I. Cogiiltio csl causa amoris. D. Th. 'j.a, q. L>-,art. a
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fx DE LA YÉUITABLE OUVlSt).\
pour aimer ; il ne faut que se proposer un objet aimable pour en être touché. Tout le monde désire le bien, et quand on est convaincu d'une vérité, il suffit de l'envisager pour s'y soumettre. Quand on est assuré qu'un fruit est doux, il ne faut que le voir pour avoir envie d'en goûter. De même quand l'âme vient à se représenter Dieu, comme une beauté et comme une bonté infinie, sans s'arrêter à former des raisonnements, elle peut produire mille actes différents, d'admiration, d'adoration, de complaisance, d'amour, etc. C'est ainsi, que quand il plaît à Dieu de favoriser une àme, il lui fait connaître ses perfections parmi simple regard, quelquefois il lui fait passer devant les yeux mille beautés qui la charment, ou de forles considérations qui la touchent ; et alors sans nul raisonnement l'entendement et la volonté s'y portent avec ardeur.
Saint Thomas, parlant de la connaissance d'Adam, dit, que Dieu peut faire connaître ses perfections en plusieurs manières difTérentes, sans cependant se faire voir en lui-même. Il imprime dans l'entendement des images de ses perfections ; et il opère alors dans les âmes ce que des anciens croyaient qu'il opérait dans les esprits des bienheureux. Ils croyaient, dit saint Thomas, que Dieu ne peut jamais être vu en lui-
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lui'nie, mais (ju'il iv[)aiulail clans les esprits des l)it'nhcurcux une splendeur de sa divine essence, cl un rayon de la lumière inrréée «. Celle opinion l'sl une erreur, si on l'enlcnd de la connnunicalion qui se fait dans le ciel. Rien ne peut rendre Fànie bienheureus(^ rpie la vue do Dieu en luimême. « Aous le verrons, dit saint Jean, conmic il est OH lui-même », et non pas seulement comme dans ses créatures -. Mais c'est la communication (pie Dieu l'ait quelquelois sur la terre, où il peut se représenter aux hommes en une infinilé de manières, plus ou moins [)arfaitement. et comme il lui plail. Adam connaissait Dieu non seulement par les créatures visibles, mais par des images plus vives, que Dieu imprimait dans son esprit ; et avant que les anges fussent bienheureux, Dieu se faisait connaître à eux d'une manière plus élevée à proportion qu'ils étaient plus parfaits. Et parce qu'entre les deux extrêmes il Y a plusieurs milieux ditïérents, Dieu peut se faire connaître et ses perfections, depuis la manière plus imparfaite qui est par les créatures, jusqu'à la connaissance de sa propre nature, par
T. Do vcrilafo, q. 8, art. i.
2. Siculi est, cl non tantum siculi facit. D. Th. i,p. q. II.
6 DE T.A. VKRTTAniiE OU \ISO\
des images toujours plus nol)les et toujours plus pures K
Or il est évident, que pour contempler ces images, l'âme n'a pas besoin de raisonnements. Elle les voit par un simple regard : et Dieu les lui faisant passer devant les yeux, et les lui tenant présentes, autant qu'il lui plaît, la volonté s'y porte en un instant, comme pour les embrasser et les retenir, et elle se sent tout embrasée d'amour. Ce ne sont alors que lumières et que feux : et l'àme est comme une flamme vive qui se porte au centre de son cœur.
Ces grâces extraordinaires néanmoins ne sont pas nécessaires pour une véritable oraison. Mais elles servent à nous faire voir clairement qu'encore qu'il n'y ait point d'amour sans connaissance, il peut y avoir un très parfait amour sans raisonnement.
T. L). Th. i:)e vciilalo, q. 18, arl. o.
CIIAIMTUE II
DEIXIKME AVIS : QUE LA SEULE CONNAISSANCE DES MYSTKHES DE L V FOI ET DE LA HELIGION SUFFIT POUK UNE IIONNE OHAISON.
Quand Toraison se passerait toute dans l'exercice d'une seule vertu, par exemple, du divin amour à la vue d'un crucifix, elle serait très parfaite : l'àme posséderait ce qui est la fin de toutes les oraisons, à savoir, l'union avec Dieu, qui se fait par l'amour. Mais serait-il besoin de raisonner, les seuls mystères de la foi sont un fonds iné[)uisable de grands et de sublimes raisonnements, et néanmoins très faciles, dont peuvent être capables les personnes les plus simples.
En etTet, quelle plus grande sagesse peut-on acquérir que celle qui s'obtient par la foi.»* C'est par la foi, dit saint Tbomas, qu'ajirès la venue de Jésus-Christ, un pauvre villageois et une simple femme auront une connaissance plus relevée, que n'en avaient eu avant la jmblication de l'Evangile, tous les philosophes du monde avec toute
leur étude *. Ces philoso[)lies, qui étaient comme les oracles du monde, n'ont jamais connu que bien peu de chose de la Divinité, et des perfections de Dieu. Encore n'ont-ils pu l'apprendre qu'avec un travail considérable et après y avoir consumé une grande partie de leur vie. Et ce qui était plus déplorable, la raison humaine étant très défectueuse, ils ont mêlé dans leurs faibles connaissances \\n nombre infini d'erreurs. Maintenant la foi nous apprend tous ces grands mystères si fort élevés au-dessus de la raison, sans peine, sans étude, et sans erreur ^ Si bien que si ces Philosophes revenaient au monde, ils verraient avec étonnenient qu'un ])etit enfant, qui ne sait encore que les éléments de la religion, pourrait être leur maître ; qu'il serait capable de corriger leurs erreurs, et de leur apprendre des vérités qui n'étaient jamais tombées dans leur esprit.
Ce qui pourrait faire un sujet d'admiration aux plus grands hommes du monde, ne peut-il ])as nous fournir des sujets d'une profonde méditation ? Je dirai plus. Ce qui fait la béatitude des Saints dans le ciel, ne suffira-t-il pas pour nous entretenir, pour nous élever et pour