III. I.A l'HA IKM I
cnips cl sur les puissances inl'éricurcs, les anges sur noire onlendemeut ; mais il n'y a que Dieu (|ui [)uisse agir cl, faire impression par sa verlu, sur la volonlc '. Dans ce sens, la volonté est la puissance la plus élevée de toutes : elle nous unit inimédialemeiil à Dieu ; et ainsi l'union avec Dieu, qui est la fin de l'oraison et de toute la vie chrétienne, se lait bien mieux par l'amour que par la connaissance.
Lors donc qu'une âme en entrant dans son oraison est déjà assez recueillie et que sans une plus grande application la siuq)lc vue de l'objet qu'elle se représente fait une impression assez lorte sur sa volonté : elle peut sans nulle difficulté laisser les raisonnements et les considérations. On peut lui appliquer ce que dit saint Bernard en un autre sens : (( Qu"a-t-elle besoin d'échelle pour monter, puisqu'elle est parvenue au sommet " !* n
Le raisonnement ne doit servir que pour enflammer la volonté. Lorsqu'on n'est pas assez pénétré d'une vérité, il faut ]iour s'en convaincre
I. Solus Dcus imprimit in volnntatem, angclus in inlollocluni, cœlostia corpora in vires scnsibilcs. D. Tli. De ^ dilate, q. 5, art, lo ; 3 Contra Gcnt. cap. xci.
•'.. ()u'u\ opus scali Iciicnli jani soliuni i' De considérât., lib. \ , cap. I.
raisonner beaucoup. Lorsqu'un o])jet ne fait pas une assez vive impression, il le faut regarder de tous les côtés ou réunir ensemble toutes ses beautés, afin d'en être toucbé. Que si une seule vue suffît, il faut sans crainte laisser le reste, et s'occuper à produire des actes d'admiration, d'adoration et d'amour.
On pourrait appeler cette oraison, une oraison de repos ; mais dans un sens très éloigné de celui que de faux dévots ont voulu introduire, prétendant que dans une oraison parfaite toutes les puissances de lame devaient être sans action. Ainsi, dans le plus important et le plus noble de tous les exercices dont l'àme est capable en cette vie, ils voulaient qu'elle entrât dans l'état le plus imparfait de tous. Cet état est celui où les puissances sont sans action, comme nous l'avons amplement expliqué par l'autorité de saint Thomas. L'homme a été créé à l'image de Dieu, et pour rendre cette image parfaite de notre part, il faut que toutes les puissances soient en action : que la mémoire ait un souvenir actuel, l'entendement une connaissance actuelle, et la volonté un amour actuel ; parce que l'image doit représenter son original, et que les trois Personnes divines sont toujours en action. Le Père Eternel se contemple et se connaît incessam-
m. — i.A. l'UMioit; /|i
lupiit, o\ vn se connaiss;uil, il pioduil. le Ycrbc J'^lcniel. J.e Père l'Ucniel cl le \ crhc s'aimenl sans inleiruplion, et le lennc élcrncl de leur amour est le Saint- l'^spril . Nous portons • l'image de la sainte Trinité en nous-mêmes. Les trois [)uissnnces de 1 ame représentent les trois Personnes ;il faut (|u'ellcs soient en acte. Lamémoire qui représente le Père, l'orme une connaissance actuelle, comme un \ erbe, qui exprime le Fils. Le souvenir de la mémoire et la connaissance de l'entendement ])roduiscnt l'amour, cpii représente le Saint-l^spril.
Mais de grâce, que font ceux qui sous ce spécieux prétexte d'une oraison de repos et de quiétude, restent comme des idoles sans connaissance, sans amour, et sans aucun mouvement spirituel P Ils ell'iicent les plus beaux traits de cette divine image, en laquelle nous devons être transformés par l'oraison, et ils laissent les puissances vides, inutiles, sans lumière, sans amour et sans action, et par conséquent sans aucune ressemblance a\ec Dieu.
Prenez garde, dit saint Bernard, que le repos ne dégénère en oisiveté. Quel fruit peut tirer une àme de cet état, où les puissances demeurent languissanles et mortes? La véritable vie ne consiste que dans l'action. C'est de ce faux repos
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que les démons se jouent en nous amusant, et en nous dissipant. Ils le regardent avec complaisance, parce que laissant l'àme stérile en pensées et en allections, ce repos est une perle continuelle de grâces et de mérites, dans la circonstance même oii nous devrions prier, agir et mériter ; et c'est aussi une perpétuelle pente à l'illusion et au péché !
Il laut donc que la volonté agisse, sans que l'on lasse de grands raisonnements, il faut faire l'oraison d'une manière plus simple, et s'arrêler dans la vue d'un seul objet qui enflamme la volonté.
CllUMTUE VII
r.\l'Llt;VIIO> ri.LS exacte de cette .MA>ilÈHE
d'ouaison.
I,a \(il(nili' [iniihill (|ii('l([ucluis un irraïul iioniljre dacles.
C'oi>\ une erreur de croire, que dans loraison l'ànie doit être sans nulle action. Mais ce serait une autre erreur de se iigurer que l'oraison consiste en une longue suite de pensées sans interruption. Il y a un milieu à prendre entre ces deux extrémités, la multitude des pensées étoulTe la ferveur et dissipe trop le raisonnement. Il faut quand on est attiré à raisonner, faire si bien, que la volonté entre dans l'oraison pour le moins autant que l'entendement, et qu^elle y ait même plus de part, comme étant la source naturelle de l'amour, auquel le raisonnement doit aboutir. Mais pour revenir à l'oraison d'affection, il y a des gens qui se pourraient tromper, en prenant un ^éritable et saint repos pour l'inaction des quictistes, et se persuadant que d'entretenir celte
!xk DE LA VÉIUTAULE URAlSO>
jaensée, qu'elles sont en la présence de Dieu, et que Dieu les regarde réciproquement, elles ne font pas une bonne oraison.
