‹ Traité de la véritable oraisonChapitre 16 sur 129 · I. \.\mt\ \). Th. Opiisc. 03, caj · texte numérisé non relu

I. \.\mt\ \). Th. Opiisc. 03, caj

OO DE L.V Vi:i\lTABLE OnAISO^i

qu'il y aura jamais de plus grand dans la nature corporelle.

Dans l'ordre spirituel que peul-on se figurer de ])lus noble et de plus élevé que lànie sainle de Jésus-Christ, enrichie de toute la plénitude de la grâce, de loules les verlus, et de tous les mérites qu'elle avait acquis? Il esl ^rai, qu'àla considérer simplement dans l'ordre de la nature, l'ange est plus parfait, parce que c'est un esprit exempt de toutes les conditions de la matière. Mais si l'on considère cctle âme revêtue de tous les dons surnalurels, tous les anges ensemhle sont infmiment au-dessous d'elle, puisque cetlc Ame précieuse, par la plénitude de sa grâce et de sa gloire, est la règle et la mesure de toute la grâce et de toute la gloire qu'ils possèdent. Nous recevons donc cette substance spirituelle au comble de la perfection, et avec toutes les richesses qui l'accompagnent.

Enfin, le Sauveur du monde nous donne sa divinité même, la source et l'océan de loules les grandeurs, et la suprême grandeur : que nous peul-il donner tle plus grand, et que peul-ii réserver ?

Et ce nesl pas seulement une ou deux ou trois fois, que Jésus-Christ fait à l'homme une si magnifique largesse. Il la renouvelle mille fois.

m. — i,\ l'isviKHK 3i

aussi soii\cnl (jn'il |)I;iîl ;'i riioiiiiiK*. on Imil (omps. j)ar (|U^I(^u(> piiMre (|uo ce soil, inènic intligiio. De sorlc que sans cesse avec celle humanité sainle, loule la Triniic inolTablc, le Père, le Fils el le Sainl-Es|)iit, se tienne àriiouinie ])our èlre sa Iclicilé el sa possession '.

Mais cet amour ne paraît -il pas encore davanlap-e. quand on pense que depuis tant de siècles, Jésus Christ réside sur nos autels ; qu'il s'est renthi solitaire, prisonnier d'amour, lié sous les espèces sensibles, et qu'il est là attendant les hommes qui veulent le visiter, s'entretenir avec lui, et le recevoir? Il désire se communiquera eux ; et telle est la force et la constance de ce désir, que pour les attendre, il n'est sorte de mépris el d'injures qu'il n'endure : les uns le consacrent avec des sacrilèges, d'autres le reçoivent indignement ; et ce qu'on ne saurait penser sans horreur, plusieurs se servent de l'Eucharistie pour l'aire des sortilèges et des enchantements. Notre aimable Sauveur souflre toutes ces indi- L;nilés, afin de pouvoir rassasier une àme fidèle, sachant bien que rien de moindre que Dieu, ne peut suffire à l'âme qui l'aime.

T. Tolios Deus Pater cum Spiritu sancto singulls aniniai)us se toliini ad frucndum exhibct. D. Th. ib'ul.

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Qu'on contemple cet incslimahle don on luimême, et dans la manière dont Dieu le fait, et dans toutes les circonstances qui l'accompagnent, on avouera que c'est un don infini. S'il faut juger de l'amour de celui qui le fait par la grandeur du don lui-même, ne devra-t-on pas conclure qu'un tel amour va jusqu'à l'excès ? Aussi saint Jean dit, « qu'il aima l'homme jusqu'à sa fin ; » c'est-à-dire, « comme si l'homme était sa dernière fm », ou, selon les admirables expressions de saint Thomas, (( comme si l'homme était le Dieu de Dieu '. ))

On peut remarquer que dans tout ce raisonnement, de saint Thomas, l'entendement a bien plus de part que la volonté. 11 n'y a homme, ni bon. ni méchant, qui ne puisse raisonner ainsi sur les matières d'oraison. Un hérétique même, qui ne croirait pas le mystère de l'Eucharistie, raisonnerait comme saint Thomas, sur ce principe, que Jésus-Christ se donne réellement aux hommes sous les espèces du pain. Car tout le reste des conséquences, qui fait voir la grandeur de son amour dans ce sacrement, suit naturellement. Ce sont des conséquences évidentes, dont

