été retrouvés, manifestement atteints de syphilis ; ils sont en voie d'amélioration, grâce à un traitement spécifique que surveille M. Depaul lui-même; deux sont morts, sans qu'on ait pu savoir exactement la cause du décès, ni s'ils ont eu des accidents syphilitiques ; le neuvième enfant n'a pu être retrouvé (1).
« Quant au vaccinifère, il avait été envoyé en nourrice dans le département des Basses-Pyrénées, et il paraît avoir succombé avec tous les signes de la syphilis. Le maire et le médecin de la localité doivent envoyer des détails exacts sur cet enfant.
« Restent les soldats revaccinés également le 19 août, avec le même vaccin infectieux, et sur lesquels on n'a pas encore de renseignements. On ignore leur nombre exact ; beaucoup d'entre eux ont quitté Paris, soit pour changer de garnison, soit pour partir en expédition ou pour regagner leurs foyers. Néanmoins on espère les retrouver; un professeur du Val-de-Grâce a bien voulu se charger de cette enquête difflcile et délicate, et doit en transmettre les résultats à M. Depaul, lequel se
(1) Ce dernier a été retrouvé postérieurement à la publication (le cette observation. Il était également sypbilisé.
propose de publier plus tard une relation détaillée de tous ces faits si regrettables. »
Voilà l'observation telle qu'elle a été exposée au mois de décembre dernier par M. le docteur Millard. Du'puis, j'ai pu me procurer les renseignements complémentaires que voici: sur neuf enfants vaccinés le même jour et avec le même vaccin, M. Depaul en a retrouvé non pas six, mais sept. Dix semaines environ s'étaient écoulées lorsqu'il les vit : tous portaient des traces non douteuses d'une infection syphilitique généralisée, affectant toutes le même caractère, de telle sorte qu'il suffit d'en dépeindre un pour faire connaître tous les autres. Voici l'une des observations (1) :
Emile C..., âgé de onze mois, vacciné le 19 août par trois piqûres à chaque bras. Quatre pustules vaccinales se développèrent régulièrement, et, au bout de trois semaines, avaient parcouru toutes leurs évolutions normales. Quinze jours plus tard, c'est-àdire cinq à six semaines après l'inoculation, on vit paraître, sur deux cicatrices du bras droit et sur l'une du bras gauche, un gros bouton qui s'ulcéra, et atteignit les dimensions d'une pièce de bronze de cinq centimes. Le 13 novembre, l'état général était déplorable, l'état cachectique des mieux prononcés. Ulcènîs des bras indurés. Roséole répandue sur toute la peau. Ganglions axillaires volumineux et indolents. Pléiade ganglionnaire dans la région cervicale. Plaques muqueuses
(1) rommnnication écrite de M. Depaul.
20i CHAPITRE VI.
derrière l'oreille droite, ainsi qu'au pourtour de l'anus.
Cet enfant et tous les .autres ont été soumis à un traitement mercuriel, et, sous son influence, tous les accidents se sont amendés et ont fini par disparaître.
Restent les militaires, dont les destinées étaient demeurées un mystère, et dont trois viennent d'être retrouvés à leur tour, à l'hôpital du Val-de-Grâce, portant tous trois des chancres indurés aux bras, sur les points d'inoculation du vaccin.
Pour compléter cette intéressante série d'observations, j'ai prié M. Ricord de vouloir bien me faire savoir s'il avait en effet porté, sur le malade de M. Millard, le jugement que la version de V Union médicale lui attribuait. Or, voici sa réponse, en date du 5 de ce mois :
« Monsieur et honoré collègue,
« J'ai été, en effet, appelé à examiner le malade de M. Millard, dont parle VUnion médicale, et j'ai pu constater, sur ce malade, comme chez plusieurs autres, un cas de transmission de syphilis par l'intermédiaire de la vaccination. Jusqu'à présent il ne m'a été donné d'observer que les résultats de ce mode do contagion, mais je n'ai pas encore eu l'occasion d'en vérifier les sources. Dans tous les cas, la syphilis vaccinale, quels qu'en soient les
ME LA VACClNIv ANIMALE. 205
conditions et le mécanisme, paraît être, aujourd'hui, un fait établi.
