I. LES ERREURS 4l
clans aucune espèce d'oraison, quelque élevée soit elle, rentendcnient et la volonté puissent être privés de leurs opérations. Il se passe dans une oraison extraordinaire bien des choses singulières, difficiles à expliquer, et dont nous n'avons pas dessein do parler ; mais en quelque oraison que ce soit, ordinaire ou extraordinaire, il est impossible que les puissances de l'àme soient privées de leurs actes.
Cette vérité ressort avec évidence de tout ce que nous avons dit jusqu'ici. La contemplation est elle-même une opération de l'enlendemcnt, et la plus parfaite de toutes les connaissances. Quelle contenqilalion plus sublime que la vision béatilique, qui rend et qui rendra les Saints bienheureux pendant toute l'éternité ."' Et néanmoins quoique cette lumière que l'àme reçoit de Dieu soit en toutes manières extraordinaire, puisque c'est la lumière de gloire, par laquelle la Divinité même s'unit à l'entendement du Bienheureux et fait qu'il est rempli de la Divinité ; non seulement les puissances de l'àme ne sont pas privées de leurs opérations, mais elles ont alors leurs opérations les plus parfaites qu'elles puissent jamais avoir.
Saint Tliomas enseigne en termes exprès (( que la béatitude est une opération ; parce que.
dit-il, la béatitude de l'homme est sa dernière perfection. » Et selon toutes les notions que nous pouvons avoir de la nature, aussi bien que selon le sentiment de tous les philosophes, il est nécessaire que (( la dernière perfection de l'homme soit une opération, parce que toutes les puissances, toutes les causes, tout ce qui est capable d'agir, lorsqu'il est sans action et en repos, est toujours très imparfait. Toute puissance se rapporte à son opération comme à sa fin ^ »
Cette règle est si générale, que dans Dieu même, comme dans les anges et dans les hommes, la béatitude consiste dans l'opération. « En Dieu, dit saint Thomas, la béatitude est par essence, parce que son opération est son être. Dans les anges, leur béatitude et leur dernière perfection consistent dans cette opération très parfaite, par laquelle ils sont unis à un bien incréé. Cette opération en eux est unique et dure toujours ; et ce sera leur vie pendant toute l'éternité. Enfin dans les hommes, tandis qu'ils vivent sur la terre, leur dernière perfection, autant qu'ils en sont capables, est l'opération qui les unit à Dieu. Mais cette opération ne peut être éternelle, ni continuelle ; la faiblesse de la nature force souvent à