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ayant fait un entier sacrifice à Jésus-Christ par cette bonne Mère, il n’a plus qu'un trésor où sont tous ses biens, et qui n’est plus chez lui, et ce trésor est Marie. C’est ce qui le fait approcher de Notre-Seigneur sans crainte servile ni scrupuleuse, et le prier avec beaucoup de confiance; c’est ce qui le fait entrer dans les sentiments du dévot et savant abbé Rupert, qui, faisant allusion à la victoire que Jacob remporta sur un Ange, dit à la sainte Vierge ces belle paroles : O Marie, ma Princesse, et Mère immaculée d’un Dieu-Homme, Jésus-Christ, je désire lutter avec cet Homme, savoir : ie Verbe divin, armé non pas de mes propres mérites, mais des vôtres : O Domina, Dei Genitrix, Maria, et incorrupta Mater Dei et hominis, non meis, sed tuis armatus meritis, cum isto Virgo, seu Verbo Dei, luctari cupio. (Rup. prolog. in Cantic.} Oh! qu'on est puissant et fort auprès de Jésus-Christ quand on est armé des mérites et de l’intercession d’une digne Mère de Dieu, qui, comme ditsaint Augustin, a amoureusement vaincu le Tout- Puissant ! |
2° Comme, par cette pratique, on donne au Seigneur, par les mains de sa sainte Mère, toutes ses bonnes œuvres, cette bonne Maîtresse les purifie, les embellit, et les fait accepter de son Fils.
1, Elle les purifie de toute souillure d’a
mour-propre et de l’attache imperceptible à la créature, qui se glisse insensiblement dans les meilleures actions. Dès lors qu’elles sont entre ses mains très pures et fécondes, ces mêmes mains, qui n’ont jamais été souillées ni oiseuses, et qui purifient ce qu'elles touchent, ôtent du présent qu'on lui fait tout ce qu'il peut y avoir de gâté ou d’imparfait.
2. Elle les embellit, en les ornant de ses mérites et vertus. C’est comme si un paysan, voulant gagner l'amitié et la bienveillance du roi, allait à la reine et lui présentait une pomme, qui est tout son revenu, afin qu’elle la présentât au roi. La reine, ayant accepté le pauvre petit présent du paysan, mettrait cette pomme au milieu d’un grand et beau plat d'or, et la présenterait ainsi au roi, de la part du paysan ; pour lors la pomme, quoique indigne en elle-même d’être présentée au roi, deviendrait un présent digne de Sa Majesté, eu égard au plat d’or où elle est et à la per-sonne qui la présente.
8. Elle présente ces bonnes œuvres à Jésus- Christ ; car elle ne garde rien pour elle de tout ce qu’on lui offre ;: elle renvoie tout à Jésus fidèlement. Si on lui donne, on donne nécessairement à Jésus ; si on la loue, si on la glorifie, aussitôt elle loue et glorifie Jésus. Maintenant, comme autrefois lorsque sainte Elizabeth la loua, elle chante, quand on la
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Joue et la bénit : Magnificat anima mea Dominum (1).
4. Elle fait accepter de Jésus ces bonnes œuvres, quelque petit et pauvre que soit le présent pour ce saint des saints et ce Roi des rois. Quand on présente quelque chose à Jésus, par soi-même et appuyé sur sa propre industrie et disposition, Jésus examine le présent, et souvent il le rejette à cause de la souillure qu'il contracte par l’amour-propre ; comme autrefois il rejeta les sacrifices des Juifs tout pleins de leur propre volonté. Mais quand on lui présente quelque chose par les mains pures et virginales de sa Mère bien-aimée, on le prend par son faible, s'il m'est permis d'user de ce terme; il ne considère pas tant la chose qu'on lui donne que sa bonne Mère qui la présente ; ilne regarde pas tant d'où vient le présent que celle par qui il vient. Aïnsi Marie, qui n’est jamais rebutée, mais toujours bien reçue de son Fils, fait recevoir agréablement de si Majesté tout ce qu’elle lui présente, petit ou grand : il suffit que Marie le présente, pour que Jésus le reçoive ct l’agrée. C’est le grand conseil que donnait saint Bernard à ceux et à celles qu'il conduisait à la perfection. ‘“ Quand vous voudrez offrir quelque chose à Dieu, ayez soin de l’offrir par les mains très agréables et très dignes de Marie, à moins que
(1) S . Luc, 1, 46.
vous ne vouliez être rejeté” : Modicum quid offerre desideras, manibus Mariæ offerendum tradere cura, si non vis sustinere repulsam.
