I. Lettre X
LES lOlA IS 1) OU MSON
lalioii, (iu\''|U(iii\(Mil sonvciil les àmcs jiisles dans leurs oraisons el clans leurs autres exercices de piclé. Ces cj)i'ciircs no sont pas égales dans loulcs les àines conleniplalivcs ; mais dans les unes elles durcnl plus, et dans les autres moins. I)i(>u console do temps en temps ces âmes ainsi allligces, par quelque rayon de lumières, et par (|uelquc grâce particulière.
L'oraison d'union. — Elle consiste dans une douce, sim[)le et amoureuse altenlion à la présence de Dieu ou aux choses divines. Dieu est uni à toutes les créatures par son immensité, conmie la cause de leur être ; il est uni à toutes les âmes justes par la grâce comme leur sanctificateur ; mais pendant l'oraison il s'unit par amour et i)ar connaissance aux conlenqtlalifs, comme l'objet des puissances de leur unie.
Il y a une oraison d'union active de l'àme avec Dieu, qu'on peut acquérir par son intiusfric, avec le secours de la grâce ordinaire. Et il y a une oraison d'union passive, que Dieu donne quand il lui plait. L'union avec Dieu est quclquclois plus grande, et d'autres fois moindre, à proportion que les puissances de l'àme sont plus ou moins unies à Dieu dans l'oraison.
L'union ajj'ective de l'àme avec Dieu. — L'union airective est, lorsque l'àme est imic à Dieu par
3o/i DE LA VÊHITABLE OUAISON
une connaissance très claire et par un amour très ardent : amour qui la fait languir pour le posséder entièrcnienl, qui lui fait désirer avec empressement son intime présence et le baiser sacré ; et qui lui fait embrasser toutes sortes de travaux pour pouvoir jouir de lui et se reposer entre ses bras. L'emhrasscmenl spirilael signifie une douceur cliarmanlo que Dieu répand dans une âme lorsqu'il l'allire à lui, et qu'il l'unit à soi, et qu'il se conununique à elle.
L'union clfeclivc, réelle et suprême est lors(|uc l'àme qui est unie à Dieu, en jouit et le possède par une très excellenic connaissance et par un 1res parfait amour. Quelque sublime pourtant que soit celte connaissance, elle n'est pas intuitive comme la vision béalifique ; mais elle est abstractive, quoiqu'elle ne soit pas si obscure que celle qu'on a par la foi. Cette union effective se nomme aussi vision mystique, théologie mystique, jouissanee du verbe, etc.
Les différents degrés ou états de l'oraison d'union. — Les effets de l'oraison d'union sont certaines impressions surnaturelles que l'âme reçoit durant l'oraison ordinaire et extraordinaire, et qui accompagnent ou suivent cette oraison. Ce qui fait que quelques mystiques distinguent plusieurs degrés ou étals de l'oraison d'union :
LliS KIAÏS DolUISON OOl>
([iioiquc dans \o fond co no soicnl inic diiréronts noms si^rniliant nno nirinr cliosc (|iil a plusiours cllcls ; foninie :
i" L'oraison dv (|M'u''ludc el de rc[)os. — Elle consiste dans une très [)ure, 1res donce, très déliciense et très amonreuse attention de l'àme à Dien ; pendant laqnc^lle l'esprit est rempli de lumière, et le coHir jouit d'un calme, d'une joie et d'une lran(puHité extraordinaire.
9^ L'oraison de recueillement ou d'introversion. — Elle a lieu lorsqud'àme se retirant du dehors où elle était dissipée, rentre au dedans de soi pour s'y occu[)er avec une douce attention de la ])résence de Dieu. Ce recueillement se fait quelquefois par une grâce extraordinaire, et d'autres fois par une motion particulière du Saint-Esprit, qui attire tout d'un coup les puissances de l'àme au liedans de soi pour se les unir ; pour lors on rap[)elle recueillement surnaturel.