« Veuillez, etc.
« (Signé) : Philippe Ricord. »
^ Paris, 10 juin 1866. »
En présence de documents aussi précis, de faits aussi solidement établis, je me demande si le doute est encore permis. En effet, rien ne manque à l'observation qui précède. La maladie observée était-elle bien la syphilis? Elle a été jugée telle par M. Millard d'abord, puis par MM. Hardy, Depaul et Ricord. La syphilis u'existait-elle pas déjà chez les vaccinés, avant que ceux-ci fussent soumis à l'inoculation? Impossible, car tous, onze sur onze, ont présenté des chancres indurés à la suite de la vaccination, et la vérole ne se double pas. La syphilis n'avait-elle pu entrer par une autre porte? Remarquons que, sur les onze sujets, il y avait sept enfants, et que, chez chacun d'eux comme chez les quatre adultes, le symptôme initial siégeait à la région deltoïdienne.
Il y a cependant une lacune : l'enfant vaccinifère, à qui tout le délit est imputé, n'a pu être produit. Il était mort, quand on a voulu l'arrêter. Le corps du délit manque donc, et il serait permis de s'en prévaloir. Comment admettre, pourra-t-on dire, toute une filiation quand le premier anneau fait défaut à la chaîne ? Eh bien, ce premier
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anneau, il n'en est pas besoin, car le vaccinifère IDOuvait être parfaitement sain, sans que pour cela rien, dans l'observation de M. Millard, s'en trouve infirmé. Je m'explique : dans les vaccinations multiples, par fournées, qu'on me passe l'expression, on s'occupe exclusivement des intérêts des vaccinés, nullement de ceux du vaccinifère. On veille bien attentivement, quand on y veille, à ce que ce dernier ne fournisse pas une gouttelette de sang, mais on se préoccupe fort peu de savoir si la lancette ou l'aiguille qui viennent de faire la piqûre, ne rapporteront pas quelque chose à la pustule où elle iront puiser de nouveau. Le danger est peut-être médiocrement sérieux pour le vaccinifère lui-même, car il est douteux que la pustule vaccinale soit bien propre à une absorption active, mais il n'en est pas de même pour les vaccinés de la série à venir, qui vont se trouver exposés à une inoculation suspecte, avec toutes ses conséquences. Ainsi, dans le cas de M. Millard, le premier sujet vacciné (un autre qu'aucun de ceux signalés) pouvait avoir empoisonné la pustule et avoir été le point de départ de toute la catastrophe. Notez que je ne donne cette explication que subsidiairement, car le vaccinifère de l'Académie de médecine paraît avoir succombé avec tous les signes de la syphilis, si l'on s'en rapporte aux renseignements fournis.
Peut-être, malgré la précision des faits que je viens d'exposer, se rencontrera-t-il encore quelque esprit sceptique, résolu à en contester
l'exactitude, puis ensuite la signification. Cette résistance à l'acceptation dos phénomènes que l'on n'a pas eu l'occasion d'observer soi-m$me, et qui sont en opposition avec des croyances et des principes dès longtemps caressés, est trop naturelle pour être blâmée ; d'ailleurs, en niant le plus longtemps possible, ne force-t-on pas ses adversaires à formuler plus nettement leur pensée, à l'étayer sur des observations plus exactes ? Loin d'arrêter Je progrès, la défiance scientifique le fait se consolider, semblable à l'opposition qu'ont à subir les États, et qui, loin de les arrêter, les fait, au contraire, marcher en avant. Dans la circonstance, cette opposition, prévue et annoncée, nous a forcé d'être plus complet dans notre exposition : la vérité n'y perdra rien.
