‹ Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge [microforme]Chapitre 33 sur 49 · Eccli. 111, à, ts · texte numérisé non relu

Eccli. 111, à, ts

108 Di LA VHAIK DÉVOTION

sans rien perdre de sa divinité ct sainteté ; ot c'est par Marie que les très petits doivent monter parfaitement et divinement au Très-Haut sans rien appréhender, L'Incompréhensible s'est laissé comprendre et contenir parfuitement par Murie, sans rien perdre de «on immensité ; c’est aussi par cette humble Vierge que nous devons nous laisser contenir et conduir: parfaitement sans aucune réserve.

L'Inaccessible s’est approché de nous, il s’est uni étroitement, parfaitement et même personnellement à notre humanité par Marie, sans rien perdre de sa Majesté ; c'est aussi par Marie que nous pouvons nous approcher de Dieu et nous unir à sa Majesté parfaitement et étroitement, sans craindre d'être rebuté.

Enfin, Celui qui Est a voulu venir à ce qui n'est pas, ot faire que ce qui n’est pas devienne Dieu en Celui qui Est ; etil l’a fait parfaitement en se donnant et se soumettant entièrement à l’humble Vierge Marie, sans cesser d'être dans le temps Celui qui Est de toute éternité ; de même, c'est par Marie que quoique nous ne soyons rien, nous pouvons devenir semblables à Dieu, par la grâce et la gloire, en nous donnant à elle si parfaitement et entièrement, que nous ne soyons rien en nousmêmes et tout en elle, sans crainte de nous égarer.

Qu'on me fasse un chemin nouveau pour

6; ot moli- Haut nsible ‘fuito- )h innierge nir et serve.

il s’est e per- Marie, ssi par er de ement ‘ebuté.

e qui rienne rfaiteentiècesser toute quoideverloire, nt et nousnous

pour

aller à Jésus-Christ, at que ce chemin soit pavé de tous les mérites de: Bicnheureux, orné de toutes leurs vertus héroïques, éclairé et embelli de toutes les lumières et beautés des Anges, et que tous les Anges et les Saints y soient pour y conduire, défendre et soutenir ceux ot celles quivoudront y marcher; en vérité, en vérité, je dis hardiment, et je dis la vérité, que je prendrais préférablement à ce chemin, qui serait si parfait, la voie immaculée de Marie: Posui immaculatam viam meam (1), voie ou chemin sans aucune tache ni souillure. sans péché originel ni actuel, sans ombres n1 ténèbres ; et si mon aimable Jésus, dans sa ploire vient une seconde fois sur la terre (comme il est certain) pour y régner, il ne choisira point d'autre voie de son voyage que la divine Maris, par laquelle il est si sûrement et parfaitement venu la première fois, La différence qu'il y aura entre la première ct la dernière venue, c’est que la première a été secrète et cachée, et que la seconde sera glorieuse et éclatante ; mais toutes deux parfaites, parce que toutes deux seront par Marie. Hélas ! voici un mystère qu'on ne comprend pas: ic tlaceat omnis lingqua.

49 Cette dévotion à la sainte Vierge est un chemin assuré pour aller à Jésus-Christ et acquérir la perfection en nous unissant à lui :

