CHAPITRE IX
SEPTIÈME ERRELR : QUE, DANS I.'ORAISO> , i/eATK>-
dement plisse etre prive de toute sorte d'idées
Dieu seul peut être uni immédiatement par lui-même aux esprits des Bienheureux. Toute autre connaissance se fait par les idées qui représentent les objets.
Si dans la parfaite contemplation les puissances de l'ànie pouvaient être privées de leurs opérations, il s'ensuivrait nécessairement qu'elles seraient privées de toutes leurs idées, qui sont les images des objets où les puissances se portent, l'entendement pour les connaître, et la volonté pour les aimer. Comme il est donc impossible que dans la plus sublime contemplation les puissances ne produisent point les actes qui leur sont propres, il est impossible aussi que l'entendement soit sans idées et sans images pour se représenter les objets et les proposer à la volonté.
Les personnes les moins intelligentes com-
piendroni sensiblement celle vérité, en remarquant ce principe commun de la })hilosophie, que dans toute sorte de connaissance il faut que l'objet soit uni à l'entendement, ou par lui-même, ou par quelque image qui nous le représente. C'est ce que saint Augustin apjielle imagines corponiin, les images des corps, comme nous voyons qu'un objet est représenté dans un miroir, non pas par lui-même, mais par une image parfaite que la nature forme, et que l'art ne saurait imiter entièrement. De la même manière nos sens reçoivent les images des objets qu'ils connaissent ; les images passent dans notre esprit et s'unissent à lui, en lui représentant les objets d'une manière intellectuelle '.
On peut recueillir de ce principe et de l'expérience que l'on en lait tous les jours, que les objets ne peuvent pas être unis par eux-mêmes à notre entendement, mais seulement par leurs images, que l'on appelle espèces, idées, représenlations, ce qui signifie une même cbose. 11 n'y a que la nature divine qui s'unit immédiatement et sans images à l'entendement des Bienbeureux, qui voient Dieu tel qu'il est en soi ; et c'est en celte claire vision que consiste leur sou-
li D. Th. I part. q. A, art. i et 2.