Certainement les personnes, qui se trouvent plus disposées à produire des affections, qu'à faire de grands raisonnements, ne doivent point se troubler ; elles doivent au contraire s'assurer, qu'il n'y a nul danger, quand elles emploieraient tout le temps de leur oraison, dans l'exercice actuel d'une seule vertu, ou de foi, ou d'amour, ou d'humilité, ou d'une crainte respectueuse de la souveraineté de Dieu, etc. Il faut pourtant qu'elles commencent par la préparation ordinaire, et fassent toujours de leur part ce qu'elles peuvent raisonnablement ; la défiance de soimême étant l'une des meilleures dispositions, pour recevoir le véritable esprit d'oraison. L'humilité chrétienne veut qu'elles se tiennent toujours dans le rang des plus imparfaits, et qu'elles suivent les règles communes. Que si, en se présentant devant Dieu, elles se trouvent déjà recueillies, et qu'elles soient pénétrées du mystère sur lequel elles vont méditer, elles peuvent suivre leur mouvement, sans gêner leur esprit à la considération d'un sujet particulier : cette violence leur ôlerait la dévotion, et leur ferait perdre l'esprit de leur oraison.
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On IK' |)(Mil |)i'('S(iii(> (l(> iri^lr |)()iii- ((iiidiiiio les alVoclious dans une si giande varirlé (l'(''lals cl do disposilions des ànics. Mais nous allons rapporter quelques exemples qui leronl connaî- (n* sensihlenionl. ce qui se peut ])ratiqucr, sans danger de lond)er dans roncur.
Il arrive quelquefois que Tàme vient à l'oraison toute recueillie : elle se représente Jésus- Christ en croix, et se sentant pénétrée par cette seule vue, il s'élève dans son cœur une foule de mouvements, qui se veulent produire tout à la fois pour témoigner à Dieu son amour, sa con- (iance, sa reconnaissance, sa douleur, etc. On \oudrait se crucifier avec lui, et se tlétruire pour le venger. On s'approche en esprit pour recevoir le précieux sang qui coule de ses plaies ; on embrasse la croix, on l'arrose de ses larmes, on se plaint au Père Eternel de ce qu'il exerce une si grande rigueur sur ce Fils innocent ; on voudrait avoir l'amour non pas d'un séraphin, mais de tous les séraphins ensemble pour l'aimer avec plus d'ardeur. Enfin dans cet état, une Ame est dans des transports qu'elle ne peut modérer : elle parle intérieurement sans ordre et sans mesure ; elle ne sait ce qu'elle dit, ni ce qu'elle doit dire, son amour surpassant ses expressions. Saint Bernard et saint Thomas ap]3cllent cet état une
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ivresse spirituelle, qui fait sortir l'àme hors d'ellemême ^.
Il est vrai que ces mouvements sont plus violents dans une oraison extraordinaire, où Dieu opère immédiatement par lui-même : néanmoins comme toutes les vertus sont les mêmes dans les imparfaits et dans les parfaits, cette disposition se peut trouver quelquefois dans une oraison assez ordinaire, et en des personnes n'ayant qu'une vertu commune. Cette observation s'applique à tous les états dont nous avons à parler ; ils sont quelquefois des dons singuliers de Dieu, et quelquefois dans le seul ordre commun.
Il est constant que dans celte manière d'oraison il n'y a nul danger d'erreur, encore qu'il n'y ail qu'une connaissance assez simple ; et s'il s'y trouve quelque repos, il n'est que du côté de l'entendement : la volonté n'a jamais des opérations, ni ])lus ardentes ni [)lus fréquentes. Il semble que ce soit l'état décrit par saint Denys, lorsque, « ayant arrêté les opérations de l'entendement, nous nous excitons de toute notre force selon l'ardeur que Dieu nous donne, pour nous unir
I. Aiiiorc ohriani. D. Boni. In Gant, soi-ni. xi.vii. D. Th. in l'sal.
Ml. I \ l'I! VIKM r [\'J
à co rayon rrloslo. f|ni porlo encore plus d'amour (|uc lie luniièic '. )>
Celle oraison peut devenir 1res parlailc. C'est le degré, semblc-l-il, expliqué par sainte Térèse ni seizième (•ha[)ilre de sa ^ ie, et qu'elle appelle M une sainlc folie ; » parce qu'alors l'àme sent des transports et des mouvemenls qu'elle ne peul arrêter. La Sainlc dit, que Dieu l'avait mise dans cet étal d'oraison, lorsqu'elle en voulait écrire, et qu'elle n'en était pas encore sortie quand elle en écrivait. En elTel, on s'aperçoit en lisant ce qu'elle en dil, qu'elle élait renqjlie d'une ardeur extraordinaire, et que ce feu qui l'enllammait sortait avec violence, sans qu'elle put le modérer.
-Mais je n'en parle ici que dans la voie ordinaire accompagnée de la grâce, qui ne manque pas à ceux qui sont fidèles à méditer ; je laisse à part les opérations singulières de Dieu sur les Ames. Nous niellons néanmoins cet état le premier, parce qu'il y a une plus grande multitude d'actes, que dans les autres que nous allons rap- |)orter.
I . Sodanlcs intclIccLualcs opcrationos, ad sripcr substantialcm radium, sccundum qiiod l'as est, nns imniiUiiniis. I). l)inn\>. */(■ d'win. Nnm. cap. i. D. 'i"li. loct. '2.