‹ Traité de la véritable oraisonChapitre 78 sur 129 · I Cor. XI · texte numérisé non relu

I Cor. XI

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solitude où je suis : c'est la volonté de Dieu, et je ne vous en dis pas davantage. Les derniers avis que je vous donne, sont : de bien aimer Dieu, de aous bien mortifier, et d'être bien humble; et Dieu vous préservera d'illusion.

Lorsqu'on aime bien Dieu, il est aisé d'être mii à lui dans l'oraison : car quand on estime beaucoup et qu'on aime fortement quelque objet, on en est souvent occupé d'esprit et de cœur, de jour et de nuit. Mais si vous aimez bien Dieu, vous vous mortifierez beaucoup : car pour aimer Dieu, il faut se haïr soi-même ; et à mesure qu'on renonce à soi-même par une entière mortification, on s'approche de Dieu par le pur amour. Si vous êtes bien mortifié, vous serez bien humble : car la véritable mortification consiste non seulement à mater le corps par des pénitences extérieures, proportionnées aux forces, et à refuser aux sens toute sorte de plaisirs, sans une juste nécessité, ou une pieuse utilité ; mais aussi à réprimer toutes les passions, et surtout à combattre son amour-propre et le fonds d'orgueil et de vanité qui naît avec nous, et qui n'expire entièrement qu'avec nous. Enfin si vous êtes humble, Dieu vous préservera de toute illusion : car il a dit que son Esprit, qui est un Esprit de vérité, habiterait sur les humbles.

Mais je reviens à Noire lellre. Nous ni'(''(Mivcz que les puissances de nt»lre ànie sont quel- (|iiefois suspendues durant notre oraison.

11 vous semble bien que ces puissances sont suspendues, anéanties, et sans acte ; ntais elli^s ne le sont |)as en ellet. Quoi(pie. dans ces beureu\ monionts, vous ne sentie/ pas leurs opérations, elles opèrent pourtant réellement. L'esprit connaît, et le cnnu- aime ; mais ces opérations sont si spirituelles, si délicates et si parfaites. qu'elles deviennent en quelque manière insensibles, comme Dieu est en lui-même un Esprit qui surpasse tout sentiment. La contemplation la plus sublime qu'on puisse avoir dans cette vie, est celle qu'eut saint Paul, lorsque dans le fort de son oraison il fut ravi dans le troisième ciel *, où saint Augustin et saint Tbonias disent qu'il vit l'Essence de Dieu - ; cependant ses puissances ne furent point entièrement suspendues : car il dit lui-même que son entendement connut des mystères inelTables.

Lors donc que quelques mystiques disent que durant l'oraison les puissances sont quelquefois

T. II rior. XII, o.

•>.. s. Aug. Epist. iio, c. i,") : D. Tliom. ?..•>, q. 17."), a. 1^.

suspendues, ils ne parlent que de certains actes imparfaits, grossiers, empressés, aperçus, réfléchis, et sensibles qui cessent quelquefois durant l'oraison.

Cette union intime, qui se fait durant cette espèce de suspension et de transformation, ne dure pas toujours. C'est un état trop élevé pour y ])ouvoir demeurer longtemps. Dieu y élève quand il lui plaît, et (juelquefois dans le lieu et dans le temps qu'on y pense le moins ; mais on est souvent obligé d'en descendre, pour s'occuper aux prières vocales accoutumées, et à la méditation ordinaire des perfections de Dieu en particulier, de ses bienfaits, des Personnes divines, de Jésus-Christ, et des autres sujets d'oraison.

L'épouse des Cantiques, qui dans un sens véritable était la figure d'une âme parfaitement unie à Dieu, ne dormait pas toujours entre les bras de son divin Epoux ; elle était quelquefois obligée de faire des efforts et des actes de propre industrie pour le chercher, lorsqu'il s'était écarté ; et pour l'embrasser de nouveau en paix et en silence, après l'avoir retrouvé ^.

Pour ce qui est des prières vocales, dont vous me parlez, dans quelques épreuves que l'on soit, '

i. Gant. m.

T.l-S KT.VTS d'ohMSON TOS

fl dans (ni(|(|no union où Ion so Ironvc, il ne laul jamais onicllic les prirics qni sont d'obli^alion. ([uoi(ju"on ressente tic yraniles peines en les (lisant. Dieu laisse toujours assez de liberté pnin- faire ce qui est de précepte. Si les voies les plus sublimes et les plus extraordinaires sont au-dessus des voies ordinaires, elles ne leur sont pourtant pas contraires, et elles ne les détruisent pas en ce qui est des commandements de Dieu, de l'Eglise, et des supérieurs ; mais elles les perfectionnent.

Vous pouvez et vous devez faire avec toute la docilité possible ce que votre confesseur vous ordonnera touchant les prières vocales qui ne sont point de commandement, mais de simple dévotion. A la fin de vos oraisons, faites toujours quelque demande particulière à Dieu par Jésus- Cb.rist.

Dans l'oraison d'union et passive, l'àme reçoit dilTércntes impressions intérieures de la grâce, selon les dilTérents degrés d'oraison. Pour cela on lui donne différents noms, comme, de vol, de quiétude, d'élévation, de recueillement, de transformation, de silence, de conformité, d'uniformité, de déiformité, de suspension, etc.

Prenez garde de ne poini profaner ces beaux noms, en les appliquant à une certaine indévo-

OO'i DF. LA. VKmTATîLF OP. VISON

tion. stupidité, et pesanteur de corps et d'esprit; à un certain étourdissement et engourdissement des puissances de l'àme, oii on se trouve quelquefois à l'oraison. Ce n'est pas pour lors le temps de jouir de l'union et de la présence de Dieu ; mais de s'humilier en sa présence. Je vous souhaite la véritable et parfaite union de cœur et d'esprit avec Dieu dans vos oraisons.

Adieu, mon très cher frère, je me recommande à vos prières. En quelque endroit que j'aille, je me souviendrai de vous devanl le Seigneur. Je serai à jamais...

LETTnn Xn

Ce qu'on doit penser des voix intérieures et extérieures qu'on entend quelquefois à l'oraison; et des visions, des ravissements et des extases qui arrivent à certaines personnes dans l'oraison, et hors de l'oraison.

Mon très cher frère.

J'étais sur le point de partir, lorsque j'ai reçu voire lettre. J'ai tout suspendu pour vous ré-

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