II Cor. i
VKRiTAnLË ORAlsO^î — Tl-iq
agO DE LA VÉiUTVnLE OUAISON
emphatiques, les longues métaphores, les figures et les hyperboles continuelles , et les paroles embrouillées de certains mysticpies, il no faut pas non plus condanmer tous les termes mystiques que vous n'entendez pas. Il y a un milieu à garder. Tous les arts et toutes les sciences ont des termes qui leur sont propres et qui ne sont bien entendus que par les maîtres de ces arts et de ces sciences. La théologie mystique a aussi ses termes ; et ils sont souAcnt d'autant plus obscurs qu'ils regardent des choses obscures, élevées et difficiles à comprendre : car c'est une science qui traite des communications secrètes, cachées et spirituelles de Dieu avec l'àme.
Afin donc que vous puissiez mieux concevoir les livres qui traitent de la vie mystique, je vais vous expliquer en peu de mots une [)artic des termes et des manières de parler dont se servent les maîtres de la vie spirituelle, et qui sont fondés sur la sainte Ecriture, ou se troment dans les écrits des saints Pères, ou sont communément reçus par les saints mystiques des derniers siècles.
L'oraison et la contemplation acquise, active, ordinaire. — On les appelle ainsi, parce qu'on les acquiert par les actes de sa propre industrie, avec le secours delà grâce, c'est-à-dire parla manière d'agir ordinaire à l'homme, qui est descser-
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\ II' (le (lixdiiis cl (les .iiill'os aclcsdc I ViiIcikIoluiMil cl (le la \()l(iiil(''. Lciiis principes soiil la Ini cl la \crlii (le rclii'loii, (Hi les aulrcs \ciliis llicoloyales (i morales iiiliiscs.
L'oraison cl hi ronlciiiplnlion inf use , passive , ex- Iraordiiuiirc cl .siir/idliircllc. — On les riommc ainsi, parc(> qu'c^Ilcs dcpciKlciil de l'infusion cx- Iraordinairc dn Sainl l'^spril (pie Dieu donne à (pii il lui plaîl; et cclUî iniluence du Saint-Espiil n'est pas commune à tous les justes; mais elle est [)arliculicic, cxlraordinaire et surnaturelle, et on ne peut point l'acquérir par ses propres actes. Leurs principes sont les dons du Saint- l"]spril, surloiit ceux d'intelligence cl d'entendement, ou les fruits du Saint-Esprit, ou une lumière passagère, ou une grâce gratuite qui approche du tlon de prophétie.
L'ctal passif et la voie extraordinaire. — Ils consistent dans une disposition habituelle à rece\oir rinilucnce du Saint-Esprit, |)our lairc oraison d'une manière particulière. Pâlir et être passif, selon le langage mystique, ne signifie pas souH'rir avec douleur ; mais recevoir quelque grâce de Dieu, indépendamment des actes qu'on produit par ses propres efl'orts.
Ainsi, l'état passif ne consiste point dans un acte continu. ÎN étant point un acte, il n'est d'au-
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cun mérite, et il ne rend ni pins saint ni plus Acrtueux. N'étant d'aucun mérite, il n'est point nécessaire au salut ; et il ne dispense point de la pratique des vertus et de l'exercice de la pénitence. Ce qui renverse quatre maximes de quelques faux mystiques.
Les saints Pères prennent souvent l'état passif pour le temps de la contemplation passive, qui est toujours court.
La contemplation acquise et la contemplation infuse sont un regard simple et amoureux. — La contemplation est un regard ou une vue, parce qu'elle est un acte de l'entendement, qui est comme l'œil de notre âme. Elle est un regard simple, fixe et imiforme, parce qu'elle est sans discours et sans raisonnement. Elle est un regard amoureux, parce que la contemplation chrétienne ne se termine pas à une simple connaissance de la vérité, comme celle des philosophes ; mais elle renferme et elle excite les affections du cœur, surtout l'amour.
La contemplation acquise est une suite de la méditation fréquente. La contemplation infuse vient de Dieu, comme dans un instant ; elle commence et elle finit quand il plaît à Dieu, et non pas quand l'homme veut. Celui qui a été quelquefois élevé à l'état passif ne jouit pas pour
LES ih'ATS d'oU.VISON '.H^Z
cela toujours de la con(onij)lalion passive tiaus son oraison ; |)arlois Dieu la reliisc, ou parce (|iril en («si le niaîlrc. on puni punir (piehpie l'aule l('irèic. Alors il ne faiil [las (lenicnrer à l'oraison sans rien l'aire ; mais il l'an! a\oir recours à la niédilalion, aux all'eclions el aulres acles au.\(piels 1)11 s'excite soi-même dans l'oraison ordinaire.
