‹ Traité de la véritable oraisonChapitre 39 sur 129 · III. — i.v l'iiviiiM i · texte numérisé non relu

III. — i.v l'iiviiiM i

(|u clic lie Mul |)liis « ce corps (le coiriiptioii qui a|)|)cs;mlil làinc ; » mais que la chair cl l'espiil s'unissciU cnsciiihlc pour n^ssciilir les consolalions célestes produiles parcelle mic loulaimahlc (le Dieu, el (juc l'àine fasse resscnlir au corps un rejaillisscujent du plaisir dont elle est conihlce '.

(Ju'on lise toutes les Vies des Saints et de ces heureux contemplatifs, dont les communications qu'ils reçoiNent du ciel nous jettent dans l'admiration, on \erra cpi'ils étaient chargés de chaules, revêtus de cilices. déchirés par les disciplines, épuisés par les veilles, exténués par les jeûnes, el qu'ils étaient des victimes du divin amour. On verra qu'ils avaient lait un divorce élernel, je ne dis pas avec les plaisirs, mais nicmc av(H" les moindres satisfactions de la nature, toujours resserrés dans les horncs les plus étroites tle la seule nécessité. C'était la rigueur de la mortification et de la pénitence qui les rendait suscc[)tihles de toutes ces ilélices : Dieu, par une sorte de justice, compensait ainsi les consolations du monde qu'ils ahandonnaient pour son amour.

C'est donc un |)rincipe constant que la pre-

1. (ior iiiciim cl caru iiica l'MiUumtuiiI in Dcuiu vi- \ mil. Vi. LWMii, •>.

88 DE LA. VÉHlTAliLi; OliAlSO.N

mière disposition pour entrer dans la vie intérieure et dans la contemplation, est la mortifiralion, mais une mortification véritable et solide qui fasse souflVir le corps sans l'épargner ; non une mortification imaginaire des passions cpii laisse le corps sans le faire soutfrir. « Il faut, dit saint Paul, mortifier sa chair et ses convoitises. » Il Jaut commencer par la racine ; et c'est une illusion de croire qu'on puisse réprimer les passions sans faire soulTrir le corps. Tout le monde dit, qu'il faut mourir à ses passions, qu'il faut faire mourir la nature. Mais ce sont des paroles qui ne signifient rien, car il est impossible qu'il y ait une véritable mortification, quand on ne refuse rien à la nature.

cHAinïKi: Mil

COMCLLSION DK CM Ol VR.ViiE. KE(;i.E ASSl REE POLR DISTIXll Eli I. \ VÉlinVIil.E CfJNTEMl'L VTION DE I.A FAUSSE.

Il semble qu'après ce que nous a\ons établi jusqu'à présent, il ne reste plus qu'à donner une marque, pour discerner la véritable contemplation d'avec la fausse ; afin qu'on ne prenne pas le nom pour la chose même, et qu'on ne se laisse pas surprendre par de vaines apparences.

Il est aisé d'intérer de ce que nous avons expliqué au chapitre précédent, que la véritable contemplation est inséparable de la sévère mortification, et qu'il est impossible qu'un homme goûte les délices du ciel, s'il ne se prive des consolations de la terre. On peut avancer, sans danger de se tromper, non seulement qu'une àme qui a de l'horreur pour la mortification. mais que celle mémo qui ne sent pas un grand désir de la pratiquer, autant qu'il lui est [)Ossible

selon les règles de la prudence chrétienne, n'a pas encore commencé d'entrer dans le chemin de la véritable vertu. Que si, dans son oraison, cette àme se trouve en repos par la cessation des opérations de l'entendement et de la volonté, elle doit croire que son exercice n'est qu'une grande perte de temps; et si elle ressent quelque goût extraordinaire, ce ne jicut être qu'un appas du démon qui la trompe.

On ne l'a que trop vu dans ceux qui ont été convaincus de ces erreurs '. On a reconnu qu'ils étaient abandonnés à tous les plaisirs; et comme parle l'Ecriture, qu'ils profanaient, par une vie très déréglée, la noblesse et la sainteté de leur état de chrétiens, et la profession de ministres consacrés à Dieu pour servir à ses autels.

On ne j)eut lire qu'avec horreur cette maxime qu'ils donnaient à leurs disciples, que la croix d'une mortilication volontaire était un poids fâcheux et inutile, et qu'ainsi on la devait abandonner -. Elle renverse tout l'Evangile, car (( toute la vie d'un chrétien est une croix et un

T. Les Quiétistcs.

I . Crux volunlaria' luortificalionis jJ'J'idus grave est, et iiirrucluosiiin, cL idco (liiirillcinluiii. l'ropos. 38 inler (.lainualas.

(il. — L\ l'UMKjUIi Ç)t

mailMc. s'il \(Mil \l\rc selon ri']vanf;ilf' ', » dil sailli Augustin.

Il n'est pas nécessaire de s'arrêter davantage à coniballre rcs erreurs, a[)rès ce que nous avons si e\acl(Miieiit ia[)[)()rté de saint Thomas. ]l suflira traliéguer une seule parole du saint doclem-, [)our Taire Aoir clairement condjien toutes les |>iélenlions de cette secte sont opposées au hon sens et à la raison. La contemplation est em[)èchée par la violence des passions; et parmi toutes les passions, dit-il, celles de la volupté obscurcissent da\antage les lumières delà raison. C'est pour cela, ajoute-t-il, que la chasteté dispose l'homme el le rend propre à la contemplation, comme, au contraire, les plaisirs sensuels avilissent davantage l'esprit de l'homme, et l'appliquent plus fortement aux objets sensibles -.