(1) Ps. xvur, 33,

1° Parce que cette pratique que j'enseigne n'est pas nouvelle ; elle est si ancienne, qu’on ne peut, comme dit M. Bondon (mort depuis peu en odeur de sainteté), dans un livre qu'il a fait de cette dévotion, en marquer précisément les commencements ; il est cependant certain que, depuis plus de 700 ans, on en trouve des marques dans l'Eglise. Saint Odilon, abbé de Cluny, qui vivait environ l’an 1040, a été un des premiers qui l’aient pratiquée publiquement en France, comme il est marqué dans sa vie. Le cardinal Pierre Damien rapporte que, l’an 1036, le Bienheureux Marin, son frère, se fit esclave de la sainte Vierge, en présence de son directeur, d’une manière bien édifiante: car il se mit la corde au cou, prit la discipline, et mit sur l'autel une somme d'argent comme marque de son dévouement et de sa consécration à cette auguste Souveraine. [l continua si fidèlement toute sa vie la pratique de cette dévotion, qu'il mérita à sa mort d’être visité et consolé par sa bonne Maîtresse, ct de recevoir de sa bouche les promesses du Paradis pour récompense de ses services. Césarius Bollandus fait mention d'unillustre chevalier, Vautier de Birbac, qui, environ l'an 1500, fit cette consécration de soi-même à la sainte Vierge, Cette dévotion à été pratiquée par plusieurs particuliers jusqu’au x vir* siècle, où elle est devenue publique.

igne qu'on epuis qu'il ÉCisédant )n en , Odi- , l'an pratiil est imien [arin, 6, en bien , prit >mme ment ouvVesa vie vita à ponne e les se de menirbac, ‘ation e départienue

A LA SAINTE VIERGE, ill

Le Père Simon de Roias, de l'Ordre de la Trinité, dit de la rédemption des captifs, prédicateur du roi Philippe III, mit en vogue cette pratique de piété par toute l'Espagne et l'Allemagne ; et, à l'instance de Philippe ITT, il obtint de Grégoiro XV de grandes indulgences à ceux qui l’embrasseraient. Le KR.

Père de Los-Rios, de l'Ordre de Saint-Augustin, s’'appliqua avec son intime ami, le Père de Roias, à étendre cette dévotion par ses écrits ct ses paroles dans les mêmes pays; il composa un gros volume intitulé : Hierarchia Mariana, dans lequel il traite, avec autant de piété que d'érudition, de l'antiquité, de l'excellence et de la solidité de cette consécration à Marie. Les RR. Pères Théatins, au siècle dernier, l'établirent dans la Sicile et la Savoie ; le R. Père Stanislas Thanicius, de la Compagnie de Jésus, la fit merveilleusement connaître dans la Pologne. Le Père de Los-Rios, dans son livre cité ci-dessus, rapporte les noms des princes, princesses, ducs et cardinaux de différents royaumes, qui ont embrassé cette pratique.

Le R. Père Cornelius à Lapide, aussi recommandable pour sa vertu que pour sa science profonde, ayant reçu commission de plusieurs théologiens d'examiner cette dévotion, lui donna, après l'avoir examinée mûrement, des louanges dignes de sa piété, et plusieurs autres grands personnages suivirent son exemple,

Les RR. Pères Jésuites, toujours zélés au service de la très sainte Vierge, présentèrent, au nom des Congréganistes de Cologne, un petite traité du saint esclavage, au duc Ferdinand de Bavière, pour lors archevêque de Cologne, qui lui donna son approbation et permit de le faire imprimer, exhortant tous les curés et religieux de son diocèse à propager autant qu ils le pourraient cette pieuse pratique. Le cardinal de Bérulle, dont la mémoire est une bénédiction par toute la France, fut un des plus zélés à l’étendre en France, malgré toutes les calomnies et persécutions des critiques et des libertins : ils l’accusèrent de nouveauté et de superstition, ils écrivirent et publièrent contre lui un libelle diffamatoire, etils se servirent, ou plutôt le démon se servit, par leur ministère, de mille ruses pour l'empêcher de répandre cette dévotion en France ; mais ce grand et saint homme ne répondit à à leurs calomnies que par sa patience, ct à leurs objections, contenues dans ce libelle, que par un petit écrit où il les réfute victorieusement, en montrant que cette pratique est fondée sur l'exemple de Jésus-Christ, sur les obligations que nous lui avons, et sur les vœux que nous avons faits au saint Baptême, et c’est particulièrement par cette dernière raison qu'il ferme la bouche à ses adversaires, leur faisant voir que cette consécration à la sainte Vierge, et à Jésus-Christ par ses

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n et 18 les ager Dratinoire at un algré critinount et toire, sCTrpour n en e réence, 8 ce réfute prahrist, st sur Bapderdver- ‘ation r ses

A LA SAINTE VIERGK, 113

mains, n’est autre chose qu'une parfaite rénovation des vœux et promesses du Baptême Il dit sur cette dévotion plusieurs belles choses, qu'on trouvera dans ses ouvrages.

