D. Th. 2.2, q. 17a, art
ï, LES ERREURS l33
Cela se voit très ('viclomniont dans un noiiveau syslcnio qu'on a fail de la vie spailucllc : les principes communs en sont très certains, mais on y a mêlé beaucoup d'erreur.
Les Pères cl les Maîlres de la vie spirituelle et de la Théologie mystique ont enseigné qu'une Ame voulant travailler sincèrement à sa sanclificalion doit entrer dans une entière indifVérence pour toutes les choses qui sont hors de Dieu, ne regarder que sa gloire et sa seule volonté, se dépouiller de ses propres intérêts et avoir un amour très pur sans aucun retour sur elle-même. Mais cette indifîérence doit être uniquement pour les choses indifl'ércntes de leur nature, qui ne conduisent pas l'àme à Dieu et qui ne sont pas Dieu même. Dieu seul suffit à une àme. tout le reste doit être indifférent ; attachée à Dieu, qu'elle possède comme son unique bien, elle devient par là même indépendante de toutes les créatures.
Mais ces nouveaux spirituels veulent que cette indifl'érence soit générale, et pour les choses mêmes qui regardent le salut éternel. Indifférence pour les consolations, et pour les aridités ; indifl'érence pour l'acquisition des vertus, et pour leur perte ; et ce qui est étrange, indifférence pour la ]irivation de Dieu ; c'est-à-dire in-
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diflFérence pour son salut éternel, ou pour sa damnation éternelle : parce que, disent-ils, on ne doit regarder en tout que la gloire de Dieu et l'accomplissement de sa volonté, qui se trouve également au salut et à la perte des âmes.
Qui pourrait croire qu'on fût jamais venu à cet excès d'aveuglement ?. . . Mais je vais montrer clairement que cette erreur renverse tous les desseins qu'a eus Dieu en produisant l'homme, et par conséquent qu'elle détruit le salut et la sainteté de l'homme qui. après la gloire de Dieu, est la fm de la création.
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(,>UE DIEU tlSlT SA GLOIRE AVEC l/lNTÉRKT DE SES CRÉATURES
Dieu fTi''H raii^(^ et riiniiiiu(\ nliii (|u'il.s lo coiinaissoiit, (jn'ils lo possrdciil, cl i|u'il-i suiciit liourciix par celle possession.
Il ne laul pas doiilcr que Dieu n'ait créé le monde et produit toutes les créatures pour luiniénie '. Il avait été heureux pendant toute l'éternité par sa propre grandeur. Il possède en luimême toute sa gloire et toute sa félicité. Le Père produit le Fils ; le Père et le Fils produisent le Saint-Esprit, et c'est là toute leur gloire.
Ce n'est donc pas la nécessité ni le désir d'être plus heureux (pii a obligé Dieu de créer le monde : c'est sa bonté, qui est uniquement la cause et la lin de la création. Il a \oidu sortir hors de luimême, parce que c^est le propre du bien de se communiquer. Il a donc créé l'ange et l'homme.
I. l niversa propler semetipsum operatus est Dominus. l^rov. xvi, 4»
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Et comme il ne peut agir que pour une fm qui soit égale à lui-même, il a créé l'un et l'autre pour lui-même : afm qu'ils le connaissent, qu'ils l'aiment, qu'ils le louent et qu'ils lui rendent toute la gloire qu'il peut recevoir de ses créatures. Ainsi l'ange et l'homme en connaissant Dieu le possèdent, et en le possédant ils sont rendus bienheureux. Toute la félicité des créatures intellectuelles consiste en la seule possession de Dieu.
C'est ainsi que Dieu unit sa gloire avec l'intérêt et la perfection de Ihomme : se faisant connaître à l'homme et à l'ange, il trouve sa gloire dans cette manifestation ; et l'ange et l'homme trouvent dans cette connaissance toute leur félicité : « Dieu, dit saint Augustin, a rendu la créature intellectuelle, capable de connaître le souverain bien, afin que le connaissant, elle l'aimât ; que l'aimant, elle le possédât ; que le possédant, elle en jouît : et que jouissant de cet être suprême, elle fût bienheureuse pendant toute l'éternité. »
On demandera en quoi consiste cette seconde gloire que Dieu veut recevoir de ses créatures après la gloire souveraine qu'il a en lui-même ?
La gloire que l'on peut donner à un roi et à Dieu même n'est autre chose qu'une « claire