CHAPITRE X\I
ALTnES UAISONS Ql'l COMHATTENT CETTE (INDII'KÉRE>CE
l^a rriflo (lo nos aclions ne jicul être la tfloirc do Dieu en lui-uièino. Dieu est toujours intlépondant des créatures. Il faut chercher la gloire de Dieu dans les devoirs de son état. DilTérencc d'une providence universelle et d'une [iroxidence parlirulièro.
Il y a encore ici une réllexion liés considérable à faire, qui donnera un Ibrl grand jour à tout ce que nous avons déjà dit. Gest que la règle de notre vie ne peut être une vue générale, vague et confuse de la gloire do Dieu ; mais qu'elle doit elre déterminée par les obligations de notre état. Car si on ne considère que la gloire de Dieu en général, il est certain que Dieu sera également glorifié, si les champs sont cultivés, ou s'ils demeurent incultes ; si l'imprudence d'vm valet laisse mettre le feu Ji la maison et qu'il la consimie. ou que par sa diligence il arrête la violence du feu ; si un domestique infidèle emporte
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tout le bien d'une famille. Cependant n'emploiet-on pas tous ses soins pour empêcher de semblables maux ? Serait-on satisfait d'un valet qui répondiait froidement que tout est égal pour la gloire de Dieu ?
Les ordres de la providence divine n'empêchent pas que nous ne nous servions de notre raison, et que nous n'agissions selon les règles de la providence ; de deux maux nous évitons le pire ; de deux biens nous choisissons le meilleur. La pratique dément toutes les spéculations contraires. Il est étrange qu'on ne reçoive cette règle que pour les choses du salut. On a eu raison de ne l'étendre pas plus loin : car' on aurait fait révolter tout le monde pour s'y opposer, parce que cette indilTérence détruirait tous les états et tous les devoirs de la vie.
On ne nie pas que Dieu ne tire sa gloire des tourments des damnés, de la perte de nos biens, et de tous les renversements du monde. Mais ce n'est pas cette espèce de gloire qu'on doit chercher de donner à Dieu. Ce serait une témérité de vouloir pénétrer dans ses secrets. Il permet qu'il y ait des méchants, et il les punira pendant toute une éternité : nous devons adorer sa justice, et trembler à cette vue. Nous savons qu'il tirera sa gloire des damnés, et que malgré toute
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leur lafTO, il les forcera ilc lléchlr les genoux : nous devons admirer sa sagesse et considérer la grandeur de sa divine providence, qui tire le bien du mal. Mais en adorant ses secrets, et en nous soumettant à ses ordres, nous devons tourner noire vue sur nous-mêmes ; et considérer de quelle manière nous pouvons le louer par amour, sans allendre qu'il tire par sa vertu toute-puissanle sa gloire de noire insensibilité.
Il V a bien de la dilTércncc, dit saint Thomas, entre la condition d'un particulier qui ne doit poiuvoir qu'à certaines choses, et la grandeur de Dieu dont la providence s'étend sur tout. Celui à qui on a donné le soin de quelque chose en jiaiticulior, doit faire ses efTorts, pour conserver ce qui a été commis à sa garde, pour en empêcher la perte et en éloigner toute sorte de défauts. Mais Dieu, dont la providence est universelle, doit permettre quelque défaut, quelque perte, quelque mal particulier, pour ne pas empêcher le bien commun. On dira donc que la corruption et les défauts particuliers dans les causes naturelles, sont contre la nature particulière : mais ils sont conformes au dessein de la nature universelle, en tant que le défaut de l'un sert au bien de l'autre, ou au bien de tout l'univers. Car lorsqu'un être individuel se corrompt,
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un autre sengeiidre, ce qui fait la conservation de l'espèce. Or, la providence de Dieu s'étend sur tous les êtres, il faut donc qu'il permette quelque défaut particulier, pour ne pas empêcher le bien général ; étant certain que si tous les maux étaient empêchés, il manquerait beaucoup de bien dans l'univers. Le lion ne pourrait pas vivre, si tous les autres animaux conservaient leur vie. La patience des martyrs n'aurait jamais été admirée, s'il n'y eût eu des tyrans pour les tourmenter. Ce qui a fait dire à saint Augustin, que Dieu qui est tout-puissant ne permettrait ja^ mais aucun mal dans les créatures, puisqu'elles sont ses ouvrages, s'il n'était tout ensemble si puissant et si bon, qu'il peut tirer du bien même du mal '.
A^oilà une solution très claire de toutes les difficultés qu'on peut proposer sur ce sujet. Dieu, par les ordres impénétrables de sa providence, permet qu'il y ait des réprouvés ; mais les réprouvés peuvent avoir leur usage. Leurs dérèglements font mieux paraître la vertu des justes, comme les pauses mêmes de la musique servent à rendre la mélodie plus douce ^ Leur malice,