On peut lire dans le livre de M. Boudon les noms des différents Papes qui ont approuvé cette pratique de piété, des Théologiens qui l'ont examinée, les persécutions qu'on lui à suscitées et qu'elle à vaineues, et les milliers de personnes qui l'ont embrassée sans que jamais aucun Pape l'ait condamnée ; et on ne le pourrait faire sans renverser les fondements du christianisme. [l reste donc constant que cette dévotion n’est point nouvelle, et que si elle n’est pas commune, c’est qu'elle est trop précieuse pour être goûtée et pratiquée do tout le monde.

2° Cette dévotion est un moyen assuré pour aller à Notre-Seigneur, parce que le propre de la sainte Vicrge est de nous conduire sûrement à Jésus-Christ, comme le propre de Jésus- Christ est de nous conduire sûrement au Père éternel. Et que les spirituels ne croient pas faussement que Marie leur soit un empêchement pour arriver à l'union divine. Car seraitil possible que celle qui a trouvé grâce devant Dieu pour tout le monde en général, et pour chacun en particulier, fût un empêchement à une âme pour trouver la grande grâce de l'union avec Jésus-Christ ? Serait-il pos-

sible que celle qui a été toute pleine et surabondante de grâces, si unie et si transformée en Dieu, qu'il a fallu qu'il se soit incarné en elle, empêchât qu'une âme ne fût parfaitement unie à Dieu ? Ilest bien vrai que la vue des autres créatures, quoique saintes, pourrait peut-être, en de certains temps, retarder l'union divine ; mais non pas Marie, comme j'ai dit et dirai toujours sans me lasser. Une | raison pour laquelle si peu d'âmes arrivent à | la plénitude de l’âge de Jésus-Christ, c'est que Marie, qui est, autant que jamais, la Mère du

Fils et l’Epouse féconde du Saint-Esprit, n’est

pas assez formée dans leurs cœurs. Qui veut

avoir le fruit bien mûr et bien formé doit avoir l'arbre qui le produit ; qui veut avoir le | fruit de vie, Jésus-Christ, doit avoir l'arbre de vie, qui est Marie, Qui veut avoir en soi l’opéation du Saint-Esprit, doit avoir son Epouse fidèle et inséparable, la divine Marie, qui Île rend fertile et fécond, comme nous l'avons dit ailleurs.

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no

Soyez donc persuadé que plus vous regarderez Marie en vos oraisons, contemplation, actions et souffrances, sinon d’une vue distincte et aperçue, du moins d’une vue générale et imperceptible, plus parfaitement vous trou- Î verez Jésus-Christ, qui est toujours avec Marie, grand, puissant, opérant et incompré- | hensible. Ainsi, bien loin que la divine Marie,

À LA SAINTE VIERGF, 115 TA - j toute perdue en Dieu, devienne un obstacle née | aux perfaits pour arriver à l'union avec Dieu, alle, | il n’y a point eu jusqu'ici, il n’y aura jamais ent | de créature qui nous aide plus efficacement à des | ce grand ouvrage, soit par les grâces qu'’eile rait nous communiquera à cet effet, personne “der n'étant rempli de la pensée de Dieu que par 1me | elle, dit un Saint : Memo cogitatione Dei reple- [ne | tur nisi per te ; soit par le soin qu'elle aura nt à | toujours de nous garantir des illusions et que | tromperies du malin esprit.

