‹ Traité de la véritable oraisonChapitre 86 sur 129 · Job. V · texte numérisé non relu

Job. V

LES KTVTS DOUVISON 22^

saint désir, et dans cpllo sainle disposition de lui plaiie. Poussez de temps en temps, du fond du C(iMu% quelques élans vers Dieu, par des oraisons jaculatoires et des aspirations courtes, mais ^iYes. Saint Grégoire de Nazianze et saint V'rançois de Sales disent que ces sortes d'aspirations devraient être aussi fréquentes que la respiration.

Enfin, lorsque vous finissez votre travail, remerciez Dieu du temps qu'il vous a donné pour vous y employer ; et demandez-lui pardon des fautes et des négligences que vous y avez commises.

Cassien rapporte que les anciens moines, pendant leur travail, prononçaient de temps en temps quelques sentences courtes et tendres, tirées delEcriture sainte, et surtout quelques versets des psaumes, afin de se tenir unis à Dieu.

Imitez leur exemple, et continuez votre louable coutume de lire chaque jour quelque chapitre de la sainle Bible. Lisez-la avec un esprit d'adoration, puisque toutes les paroles ont été inspirées de Dieu aux écrivains sacrés. C'est une source abondante de lumières pour l'esprit, et dalïections amoureuses pour le cœur. C'est pourquoi tous les saints Pères l'ont extrêmement recommandée.

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Lisez attentivement et doucement, afin que le cœur ait le temps d'être touché, tandis que l'esprit est éclairé. Suspende/ même pour quelques moments la lecture lorsque votre cœur en sera touché, et pénétré de crainte, de confiance, de contrition, d'amour, de joie, d'admiration. Dieu parle à votre cœur pendant ces heureux moments ; et votre cœur à son tour parlera à Dieu durant l'oraison.

En travaillant, on marchant, et en vous reposant, repasse/ doucement et sans elTort dans votre esprit et dans votre cœur cjuelque passage de l'Ecriture sainte ; ou occupez-vous de la présence de Dieu qui vous environne, et qui vous pénètre intimement : ou pensez à quelques points de la vie, de la mort et de la gloire do Jésus-Christ, qui sont renfermés dans les quinze mystères du Rosaire de la très sainte Vierge.

Si vous avez soin de vous occuper ainsi intérieurement dans vos emplois extérieurs, au lieu de vous dissiper et détourner de l'oraison, ils vous aideront à la mieux faire. A ous serez même dans une espèce d'oraison continuelle. Je vous le souhaite de tout mon cœur.

Mais j'oubliais de vous parler de vos maladies. Elles ne sont pas non plus un obstacle à l'oraison. Il est vrai, tandis que vous êtes alité, et

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alors iiirino (juo vous ("-los inconiniodr, vous no pouvez pas faire votre oraison à la manière ordinaire, à genoux, pendant longtemps. Mais vous devez souffrir vos inconmiodités en esprit doraison. et d'une manière (jui supplée à la longueur de l'oraison, en produisant de temps en temps ]ilusieurs élévations du cœur et de l'esprit vers Dieu. Tantôt laites des actes de conformité, de résignation et d'abandon à la volonté de Dieu, qui permet que vous soyez en cet état pour sa gloire et pour votre bien. Tant('it jiratiquez la patience, la douceur et l'humilité : souffrant en paix tout ce qui vous arrive, sans vous inquiéter, ni en vous-même, ni contre ceux qui vous servent, lorsqu'ils manquent à leur devoir. Tantôt pratiquez l'obéissance, acceptant avec remercînicnt et reconnaissance la nourriture qu'on vous donne, et ne refusant aucun des remèdes qu'on vous présente. Tantôt bénissez, louez et remerciez Dieu de ce qu'il vous donne occasion de vous détacher de la créature, pour vous attacher à lui ; de satisfaire en ce monde à sa justice pour vos péchés ; de vous délivrer par ce moven des peines terribles du purgatoire, et de mériter une grande gloire dans le ciel, dont les maladies, les afflictions, les douleurs et les croix sont une sainte semence. Tantôt, pratiquez la mortifica-

