‹ Traité de la véritable oraison (volume 2)Chapitre 33 sur 164 · I. — i,Ks nnuEURS · texte numérisé non relu

I. — i,Ks nnuEURS

nrincipos cl sur les notions coniinuncs que nous avons de la divinité, ou do la vcrlu, et les théolofjiens en raisonnant sur les mystères de la foi, découvrent d'cxcellcnles vérités : et cette vue leur cause un si grand plaisir, qu'ils passent les jours entiers à les considérer. Il en est de même de tous les arts. Un architecte, un peintre par l'exercice de leur art, et par l'étude de ses règles, se forment toujours des idées [)lus grandes, plus nobles el plus belles, qui font admirer leurs desseins et leurs inventions ; et ce n'est pourtant que le seul ouvrage de leur es[)rit, et non pas une lumière extraordinaire. Ainsi, les personnes de piété à force d'éplucher im sujet, quand d'ailleurs elles ne manquent pas d'intelligence, se forment des idées toujours plus belles des vérités de la religion et des perfections divines. La beauté de ces idées les charme, sans qu'il y ait rien de surnaturel, elles se croient alors fort élevées; et cependant elles ne sont pas sorties des bornes de la nature. Elles s'imaginent aimer avec ardeur la beauté éternelle, et elles n'aiment que leurs idées, ou pour mieux dire, les idoles qu'elles se sont formées dans leur esprit.

Disons donc, avec saint Thomas, que toute connaissance, et par conséquent la contemplation, peut être aimable en deux manières : « Première-

ment par elle-même, en tant que c'est une connaissance noble et une action élevée. Et parce que toutes les actions qui sont conformes à la nature de l'homme lui apportent du plaisir, la contemplation de la vérité lui convenant parfaitement (ce qui se prouve par le désir naturel que. tous les hommes ont de savoir), il faut convenir que l'action de contempler doit être aimable par elle-même. En second lieu, elle est aimable par son objet, quand on considère un objet que Ton aime déjà beaucoup. Dans la vue même corporelle, on sent un plaisir de voir un objet quel qu'il soit, mais ce plaisir s'augmente d'autant plus en nous, que nous voyons une personne qui nous est plus chère. Or, comme ajoute le même saint Docteur, dans la contemplation, le plaisir qui l'accompagne ne doit pas venir de la seule connaissance, mais encore de l'objet ; c'est-à-J dire, de Dieu, et de l'amour qu'on a pourJ Dieu '. »

Ce qui distingue la contemplation d'avec la^ simple spéculation, c'est que le principe de la contemplation est l'amour de Dieu, et le désir del connaître les perfections divines pour les aimei avec plus d'ardeur, et non pas pour les connaître]

Page 1