> du Là où est Marie, à l'esprit malin n’est point ; est et une des plus infaillibles marques qu'on est eut | conduit par le bon esprit, c’est quand on est doit bien dévot à cette bonne Mère, qu’on pense r le | souvent à elle, et qu'on en parle souvent. > de | C'est la pensée d'un Saint, qui ajoute que, pé- | comme la respiration est une marque certaine use | que le corps n’est pas mort, la fréquente peni le sée, l’invocation amoureuse de Marie est une

dit marque certaine que l’âme n'est pas séparée de Dieu par le péché.

va T- Comme c'est Marie seule qui a fait périr ns, | toutes les hérésies, comme dit l'Eglise et le cte Saint-Esprit qui la conduit: Sola cunctas et hœreses interemisti in universo mundo ; quoiou- | que les critiques en grondent, jamais un fidèle vec dévot de Marie ne tombera dans l'hérésie ou ré- | l'illusion du moins formelle ; il pourra bien

rie errer matériellement, prendre le mensonge

pour la vérité, et le malin esprit pour le bon, quoique plus difficilement qu'un autre ; mais il connaîtra tôt ou tard sa faute et son erreur matérielle ; et quand il la connaîtra, il ne s'opiniâtrera en aucune manière à croire et à soutenir ce qu'il avait cru véritable,

Si donc, sans craindre l'illusion, qui est ordinaire aux personnes d’oraison, quelqu'un veut avancer dans la voie de la perfection et trouver sûrementet parfaitement Jésus-Christ, il doit embrasser avec un grand cœur, corde magno el animo volenti, cette dé votion à la sainte Vierge, qu'il n'avait peut-être pas encore connue. Qu'il entre dans ce chemin excellent qui lui était inconnu et que Je lui montre:

Excellentiorem viam vobis demonstro (1). C’est un chemin frayé par Jésus-Christ, la Sagesse Incarnée, notre unique chef ; le membre, en y passant, ne peut se tromper. C’est un chemin aisé, à cause de la plénitude de la grâce et de l'onction du Saint-Esprit qui le remplit ; on ne se lasse point et on ne recule point en y marchant. C’est un chemin court qui, en peu de temps, nous mène à Jésus- Christ. C’est un chemin parfait, où il n’y a aucune boue, aucune poussière, ni la moindre ordure du péché. C’est enfin un chemin assuré, qui nous conduit à Jésus-Christ et à la vie éternelle d'une manière droite et cer-

(1) FE. Cor, xu, 31.

On, nais ‘eur

ne > et

est l'un n et rist, orde à la core lent

taine, sans détourner ni à droite ni à gauche. Entrons done dans ce chemin, et marchons-y

jour et nuit, jusqu’à la plénitude de l’âge de Jésus-Christ.

Sixième motif. Cette dévotion donne une grande liberté intérieure, qui est la liberté des enfants de Dieu, aux personnes qui la pratiquent fidèlement, Car, comme par cette dévotion on se rend esclave de Jésus-Christ, qu’on se consacre tout à lui en cette qualité, ce bon Maître, pour récompense de la captivité amoureuse où l’on se met: 1° ôte de l’âme tout scrupule et toute crainte servile, qui ne sont capables que de l’étrécir, captiver et embrouil: ler; 2° il élargit le cœur par une ferme confiance en Dieu, le lui faisant regarder cemme

son Père ; 3° il lui inspire un “amour tendre et filial.

Sans m'arrêter à prouver cette vérité par des raisons, je me contente de rapporter un trait d'histoire que j'ai lu dans la Vie de la Mère Agnès de Jésus, religieuse de l'Ordre de Saint-Dominique, du couvent de Langeuc, en Auvergne, et qui mourut en odeur de sainteté au même lieu, l’an 1634. N'ayant encore sept ans et souffrant de grandes peines

d'esprit, elle entendit une voix qui lui dit que, si elle voulait être délivrée de toutes ses peines et être protégée contre tous ses ennemis, elle se fît au plus tôt l’esclave de Jésus et de sa