N'est-ce pas ce que la nature même inspire aux petits à l'égard des grands, comme nous avons vu ? Pourquoi la grâce ne nous porterait-elle pas à faire la même chose à l'égard de Dieu, qui est infiniment élevé au-dessus de nous, et devant lequel nous sommes moins que des atomes ; ayant d’ailleurs une Avocate si puissante, qu’elle n’est jamais refusée ; si industrieuse, qu'elle sait tous les secrets de gagner le cœur de Dieu ; si bonne et si charitable, qu’elle ne rebute personne, quelque petit et méchant qu'il soit.
Je rapporterai ci-après la figure sensible de ce que je dis en ce moment dans l’histoire de Rebecca.
Quatrième motif. Cette dévotion fidèlement pratiquée est un excellent moyen pour que la valeur de toutes nos bonnes œuvres soit employée à la plus grande gloire de Dieu.
Presque personne n’agit pour cette noble fin, quoiqu'on y soit obligé, soit parce qu’on ne connaît pas où est cette plus grande gloire, soit parce qu'on ne la veut pas. Mais la sainte Vierge, à qui l’on a éédé la valeur et le mérite des bonnes œuvres qu’on pourra faire, connaissant très parfaitement où est la plus grande gloire de Dieu, et ne faisant rien que pour lu
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procurer, un parfait serviteur de cette bonne Maîtresse, qui s’est tout entier consacré à elle, peut dire hardiment que la valeur de toutes ses actions, pensées et paroles est employée à la plus grande gloire de Dieu, à moins qu'il ne révoque expressément son offrande. Peut on trouver rien de plus consolant pour une âme qui aime le Seigneur d’un amour pur et sans intérêt, et qui prise plus la gloire et les intérêts de Dieu que les siens propres ?
Cinquième motif. Cette dévotion est un chemin aisé, court, parfait et assuré pour arriver à l'union divine, qui est la perfection du Chrétien.
1° C’est un chemin aisé; c'est un chemin que Jésus-Christ a frayé en venant à nous, et où il n’y à aucun obstacle pour arriver à lui. On peut, à la vérité, arriver à l'union avec Dieu par d’autres chemins ; mais ce sera par beaucoup plus de croix et de morts étranges, et avec beaucoup plus de difficultés, que nous ne vaincrons que très péniblement. Il faudra passer par des nuits obscures, par des combats, des agonies terribles, par-dessus des montagnes escarpées, par-dessus des épines très piquantes et par des déserts affreux. Mais par le chemin de Marie, on marche plus doucement et plus tranquillement, On y trouve encore, à la vérité, de rudes combats à livrer et de grandes diffcultés à vaincre ; mais cette bonne Mère et Maîtresse se rend si proche et si présente à
ses fidèles serviteurs, pour les éclairer dans leurs ténèbres et dans leurs doutes, pour Îles aftermir dans leurs craintes, pour les soutenir dans leurs combats et leurs difficultés, qu’en vérité ce chemin virginal pour trouver Jésus- Christ est un chemin de roses et de miel, comparé aux autres chemins. Il y a eu quelques Saints, mais en petit nombre, comme saint Ephrem, saint Jean Damascène, saint Bernard, saint Bernardin, saint Bonaventure,saint Françgois de Sales, etc., qui ont passé par ce chemin doux pour aller à Jésus Christ, parce que le Saint-Esprit, Époux fidèle de Marie, le leur a montré par une grâce singulière ; mais les autres Saints, qui sont en plus grand nombre, quoiqu'ils aient tous eu de la dévotion à la sainte Vierge, ne sont pas pourtant, ou très peu entrés dans cotte voie. C’est pourquoi ils ont passé par des épreuves plus rudes et plus dangereuses.
