Epit, aux Galat, 1, 10, et ailleurs
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A LA SAINTE VIERGE. 5t
démon, ou qu'ils soient esclaves de Jésus- Christ.
Ce que je dis absolument de Jésus-Christ, je le dis relativement de la sainte Vierge. Jésus- Christ, l'ayant choisie pour la compagne indissoluble de sa vie, de sa mort, de sa gloire et de sa puissance au Ciel et sur Ja terre, lui à donné par grâce, relativement à 8: Majesté, tous les mêmes droits et privilèges qu’il pos-
sède par nature : Quidquid Deo convenit per naturam, Mariæ convenit per gratiam..…‘ Tout ce qui convient à Dieu par nature, convient à Marie par grâce ” disent les Saints : en sorte que, selon eux, n'ayant tous deux que la même volonté et la même puissance, ils ont tous deux les mêmes sujets, serviteurs et esclaves.
On peut donc, suivant les sentiments des Saints et de plusieurs grands hommes, se dire et se faire l’esclave de la très sainte Vierge, afin d'être par là plus parfaitement l’escl: ave de Jésus-Christ. La sainte Vierge est le moyen dont Notre-Seigneur s’est servi pour venir à nous ; c’est aussi le moyen dont nous devons nous servir pour aller à lui. Marie n’est pas comme les autres créatures, lesquelles, si nous nous y attachions pourraient plutôt nous éloigner de Dieu que nous en approcher ; la plus forte inclination de Marie est de nous unir à Jésus-Christ, son Fils ; et la plus forte
inclination du Fils est qu’on vienne à lui par
sa sainte mère ; et c’est lui faire honneur et 1 plaisir que d'en agir ainsi, comme ce serait j faire honneur et plaisir à un roi, si, pour ÿ devenir plus parfaitement son sujet et son FL esclave, on se faisait esclave de la reine, C’est 4 pourquoi les saints Pères et saint Bonaven- 4 ture après eux, disent que la sainte Vierge est À le chemin pour aller à Notre-Seigneur : Via # veniendi ad Christum est appropinquare ad 4 illam. À
De plus, si, comme j'ai dit, la sainte Vierge { est la reine et souveraine du Ciel et de la terre : ï Imperio Dei omnia subjiciuntur et Virgo ; ecce À imperio Virginis omnia subjiciuntur et Deus, ii disent saint Anselme, saint Bernard, saint M Bernardin, saint Bonaventure, n’a-t-elle pas 4
autant de sujets et d'esclaves qu'il y à de créatures ? Mais n'est-il pas raisonnable que, parmi tant d'esclaves de contrainte, il y enait 14 d'amour, qui, de plein gré, choisissent, en qualité d'esclaves, Marie pour leur Souveraine ? Quoi! les hommes et les démons au- M$ raient leurs esclaves volontaires, et Maric n'en M aurait point ? Quoi ! un roi tiendra à honneur M que la reine, sa compagne, ait des esclaves sur M qui elle ait droit de vie et dc mort, parce que l'honneur et la puissance de l’un est l'honneur Mi et la puissance de l’autre; et l’on pourrait fs croire que Notre-Seigneur, qui, comme le
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meilleur de tous les fils, a fait part de toute sa puissance à sa sainte Mère, trouve mauvais qu'elle ait des esclaves ? A-t-il moins de res, pect et d'amour pour sa Mère que Assuérus pour Esther, et que Salomon pour Bethsahée ?
Qui oserait le dire et même le penser ?
Mais où est-ce que ma plume me conduit ?
Pourquoi m’arrêter ici à prouver une chose si visible ? Si l’on ne veut pas qu'on se dise esclave de la sainte Vierge, qu'importe! Qu'on se fasse et qu'on se dise esclave de Jésus-Chr ist, c’est l’être de Ia sainte Vierge, puisque Jésus est le fruit et la gloire de Marie. C’est ce qu'on
fait parfaitement par la dévotion dont nous parlerons dans la suite.