sainte Mère. De retour à la maison, elle s’empressa de se donner tout entière À Jésus par Marie en cette qualité, quoiqu'elle ne sût auparavant ce que c'était que cette dévotion ; et, ayant trouvé une chaîne de fer, elle se la mit sur les reins et la porta jusqu'à la mort. Après cette action, toutes ses peines ct ses scrupules cessèrent, et elle se trouva dans une grande paix et dilatation de cœur, ce qui l'engagea à enseigner cette dévotion à plusieurs personnes pieuses, qui y firent de grands progrès, entre

autres à M. Olier, instituteur du séminaire do Saint-Sulpice, et à plusieurs prêtres et ecclésiastiques du même séminaire. Un jour, la sainte Vierge lui apparut, lui mit au cou une chaîne d'or pour lui témoigner la joie qu’elle avait qu'elle se fût faite l’esclave de son Fils et la sienne ; et sainte Cécile, qui accompagnait la sainte Vicrge, lui dit : ifeureux sont les fidèles esclaves de la Reine du C icl, car ils jouiront de la véritable liberté : Tibi servire libertas.

Septième motif. Ce qui peut encore nous engager à embrasser cette dévotion, ce sont les grands biens qu’en recevra notre prochain. Car par cette pratique on exerce envers lui la charité d’une manière éminente, puisqu'on lui donne, par les mains de Marie, tout ce qu'on a de plus cher, qui est la valeur satisfactoire et impétratoire de toutes ses bonnes

empar au- ; Ot, rait pr'ès ules nde ea à 1nes ntre e de cclér, la une elle Fils npisont r ils ruire

nous sont hain.

8 lui qu'on nt ce atisnnes

œuvres, sans excopter la moindre bonne pensée et la moindre petite souffrance ; on consent que tout ce qu'on a acquis, et ce qu'on acquerra, Jusqu'à la mort, de satisfactions, soit, selon la volonté de la sainte Vierge, employé ou à la conversion des pécheurs ou à la délivrance des âmes du Purgatoire. N'est-ce pas là aimer son prochain parfaitement ? N'est ce pas là être le véritable disciple de Jésus-Christ, qu'on reconnaît par la charité ? N'est-ce pas là le moyen de convertir les pécheurs, sans crainte de la vanité, ct de délivrer les âmes du Purgatoire, sans presque faire rien autre chose que ce que chacun est obligé de faire dans son état ?

Pour connaître l'excellence de ce motif, il faudrait connaître quel bien c’est de convertir un pécheur ou de délivrer une âme du Purgatoire : bien infini, qui est plus grand que de créer le ciel ct la terre, puisqu'on donne à une âme la possession de Dieu.

Quand, par cette pratique, on ne délivrerait qu'une âme du Purgatoire en toute sa vie, ou qu'on ne convertirait qu'un seul pécheur, n’en serait-ce pas assez pour engager tout homme vraiment charitable l’embrasser ? Mais il faut remarquer que nos bonnes œuvres, passant par les mains de Marie, reçoivent une augmentation de pureté, et par conséquent de mérite et de valeur satisfactoire et impé-

tratoire : c’est pourquoi elles deviennent beaucoup plus capables de soulager les âmes du Purgatoire et de convertir les pécheurs, que si elles ne passaient pas par les mains virginales et libérales de Murie. Le peu qu'on donne par la sainte Vierge, sans propre volonté, et par une charité très désintéressée, devient en vérité bien puissant pour fléchir la colère de Dieu et pour attirer sa miséricorde ; et il se trouvera peut-être à la mort qu'une personne bien tidèle à cette pratique aura, par ce moyen. délivré plusieurs âmes du Purgatoire, et converti plusieurs pécheurs, quoiqu’elle n'ait fait que des actions ordinaires. Quelle joie à son jugement. Quelle gloire dans l'éternité |

