DE LA VÉrUTVRLE OBATSOX
trouve do semblables dans tous les étals. Les commençants sont quelquefois occupés d'une simple vue de la présence de Dieu ; mais qui est si courte et si délicate, qu'il leur semble qu'ils n'osent ni respirer ni se remuer, de peur qu'elle ne s'écbappe. Ceux qui sont plus avancés ont souvent des vues simples et amoureuses de la présence de Dieu ; mais qxn sont plus fortes et plus longues : de sorte cpi'ils en jouissent quelcpiefois, tandis mémo rjn'ils sontoccupésà d'autres affaires, et pendant leurs récréations. Ceux qui ont fait encore plus de progrès et que Dieu a élevés à la connaissance de son immensité et de son incompréliensibililé, sont pendant longtemps sansavoir d'autres vues, que des vues fort simples, fort obscures et fort générales.
Je ne suis pas surpris c(ue vous ne compreniez rien à ces sortes de vues, parce qu'elles ne représentent rien de distinct et de particulier. Gomme Dieu élève pour lors l'àme à une connaissance sublime de lui-même, qui est une lumière inaccessible et un abîme de toutes sortes de perfections infinies, l'éclat de cette lumière ineffable et des divines j^erfections éblouit l'àme, la remplit de divines ténèbres et ne laisse en elle qu'une idée émineiite de Dieu, mais obscure, confuse et générale. Tout ce (|u'clle connaît pour
i.KS ï r\ rs I) ouAisitN 279
lors, c'est (|iio Dieu surpasse infinlinent loules sortes (l(> romiaissMiK^es. el ((ii il csl iiicompréliciisihlc. l'ilh' lie seul pas m in plus les opéralioiis do la volonlé, parce (pi'elh^s i»iil du rajiporl aux opérations de renlendeineiil ipii ji'a j)Oiir lors (pruii objet simple, universel et insensible. Sans être encore arrivé à la conleuiplation de Dieu dans les di\iiies ténèbres, il arrive (|U(>l(pierois, et même jiendant longtemps, (|u'oi\ n'a dans l'oraison (piune vue fort simple, obscure et insensil)l(> de Dieu (|uc l'on croil (Mre présent ])ar la loi toute nue ; mais dont on n'a aucune <^onnaissanc(^ distincte et particulière.
Loiscpie vous vous trouverez dans ces sortes d'étals, ne nous trouble/ pas. mon cber Irère ; luais d(>meure/;-y en |)ai\ tant (pi'il plaira à Dieu il(> vous V laisser. Ne craigne/, point roisivcté et l'illusion, sous prétexte rpie vous ne sentez pas les opérations des puissances de votre ame ; car l'Ame Y opère toujours, elle connaît et elle aime, (juoi- (pielle ne connaisse pas en particulier l'objet de sa connaissance et de son amour ; parce cpie cet objet est plus simple et plus universel qu'à l'ordinaire. Ces rayons de lumières qui percent quel- (piefois l'obscurité où vous vous trouvez, doivent vous rassurer quoiqu'ils passent comme un éclair, de même les alTections qui naissent subitement
28o DE LA VÉIUTA.BLE ORAISOK
dans votre cœur, et qui semblent disparaître aussitôt à cause de leur simplicité.
Ces grandes ardeurs qui vous dévorent quelquefois intérieurement, accompagnées d'un grand calme des passions et d'une paix intérieure très profonde sont aussi une bonne marque, et je crois qu'elles viennent de Dieu.
Les commençants ressentent souvent de grands désirs très ardents que tous les autres soient parfaits, tandis qu'ils demeurent eux-mêmes dans l'imperfection ; ils veulent tout réformer, sans se corriger eux-mêmes ; ils découvrent jusqu'aux fétus dans les yeux des autres, et ils ne voient pas en eux les poutres qui les aveuglent ; enfin ils se scandalisent de tout, et ils voudraient comme un disciple imparfait ', que le feu du ciel descendît bientôt pour consumer tout ce qu'ils n'ont pas la patience de souffrir. Ce n'est pas là l'Esprit de Dieu. Et une preuve qu'ils sont agités d'im autre esprit, c'est que, durant tous ces transports ils ressentent dans le cœur du trouble, de l'inquiétude et de l'impatience. Et Dieu n'habite que dans un lieu de paix, comme dit la sainte Ecriture, facius est in pace lociis cjns-.
Luc. IX, 04.
Ps. LXXY, 3.
