D. Th. 2.3, q, 180, art
CHAPlïllE X
HiniKME ERIlF.ru : Ql' IL PUISSE Y AVOIR UN AMOUR SANS AUCUNE CONNAISSANCE
Il semble que le désir qii'onl eu quelques mystiques d'élever lamour de Dieu el d'en persuader aii\ autres la nécessité, la facilité et la perfection, les a fait tondier dans celle erreur de croire qu'il peut y avoir un amour de Dieu sans connaissance ; car ils se sont expliqués d'une manière à faire croire que, dans une parfaite contemplation, les opérations de l'entendement étant suspendues, la volonté ne laissait pas d'être dans une pleine liberté de produire ses actes, et q\i'ainsi il pouvait y avoir un amour sans aucun objet connu.
Jîien qu'en celte vie mortelle, où nous nemarcIkuis qu'à travers les ombres de la foi, on puisse aimer Dieu pltis parfaitement qu'on ne le connaît, qu'on n'ait pas besoin de beaucoup de raisonnement pour s'exciter à aimer une bonté infinie, et qu'enfin il soit plus expédient de dimi-
nuer l'ardenr de nos passions que d'augmenter nos lumières ; il est néanmoins impossible, absolument parlant, qu'il y ait un amour sans connaissance, et d'aimer un objet que l'on ne connaisse point. Saint Augustin établit ce principe comme indubitable. « Nul, dit-il, ne peut aimer une chose qui lui est entièrement inconnue. » Il est vrai, dit ce Père, qu'on peut aimer une chose qu'on n'aura jamais vue, mais il faut que l'esprit s'en forme quelque idée, et qu'il en représente la beauté, la grandeur et la perfection à la volonté, afin qu'elle la puisse aimer ; parce que la volonté étant une puissance aveugle, il est nécessaire que l'entendement luiprésente un objetoùeUe se puisse porter *. La volonté, dit saint Thomas, n'est par elle-même qu'une pure inclination ; et une inclination ne peut être tout ensemble et par elle-même et pour elle-même : elle a besoin d'un objet '.
Il faut, selon saint Denys, distinguer dans tous les êtres, la nature, l'inclination et la fin, ces trois choses ont une liaison nécessaire : chaque nature a son inclination, et par son inclination elle tend à sa fin. Dans les êtres privés de con-
1, De Trinitate, lib. X, cap, i et n.