Exod. XXV et scq
3l2 DE LA. VÉRITA15LE ORAISON
Odeur spirituelle. — C'est lorsque Dieu lait sentir une douceur et luie suavité inelTahle ; soit que cette suavité soit infuse clans l'intérieur de l'âme, ou dans l'imagination, ou dans l'odorat du corps qui est pénétré de parfums et d'odeurs très agréables.
Goilt spirituel. — Il consiste dans une 1res douce expérience que l'âme fait de la bonté divine ; le corps goûte aussi qnelquefois des faveurs très douces.
Mon très cher frère, voilà ce que j'ai cru devoir vous explic|uer, pour satisfaire un désir que vous me témoignez avoir, de comprendre les expressions dont les bons Mystiques se servent communément en parlant de l'oraison, de la contcm|)lati()n, et des impressions surnaturelles (|ui les accompagnent ; et pour aous prémunir contre quelques fausses maximes que vous pourriez trouver dans les livres des faux spirituels que je ne vous conseille point de lire.
En commençant ma lettre, je croyais ne vous explicpier que fort peu de ces termes, mais à présent je vois que j"ai de la peine à fmir. après avoir déjà rempli deux grandes feuilles. Je ne puis cependant pas me résoudre d'achever cette lettre, sans vous donner quelques ])etils avis touchant
LES ÉTATS d'oraison 3i3
loiitcs ros impressions siirnaturcllfs ol (Ii\iius qno TàiiK^ reçoit ilnns roraison.
I" Tdulcslcs impressions cxliaordiiinircs cpi'ev- [)érimen(ent les âmes dans l'oraison, ne sont point siirnafnrelles. Elles peuvent venir de l'illusion du démon, d'une révolution d'iuimeurs. de certaines va[)eurs, d'un effort d'imagination , d'une pensée trop vive, d'un ca^ur altéré, dun cerveau blessé, d'un esprit orgueilleux, d'im naturel mélancolique, et d'une défaillance de natin-e. Saint Augustin soutient que même le ravissement peut être un effet d'une cause purement naturelle '.
2" Les im[)ressions surnaturelles, comme les visions, les extases, etc. ((pic (pielques directeurs estiment trop), lors même qu'elles viennent de Dieu, ne sont pas toujours une marcpie d'une grande sainteté. Dieu en communicpie souvent aux commençants, qui ont encore beaucoup d'imperfections ; et elles sont plutôt ime marque d(^ leur grantle faiblesse, qui a besoin d'être fortifiée, que de le\u- vertu, qui est fort imparfaite. Au contraire, Dieu refuse très souvent ces sortes de grâces extraordinaires, parce qu'il est le maître de ses dons. Ce n'est point à toutes ces impressions surnaturelles que Dieu a promis son Paradis.