DE LA AKHlTAm.r; ORAISON
lot, si VOUS en aviez besoin. Ainsi, au lieu de jiie plaindre que vous m'ayez écrit si tôt, j'en suis bien aise : je connais en cela le grand désir que vous avez d'être instruit dans la vie intérieure, et de suivre les bonnes inspirations que Dieu vous donne.
\ous me priez de vous expliquer comment se fait l'oraison par la méditation de l'esprit, et par les alFections du cœur.
Je vous ai déjà dit qu'avant de faire Aotre oraison, vous deviez a\oir un sujet préparé et déterminé ; soit (|ue vous l'ayez lu vous-même, soit que vous l'ayez entendu lire par quelque autre. Il faut s'entretenir sur ce sujet autant qu'on le peut ; et se faire même, au commencement, quelque ell'ort, pour s'en occuper, de peur de s'accoutumer à errer d'objet en objet pendant tout le tem])s de l'oraison, sans profiter d'aucun.
On s'entretient ainsi du sujet de son oraison, en le considérant sous différentes faces, en y réflécbissant attentivement, et en discourant ou raisonnant intérieurement. Tous ces difTérents noms, réflexion, discours, raisonnement, et longue considération, sontce((u'on entend |)arla méditation : la méditation est un acte de l'esprit ou de l'entendement, occupé à clierclier la connaissance de quelque vérité.
i,Ks rivrs n'oiiAisoN I'j3
( )i-. iiioii hioM clior IVcrc. on nuMiie Icnips (|iic J\'s|)iil inédite sur (juokj'.io sujet, il s'élève dans la volonté (qui est aveugle d'ellc-niémc, et qui ne se porlpqu'à ce que l'entondcnienl considèic), quelcjues niuuNemenls confornies à ce que l'on médite. (Jes mouvements el ces actes de la volonté se nonnneni [)ieu\ désirs, el sainles alleclioiis du ctpur. J*ar e\enq)le, si on considère 1 énorniilé ilu péclié, on sent (>n même tem|)s une douleur de l'avoir conunis, el un désir de l'éviter à l'avenir. Quand on médite sur la mori, ou sur le jugement, ou sur les enfers, ou sur le paradis ; il naît dans la volonté le désir de se préparer à bien mourir, en se détachant de tout ; le désir de se corriger des moindres péchés véniels, dont il faudra rendre un compte terrible au jour du jugement, et surtout des péchés mortels, qui sont punis si rigoureusement dans les enfers ; et enfin le désir de pratiquer les vertus, qui sont récompensées si avantageusement dans le paradis.
On ne peut non plus réfléchir sur les grandeurs de Dieu, sans être excité à l'aimer, l'adorer, le bénir, le remercier, lui plaire, se conformer à sa volonté. Et (juand on considère les grandes souflrances de Notre-Seigneur Jésus- Christ, on est ému à compatir avec lui, à lui rendie amour pour amour, à délester les péchés
qui lui ont donné la morl, à se confier aux mérites de son sany précieux, et à vouloir imiter ses vertus, son humilité, sa douceur, sa j^atience, son obéissance, sa charité, etc. Il en est de même, à proportion, de tous les autres sujets sur lesquels on peut méditer durant tout le temps de l'oraison.
Vous connaissez à présent, la manière de faire oraison par la méditation de l'esprit, et par les aflbctions du cœur. Cette manière est très bonne en soi ; et lorsque Dieu nous y conduit, elle est pour nous 1res parfaite, la volonté de Dieu élant la règle de toute notre perfection.
Il faut pourtant bien prendre garde de n'employer point tout le temps de l'oraison à faire de grands raisonnements, dans lesquels souvent l'esprit s'abandonne : la moindre partie de l'oraison doit être la méditation. L'oraison mentale est l'ouvrage du co'ur plutôt que de l'esprit.
Ainsi, nxtn cher frère, après iwo'w un peu médité sur le sujet que vous aurez choisi, employez le reste du temps aux affections de la volonté, et aux bonnes résolutions, par lesquelles vous devez toujours finir votre oraison. Aussitôt que votre cœur .sera enflammé et excité à quelque pieux désir, <ui à quelques bonnes affections, ar-
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rrl(V. \olio espiil. Si. |);ir la (lislraction. on aulioinonl, volro in'iir iIcnIcmU sec, lailos cncoro n'/\r l'ospril, eu considéraiil de iKUivcaii le sujet de M)lre oraison, pour faire iiailie de iioiivcllcs alleclioiis dans votre co'nr. Entreteiiez-vons ainsi pendant le temps qne vous a\e/, destiné à cet e\(>rcice.
Prenez bien i^arde aussi que pour l'aire une bonne oraison, il n'esl pas nécessaire de nudti plier à l'infini les actes de la volonlé, ni même d'c\cilcr en vous tous les mouvemenis dont je viens de vous donner quelques exemples, en parlant de la considération des grandeurs de Dieu, et des soulTrances de ^olrc-Seigneur Jésus-Cbrist. Il suffit de s'arrêter à quelques-unes de ces bonnes alleclions, ou à quelques autres semblables. 11 faut s'occuper de celles qui semblent naître d'elles-mêmes dans le cœur, ou de celles qu'on produit par soi-même, avec le secours de la grâce, qui ne nous manque point pour lors. 0 mon Dieu ! qu'on ferait une bonne oraison, lors même qu'on la passerai! tout entière en continuant ce seul acte : (( 0 mon Dieu ! je vous demande mon entière conversion. » Faites souvent cette demande à Dieu [)Our vous et pour moi. Je suis...
li2l) nii i.A vÉiiiTAnLi: okaiso.n
Lettj'.e m
Ce qu'il faut faire quand on a beaucoup de distractions dans l'oraison.