La cnnk'mplal'wn par voie d'af/lrnialion cl par coic tic inûjalioii. — La conlcmpialion est par N oie d'aflirmation, lorsqu'on attribue à Dieu les perfections ([ui sont dans les créai urcs et qui sont c'noiicécs dans la sainte Ecriture pai" des termes affirmalils ; connue en considérant que Dieu est bon, sage, juste, puissant, miséricordieux, etc. Elle se l'ait par voie de négation, quand on éloigne de Dieu les perfections limitées qui sont dans les créatures, et qu'on le considère sous des idées qui sont énoncées dans les Ecritures saintes par des termes négatifs : comme en considérant que Dieu n'est pas une bonté, une sagesse, une justice, etc. comme celle des créatures ; mais qu'il renferme tout cela d'une manière éminente, et quil est infini, immense, invisible, immortel, indépendant, incompréhensible, etc.
La contemplation par voie de négation est plus parfaite que celle qui se fait par voie d'af-
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firmalion, parce que l'idée qu'on s'y forme de Dieu est plus élevée au-dessus des créatures, et que dans ce monde on connaît mieux ce que Dieu n'est pas que ce qu'il est.
Les degrés de contemplation. — Ils signifient, ou l'avancement spirituel qu'on fait dans la pratique de l'oraison, ou les différentes manières do contempler Dieu, soit qu'elles se prennent du coté des objets de la contemplation, ou du coté de la lumière et de l'idée que le contemplatif reçoit de Dieu. On peut réduire toutes ces manières à six. Les trois premières appartiennent plus à la contemplation par voie d'affirmation ; et les trois autres appartiennent davantage à la ronlomplation par voie de négation : quoique l'une soit souvent renfermée dans l'autre.
1 ° Gontcmj)ler Dieu par la considération des choses corporelles et sensibl(>s. ■ — Comme lorsf[u'en considérant la grandeur, l'ordre, la beauté de ce monde visible et des créatures qui le com- |)osent ; ou les vérités, les mystères, les maximes qui sont renfermés dans l'Ecriture sainte ; ou les perfections, les attributs qui sont en l'Humanité sacrée de Notre-Scigneur Jésus-Christ, on s'élève à considérer la grandeur, la bonté, la sagesse, la providence, la toute-p\iissance, la justice, la miséricorde, et les autres attributs de Dieu, et on
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se porte i\ l'aiinor. lo louer, le gloi-lficr. l'honolor, clc.
Quoi(nie riTumanilc sacrée do Jésus-( Christ soit parmi les choses corporelles, visibles et iiialériellcs, elle peut néanmoins cire le sujet de l'oraison des plus parfaits ; et elle est la voie pour arriver à la plus sublime contemplation, soit qu'on la considère d'une manière re[)résentalive ou d'une manière intellectuelle. C'est le <enliment des saints Pères, de saint Bernard, de sainle Térèse et des bons Mystiques ; quoi qu'en disent quelques faux spirituels.
2° Gon[em[)ler Dieu par la considération des créatures spirituelles et invisibles. — C'est lors- (pi'en considérant l'excellence, la beauté et les |)erl"ections des Ames raisonnables et des anges, rpii sont des substances immatérielles et immortelles, qui ont des puissances spirituelles capables de connaître et d'aimer Dieu, qiii sont ornées de tant de grâces et de dons surnaturels, et ipii sont destinées à une si grande gloire : on s'élève à considérer la beauté de Dieu, sa libéralité, sa nii,séricorde, sa grandeur, et on s'e\citeà le remercier, le louer, le bénir, l'adorer, elc.
3" Contempler Dieu en lui-même et dans ses divines perfections. — Lorsqu "après avoir cherché Dieu dans les créatures corporelles et spiri-
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lucUes, on le cherche en lui-même : en considérant l'Unité de son essence, la Trinité des personnes divines, le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; et toutes ses divines perfections, comme son être éternel, indépendant, immense, infini, tout saint, tout bon. tout juste, tout miséricordieux, tout puissant, etc. On est rempli, en même temps, d'admiration, de joie, d'amour, de complaisance en lui, etc., ou d'étonnement. de crainte, de frayeur, de contrition, d'humilité, d'anéantissement, de confiance, etc., ou du désir de le louer, le bénir, l'adorer, etc.
