‹ Traité de la véritable oraisonChapitre 58 sur 129 · I.FS r.TATS I) Oll.VISON 1 | I · texte numérisé non relu

I.FS r.TATS I) Oll.VISON 1 | I

iii-^lniil poiii" cDiiiiaîlic ce (jiii csl |)('iiiiis, cl ce (|iii lie l'csl pas, ouest a^nlé de j)liisieurs crainles mal loiulécs. qui dégénèrent en scin[)nles. Alin ilonc, que vous puissiez vous piénuinir, je vous donnerai une petite instruclion louchant les peines que vous conniience/ tie rcssenlif, et ipii pourraient considérablement augmenter à l'avenir, \ otre docilité me liiit espérer que vous vous servirez de ces avis dans les occasions ; et que leur usage contribuera à vous rendre la |)ai\ intérieure durant vos oraisons.

i" Pour ce qui est des confessions, prenez im temps raisonnable, mais qui ne soit pas trop long, pour examiner votre conscience, et pour vous exciter à la douleur de vos péchés. Gonl'essez-vous ensuite d'une manière simple et courte. Si vous avez commis quelque faute de conséquence, vous devez en expliquer les circonstances aggravantes, et omettre celles qui ne sont pas importantes. Accusez- vous succinctement des fautes qui sont légères, sans en rapporter les circonstances. Parlez très sobrement, ou plutôt ne vous accusez point du tout de vos scrupules, que vous connaîtrez être tels ou par vous-même, ou par le sentiment de votre confesseur : car en parlant des scrupules, et en y l'éfléchissant, on les fait renaître, et on les aug-

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mente : le mieux est de les mépriser, et ils passent plus tôt.

S'il vous vient ensuite dans l'esprit que vous n'avez pas eu assez de contrition de vos péchés, parce que aous ne l'avez pas sentie ; rejetez aussitôt cette pensée, comme une véritable tentation. ou comme une production de l'amour-propre, ou comme un nouveau scrupule. La contrition est d'elle-même insensible, étant un acte de la volonté, qui est, dans ses opérations, indépendante de l'appétit sensitif-: c'est pourquoi elle peut être très grande sans se faire sentir. Ainsi, vous devez demeurer en paix, quoique vous ne sentiez pas la douleur de vos péchés.

Si vous craignez aussi de ne vous être pas accusé de quelque péché, ou de quelque circonstance considérable, parce que vous ne vous souvenez pas de l'avoir dit, croyez que vous vous êtes bien confessé (à moins que vous n'ayez une évidence très certaine d'avoir omis quelque chose qui est certainement péché mortel) ; et soyez persuadé que si vous n'aviez pas expliqué les circonstances qu'il faut déclarer, votre confesseur vous aurait interrogé.

Gomme les scrupuleux craignent souvent où il n'y a pas sujet de craindre; aussi, ils doutent souvent, ou plutôt ils s'imaginent de douter de

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lie s ôtro pas liicii (•()nlif',ss(''s. loisf[u ils n onl pas un M'iitaljle (.loulc, mais sou1(miioiiI un certain tiouhlo. et une crainte mal fondée, qui empêche leur esprit d'en ju^'er avec une entière fermeté. ( ]"t'st pour cela qu'ils répèlent souvent plusieurs lois la luème chose, quoique dès la première ils s'en soient très bien accusés. Il n'est pas bon de les écouter, lorsqu'on connaît bien leur intérieur.

•?" Quant à votre office et à votre pénitence, ave/ l'intention, en commençant vos prières, de les f{iire pour Dieu, pour le prier, le louer, l'honorer, et pour satisfaire à vos obligations. II n'est pas absolument nécessaire de dire de bouche : Je veux les faire pour cette fin, mais il suffit de le dire de cœur, ou même d'être dans cette disposition intérieure lorsque vous les commencerez : de sorte que si on vous demandait pourquoi vous les faites, vous puissiez dire que c'est pour prier Dieu, le louer, etc.

Si durant vos prières vous êtes distrait, et que vous ne vous ressouveniez pas même d'a^oir dit le commencement d'un j^saume, ou plusieurs psaumes, ne répétez point pour cela votre prière et votre pénitence, mais continuez-la à l'endroit où vous vous trouvez ; et contentez-vous de rejeter aussitôt la distraction, en vous remettant

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iiitérieurcmeiU en la présence de Dieu, et en renouveloint votre première intention, qui est de vouloir prier Dieu, le louer, etc.

Il n'est pas nécessaire, pour satisfaire aux obligations qu'on a de prier, d'avoir continuellement une attention actuelle ; cela est môme impossible, et il arrive que lorsqu'on fait trop d'effort pour l'avoir, c'est alors qu'on est plus distrait. Il suffit d'avoir une attention virtuelle, ou à Dieu, ou au sens des paroles, ou à la fin de sa prière, ou à quelque mystère de la vie, de la mort, et de la gloire de Jésus-Christ. Cette attention virtuelle est une suite de la première intention qu'on a eue de prier Dieu ; et elle subsiste au milieu des distractions, seraient-elles très fortes et très prolongées, pourvu que la première intention ne soit pas rétractée, et que les distractions ne soient pas volontaires.

Si vous répétiez vos prières à cause des distractions que vous avez eues en les disant, vous seriez encore moins attentif la seconde fois, et moins encore la troisième, et vous vous exposeriez à vous fatiguer la tête par une trop grande application.

