II. Motifs de cette parfaite consécration
Premier motif, qui nous montre l'excellence de cette consécration de soi-même à Jésus- Christ par les mains de Marie.
Si l’on ne peut concevoir sur la terre d'emploi plus relevé que lo service de Dieu ; si le moindre serviteur de Dieu est plus riche, plus puissant et plus noble que tous les rois et les empereurs de la terre, à moins qu'ils ne servent Dieu fidèlement eux-mêmes, quelles sont les richesses, la puissance et la dignité du fidèle et parfait Chrétien, qui sera dévoué
au service de Dieu, entièrement et sans réserve autant qu'il le peut être! Tel est un fidèle et amoureux esclave de Jésus en Marie, qui
s'est donné tout entier au service de ce Roi des rois, par les mains de sa sainte Mère qui n’a rien réservé pour lui-même ; tout l'or de la terre et les beautés des cieux ne peuvent pas le payer.
Les autres congrégi ations, associations et confréries érigées en l'honneur de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, qui produisent de si grands biens dans le christianisme, ne font pas donner tout sans réserve ; elles ne prescrivent à leurs associés que certaines œuvres ct certaires pratiques pour satisfaire à leurs obligations ; elles les laissent libres pour toutes les autres actions et les autres temps de leur vie; mais cette dévotion fait que le fidèle esclave donne sans réserve à Jésus et à Marie toutes ses pensées, paroles, actions et souffrances de tous les temps de sa vie: en sorte que, soit qu’il veille ou qu'il dorme, soit qu'il boive ou qu’il mange, soit qu ‘il fasse les actions les plus grandes, soit qu'il fasse les plus petites, il est toujours vrai de dire que ce qu'il fait, sans qu'il y pense, est à Jésus et à Marie en vertu de son offrande, à moins qu'il ne l'ait expressément rétractée. Quelle consolation !
Il n’y a aucune autre pratique par laquelle on se défasse facilement de cet esprit de pro:
Éser ve fidèle ie, qui ce Roi re qui or de cuvent
ons et re-Seisent de ne font e presœuvres à leurs ‘toutes de leur
fidèle \ Marie t souf-
sorte it qu'il les aces plus ce qu'il \ Marie ne l'ait lation !
laquelle de pro:
priété, qui se glisse imperceptiblement dans les meilleures actions ; et notre bon Jésus donne cette grande grâce en récompense de l'action héroïque et désintéressée qu'on a faite en lui remettant, par les mains de sa sainte Mère, toute la valeur de ses bonnes œuvres, S'il donne le centuple, en ce monde, à ceux qui, pour son amour, quittent les biens extérieurs, temporels et périssables, quel centuple donnera-t-il à celui qui lui sacrifiera même ses biens intérieurs et spirituels !
Jésus, notre grand ami, s’est donné à nous sans réserve, corps et âme, vertus, grâces et mérites : Se toto totum me comparavit, dit saint Bernard : ‘Il ma gagné tout entier en se donnant tout entier à moi ” ; n’est-il pasde la justice et de la reconnaissance que nous lui donnions tout ce que naus pourrons lui donner ? Il a été libéral envers nous le premier ; soyons-le en retour, et il sera pour nous, pendant notre vie, à notre mort et dans toute l'éternité, encore plus libéral :
Cum liberali liberalis erit.
Second motif, qui nous montre qu'il est juste en soi-même, et avantageux aux Chrétiens de se consacrer tout entiers à la très sainte Vierge, afin de l'être plus parfaitement à Jésus-Christ.
Ce bon Maître n’a pas dédaigné de se renfermer dans le sein de la sainte Vierge, comme un
captif, un esclave d'amour, et de lui être soumis et obéissant pendant trente années, C'est ici, je le répète, que l'esprit humain se perd, lorsqu'il fait une sérieuse réflexion à cette conduite de la Sagesse incarnée, qui n'a pas voulu, quoiqu'elle le pût faire, se donner directement aux hommes, mais par la très sainte Vierge ; qui n’a pas voulu venir au monde à l’âge d'un homme parfait, indépendant d'autrui, mais comme un pauvre et petitenfant, dépendant des soins et de l’entretien de sa sainte Mère. Cette Sagesse infinie, qui avait un désir immense de glorifier Dieu son Père et de sauver les hommes, n’a point trouvé de moyen plus parfait et plus court pour le faire que de se soumettre en toutes choses à la très sainte Vicrge, non seulement pendant les huit, dix ou quinze première années de sa vie, comme les autres enfants, mais pendant trente ans ; et elle a donné plus de gloire à Dieu son Père, pendant tout ce terups de soumission et de dépendance de la très sainte Vierge, qu'elle ne lui en eût donné en employant ces trente ans à faire des prodiges, à prêcher par toute la terre, à convertir tous les hommes, le Père céleste l'ayant ainsi réglé : Quæ placita sunt ei facio semper (1). Oh ! oh ! qu'on glorifie hautement Dieu en se soumettant à Marie, à l’exemple de Jésus!