De tous ces raisonnements, il est aisé de conclure que le caractère le plus assuré, qui distingue la vraie contemplation d'avec la fausse, est l'inclination ou l'aversion qu'on a pour la mortification de l'esprit, et pour la mortification

I. Tota cliristiani vita, si scciindiini Evangcliuiii vImiI, crii\ esl atf|uc inarl\riiiiii.

•j. 1). Tli. i>.'j, (]. i8u, arl. ■>, ad. 3.

92 DK LA VÉIUTABLE OUAISO?i

du corps. Car celle de l'esprit ne sérail qu'une idée, si elle n'était accompagnée de celle du corps.

Lne âme, tlonc, qui cherche les plaisirs des sens, et qui s'abandonne à la volupté et aux délices du corps, peut s'assurer qu'elle est fort incapable de faire jamais une véritable oraison. Que si, persévérant avec une détestable obstination dans cet attachement à son corps et à ses j)laisirs, et dans mie aversion pour les exercices de pénitence, il lui arrive d'avoir quelque lumière, et de sentir quelque goût dans son oraison ; elle doit être persuadée que c'est une pure illusion, et im artifice du démon, qui la llatle pour la perdre, et qui la veut entretenir dans cet état pernicieux. Il est certain que si son oraison était véritable, et si les lumières venaient du ciel, si le plaisir qu'elle ressent était un effet de la grâce ; le premier fruit qu'elle en tirerait serait de concevoir un grand désir de souffrir, et une horreur extrême de tout ce qui approche des commodités superllues et de la volupté du corps. Car, comme saint Thomas rapporte de saint (Jrégoire, lorsqu'on connaît véritablement Dieu dans son oraison, et qu'on est véritidilement louché de son amour, cet amour et cette connaissance détruisent cl dessèchent en nous.

I \ l'iiviKXi;

|tiinr .liiisi (lire, lonics les (loiiccurs de la cliair '. Mais l(ii(|n iiiK* àiiic s'a|)|)li(|iic aulant (luclle peut à la coiisidéralioii des iiiyslères de la rclif^'ion ; l(iis(nroll(' s'anvtc à aimer la bonté infinie lie Dieu, el à la reroiinaissance (ju'clle lui doit pour tant de hiiMilails (qu'elle en a reçus ; qu(\ d'ailleurs, elle a déjà passé par les rigueurs de la \\v pvuiialive. (|u'elle sent en elle-même un vrai désir de la pénitence, et que sans se contenter de simples désirs, elle en pratique actuellement tous les exercices autant qu'elle le peut, et (jue son état, sa condition, sa santé et l'ordre de ses supérieurs le lui permettent : alors, si elle se trouve dans ce repos que nous avons décrit, non pas en se privant de tous les actes de l'enlondement cl de la volonté, mais par un éloignemcnt des distractions qui ne la fatiguent plus, ou par la cessation de la multitude de ses pensées, qui n'empêchent pas les actes de la volonté; enfin, si, au sortir de l'oraison, elle se sent portée à la mortification des sens, si elle sent une grande aversion pour les moindres plaisirs du corps, il est constant qu'elle n'a

1 . Cum Deus jam per desiderium et intellcctum cojriKisritur oinncni in nobis Aoluplatem arefacit. D. Tli. !>.'.>. <[. i()8, art. ~, ad. •>.

9^ t)E LA. VÉUITADLE ORAISON

rien à craindre des erreurs des Quiétistes. Elle peut espérer humblement que son oraison est agréable à Dieu, et qu'elle pourra participer aux consolations célestes, puisqu'elle se prive des plaisirs passagers de la terre.

A oilà tout ce que nous avons eu dessein de montrer dans ce petit Traité, que nous avons fortifié de l'autorité de la raison et de re\em[)le. combattant l'erreur, et découvrant la vérité. Je prie Notre-Seigneur, que ceux qui le liront demeurent bien })ersuadés de n'abandonner jamais le saint exercice de l'oraison, si nécessaire aux âmes chrétiennes, pour déraciner tous les vices, pour entretenir toutes les vertus, et pour recevoir toutes les lumières dont on a besoin dans loul le cours de la vie. S'ils suivent les maximes que nous avons données et expli(juées dans toute la rigueur de la théologie, et selon les principes de saint Thomas, qui les confirme lui-même par l'autorité des saints Pères de l'Eglise, nous espérons qu'ils poiuront pratiquer, sans aucun danger d'erreur, la vie contemplative, qui est un commencement de celle du ciel.

LES ÉTATS D'ORAISON

\olioiis |)i'i'liiiiiiiaii'4's.

Nous avons cru faire [)laisir à ccu\ qui veulent commencer de faire oraison mentale, d'expliquer d'abord en peu de mots : i" Ce que c'est que l'oraison, et combien il y en a de sortes; '.>." Quelle est la nécessité de l'oraison mentale; ,'V' Quelles dispositions il faut apporter pour y avancer; 4° ^'C que c'est que la méditation et la conlenq)lation; 5" Quels sont les difl'érents élals de la vie spirituelle, et [)ar quelles voies on peut passer de la méditation à la conlemplalion, et à la vie unitive.

On trouvera dans ces Lettres des avis très importants sur toutes ces matières. C'est pourquoi on n'en dira ici qu'un mot pom- l'instruction des commençants.

f)G DK LA. YKItlTAHLE ORAISON

Page 1