‹ Traité de la véritable oraisonChapitre 117 sur 129 · Molinos · texte numérisé non relu

Molinos

I,ES ÉlATS l)()ll VISON 283

\ il(' que celle-là. Ces préleinliis pai l'ails risquent de tomber sou\enl ilans roisivcté, et quelquefois dans lilliision, en prenant l'instinct dclaniour-proprc ou ilu démon pour celui d(> Dieu. Lorsque la volonté de Dieu nous est connue par ses commandements ou par ses divines inspirations, il faut la sui\re : mais lors([ue les inspirations [larticulières manquent, car Dieu ne l(>s accorde pas toujours, il faut se ser\ir de la raison et de la grâce que Dieu nous donne pour agir quanti il est besoin, sans attendre de s(> sentir excité par un moUNcment particulier. La véritable passivité consiste à no mettre point d'obstacle aux mou- Ncments particuliers du Saint-Esprit et à s'y laisser conduire facilement ; mais non pas à devenir comme stupide et semblable à une idole '. Prenez toujours pour guide et pour modèle Notre-Seigneur Jésus-Christ. Sainte Térèse se plaint beaucouj) et avec grande raison, d'avoir été pendant quelque temps détournée de cette \oie ". Et elle croit que si plusieurs, élevés déjà à l'oraison de quiétude, n'avancent point davantage, une des principales raisons est parce qu'ils i>nt quitté entièrement la considération de l'Humanité sacrée de Jésus- Christ.

I. L'auteur combat ici les erreurs des Quiétistes. r>. En sa \ le, cli. \mi.

Il y a deux manières de considérer Jésus- Christ. L'une est représentative, comme lorsqu'on se le représente avec l'imagination sous une certaine forme et avec les circonstances particulières qui ont accompagné chaque mystère de sa vie, de sa mort et de sa gloire. L'aiitre manière est intellectuelle, comme lorsqu'on considère simplement quelque mystère de Jésus-Christ, sans s'arrêter à ces sortes de circonstances sensibles. Les commençants s'occupent facilement de la considération représentative. Ils doivent pourtant bien prendre garde de ne point faire de grands efforts d'imagination pour se transporter dans retable, dans Jérusalem, et sur le calvaire, y considérer en détail ce qui s'y est passé ; mais lis doivent se représenter le mystère siu' lequel ils méditent, comme s'il s'accomplissait en leur présence à l'ccdroit où ils sont^ et en tirer de saintes affections. Ceuv qui sont phis avancés s'occupent sou\ent dans la considération intellectuelle ; mais cela n'empêche pas qu'ils ne puissent s'occuper aussi de la considération représentative ; car elle est bonne et propre pour exciter la tlé- \otion.

Eniln attachez- vous à la solitude intérieure, pour laquelle vous sentez de si doux attraits. Conversez !c plus souvent que aous jiourrez

LES KTVTS n'oUAISON •y.H'j

s(Mil à seul a\('C Dieu dans xos (uaisuiis cl liors lie l nraisDii. lit'iinissc/ loulos les pensées ilo volro rspiil ("Il Dieu seul, ne peiisaiil (ju'à lui ou à ce (|ue NOUS ile\e/ faii'e \un\v l'anioin- de lui. el bailiiissaul les [lensées imililes. Allacliez Idules les alTeelious île NoIre C(i>ur à Dieu seul, ne niellant Milre jdif cl \(is ilésus (|u'cn ic ((ui [)eul conliihuei' à sa i^loire. Tàcliez de l'aire en sorle ((uc \olre uiénioiie ne se ressouvienne que de Dieu >(>id ou de ce ([ui peut nous unir à lui, laissant loul le passé et l'avenir enln; ses mains. Faites loul pour l'amour do Dieu, et accoutumez-vous en tout ce (pie vous verrez, entendrez, goûterez, et sentirez, à vous élever à Dieu, (jui renferme (l'une manière éminente toutes les beautés et toutes les perfections des créatures.

Je vous souliaite la persévérance dans cet état, et je suis de tout mon cœur en Notre- Seigneur Jésus-Christ, mon très cher frère, etc.

288 DE LV A'KRITABLE ORVISON

Lettre XX

Comment on doit entendre plusieurs expressions dont se servent quelques mystiques, touchant les états d'oraison et de contemplation, et touchant les différentes impressions surnaturelles qui les accompagnent.

Mon 1res cher frère,

Vous étiez sans cloute de belle humeur, lorsque vous avez écrit votre lettre. Le style enjoué dont vous Aous servez, et les expressions de quelques mystiques que vous m'envoyez pour vous les expliquer, me le font comprendre.

Cet air de gaieté sans dissipation me plaîl beaucoup ; il est une marque de la liberlc d'esprit et de cœur, qui est très propre pour l'oraison. La joie est un des fruits du Sainl-Esprit '. Saint Paul recommande souvent aux chrétiens de se réjouir continuellement au Seigneur *. Et de grands saints tâchaient d'avoir toujours, au mi-

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