‹ Traité de la véritable oraison (volume 2)Chapitre 47 sur 164 · I. — i.F.s EniiF.rns · texte numérisé non relu

I. — i.F.s EniiF.rns

propre iialure, dit saint Augustin ', a une liaison nécessaire avec les choses intelligibles, et dès qu'on perd de vue les choses corporelles, l'esprit se porte aux spirituelles. Ce mouvement dcràmc vers Dieu est si naturel, qu'il semble qu'on peut douter si Dieu même n'est pas le premier objet de notre connaissance.

Or, cette pensée qu'on est en la présence de Dieu n'osl pas sans idée ; mais cette idée est très simple et comme imperceptible, ne représentant rien en particulier, ni sa bonté, ni sa justice, ni sa miséricorde, mais seulement Dieu comme un être qui occupe tout et qui remplit le cœur.

C'est pcul-èlre ce qui a trompé ceux qui disent que dans l'oraison il faut se dépouiller de toutes les idées. Il est bien vrai que dans l'oraison qui se fait par les affections, il faut éloigner de son esprit les idées de toutes les choses sensibles et intelligibles, comme dit saint Denys -, et ne s'unir qu'à Dieu, puisque c'est lui seul qui doit être l'objet de notre adoration et de notre amour ; et pour se rendre digne de s'unir à Dieu autant qu'on le peut en ce monde, il faut purifier son esprit et son cœur par l'éloignement de tout

I. S. Aug. De Trinilale, lil). XTI, apud D. Th. De vcrilate, q. i, art. 4.

■j. D. Dion, de Mvst. Theol. cap. i.

5/i DE LA VÉRITABLE 0RAIS0:M

ce qui n'est pas Dieu. Surtout il faut faire cesser le raisonnement pour donner place aux opérations de la A'olonté ' . Mais on n'écarte les autres idées que pour se rendre l'idée de Dieu plus intimement présente, delà manière que nous avons expliquée. Cette idée étant très simple peut aussi plus facilement être troublée ou dissipée. On est donc plus exposé aux distractions ; c'est pourquoi il faut avoir plus de soin d'éloigner les autres idées de tout ce qui nest pas Dieu même ^. Tout cela suppose que l'esprit ne se perde pas dans un vide chimérique ; mais qu'il s'aperçoive et cju'il soit convaincu qu'il a une idée de Dieu, quoiqu'elle puisse être très simple, afin que la volonté puisse aimer l'objet infiniment aimable que l'entendement lui représente.

Page 1