Huitième motif. Enfin, ce qui nous engage plus puissamment, en quelque manière, à cette dévotion à la très sainte Vierge, c'est qu’elle est un moyen admirable pour persévérer dans la vertu et être toujours fidèle. Car, d’où vient que la conversion de la plupart des pécheurs n’est pas durable ? D'où vient qu’on retombe si aisément dans le péché ? D'où vient que la plupart des justes, au lieu d'avancer de vertu en vertu et d'acquérir de nouvelles grâces, perdent souvent le e peu de vertus et de gr âces qu'ils avaient ? Ce malheur vient, comme j'ai montré ci-devant, de ce que l’ homme étant si corrompu, si faible et si inconstant,et 8e fie àlui-même,s’appuie sur ses propres forces, et se croit capable

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A LA SAINTE VIENGK, 191

de garder le trésor de ses grâces, de ses vertus et mérites, Or, par cette dévotion, on contie à la sainte Vierge, qui est fidèle, tout ce qu'on possède ; on la prend pour la dépositaire universelle de tous ses biens de nature ct de grâce. C’est à sa fidélité que l’on se confie, c'est sur sa puissance que l’on s'appuie, c’est sur sa miséricorde et sa charité que l’on se fonde, afin qu'elle conserve et augmente nos vertus et mérites, malgré le démon, le monde et la chair, qui font leurs efforts pour nous les enlever, On lui dit, comme un bon enfant à sa mère, et un tidèle serviteur à sa maîtresse : ‘* Dépositum custodi : Ma bonne mère et Maîitresse, je reconnais que, par votre intercession, j'ai jusqu'ici plus reçu de grâces de Dieu que je e n’en mérite, et ma funeste expérience m'apprend que je porte ce trésor en un vuisseau très fragile, et que je suis trop faible et trop misérable pour les conserver en moimême ; de grâce, recevez en dépôt tout ce que je possède, et me le conservez par votre fidélité et votre puisssance. Si vous me gardez, je ne perdrai rien ; si vous me soutenez, je ne tomberaïi point ; si vous me protégez, je suis à couvert de mes ennemis. C’est ce que dit saint Bernard en termes formels, pour nous inspirer cette pratique. ‘“ Lorsque Marie vous soutient, vous ne tombez point ; lorsqu'elle vous protège, vous ne craignez point ; lorsqu'elle vous conduit, vous ne vous fatiguez

point ; lorsqu'elle vous est favorable, vous arrivez jusqu'au port du salut: /psû tenente, non corruis ; tps protegente, non metuis ; ipsà duce, non fatigaris ; ips@ propitià, pervenis.” (S. Bern. Serm. 2, super Missus est.) Saint Bopaventure semble encore dire la même chose en des termes plus formels. ‘La sainte Vierge, dit-il, n'est pas seulement retenue dans la plénitude des Saints; muis elle retient encore et garde les Saints dans leur plénitude, afin qu'elle ne diminue point elle empêche que leurs vertus ne se dissipent, que leurs mérites ne périssent, que leurs grâces ne se perdent, que le démon ne leur nuise ; enfin elle empêche que Notre- Seigneur ne les châtie quand ils pèchent ” :

Vürgo non solum in plenitudine Sanctorum delinetur, sed etiam in plenitudine Sanctos detinet, ne plenitudo minuatur ; detinet virtutes ne fugiant ; detinet merita ne pereant ; detinet gratias ne effluant ; detinet dæmones ne noceant ; detinet Filium ne peccatores percutiat. (S. Bonav. in Specul. S. V.)

Marie est la Vierge fidèle qui, par sa fidélité à Dieu, répare les pertes qu'a faites Eve l'infidèle par son infidélité, et qui obtient la fidélité à Dieu et la persévérance à ceux et celles qui s’attachent à elle. C’est pourquoi un Saint la compare à une ancre ferme, qui les retient et les empêche de faire naufrage dans la me

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Saint Bo-

ême chose La sainte it retenue mais elle dans leur ue point

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ar sa fidélité GS Ève l'inbient la fidéux ct celles quoi un Saint ui les retient dans la me

VIERU,

agitée de eo monde, où tant de personnes périssent faute de s'attacher à Marie, ‘“ Nous attachons, dit-il, les âmes à votre espérance, comme à une ancre ferme ” : Animas ad spem tuam sicut ad jfirmam anchoram alliqgainus.