3° L'oraison de pure loi el de simple présence de Dieu. — On nomme ainsi l'oraison qui se fait sans avoir aucune connaissance claire et distincte el sans aucune considération particulière ; mais par une seule vue simple, obscure, confuse et générale de la présence de Dieu. L'àme en cet état se trouve dans un grand vide de toutes choses, et elle ne sent point ses opérations. De là lui
3o6 DE LA VKUTTABLK OR \TSO:V
vient la crainte de ne rien faire, de perdre le lomps, et d'(Mre dans l'oisiveté et dans l'ilhision. Il lui reste pourtant une vue obscure que Dieu est jirésent, et qu'elle ne veut que ce qu'il veut ; et cela su Oit et la tient contente, quoiqu'elle n'ait aucun appui sensible.
4" L'oraison de silence spirituel ou mystique. — C'est lorsque l'âme étant élevée au-dessus de toutes les créatures, et imic à Dieu, se lient dans \^ne grande paix et lran(|iiiUi(é ; et comme dans un profond cl achnirabic silence, pour écouter atlentivement la vérité tlivine qui lui parle.
5" L'oraison du sf)mmeil des puissances, ou du sommeil spirituel. — Elle arrive, lorsque la quiétude et le rcjios de l'ame augmentant, les puissances de l'ànie sont comme dans un doux et agréable assoupisseineni ; durant lequel l'âme s'oubliant de toutes cboses et de soi-même se repose tranquillement en Dieu, et opère d'une manière si siuqile el si tranquille, (pi'elle ne s'en aperçoit pas.
()" L'oraison de suspension ou de ligature des ])uissanccs. — l'.lle arrive, lorsque l'âme étant éclairée par une lumière extraordinaire, qui lui découvre un objet très excellent, ou étant attirée par im grand excès d'amour et de dévotion, s'applique si fortement à Dieu et aux cboses ce-
i.KS KTVTS n'on VISON 3o-
loslf's, cjircllo sort hors de ses sons, cl se perd olle-inènic. ne sncliaiit où elle est, ni ce ([u'elle l'ail. Kilo aime pourlant el elle connaît, (pioiqu'il soit très diriicile de dire quel est l'objet de son amour et de sa connaissance. L'oraison de suspension est accompagnée iradmiralion ; c'est un étonnement de ràiiie, qui vient de l'excellence, de la grandeur ou de la nouveauté de l'objet qu'elle découvre, et dont elle ne connaît pas la cause.
7" L'oraison d'extase, de ravissement et de vol de l'esprit. — Elle se fait lorsque l'àme s'applique avec tant de force à considérer les charmes et la beauté d'vm objet, qu'elle sort hors d'ellemême ; sa vertu s'épuise, et les sens extérieurs demeurent suspendus, n'agissant plus, et ne pouvant pas même agir ni être excités par leurs objets.
Il y a pourtant celte différence entre ces trois noms : que l'extase se fîiit peu à peu ; le ravissement avec violence et impétuosité, qui ravit et en- \c\o l'àme ; el le vol avec une si grande vitesse et tacililé, q\i'il semble que l'àme est prête de se >r[)arer de son corps et de s'envoler.
L'extase et le ravissement durent peu do temps, si on les considère par rapport à l'acte de la contemplation sublime et de la suspension de toutes les puissances qui les accompagnent. Ces opéra-
3o8 DE LA VKRITABLE ORAISON
tiens de làmc sont alors trop élevées pour durer longtemps, et elles épuisent bientôt la nature. Sainte Térése avoue dans sa Vie ' que cette suspension ne lui a jamais duré une demi-heure. Toutefois l'extase et le ravissement peuvent durer plusieurs heures, quant à l'union de la volonté, et quant à d'autres effets ; surtout quanta une certaine inaction et assoupissement, qui ne vient pas tant de la force de la motion divine, que de la faiblesse de la complexion : celle-ci s'élant épuisée par les grands eflbris de l'esprit, tombe dans une si profonde défaillance, qu'elle suspend l'usage des sens pendant longtemps.
8" L'oraison de transformation ou de déification. — C'est lorsque l'âme est unie si parfaitement à Dieu, et ses puissances opèrent si excellemment, qu'elle semble moralement divinisée et transformée en Dieu : non pas par un changement de substance qui est impossible ; mais par une très sublime connaissance, et un très excellent amour. C'est ainsi qu'on dit communément que la personne qui aime est changée en celle qui est aimée, et que celui qui connaît devient la chose connue.
L'onction spirifnclle. — C'est une grâce sen-