I. Josus ciini dilexisset siios, iu finem dilexit eos. .Toan. \iii, I. Quasi liomo, Dci Deus esset. D. Tli. ibid.

m. — I. \ PU \ iKH i: 33

IVs|)ril osl m'oossaiicinonl coiivaiiiru ; i\o sorl(>, (|iiil UN a encore rien ici (nii soil propre à la \(»l()iilé. Toute la paii, cl tout le mcrile que peut avoir la volonté, consiste à croire avec fermeté le principe que la loi nous enseijjfne, et à a[)|>li([uer l'esprit pour faire toutes ces réllexions. Mais plus l'esprit a été occupé de ces considérations, moins la volonté a pu s'allectionner à produire les actes qui lui sont propres.

Il faut donc venir ensuite à la dernière partie de l'oraison, la plus utile et la [)lus importante de toutes, qui est la contemplation : lorsque l'esprit s'étant pleinement convaincu par ses raisonnements, s'arrrle pour regarder [)ar une simple vue la grandeur de cet amour. l*]l alors l'esprit présentant l'objet à la volonté, celle-ci se porte d'elle-même à l'admiration, à l'adoration, à l'amour, à la reconnaissance et à lous les autres actes, conformes à sa disposition et à son snjet.

Quand une lois la volonté est embrasée, il la faut laisser agir. Son ardeur lui fournira assez d'expressions pour s'entretenir. On verra même que naturellement toutes les considérations qui ont précédé disposent la volonté, et commencent à l'exciter, étant inq)ossible de regarder sans l'aimer un objet infiniment aimable. Ainsi sol-

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licitée par la considération de cet amour infini, que ces raisonnements lui ont découvert, l'âme entre dans l'admiration, et elle s'écrie : Mon Dieu, quel amour ! peut-il y en avoir de ])lus grand ? Toute votre sagesse, grand Dieu, pouvait-elle trouver une manière plus admirable de donner à l'homme tout ce que vous êtes, et jusqu'à votre divinité même !' votre puissance tout infinie quelle est, pouvait-elle fîiire à l'homme un plus riche présent, et lui témoigner plus d'amour :' que les anges vous bénissent pendant toute une éternité. Car, que signifient toutes ces exclamations, qui suivent si naturellement à la vue de ce prodigieux amour, sinon des mouvements d'admiration de l'âme, qui s'arrête à considérer par un simple regard cet amour divin, et qui en est toute pénétrée ? C'est pourquoi on définit rigoureusement la contemplation : « Un simple regard accompagné d'admiration et d'amour. »

Ce n'est pas pour la volonté qu'on doit suivre des règles ; la justesse et la convenance sont pour les raisonnements. Mais lorsque la volonté est une fois excitée, c'est l'amour qui parle, dit saint Bernard, et non pas la raison ^ Ainsi,

T. AnVctus loculus est, non intellcctiis, pI idoo non ad inlellcclum. In Cant. serm. lxtiî.

fil. l.\ PU VTKU i; 35

rt'pousc fies Cantiques se laissait emporter à son ardeur, et souvent on ne Irouve dans SCS expressions, ni liaison, ni suite, parce que c'est le cœur qui parle, et non pas res|)rit. Elle ne peut cacher ce f|u"ellc sent, mais elle ne sait comment elle s'exprime. C'est de l'abondance du cœur qu'elle parle; son ardeur la lait sortir d'elle-même : ce ne sont que des transports violents, qu'il est impossible de réf>:ler ou d'arrêter. L n amour ardent, dit ce Père, cl surtout l'amour divin, ne saurait se contenir au dedans de hii-nième. 11 ne prend pas gaido de quelle manière, ni avec quel ordre il s'explicpie ; quelquefois même, l'excès de son ardeur l'emprche de parler, et alois l'àme se contente de pousser quelques soupirs ; mais après tout, il faut que ce grand l'eu s'évapore, ou par les paroles, ou par les larmes, et quelquefois par les soupirs. C'était ce que saint Bernard éprouvait en lui-même. Et c'est aussi comme la fin et le Irait tl'une véritable oraison, parce qu'une lois la volonté enflammée, il ne reste plus rien à faire, tout est achevé : tout cela se passe avec une merveilleuse douceur, le plaisir étant inséparable de l'amour.

Voilà la manière de faire et de soutenir une oraison ordinaire et réglée. On commence par la

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