3" Pour ce qui est des mauvaises pensées contre la foi, contre la pureté et contre les autres vertus. Rejetez les mauvaises pensées aussitôt que

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VOUS les apcrccNG/., en nous humilianl dcvaiil Dieu, et en im|Uoratil sou secours. Me vous auuisez poiul à dis[)ulcr avec elles, de peur de vous cud)arrasser vous-même ; pourvu que vous n'\ |)rcuic/. point plaisir volontairement, ne vous Imuhle/. point : tout cela peut être purement naturel, et entièrement involontaire en soi et en sa cause, et un elVet d'une imagination échauU'ée et vivement frappée. Ne croyez, pas trop facilenuMit d'y avoir consenti, non plus qu'aux distractions, à cause de leur grande durée; à moins d'en avoir une certitude morale. Car le consentement est 1res différent du sentiment du corps, de la représentation dv l'imagination, et de la pensée de l'esprit.

Voici quelques règles pour vous instruire à ce sujet, et nous faire discerner quand il y a des péchés :

Lorsqu'on a une mauvaise pensée, si on y renonce aussitôt que rt)n s'aperçoit qu'elle occupe l'esprit, ce n'est point un péché, mais un mérite. Si on a quelque négligence à la rejeter, c'est un péché véniel ; et il est plus ou moins grand, à proportion du temps qu'on s'y est arrêté, et qu'on a été négligent à y renoncer. Si on la reçoit avec plaisir, et qu'on la recherche avec joie, qu'on s'n entretienne avec conqilaisance,

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qu'on s'y délecte volontairement, et qu'on y consente de propos délibéré, ou qu'on s'expose évidemment au danger d'y consentir; c'est un péché mortel, si le consentement est véritable, et si la chose est d'elle-même péché mortel. Ce péché se nomme délectation morose ou affectée. Mais si le consentement n'est pas entier, la chose serait-elle de grande conséquence, ou si la chose n'est pas de grande conséquence, le consentement qu'on donne au plaisir d'y penser serait-il parfait, ce n'est que péché véniel. Enfin si, non seulement on consent à la mauvaise pensée, mais qu'on forme aussi le désir ou la résolution de l'exécuter extérieurement, si l'occasion s'en présentait, ou si on ne craignait les suites : c'est à plus forte raison un péché mortel.

La délectation morose est le grand écueil des scrupuleux. Us craignent presque toujours d'avoir consenti aux mauvaises pensées et au plaisir. Mais, le plus souvent, ce n'est que l'ctTet de leur imagination, qui prévient et trahit leur raison, et qui leur représente connue volontaire ce qui est très involontaire. Car ils éprouvent de la peine d'être sujets à ces mauvaises pensées, ils désirent de tout leur cœur d'en être délivrés, et ils voudraient plutôt mourir que de consentir volontairement à un péché mortel.

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C'est de ces scrupuleux \('iilahlement pieux cl timorés que doit s'entendre celle règle des bons casuisles : cpio lorsqu'ils doutent d'avoir omis quehjuc chose dans leurs confessions, ou de n'avoir pas dit quelque psaume de leur oiricc, ou d'avoir consenti aux mauvaises pensées, ou de n'avoir pas rejeté les distractions pendant leurs prières, on peut présumer qu'ils se sont sullisamment confessés, qu'ils ont assez bien dit leur office et qu'ils n'ont pas consenti aux mauvaises pensées, ni aux tenlalions, ni aux distractions; mais seulement ont eu peut-être de la négligence à les rejeter assez tôt, à moins qu il n'y ait une évidence du ronsenicment. Parce que les scrupuleux ayant l'esprit malade et alVaibli touchant la matière de leurs scrupules, ce qui serait dans les autres un véritable doute, n'est en eux qu'ime vaine crainte ; et une suite de leurs scrupules, qui offusquent et troublent leur jugement à proportion qu'ils y réfléchissent.

On ne doit pourtant pas abuser de cette règle. Ceux qui ne sont pas scrupuleux, ou qui, scrupuleux pour des bagatelles, sont entièrement dissipés pour les choses de conséquence, semblables aux Scribes et aux Pharisiens, qui faisaient scrupule de prendre leurs repas sans se laver les mains, et de boire sans passer leur

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boisson, de peur d'avaler un moucheron, et ne faisaient pas difficulté de transgresser les commandements de Dieu, et d'avaler un chameau ' : ceux-là, dis-je, lorsqu'ils ont des doutes, ils doivent croire qu'ils sont réels et véritables, et faire tout leur possible pour en sortir. S'ils sont pressés de faire ou d'omettre quelque chose, ils doivent prendre le parti le plus sûr, ou du moins celui qui est sûr, ou qui est le plus probable, de peur de s'exposer au péché. Et s'il s'agit de scélérats de profession, comme on dit Aulgairement. qui boi\ent l'iniquité comme l'eau; pour ceux-là, lorsqu'ils doutent d'avoir consenti aux mauvaises pensées, on doit très souvent présumer qu'ils y ont véritablement consenti, à cause de l'habitude et de la grande facilité qu'ils ont contractée de se délecter intérieurement dans les tentations, au lieu de les rejeter.

Mais je reviens aux scrupuleux, qui ont un sincère désir de faire le bien, et une Aéritable crainte d'offenser Dieu.

Le remède le plus général et le plus efficace contre toutes sortes de scrupules, c'est de s'en rapporter entièrement au sentiment de son supérieur, ou de son confesseur, ou dun homme

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