‹ Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge [microforme]Chapitre 31 sur 49 · S. Jean, VIILI · texte numérisé non relu

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À LA SAINTÉ VIERGE. 95

Ayant devant nos yeux un exemple si visible et si connn de tout le monde, serionsnous assez insensés que d'espérer trouver un moyen plus parfait et plus court de glorifier Dieu, que celui de se soumettre à Marie, à l'exemple de son Fils ?

Qu'on se rappelle ici, pour preuve de la dépendance que nous devons avoir de la très sainte Vierge, ce que j'ai dit ci-dessus, en rapportent l'exemple que nous donnent de cette dépendance le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Le Père n'a donné et ne donne son Fils que par elle, ne se fait des enfants que par elle, et en communique ses grâces que par elle, Dieu le Fils n’a été formé pour tout le monde en général que par elle, n’est formé tous les jours et engendré que par elle ; dans l’union au Saint-Esprit, et ne communique ses mérites et ses vertus que par elle ; le Saint-Esprit n'a formé Jésus-Christ que par elle, ne forme les membres de son corps mystique que par elle, et ne dispense ses dons et ses faveurs que par elle. Après tant ct de si pressants exemples de la très sainte Trinité, pourrions-nous, sans un extrême avéuglement, nous passer de Marie, et ne pas nous consacrer à elle, et dépendre d'elle pour aller à Dieu et pour nous sacrifier à Dieu ?

Voici quelques passages latins des Pères,

que j'ai choisis pour prouver ce que je viens de dire :

# Duo filii Mariæ sunt, homo Deus et homo purus ; unius corporaliter, et alterius spiritualiter Mater est Maria.” (Saint-Bonav. et Origène.)

‘ Hæc est voluntas Dei, qui totum nos voluit habere per Mariam, ac proinde si quid spei, si quid gratiæ, si quid salutis, ab ea noverimus redundare.” (Saint Bernard.)

Omnia dona, virtutes, gratiæ ipsius Spiritûs sancti, quibus vult, et quando vult, quomodo vult, quantum vult, per ipsius manus administrantur.” (Saint Bernardin.)

‘ Qui indignus eras cui daretur, datum est Mariæ, ut per eam acciperes quidquid haberes.” (Saint Bern.)

Dieu, voyant que nous sommes indignes de recevoir ses grâces immédiatement de sa main, dit saint Bernard, les donne à Marie, afin que nous ayons par elle tout ce qu'il veut nous donner ; et il trouve aussi sa gloire à recevoir par les mains de Marie la reconnaissance, le respect et l'amour que nous lui devons pour ses bienfaits. Il est donc très juste que nous imitions cette conduite de Dieu, afin, dit le même saint Bernard, que la grâce retourne à son Auteur par le même canal qu'il nous l’a transmise : Ut eodem alveo ad Largitorem, gratia redeat quo fluxit. C'est ce qu'on fait

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par notre äévotion : on offre et on consacre tout ce qu’on est et tout ce qu’on possède à la très sainte Vierge, afin que Notre-Seigneur reçoive par son entremise la gloire et la reconnaissance qu'on lui doit. On se reconnaît indigne et incapable d'approcher de sa Majesté infinie par soi-même : c’est pourquoi on se sert de l’intercession de la très sainte Vierge.

De plus, c’est une pratique d’une grande humilité, vertu que Dieu aime par-dessus toutes les autres, Une âme qui s'élève abaisse Dieu, une âme qui s’humilie élève Dieu. Dieu résiste aux superbes, et donne sa grâce aux humbles ; si vous vous abuissez, vous croyant indigne de paraître devant lui et de vous approcher de lui, il deseend, il s'abaisse pour venir à vous, pour se complaire en vous, et pour vous élevor malgré vous. Tout au contraire, quand on s'approche hardiment de Dieu, sans médiateur, Dieu s'enfuit, on ne peut l'atteindre., Oh ! qu'ilaimel’humilité du cœur ! C’est à cette humilité qu'engage cette pratique de dévotion, puisqu'elle apprend à n’approcher Jamais par soi-même de Notre-Seineur, quelque doux et miséricordieux qu'il paraisse, mais à se servir toujours de l'intercession de la sainte Vierge, soit pour paraître devant Dieu, pour lui parler ou pour l’approcher, soit pour lui offrir quelque chose, ou pour s'unir et 8e consacrer à l'1i.

Troisième motif. 1° La très sainte Vierge, qui ost une mère de douceur et de miséricorde et, qui ne 8e laisse jamais vaincre en amour et en libéralité, voyant qu'on se donne tout entier à elle pour l’honorer et la servir, en se dépouillant de ce qu'on a de plus cher pour l’en orner, se donne aussi tout entière et d’une manière ineffable à celui qui lui donne tout. Elle le fait s’engloutir dans l’abîme de ses grâces ; elle l’'orne de ses mérites ; elle l’appuie de sa puissance ; elle l’éclaire de sa lumière ; elle l’'embrase de son amour; elle lui communique ses vertus, son humilité, sa foi, sa pureté, etc.; elle se rend sa caution, son supplément, et son cher tout envers Jésus. Enfin, comme cette personne est toute consacrée à Marie, Marie aussi est toute à elle: en sorte qu'on peut dire, de ce parfait serviteur et enfant de Marie, ce que saint Jean l’Evangélisto dit de lui-même, qu'il 4 pris la sainte Vierge pour tous ses biens : Ascepit eam discipulus in sua (1).

C'est ce qui produit dans son âme, s’il reste fidèle, un profond mépris, une grande défiance et haine de soi-même et une pleine confiance et un parfait abandon à la sainte Vierge sa bonne maîtresse. Il ne met plus, comme auparavant, son appui en ses dispositions, intentions, mérites et bonnes œuvres, parce que, en

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