D'où vient donc, me diront quelques vrais dévots de Marie, que les serviteurs fidèles de cette bonne Mère ont tant d'occasions de souffrir, et qu'ils souffrent plus en effet, que ceux qui lui sont moins dévoués ? On les contredit, on les persécute, on les calomanie, on ne les peut souffrir ; ou bien, ils marchent dans des ténèbres intéricures et dans des déserts où il n'y a pas la moindre goutte de rosée du ciel ; si cette dévotion à la sainte Vierge rend le che-
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min pour trouver Jésus-Christ plus aisé, d'où vient qu'ils sont les plus méprisés ? Je réponds que les plus fidèlesserviteurs de la sainte Vierge étant ses plus grands favoris, il est bien vrai qu’ils reçoivent d'elle les plus grandes grâces et faveurs du Ciel, qui sont les croix ; mais je soutiens que ce sont aussi les serviteurs de Marie qui portent ces croix avec plus de facilité, de mérite et de gloire ; et que ce qui arr8terait mille fois un autre ou le ferait tomber, ne les arrêté pas une fois et les fait avancer, parce que cette bonne Mère, toute pleine de grâces et de l’onction du Saint- Esprit, confit toutes ces croix qu'elle leur taille, dans le sucre de sa douceur maternelle et dans l’onction du pur amour : en sorte qu'ils les avalent joyeusement comme des noix confites, quoiqu’elles soient d’elles-mêmes très amères. Et
Je crois qu'une personne qui veut être dévote
et vivre pieusement en Jésus-Christ, et par conséquent souffrir persécuticn et porter tous les jours sa croix, ne portera jamais de grandes croix, où ne les portera pas joyeusement ni
jusqu’à la fin, sans unc tendre dévotion à la
sainte Vierge, qui est la confiture des croix : tout de même qu’une personne ne pourra pas manger sans une grande violence, qui ne ser:
pas durable, des noix vertes qui n’ont pas été confites dans le sucre.
20 Cette dévotion à la sainte Vierge est un
chemin court pour trouver Jésus-Christ, soit par” qu'on ne s’y égare point, soit parce que, comme je viens de dire, on y marche avec plus de joie et de facilité, et par conséquent avec plus de promptitude. On avance plus, en peu de temps de soumission et de dépendance de Marie, que dans des années entières de propre volonté et d'appui sur soi-même; car un homme obéissant et soumis à la divine Marie chantera des victoires signalées sur tous ses ennemis. Ils viendront, il est vrai, l'empêcher de marcher, ou le faire reculer, ou le faire tomber ; mais, avec l'appui, l’aide et la conduite de Marie, sans tomber, sans reculer et même sans retarder, il avancera à pas de géant et en peu de temps vers Jésus-Christ, par le même chemin qu’asuivi Notre-Seigneur pour venir à nous.
Pourquoi pensez-vous que Jésus-Christ ait si peu vécu sur la terre, et que, de si peu d'années qu'il a passées dans ce monde, presque toute sa vie se soit écoulée dans la soumission et l’obéissance à sa mère? Ah!
c'est qu'ayant été bientôt consommé, il a vécu longtemps et plus longtemps que celui dont il était venu réparer les pertes, quoiqu’Adam ait existé plus de neuf cents ans. Jésus-Christ a vécu longtemps, parce qu'il a été toujours bien soumis à sa sainte Mère et bien uni à elle pour obéir à Dieu son Père : car celui qui
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honore sa mère ressemble à un homme qui thésaurise, dit le Saint-Esprit: c'est à dire que celui qui honore Marie sa Mère jusqu’à se soumettre à celle, à lui obéir en toutes choses, deviendra promptement bien riche :
10 parce qu'il amasse tous les Jours des trésors, par lo secret de cotte pierre jthilosophale : Qui honorat matrem, quasi qui thesaurizat ; (1) 20 parce que c'est dans le soin de Marie, qui a entouré et engendré un homme parfait, et qui a eu la capacité de contenir Celui que tout l'univers ne comprend nine contient pas, c'est dans le sein de Marie, dis-je, que les jeunes gens deviennent des vieillards consommés en lumière, en sainteté, en expérience et en sagesse, 'et parviennent en peu d'années jusqu'à la plénitude de l'âge de Jésus-Christ,
30 Cette dévotion à la sainte Vi ierge est un chemin parfait pour aller et s'unir à Jésus- Christ, puisque la divine Marie cest la plus parfaite et la plus sainte des pures créatures, ct que Jésus-Christ qui est parfaitement venu à nous, n’a point pris d'autre route pour son grand et admirable voyage. Le Très-Iaut, l'Incompréhensible, l’'Inaccessible, Celui qui Est, a voulu venir à nous, petits vers de terre, qui ne sommes rien. Comment cela s'est-il fait? Le Très-Haut est descendu parfaitement et divinement par Marie jusqu’à nous