La contemplation accpiiso arrive jusque-là ; et elle peut être accompagnée de plusieurs impressions surnaturelles qui se rencontrent dans la contemplation passive, avec pourtant quelque diiîérence.
4" La contemplation pure. — Lorsque l'àme. par une grâce particulière de Dieu, s'élevant audessus des images et des fantômes que l'imagination s'est formés des choses sensibles, et audessus des idées et des espèces que l'entendement s'est formées des choses spirituelles et de Dieu même, elle considère Dieu par des idées spiri- , tuelles acquises, qui sont arrangées surnaturellement, ou qui sont infuses de nouveau, et qui représentent Dieu d'une manière excellente :
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roiunio uii(> Majcslr iiiliiiio, coiniiK^ la Ixmlr, la jiislifc cl la \('rilr par rssonco ; coiunic un Dieu en trois [jersonnes ; coninie un Klic inunense, et inlini en loules ses perfections, etc. Pendant les uiomenls de cette conleniplation, <\\n sont toujours Ibrl courts, aussi bien (|ue clans les autres degrés, l'anie est pénétrée d'amour, de joie, de douceur, d'admiration, etc.
La manière de faire oraison dans ce degré et dans les autres suivants, c'est de se trouver dans une certaine présence de Dieu très simple, cl très élevée au-dessus d'une autre présence de Dieu, où les commençants se trouvent quelquefois.
Ceux que Dieu élève à la pure contemplation et aux autres états passifs ne la reçoivent pas toujours dans leurs oraisons. C'est pourquoi ils sont obligés de s'occuper d'autres fois à la méditati(Mi qui est propre à l'oraison ordinaire, et surtout h produire de saintes affections et des actes formels et distincts de toutes les vertus.
5° La contemplation de Dieu dans les divines ténèbres. — C'est lorsque l'àme étant élevée par une lumière surnaturelle et par des idées infuses ou rangées surnaturellement. elle considère la Divinité comme environnée d'une lumière immense et inaccessible, qui par son éclat l'éblouit, l'offusque et la couvre de ténèbres lumineuses.
agS DE TA vÉniTAm.E oraison
L'àmo pour lors no connaît aucune poiTecllon de Dieu on particulier ; mais elle a une vue générale et éminonte de Dieu comme incompréhensible et comme un abîme infini de toutes sortes de perfections infinies ; et toute sa connaissance est, que Dieu surpasse infiniment toutes sortes de connaissances. Cette vue éminente remplit le cœur de joie, de douceur, d'amour, d'admiration, de louanges, etc. ; et inspire une grande force et une grande élévation d'âme poiu' pratiquer les vertus dans leurs degrés héroïques et entreprendre les choses les plus difficiles pour la gloire de Dieu et le salut du prochain.
Cette contemplation de Dieu dans les divines ténèbres, qui est fort courte, est très différente de certaines ténèbres d'esprit qu'on ressent souvent dans l'oraison ])ar sa négligence, ou par un cliâtiment de Dieu ; ou par une permission divine, afin que l'àmc s'humilie davantage et connaisse mieux sa misère. Elle est aussi 1res différente d'une certaine présence de Dieu générale et obscure, que les commençants peuvent goûter dans leurs oraisons.
G" La conlem[)lation suprême, ou de Dieu dans l'union s\ipréme. — Elle arrive lorsque Dieu, par une lumière surnaturelle qui est au dessus de la foi et au-dessous de la lumière de gloire, éclai-
LFS KTVTS I) ORAISON SQQ
ranl rcs|iiil cl rt'lo\;iiil par uiif osprco iiiriiso (|iii le rppri'sonle oxrfllomnioiil. ol par uiio tivsarilcntc ilianh' rpi'il n'païul dans laxolonlr, sciait connaître à l'ànie d une nianirro Irôs pxcellcnlc, hvs cloiico cl Irî's oxjMMinipntalc cl hii (léconvro quoique niyslère clo la loi ; el ràmc, de son coté, froùle Dieu, elle en joui!, elle le possède d'une manière très inelTable. Celte conlemplalion, qui ne dure que pendant des moments très courts, est accordée à très peu de personnes ; parce qu'il y en a 1res peu qui veulent assez se mortilîcr ])Our acquérir cette pureté de cœur et desprit presqvi'an^élic|ue. que Dieu demande pour cela.
