I. LES ERUEUUS II
l'abîme de cet amour, il arrête le cours de ses pensées. Alors regardanl cet objet tout à la fois, et recueillant comme en un point tous les raisonnements qu'il a ûiits, il le contemple avec admiration, avec étonnement, avec douleur, et le retenant toujours présent il le montre en même tem[)s à la volonté : à cetle vue, la volonté s'enllammc ; elle s'excite, elle produit mille actes d'amour, de reconnaissance, de désir d'imiter le Sauveur, de protestation de lui être fidèle, etc. C'est donc à proprement parler, comme nous l'avons déjà établi, l'acte de l'entendement, qui considère ce mystère et qui produit l'amoTu-, et on l'appelle contemplation.
On peut encore expliquer toute l'économie de l'oraison par une comparaison familière. Il en est de celui qui médite, comme d'un homme qui regarde un excellent tableau, et veut avoir le plaisir d'en connaître toutes les beautés. Il considère premièrement toutes ces beautés en particulier ; il observe avec attention l'une après l'autre, toutes les parties de cette peinture et tous les rapports qu'elles ont ensemble : enfin après avoir remarqué en détail tout ce qu'il y trouve de beau, et bien vu chaque chose à son aise, il s'arrête à regarder le tableau tout entier ; et alors il sent tout le plaisir qu'il y a à
voir une œuvre parfaite ; il en connaît tout le prix, il estime le chef-d'œuvre, il en loue l'auteur, etc. Ainsi faisons-nous en méditant sur un sujet qui nous conduit à Dieu et nous fait avancer en son amour. Âpres l'avoir assez considéré en particulier et en avoir découvert ou toutes les beautés ou toutes les vérités qu'il renferme, l'esprit se trouve convaincu de sa nécessité, de sa heauté, de sa grandeur, etc., alors il s'arrête, il le présente à la volonté, afin qu'elle l'embrasse et qu'elle s'excite à l'aimer ; et ce regard simple et tranquille qui tient toute l'âme recueillie et garde toujours cet objet présent à la volonté est la contemplation.
Il faut remarquer avec saint Thomas ', que tout ce qui peut être le sujet de la méditation, peut être aussi le sujet de la contemplation. En effet, l'esprit humain, après avoir produit plusieurs actes qui lui sont nécessaires pour connaître toutes les propriétés, toutes les conditions, toutes les circonstances d'une vérité, peut toujours recueillir et concentrer tous ces actes en un seul acte très simple, très uniforme et qu'on peut appeler universel, qui attire, qui transporte, qui charme la volonté selon la qualité de l'objet.
r. D. Th. 3. 2, q. i8o, art. A-