Troisième vérité. Nos meilleuresactions sont ordinairement souillées et corrompues par le mauvais fonds qui est en nous. Quand on met de l’eau nette et claire dans un vaisseau qui sent mauvais, ou du vin dans un tonneau dont l’intérieur est gâté par un autre vin qu’on y à mis, l’eau claire et le bon vin sont gâtés et en prennent aisément la mauvaise odeur. De même, ‘quand Dieu met dans le vaisseau de notre âme, gâtée par le péché originel et actuel, ses grâces et rosées célestes ou le vin délicieux de son amour, ses dons sont ordinairement gâtés et t souillés par le mauvais levain et le mauvais fonds que le péché a laissés en nous ; nos actions, celles même des vertus les
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plus sublimes s'en ressentent. Il est donc d'une très grande importance, pour acquérir la perfection, qui ne s'acquiert que par l'union à Jésus-Christ, de nous vider de ce qu'il y a de mauvais en nous : autrement, Notre-Seigneur, qui est infiniment pur, et hait infiniment la moindre souillure dans l’âme, nous rejettera de devant ses yeux et ne s’unira point à nous.
Pour nous vider de nous-mêmes, il faut :
1° bien connaître, par {a lumière du Saint- Esprit, notre mauvais fonds, notre incapacité à tout bien utile au salut, notre faiblesse en toute: choses, notre inconstance en tout temps, notre indignité de toute grâce, et notre iniquité en tout licu. Le péché de notre premier père nous a tous gâtés, aigris, élevés et corrompus, comme le levain aigrit, élève et corrompt la pâte où il est mis. Les péchés actucls que nous avons commis, soit mortels, soit véniels, quelque pardonnés qu'ils soient, ont augmenté notre concupiscence, notre faiblesse, notre inconstance et notre corruption, et ont laissé de mauvais restes dans notre àme. Nos corps sont si corrompus, qu'ils sont appelés par le Saint-Esprit corps de péché, conçus dans le péché, nourris dans le péché et capables de tout péché, corps sujets à mille et mille maladies, qui se corrompent de jour en jour, et qui n'engendrent que de la vermine et de la corruption.
Notre âme, unie à notre corps, est devenue si charnelle, qu’elle est appelée chair: Toute chair ayant corrompu sa voie. (1) Nous n'avons pour partage que l’orgueil et l’aveuglement dans l'esprit, l'endurcissement dans le cœur, la faiblesse et l’inconstance dans l'âme, la concupiscence, les passions révoltées et les maladies dans le corps. Nous sommes naturellement plus orgueilleux que les paons, plus attachés à la terre que les cr apauds, plus vilains que des boucs, plus envieux que des serpents, plus gourmands que des pourceaux, plus colères que des tigres et plus paresseux que des tortues, plus faibles que des roseaux, ct plus inconstants que des girouettes. Nous n'avons dans notre fonds que le néant et le péché, et ne méritons que l'ire de Dieu et l'enfer éternel.
Après cela, faut-il s'étonner si Notre-Seigneur à dit que celui qui voulait le suivre devait renoncer à soi-même et haïr son âme ; que celui qui aimerait son âme la perdre ait, et que celui qui la haïrait la sauverait (2) ? Cette Sages:e infinie, qui ne donne pas de commandements sans raison, ne nous ordonne de nous haïr nous-mêmes que parce que nous sommes grandement dignes de haine ; rien de si digne
(1) Genèse vi, 12.
(2?) S. Jean, XII, 25.
d'amour que Dieu, rien de si digne de haine que nous-mêmes,
2° Pour nous vider de nous-mêmes, il faut tous les jours mourir à nous-mêmes c'est-àdire qu'il faut renoncer aux opérations des puissances de notre âme et des sens de notre corps, qu'il faut voir comme si on ne voyait point, entendre comme si on n'entendait point, se servir des choses de ce monde comme si on ne s'en servait point, ce que saint Paul appelle mourir tous les jours : Quotidie morior (1). Si le grain de froment tombant en terre ne meurt, il demeure seul et ne produit point de fruit qui soit bon: ÆMisi granum frumenti cadens in terram mortuum fuerit, ipsum solum manet (1). Si nous ne mourons x nous-mêmes, et si nos dévotions les plus saintes ne nous portené à cette mort nécessaire et féconde, nous ne porterons point de fruit qui vaille, et nos dévotions nous deviendront inutiles ; toutes nos justices seront souillées par notre amour-propre et notre propre volonté, ce qui fera que Dieu aura en abomination les plus grands sacrifices et les meilleures actions que nous puissions faire ; qu'à notre mort nous nous trouverons les mains vides de vertus et de mérites, et que nous n'aurons pas une étincelle du pur amour, qui n’est commmuniqué qu'aux ârhes mortes à