‹ Traité de la véritable oraison (volume 2)Chapitre 32 sur 164 · I. Contra Gentes, lib. III, cap. cxxxv · texte numérisé non relu

I. Contra Gentes, lib. III, cap. cxxxv

CIïAinTRE VII

CINQllKME ERREl n : JAIUK DE l'oUAISON UNE ÉTUDE

Le plaisir qu'on goùlc peut venir de la seule connaissance de la vérité.

Il est un autre défaut entièrement opposé à celui que nous venons de reprendre, et nous le devons éviter avec soin, parce que toutes les extrémités sont dangereuses. Il y a des gens qui convertissent leur oraison en étude : ils ne s'appliquent qu'à la seule spéculation, sans arrêter leurs pensées pour donner loisir à la volonté de produire ses actes, et de tirer quelque fruit de la vérité qu'on a méditée.

L ne pareille méditation n'est qu'une spéculation de philosophe, peut-être aussi inutile que celle des philosophes anciens, assez éclairés, mais dont les lumières n'étaient pas accompagnées de la divine charité. C'étaient des lumières froides et languissantes, incapables de fondre la glace de leurs cœurs, « Ils retenaient, comme

dit l'Apôtre, la vérité captive dans l'injustice ^ ; » parce que, ajoute saint Thomas, la connaissance des perfections divines étant capable de produire l'amour, et d'exciter à la vertu, ils retenaient les vérités captives dans leur esprit, sans les laisser sortir pour embraser leur volonté.

Ces âmes spéculatives, et simplement curieuses, goûtent quelquefois, il est vrai, un plaisir qui surpasse tous les plaisirs des sens ; mais ce plaisir ne vient souvent que de la seule connaissance. C'est la remarque de saint Thomas, fondée sur ce que la connaissance de la vérité est toujours aimable par elle-même. Aussi Dieu, quelquefois, pour confondre la vanité de ces esprits, permet que par la seule application à leur étude, ils découvrent de grandes vérités, que la seule raison peut faire connaître. Cette découverte, en augmentant leur plaisir, augmente leur orgueil, et ne sert qu'à les rendre plus amoureux d'eux-mêmes ; de sorte que les lumières qu'ils croient venir immédiatement de Dieu, sont uniquement l'effet de leur étude.

L'expérience fait assez voir tous les jours, que les philosophes en raisonnant sur les premiers

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