‹ Traité de la véritable oraison (volume 2)Chapitre 54 sur 164 · I. LES F.nuEuns · texte numérisé non relu

I. LES F.nuEuns

un nic-mc ('Int. Sninle T('rèso, que nous dcnons placer au rang des niaîlros les plus éclairés de la vie mystique, rapporte au dernier chapitre de sa Vie une belle preuve de cette vérité en ces termes : « Dieu me dit une fois pour me consoler, et avec de grands témoignages de tendresse, (|ue je ne m'inquiétasse point, que dans cette vie nous ne pouvions pas être toujours dans un même état : que quelquefois j'aurais de la ferveur, d'autres fois je n'en aurais point ; que je me trouverais quelquefois dans la quiétude et dans le repos, d'autres fois dans le trouille et dans la tentation ; mais que j'espérasse en lui et que je ne craignisse rien. »

C'est une leçon très importante, à laquelle il faut faire beaucoup d'attention.

Saint Thomas, traitant de la béatitude de l'homme que l'on peut acquérir en cette vie, remarque que la béatitude est différente selon la condition des esprits. Dieu est bienheureux par sa propre nature; parce que son opération est son être et qu'il ne jouit que de lui-même. La béatitude des anges consiste dans une opération qui les unit à un bien incréé : cette opération est unique et continuelle, et elle sera éternelle. La béatitude des hommes sur la terre consiste aussi en l'opération qui les imit à Dieu ; mais cette

opération ne peut être continuelle ni unique, elle est multipliée par les interruptions que l'homme est contraint de souffrir : c'est pourquoi il ne peut jamais acquérir en cette vie une béatitude parfaite *. Et ailleurs saint Thomas ajoute que la béatitude de cette vie est sujette à beaucoup de vicissitudes, alléguant cette sentence du Philosophe, que les hommes en ce monde ne pouvaient être absolument ni entièrement heureux, mais seulement d'une manière conforme à leur nature sujette à beaucoup de changements -.

Ce qui découvre l'erreur de ceux qui se persuadent qu'on se peut toujours conserver dans le même état, et qui voudraient rendre perpétuel dans leur oraison un privilège qui ne se trouve que dans la plus parfaite contemplation.

Il est donc certain qu'il y a une contemplation où l'àme est élevée à la connaissance des vérités éternelles d'une manière purement intellectuelle, et oii elle est dépouillée de toutes les idées sensibles, au sens que saint Thomas s'en est expliqué en divers endroits ^. Mais il n'est pas vrai que ce privilège doive accompagner toutes sortes d'oraisons et de méditations. Comme nous

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