LES iVrvTs i)"()u\is(i\ 281
Mi\is ('(Mix (|iil nul r.iil (lii |ii()i;n's dans r(iraisoM cl so sont (li'ià jXTrcclioiMK's iic sonl point IrtuibU'S, f|iioi(|ii'ils (Irsiioiil iwrc aidciir (|ii(> tout le iiioiid»" iVil paiTail. Ils ollVciil à Dieu ces pieux désirs, (pii (luelfiuclnis les dévorent intérionrcment ; ils lra\aill(Mit à les meltrc en exéculion avec un zèle inlali-^^ahle, accompagné d'une (>xl renie douceur et d'une grande fermelé ; mais lorsqu'ils ne peuvent pas réussir, il demeurent toujours en paix, ils prient et ils s'himiilient, considérant cpie par leurs péchés, ils suspendent peut-être la miséricorde du Seigneur sur les autres.
0 mon Dieu! de (pielles nobles ardeurs un cœiu* qui m)us aime bien n'est-il pas quelc(uet'ois embrasé dans son oraison ! On est trans[)orté d'un désir violent de faire connaître et aimer Dieu à tout le monde; on soubaile de pouvoir pénétrer jus(|ue dans les pavs les plus reculés, et de passer les mers pour aller convertir les infidèles. On voudrait répandre son sang pour procurer la gloire de Dieu ; on embrasse avec plaisir toutes sortes de pemes. de travaux, de croix, d(^ souffrances, de mortifications et d'humiliations pour contribuer à la sanctification du prochain ; on est sensiblement touché des nécessités de l'Eglise, de l'Etat, des pécheurs et des âmes
282 r»K L.V VÉniTABI-E ORAISON
du piiro"aloiie, et on solTro à Dieu comme \ine victime d'amour pour souffrir toutes les peines qu'il voudra, afin d'attirer les grâces cpii leur sont nécessaires ; on s'abandonne entièrement à Dieu, et on est prêt d'aller dans tous les lieux où il lui plaira de nous mettre, pourvu qu'on puisse ravoir et l'y aimer ; enlin le cœur est quclcpiefois dévoré et embrasé de si grands transports d'amour, qu'il n'est occupé qu'à témoigner qu'il aime sans ])enser à ce qu'il dit : ce que sainle Téièse a[)pelle agréablement ime sainle et céleste folie et une heureuse extravagance *.
Je vous souhaite, mon très cher hère, ces incendies d'amour et cette divine folie, ils s'accorderont aisément avec les souffrances délicieuses que vous sentez intérieurement. 0 qu'il est dur, quand on aime Dieu, de ne pas l'aimer davantage ! Jusqu'à ce ((u'on le possède entièrement, on languit d'amour ; on souffre des peines inconcevables ; et on veut bien les souffrir ; plus elles sont grandes, plus elles sont délicieuses. 0 mon Dieu ! transpercez nos cœurs de ces divins traits de votre amour ! Faites, Seigneur, que nous vous aimions parfaitement, puisque vous êtes parfaitement aimable !
j. En sa A io, clia|i. \vi.
ij:s r;r\TS dOuvjson 5»83
ÎSc crov'z |>;»s, un m clior livir, ([iic l'rlal iiù vous vous Iroiivcz dure loiijoiirs, Il iiy a Cjuc Dieu seul (|iii iiCst ])as soumis au changcuiont ; mais pour MOUS, tandis (|iic nous sommes dans le monde, nous vivons dans une continuelle vicissitude. Les plus parfaits eux-mêmes lessen- Icnl ((uchpielbis des distractions, ilcs leiilalions, des séclien^sses, des imperfections, et ils lomheiU dans (piehpic légère^ faute. Je n'en excepte (pie la très sainte Vierge. Il y a pourtant celte dilTérence entre ceux qui praticpient l'oraison, que lescommen(;anls s'aflligenl et se troublent à l'excès des distractions, des tentations et des imperfections où ils tombent ; mais ceux qui sont avancés con- ^erveId au milieu de tout cela une paix profonde. Ils renoncent par une simple vue aux dis- Iractions et aux tentations, sans s'arrêter tro[) à i(^s considérer. Quand ils commettent quelqu'im- |u'rfeclion. ils en demandent pardon à Dieu, s'en humilient, connaissant ])ar là leur grande faiblesse ; et, animés d'une sainte confiance, ils s'élt'Ncnl aussitôt vers Dieu, qui est leur soutien. Ainsi, par leur humilllé et par leur patience, ils conser\(Mit leur àme dans une espèce de ])aix inaltéi'able. In palicnlia vcslra [nu^tsiilehitis (iniinas resiras '.