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a.'îG DE L\ VÉHIïAnLE OU VISON

tien, la pauvreté et la pénitence ; ne recherchant ]ioint avec inquiétude, chagrin et murmure, ni avec trop d'empressement, les petits soulagements et les légers plaisirs d'une nature sensuelle ; mais vous contentant de ceux qu'on vous donne, ou demandant les autres avec douceur et humilité, et les attendant avec patience. Considérez l'obligation que vous avez de faire pénitence en tout temps pour expier vos péchés ; et combien d'autres malades, qui valent mieux que vous, n'ont pas tant de secours, et quelquefois manquent de tout. 0 mon Jésus ! vous expirâtes sur la croix sans pouvoir obtenir un seul verre d'eau, pour apaiser la soif ardente qui vous dévorait.

Mon très cher frère, ayez soin surtout d'unir très souvent vos douleurs avec les souilrances de notre Sauveur Jésus-Christ, et de penser à sa passion. De temps en temps jetez quelques tendres regards sur votre crucifix. Faites au fond du cœur, et quelquefois de bouche, quelques actes d'amour, de foi, d'espérance, de contrition, d'offrande, de demande, etc. Acceptez par avance, en esprit de pénitence, la prochaine destruction de votre corps. Abandonnez- vous entièrement entre les mains de Dieu, soit pour la santé, ou la maladie : soit pour la mort, ou la Aie. Invo-

LKS l'iTVTS d'oumson 0,0'-

([liez souvent la (ivs sainte Vierge, votre ange Liarilien, \otre saint patron, et les autres saints à i|iii vous avez dévotion.

Si vous avez soin de souiïrir votre maladie de cette manière, elle vous tiendra lieu d'ime bonne et longue oraison ; et lorsque Dieu achèvera de vous rendre la santé, vous serez mieux disposé à reprendre voire première manière de l'aire cet exercice. Ces élévations du cœur, ces courtes aspirations, ces actes de vertu, ne fatiguent point l'esprit, et sont d'un grand mérite devant Dieu.

Donc, mon très cher frère, continuez de faire oraison, pendant tout le temps qu'il vous est permis d'y vaquer. Mais ne quittez point l'étude, ni le travail, ni les autres emplois que l'obéissance vous impose, sous prétexte de faire plus d'oraison. Je crains que le désir que vous avez de quitter tout cela, ne soit une tentation. Ce peut être aussi une suite de votre manière de faire oraison : car lorsqu'on a passé quelque temps dans l'oraison d'union, on sent quelquefois un certain je ne sais quoi, qui donne du dégoût pour toute chose : que ce soit un reste du recueillement qui a précédé ; ou une recherche de la nature, qui se plaît dans le repos et dans l'inaction ; ou encore une ruse du démon, qui voulant imiter en quelque manière ce que Dieu fait en vous dans votre

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oraison, vous cause celte espèce de recueillemenl. pour vous faire tomber ensuite dans l'oisiveté el l'illusion.

Mais quoi qu'il en soit, je vous conseille de vous occuper à tout ce que l'obéissance demandera de vous. Il est sûr que Dieu veut que vous ^ fassiez tout ce que l'obéissance vous impose ; mais il n'est pas sûr, au contraire il est très dangereux de suivre le désir que vous sente/ de ne point le faire. Il ne faut pas croire à toute? les inspirations, mais il faut les examiner pour connaître celles qui viennent de Dieu : Prohate spiritas, si ex Deo sint '. Secoue/ donc cet assoupissement et cet engourdissement où vos puissances se trouvent quelquefois ; et faites quelque effort pour cela, en vous appliquant avec ferveur et avec joie à tout ce que l'obéissance vous demande, quelque repu gnance que vous y sentie/ intérieurement.

Quant aux autres peines dont vous me parle: dans votre lettre, je n'ai rien à vous dire pour lé' présent ; je me souviens vous avoir instruit autrefois sur ce sujet. Quand une fois on a reçu quelques avis touchaTit quelques peines intérieures, il faut ensuite demeurer en paix, et attendre avec patience que Dieu les dissipe, et qu'il console

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