‹ Traité de la véritable oraisonChapitre 69 sur 129 · I. I^s. i.wii · texte numérisé non relu

I. I^s. i.wii

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M':iUtVBLE ORAISON II- I 2

sa cour aux princes de ce monde, et bien employer son temps, sans leur parler beaucoup ; il suffit quelquefois de se tenir en silence et avec respect en leur présence, pour leur témoigner qu'on est toujours prêt à recevoir leurs ordres, et à les exécuter avec fidélité. Ne croyez pas non plus avoir perdu la foi, l'espérance, la charité, et les autres vertus, lorsque vous ne sentez plus leurs opérations. Un pupille n'a point perdu le domaine de son bien, et il en est toujours le maître, dans le temps même qu'il n'en a pas l'usage.

On fait donc une très bonne oraison lorsqu'on est avec resj^ect en la présence de Dieu, voulant s'humilier, s'anéantir, et s'abandonner à sa volonté, l'adorer, l'aimer, le louer, le bénir, quoiqu'on ne sente ni la présence de Dieu, ni les affections d'humilité, d'anéantissement, d'abandon, d'adoration, d'amour, etc. Il suffit de vouloir véritablement faire tout cela, pour le faire en effet. Car la volonté a cet avantage, que lorsque l'entendement lui a présenté quelque objet, elle exerce ses opérations indépendamment des autres puissances de l'âme et du corps ; et qu'elle les exerce sans les sentir, à cause de sa grande spiritualité. Pour aimer, il suffit de le bien vouloir.

Si la tentation se joint à l'état de sécheresse, de

Ll.S KTATS DOlUlSdN \'J{J

sorti' c[iie \(nis vous Iroiivicz roinpli de mille lanlôincs, quolquclois iiiônie |)ou lioniièlos : nv (|iiitl(v jioiut non plus roraisoii, vl ne vous en Irouhlez pas ilavaulay;(' ; mais lumiiliez-vous tlexant Dieu Ir plus que vous pourrez et abandonnez- Nous à sa sainte volonté. Api es avoir renoncé à la tentation, et au péclié qui pourrait lui avoir donné occasion, ou qui [)ourrait s'ensuivre, diteslui au fond du cœur : O mon Dieu ! je ne suis de moi-même que misère, que faiblesse, que péclié et qu'abomination ; je ne mérite que les enfers pour mes fautes et infidélités. Mais, mon Dieu, je me confie en vous, et en mon Sauveur Jésus-Christ ; je m'abandonne à vous : soyez ma force et mon soutien, et ne permettez pas que je vous oflense. J'accepte toutes les peines que j'en ressens, pour me conformer à votre sainte volonté, et pour faire pénitence de mes péchés.

Dieu prend plaisir à voir une âme ainsi humiliée, contrite et abandonnée, au milieu de toutes ces grandes peines. 11 la console souvent au fond du cœur ; il l'en délivre quelquefois entièrement, et toujours il la soutient. Un jour que sainte Catherine de Sienne était dans un semblable état, après que ses sécheresses et ses tentations furent un peu passées, elle dit à Dieu : a 0 mon Dieu ! où étiez-vous durant tout ce temps.

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où j'étais remplie de tentations si horribles et si importunes? » Et Dieu lui répondit intérieurement : « Ma fdle, j'étais pour lors au dedans de toi ; je permettais ces tentations, et je te soutenais pour te faire combattre et triompher généreusement. »

Je finis cette lettre avec cet exemple, qui doit vous consoler quand vous serez dans quelque semblable état. Je suis...

Lettre XI

comment il faut se comporter ^^^^f^^^^-'^'^^^lll recueilli, et uni à Dieu dans 1 oraison, sans -iouvoir raisonner.

Mon très cher frère,

J'achève de répondre aux demandes que vous m'avez faites touchant ce qui s'est passe dans votre intérieur pendant votre absence de ce pays

Vous avez craint de tomber dans 1 dlusion et dans l'oisiveté durant votre oraison, parce que vous n'y raisonniez plus, et que vous vous sen-

Li;S KIATS nOiUlSON 18 l

li(v, s()ii\(Mil Idil iccncilli, cl loil imi à Dieu, nttn seulement clans rdiaisoii. luiiis aussi liors <I(î Il (raison.

Vous avez raison do naindie Ittujtdu's les ruses du démon, et la sublililé de votre amour-propre ; et de vous délier de vous-même. Mais vous devez espérer encore davantage en Dieu, vous confier à sa grande miséricorde, et aux mérites de Jésus ; et par ce moyen, vous rassurer. 11 y a une véritable oraison, qu'on appelle d'union avec Dieu, de recueillement intérieur, do quiétude, de simple jirésence, qui peut ofrc sans illusion, et sans t)isiveté. Tout consiste à |)résent à bien connaître le véritable attrait de Dieu, et à le suivre fidèlement.

Lors donc que dès le commencement tle votre oraison, ou en y allant, ou même avant le temps de la faire, vous vous sente/, fort recueilli intérieurement, et uni à Dieu, ou fortement occupé de quelque bonne pensée ou dune sainte aflection ; c'est une marque que Dieu vous attire à l'oraison d'union et de recueillement, ou de contemplation, si vous ne pouvez pas méditer. Ainsi je vous conseille, si vous ne pouvez discourir et raisonner, de ne point vous troubler, et même de ne pas faire trop d'elîort pour méditer. Vous gâteriez par-là l'œuvre de Dieu. L'union de Aotrc

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àme avec Dieu est la fin de l'oraison, et la méditation le chemin pour y arriver. Or quand on a la fin qu'on se propose, il ne faut pas la quitter pour prendre les moyens qui y conduisent.

Demeurez donc uni et recueilli en Dieu, en sa sainte présence. Ce n'est plus le temps de parler à Dieu ; mais il veut que vous l'écoutiez à votre tour, dans un grand recueillement. Jouissez de ce recueillement, et de la paix et du calme qu'il opère dans votre cœur. Ne faites pas trop d'effort pour multiplier les actes des puissances de votre àme, de peur qu'en les exerçant elles ne troublent votre repos intérieur, Dieu veut lui-même remplir et occuper tout votre cœur ; et il ne vous demande ni les raisonnements de votre entendement, ni les efforts de votre mémoire et de votre imagination.

0 qu'il est doux et agréable, mon cher frère, de se reposer ainsi entre les bras du cher Epoux de nos âmes ! Dilcctiis meus mihi, intcr Libcra mea commorabitur ' .

Ce recueillement intérieur peut arriver en plusieurs manières.

Quelquefois une sérieuse réflexion qu'on aura faite durant sa lecture spirituelle unira tout d'un

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