La négation scientifique a cependant sa limite. Il est du devoir du savant de reconnaître toujours les faits bien constatés, quoi qu'il en puisse coûter à son amour-propre. C'est ce qu'a eu le courage de faire l'illustre ex-chirurgien de l'hôpital du Midi, lorsqu'il a loyalement reconnu que certaines des lois qu'il avait posées et longtemps soutenues, venaient d'être renversées par l'observation. Je sais que d'aucuns ont appelé désertion cet abandon d'anciennes croyances, et pour eux je le regrette. Les principes scientifiques ne sont pas des articles de foi, qu'on ne saurait abandonner sans cesser d'être orthodoxe. D'origine humaine, ils sont, comme tout ce qui est humain, sujets à
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l'erreur. Vouloir en faire la devise d'un drapeau auquel on jurerait fidélité, c'est mettre simplement une entrave au progrès. C'est dire à ceux qui se rangeraient sous une semblalDle bannière : dépense cV aller plus loin.
Si je me borne à la citation de ce seul fait, c'est que tous les autres, ceux de Ri val ta, du Palatinat et tant d'autres, ont été l'objet de contestations plus ou moins sérieuses. Le fait de M. Millard, au contraire, n'a pas été contesté ; c'est pourquoi j'ai cru faire chose utile en en donnant l'exposé complet et détaillé.
Je crois que la possibilité de la propagation de la syphilis par l'acte de la vaccination doit être considérée aujourd'hui comme un fait établi. Il reste à examiner de quelle façon cette propagation peut s'opérer. Diverses hypothèses sont ici en présence.
Dans la première (nous ne reviendrons pas sur la contamination accidentelle dont il a été parlé plus haut), on suppose qu'un enfant, en puissance de vérole, est soumis aux piqûres classiques de la vaccine. Ne peut-il se faire, aditM. Melchior Robert (1), qu'au moment du développement des boutons vaccinaux, quelque pustule d'ecthyma superficielle ou bien une pustule plate, avec production pseudomembraneuse à sa surface, vienne se combiner avec la pustule vaccinale, se cacher à côté d'elle ou prendre sa place ? Dans ce cas, avec la vaccine, on pourra inoculer la sécrétion de l'accident secon-
(1) V7iion médicale, 1862, t. IV, p 147.
1)K I.A YACCIN'K ANIMALF. 209
daire. Cette supposition est d'autant plus admissible que, chez l'enfant en bas-âge atteint do syphilis, la moindre irritation, une blessure très-légère peuvent déterminer la localisation de la maladie. M. Ciillerier a constaté, dans le temps, sur un enfant syphilitique atteint d'ecthyma, que tout point de la peau piqué à sec devenait le siège d'une pustule ecthymateuse.
La seconde hypothèse est celle qui faitpuerau sang le rôle actif dans le développement de la syphilis par la vaccine. Pour cela, il faut admettre que le sang d'un syphilisé, inoculé à un individu sain, peut communiquer la syphilis à ce dernier. Les observations de cas accidentels de cette espèce ne manquent pas dans la science, mais il manquait une expérience directe destinée à mettre le fait en lumière, de façon que le doute ne fût plus permis. Cette expérience a été faite ; la voici :
Le 6 février 1862, en présence de tous les élèves, le docteur Bargioni, indemne de toute affection syphilitique, se soumet à l'inoculation que lui pratique le docteur P. Pellizari, professeur de clinique des maladies vénériennes, à l'école de médecine pratique et de perfectionnement à Florence, au moyen du sang extrait de la veine céphalique d'une femme de 25 ans, atteinte de tous les signes de la syphilis constitutionnelle, et vierge de tout traitement antérieur. Toutes précautions sont prises : bande, lancette, palette neuves. Dès que le sang coule, on en imprègne de la charpie et on l'applique
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à la région supérieure et externe du bras gauclie du docteur Bargioni, après avoir préalablement dénudé l'épiderme et pratiqué trois incisions transversales .
Le 3 mars, au matin, c'est-à-dire le vingt-cinquième jour, M. Bargioni aperçoit, au centre de la surface où le sang avait été inoculé, une petite élevure donnant un peu de prurit. Le professeur Pellizari constate que cette petite papule, ronde, de couleur rouge foncé, ne présente aucune induration à la base. Point d'engorgement glandulaire. On la couvre d'un peu de charpie sèche et on la met à l'abri de tout frottement, au moyen d'un morceau de diachylum.