Dans ces trois derniers degrés de contemplation infuse, pendant que durent les moments delà contenq)lalion ou du regard simple et amoureux, l'âme ne |)roduit point des actes discursifs, empressés, et tous les autres qtii sont propres à la manière ordinaire d'agir ; mais elle doit en ]iroduire avant cl après. Cette contem])lalion exclut aussi tous les actes par lesquels on pense quelles sont ses ])ensées. on considère ses considérations, on voit ses vues, on discerne son discernement, on examine si sa tranquillité est tranquille et si sa quiétude est quiète, comme parle saint François tle Sales, et tous les autres semblables, (pii sont de véritables distractions, et des retours de l'a-
3oO DE LV VÉRITABLE ORAISON
mour propre sur soi-même. Mais elle n'exclut pas tous les autres actes explicites et distincts, si les puissances soiil libres. L'esprit connaît, croit, admire, etc. ; et le cœur est rempli de plusieurs alTcctions tl'amour, d'espérance, d'humilité, etc., que le Saint-Esprit l'ait naître pour lors, mais d'une manière si intime, si simple et si délicate, fpie souvent on a beaucoup de peine à les apercevoir et à les distinguer.
Lorsque la contemplation arrive jusqu'à la suspension, ou ligature des puissances qui sont entièrement absorbées, elle n'exclut pas seulement les actes discursifs, empressés et de propre industrie ; mais aussi les actes réfléchis et aperçus. Elle renferme pourtant toujours quelques actes de l'entendement et de la volonté, l'esprit connaît, et la volonté aime, quoique l'âme ne connaisse pas bien elle-même comment cela se fait et ne se ressouvienne presque point do ce qui se passe en elle ; parce que, pendant ces courts moments, Dieu opère dans l'âme par des espèces infuses qui ne passent point par les sens et qui ne laissent aucune trace dans le cerveau.
Les épreuves spirituelles. — Ce sont des peines intérieures, dont Dieu, comme un Epoux jaloux, se sert pour purifier les âmes justes des moindres imperfections ; pour éprouver leur fidé-
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lili- cl pour les disposer à une grande union a\('C lui cl aux plus hautes conlcniplalions.
Il \ a les prciuicrcs épreuves, qu'on appelle niiil obscure fies sens. Elles consistent dans une privalion des grâces sensibles : l'esprit est dans les ténèbres et dans l'obscurité ; et le cœur est dans les sécheresses, les aridités, les dégoùls et les ennuis même des choses spirituelles. Il arrive aussi quon souffre du côté du démon par de rudes tentations ; et du côté deshonnues, (piiattaipicnt riionneur, les biens, la vertu et la répulalion ; et du côté de la nature qui endure les maladies.
Et il y a les dernicres épreuves, qui se nomment la nuit nhscure de l'esprit. L'entendement y est rempli de très épaisses ténèbres qui l'empêchent de s'élever aux choses divines ; ou s'il a quekpies lumières, c'est pour lui faire connaître la grandeur de ses misères d'un côté, et de l'autre la grandeur de la Majesté de Dieu ; ce qui l'accable davantage. La volonté est aussi remplie de sécheresses assommantes ; et on est tenté de pensées contre la foi, de désespoir, de blasphème, d'infidélité, de réprobation, d'abandon de Dieu, de renoncement à toutes les pratiques de piété, de crainte et de scrupules de consentir à toutes ces pensées, et de. murmure conire Dieu.
3o2 DE LX VÉRITABLE ORAISON
Lne marque pour connaître qu'on est dans l'clat des épreuves ou de la purgation des sens et de l'esprit, c'est lorsqu'une âme juste qui sent tant de dégoûts pour les choses du ciel, en sent aussi pour toutes les choses de la terre ; qu'elle ne peut plus méditer et discourir comme elle Taisait auparavant dans ses oraisons : qu'elle aime le silence, la retraite et l'éloignement du monde ; qu'elle s'attache à faire dans chaque chose ce qui est le plus parfait et le plus agréahle à Dieu.
Je crois vous avoir écrit autrefois comment une t\me doit se soutenir au milieu de tant de peines '. Elle doit prendre garde surtout de ne point abandonner ses exercices de piété et de ne point consentir aux tentations, ni à la danmation éternelle, que quelques faux mystiques appellent le sacrifice absolu. 0 mon Dieu ! une âme qui n'est faite que pour vous voir et vous aimer, peut-elle consentir à être privée de vous voir et de vous aimer éternellement !
Les épreuves sont fort dilTcrenlcs de celte vicissitude continuelle d(; ténèbres cl de lumières, de dévotion sensible et d'aridités, d'onction et de sécheresses, de sensibilité et d'insensibilité, de ferveur et de froideur, de consolation et de déso-