‹ Traité de la véritable oraisonChapitre 32 sur 129 · I. \ l'u \ rr<»i y · texte numérisé non relu

I. \ l'u \ rr<»i y

introduite. Quand on applique le t'eu au bois, ou (|u'on mot l'eau sur le feu. on voit preniiôreuienl (|ue l'eau ou le bois coniuicncent à s'écliaullcr. mais ou n'y voit pas encore un faraud mouvement. Si la ehaleur devient plus iorte. et que le feu ail lail une plus grande impression, l'eau entre dans l'agitation et jette de gros bouillons, elle ne peut se contenir dans ses bornes ; de mrme quand le feu commence d'agir fortement sur le bois, il le dévore, et la llanmie s'atlaclie lantôt d'un ciHé, tantôt de l'autre : cnlin. tout est dans un grand mouvement. Mais quand la chaleur est parvenue au dernier degrr. que le l'eu s'est entièrement rendu le maître, qu'il a vaincu tous les obstacles, et consume lout ce (jui pouvait s'op|)Oscr à son activité, alors tout est en repos. On ne voit plus dans l'eau ces bouillonnements impétueux, ni dans le bois ces inégalités de la llamme, qui tantôt s'attache, et tantôt s'écarte : le feu s'est rendu victorieux et tout est tranquille.

A oilà un exemple très naïf de ce qui se passe dans les âmes au service de Dieu '.

I . Calent inciplcntes, fervent proflcientes, ardent pcrfecti. Ihul. Fervor, dans le sens naturel, n'a point de terme français (ini lui corresponde.

"j-i Dr, LA viiniTAisLE 0];aisun

Dès qu'on commence à marcher dans le chemin de la vertu, le feu du Saint-Esprit échaufTe le cœur, et en même temps que par une grande fîdélitéon augmente en amour, le feu divin se rend plus fort, la ferveur s'excite, on sent des transports et des impétuosités, on ne peut se contenir, on pousse des soupirs, on verse des larmes, on produit mille actes dilTérents d'amour, de résignation, d'abandon. Ce sont les impressions de ce feu sacré, qui se veut rendre maître du creur, et le transformer, combattant les duretés et les oppositions qui s'y rencontrent ; et il lui fait une espèce de violence pour le purifier, et pour se le soumettre entièrement.

Mais quand le feu divin a suffisamment agi et que le cœur s'(>st laissé consumer par ces belles Jlammes, il y a une ardeur parfaite : l'amour consume le cœur d'une manière très douce, il n'y a plus de mouvements impétueux, plus de ferveurs extraordinaires, tout est en paix et en repos ' : l'amour n'a jilus à combattre, il est victorieux, et il goûte le fruit de ses victoires.

C'est jusqu'ici la remarque de saint Thomas, que j'ai un peu étendue pour la rendre plus intel-

j. Facit ardcrc suavilcr.

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lif^ihlo. Toul. cela lail \oir. (|ii(^ sans ([ii'il \ ait clans l'oraison nii j^raïul nombre (lacles, il |)cnt \ avoir lUNUinioins une tiî's i;ran(lo aidcnr. Il est viai (|m"uiic nnilliliulc d'aclcs ('sl une niar(|M(' assez, (''vidcnle d'un l'ou tléjà bien alliinié, cl (|iii ai,Mt avoc assez, de force, mais ce n'est ([iic l'élal lie la ferveur. Il peut quelquefois y avoir aulaiit et plus d'ardeur et de foi, quoiqu'il n'\ ait pas tant de mouvement ni tant de llannue.

Cela p(Mit arriver dans les états que nous avons décrits ; quand l'àme considère lebonbcm- (pTelle a de posséder Dieu au dedans d'ellemême, et fait réilexion qu'elle a dans son cu'ur ce feu éternel, qui brûle dans le sein du Père et du Fils. Car la foi nous apprend, qu'une âme qui a la gvàcv devient le temple du Saint-l'^sprit, et, par conséquent, clic a au dedans d'elle-même ce môme feu sacré et adorable, qui brûle dans le sein de la divinité, dont une étincelle remplit il'ardeur tous les Séraphins. C'est là, selon saint Thomas, cette grande promesse faite par Jésus- Christ à ses Apôtres, que l'amour d<jnt son Père l'aimait, serait en eux. Quel est, dit le saint Doctevu", cet amour par lequel le Père aime le Fils, sinon un amour éternel, immense, infini, le Saint-Esprit lui-même, le lien du Père et du [■"ils ? Le même amour, dit la Glose, par lequel

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le Père aime le Fils, se trouve dans tons les justes. Et c'est de ce même amour (quoique d'une manière très différente) que Dieu aime toutes les âmes justes, et que ces âmes aiment Dieu '.

Il était convenable qu'il en fût ainsi. L'àmo qui n'a é(é créée que pour posséder Dieu, ne trouve du repos qu'en Dieu seul ; et elle ne serait jamais satisfaite, si elle no pouvait rendre à Dieu la pareille on amour. L'amour par lequel Dieu aime les âmes est un amour infini, éternel, immense, il faut donc que l'ànie pour reconnaître un si grand amour, ait à pro])ortion un amour immense, éternel, infini. Mais que ])eut la créature par elle-même ? tout ce qu'elle fait par ses propres forces est extrêmement imparfait, et infiniment au-dessous de ce que Dieu mérite. 11 fallait donc que le divin Esprit se donnât à l'âme, afin qu'elle pût présenter à Dieu un amour éternel et infini, non pas qu'elle produit, mais qu'elle possède en propriété, quelle peut appeler sien, puisqu'elle l'a reçu en don. Elle oflïe ainsi à Dieu un amour égal, et c'est dans ce retour mutuel d'amour qu'elle trouve un entier repos.

I. l t dilcrtio, f|ua diloxisti me, in ipsis sil. .Toan. wii, of). D. I 11. aiit (|iiisfniis aiictor Opusc. 63, cap. it.

I,\ l'IUlK.d'K

L'àinc se sent alors embrnséc d'une ardeur très violente, et hien que sa ferveur la fasse quelquefois sortir hors d'clle-nieirie, et l'ohlipc à produire un p^rand nombre d'actes pour laisser ('xaporcr ce feu, jivo caplanda (nuinlulacumi/nc crapornlionc, connue nous disions de sain! Bernard, quelquefois aussi le feu divin la possède si fort, qu'il lui oie le pouvoir de produire beaucoup d'actes. Cette âme est alors concentrée en elle-même, et dans un fort grand repos, et sa suavité est si grande, qu'elle est luie participation de la félicité du Paradis. Elle dit à Dieu aACC David : « Que désirai-je dans le ciel, sinon vous? et qu'ai-je souliaité sur la terre, que vous seul !^ Ma chair et mon co'ur ont langui d'amour, o Dieu ! vous êtes le Dieu de mon co^ui- et mon partage pour jamais '. » Ilélas 1 Seigneur, quelle doit être la grandeur du bien que vous nous réservez dans le ciel ."* et commençant déjà de sentir quel est ce bonheur, que puis-je désirer sur la terre, ô Dieu de mon cœur, qui devez être mon partage durant toute une éternité ?

Alors l'on voit accomplir la promesse que Xotre-Seigneur faisait à ses disciples : « Que sa propre joie se trouverait en eux-. » Quelle est

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