Le 11 mars, la papule a la circonférence d'une pièce d'argent de 20 centimes ; elle est recouverte d'une croûte légère (squame-écaille) de couleur argentine, très-adhérente.
Les 12 et 13, la croûte s'épaissit, se fait plus adhérente, se fendille à son centre.
Le 14, deux glandes grosses comme des noisettes, mobiles, indolentes, apparaissent dans la région axillaire.
Le 19, en passant le doigt sur la croûte, on voit poindre à la surface une petite quantité de sérosité purulente, avec douleur à la pression.
Le 21, la croûte se détache, laissant à découvert une surface ulcérée ; induration légère à la base.
Le 22, la croûte tombe et l'on aperçoit un chancre d'aspect infundibuliforme, dont les bords offrent
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une résistance élastique qui représente très-bien l'induration spécifique; ces bords sont gonflés, adhérents, obliques par rapport au fond du chancre ; sécrétion peu abondante ; douleur légère.
Le 26, le chancre a les dimensions d'une pièce de 50 centimes, la forme d'infundibulum ; sécrétion augmentée; induration plus grande.
Le 4 avril, chancre stationnaire, céphalalgie nocturne, engorgements glandulaires à la région cervicale postérieure.
Le 12, taches de couleur rosée sur tout le corps ; engorgements glandulaires du cou plus marqués.
Le 22, la couleur de l'érythème se fait décidément cuivreuse. Des papules lenticulaires s'y mêlent. Le chancre primitif présente des bords saillants.
On commence le traitement mercuriel.
Rien ne manque à cette observation, ni le mérite du maître, ni le courage, ni la persévérance de la victime ; l'expérience est poussée le plus loin possible, et, l'épreuve faite, maître et élève en proclament hautement le résultat, faisant bravement litière, sur l'autel de la science et de la vérité, de toute considération puisée dans le respect humain. Puisse cet exemple ne pas être entièrement perdu !
Une démonstration expérimentale ne saurait être plus complète. Dans l'ordre d'idées qui nous en a suggéré la mention, on pourrait y reprocher l'étendue de la surface contaminée qu'il a fallu impré-
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g'iier de sang syphilitique pour la faire aboutir. Par une simple inoculation, on n'a jamais réussi, dira-t-on peut-être. Vaine défaite !
Le fait de l'inoculabilité du sang syphilitique étant établi, le danger d'introduire la syphilis avec le vaccin n'attend plus sa démonstration. Ce danger est là, il est palbable et inévitable à la fois ; car, si le sang est contagieux, il est impossible que la lymphe vaccinale, qui repose sur une surface imprégnée de ce sang, ne s'en imprègne pas à son tour à un certain degré. Il en résulte qu'aucune précaution ne peut mettre sûrement un médecin cà l'abri du danger de transmettre la syphilis en vaccinant. Ecoutons ce que dit à cet égard M. Ricord : « L'enfant sur lequel on prend du vaccin peut avoir toutes les apparences de la plus belle santé, et cependant avoir la vérole constitutionnelle à l'état d'incubation. Il en est de même des parents, des parents légaux tout au moins, car en syphiliographie le vieil adage de droit peut subir la variante que voici : is pater est quem mordus demonslrat. Il peut y avoir un tiers caché, et les parents qu'on voit ne sont pas toujours une garantie suffisante. Au bout de combien de temps peut-on en pratiquer sans risque la vaccination? Il n'est pas possible de le dire. Pendant les six premiers mois, on peut toujours s'attendre à voir apparaître la vérole; c'est la règle; non qu'elle ne se montre jamais tout de suite, mais parce que, dans le plus grand nombre de cas, il se passe de cinq à six mois avant les
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premières nianifeslatioiis. Il n'y a donc aucune sécurité avant le sixième mois (1). "
Bien que cette dernière proposition soit absolument vraie, la proportion invoquée plus haut paraît exagérée : ainsi, il résulte d'une statistique de M. Diday, portant sur 158 cas, que les symptômes syphilitiques se sont manifestés :
Avant un mois révolu depuis la naissance 86 fois.
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