Mon 1res cher frère,
Je compaLis beaucoup à toutes les peines que vous ressentez durant vos oraisons, à cause des grandes distractions, et de plusieurs tentations qui vous y arrivent.
Ces distractions et ces tentations seraientelles encore beaucoup plus grandes, vous ne devez pourtant pas pour cela quitter l'oraison. Elles peuvent venir ou d'une imagination volage, ou d'un esprit dissipé, ou de la vivacité des passions ; ou encore de la malice du démon, qui, craignant les grands avantages que vous retirerez de l'oraison, si vous y êtes lidèle, lait tout ce qu'il peut pour vous en détourner dès les premiers commencements. Mais quelle que soit leur origine, vous devez vous en humilier beaucoup, sans pourtant vous troubler en quoi que ce soit*
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\ ((ici ce (|iie |C \u\i> ((tiiscillt'.
Lois(|irr'liinl à l'oraison \ous noms Iroinoz r('iui>li (Ir (lislrarlions. làrlie/ de ra[)[)elor clou- (■(MiuMil \(»lic cspril cl \olrc ima-^ânation, en pen- >aiil au siijol (le \olre oraison aillant que vous pourre/. ou à la Passion de .lcsus-(]lirist ; ou (Il jiiaiil (|uel((ucs regards sur ([nelqne dé\ole image ; ou eu considérant (|ui vous êtes, à qui NOUS parlez, ce que vous demandez ; ou en rentrant en vous-même, pour y considérer un Dieu si grand, qui y est présent, qui vous environne, cl qui vous pénètre intimement ; ou enlin par (pielqu'autre considération.
Vous %ons trouverez souvent par là dégagé peu à peu de ces distractions. Si vous faisiez votre oraison en [larticulicr, vous pourriez aussi pour lors de tenq)s en tcnq)s lire dans un livre quelques sentences courtes et tendres, afin de pouvoir vous occuper plus facilement.
Si, après quelque considération douce et courte du sujet de votre oraison, ou de quelqu'autrc capable de \ous loucher, vos distractions ne cessent point, et que \otre imagination continue de s'égarer ; ne faites pas trop d'effort, ni de grands raisonnements, pour l'arrêter. Si \ous vouliez suivre tous les ('-garements de l'imagination, cl toutes ses saillies, tout le temps de
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votre exercice se passerait à courir après, sans pouAoir la ramener, ni la fixer : souvent même la contention de tête vous serait nuisible ; et les grands efforts que vous feriez pour calmer l'imagination ne serviraient qu'à l'irriter et à l'échauffer davantage.
Contentez-vous donc, après quelques doux efforts, de renoncer aux distractions et aux tentations que vous ressentez ; soit que aous y ayez donné occasion, soit que vous n'en soyez pas coupable. Ensuite, humiliez-vous profondément devant Dieu ; et acceptez toutes les peines que vous ressentez de ces distractions, en esprit de pénitence pour vos péchés, et en esprit de conformité à la volonté de Dieu qui les permet. Souvenez-vous que vous avez dû commencer votre oraison en vous abandonnant à la volonté de Dieu, c'est-à-dire, pour faire oraison selon sa volonté, et non pas selon la vôtre. Demeurez tout le reste du temps dans ces dispositions d'humilité, de contrition, d'anéantissement en la présence de Dieu, et de soumission à sa sainte volonté.
Ha ! mon cher frère, qu'on fait une bonne oraison, en demeurant ainsi humilié, contrit, et abandonné à la volonté de Dieu, au milieu de tant de peines que causent les distractions et les tentations î
I,ES i: lATS 1> (III VISON I •)()
Va \raiiinMil. il v a hioii snjrl tie s'iiiiiiiillci' cl (le s';uiraiilir pour lors. Car((uollc plus yiaiulc humilialioii (jiio d'èlro ocrujx' de iiiillc bagatelles, quelquefois uiènie de plusieurs choses evlrava^ranles, dans un Icuips si saiul. oh on ne il(>\rait penser (pià son Dieu, el à son salul!' Mais Dieu est si bon, que dans le même temps t>ù l'imafrination et l'entendement sont si touruienlés. il lail souvent ressentir, à la fin de lOraison. une certaine paix et tranquillité intérieure au fond de l'àme ainsi humiliée. Car « la j)aix sur la terre est pour les hommes de bonne Noionté ' ; » or, notre volonté est bonne, quand elle est conforme à la volonté de Dieu, alors même que cette divine volonté est contraire à noire nature, qui ressent tant de peines.
Humiliez-vous donc pour lors, mon cher frère ; mais ne quittez point votre oraison, puisque vous pouvez vous servir de vos distractions et de vos tentations pour en faire un sujet d'oraison. Ne vous troublez pas non plus ; le trouble ne vient que du démon, ou d'une nature impatiente, qui n'est pas encore soumise à la volonté de Dieu. Ne vous laissez pas aller à une crainte excessive : les grandes peines que