C’est à elle que les Saints qui se sont sauvés se sont le plus attachés, et ont attaché les autres, afin de persévérer dans la vertu.fHeureux donc et mille fois heureux les Chrétiens qui maintenant s'attachent fidèlement et entièrement à elle, comme à une ancre ferme et assurée !

Les efforts de l'orage de ce monde ne pourront les submerger, ni perdre leurs trésors célestes. Heureux ceux et celles qui entrent en elle comme dans l'arche de Noé ! Les eaux du déluge de péchés, qui noient tant de monde, ne leur nuiront point, car : Qui operantur in me non peccabunt (1) : “ Ceux qui ‘“ sont en moi pour travailler à leur salut ne ‘ pècheront point ”, dit-elle avec la Sagesse,

Heureux les enfants infidèles de la maiheureuse Êve qui s’attachent à Marie, à la Vierge qui demeure toujours fidèle et ne se dément jamais : Fidelis permanet, se ipsamn negare non potest, et qui aime toujours ceux qui l'aiment :

Ego diligentes me diliyo (2), non seulement d’un amour affectif, mais d’un amour effectif et efficace, en les empêchant, par une grande

(1) Eccli. xxiv, 20.

(2) Prov, vins, 17.

124 D LA VRAIË DÉVOTION

abondance de grâces, de reculer dans la vertu, de tomber dans le chemin,en perdant la grâce de son Fils.

Cette bonne Mère reçoit toujours, par pure Charité, tout ce qu’on lui donne en dépôt ; et, quand elle l’a une fois reçu en qualité de dépositaire, elle est obligée par justice, en vertu du contrat de dépôt, de nous le garder ; tout comme une personne entre les mains de qui j'aurais déposé mille écus serait obligée de me les garder, en sorte quo si, par négligence, mes mille écus venaient à être perdus, € elle en serait responsable en bonne justice. Mais non, la fidèle Marie ne laissera pas perdre par sa négligence ce qu'on lui aura confié :

le ciel et la terre passeraient plutôt qu'elle fût negligente et infidèle envers ceux qui se fient en elle, Pauvres enfants de Marie, votre fuiblesse est extrême, votre inconstance est grande, votre fond est bien gâté, je l'avoue; vous êtes tirés de la masse corrompue des enfants d'Adam et d’Eve ; ne vous découragez pas pour cela; mais cousolez-vous ; réjouissez-vous d’avoir le secret que je vous apprends, secret inconnu de presque tous les Chrétiens, même les plus dévots. Ne laissez pas votre or et votre argont dans vos coffres, qui ont déjà été enfoncés par l'esprit malin qui vous a volé, et qui sont trop petits, trop faibles et trop vieux pour contenir un trésor

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vertu,

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ar pure pôt ; et, de dén vertu r ;, tout de qui igée de ligence, elle en Mais perdre confié :

elle fût e fient tre fai- Ce est voue ; 16 des coura- VOUS ; vous us les A 1SSCZ ffres, malin , trop Trésor

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si grand et si précieux. Ne mettez pas l’eau pure et claire de la fontaine dans vos vaisseaux tout gâtés et infectés par le péché ; si le péché n’y est plus, son odeur y est encore ; l'eau en serait corrompue. Ne mettez pas vos vins exquis dans vos anciens tonneaux, qui ont été remplis de mauvais vins : ils en seraient gâtés et en danger d’être répandus.

Quoique vous m'’entondioz, âmes prédestinées, ii faut ici parler plus ouvertement. Ne confiez pas l'or de votre charité, l'argent de votre pureté, les eaux des grâces célestes, ni les vins de vos mérites et vertus à un sac percé, à un coffre vieux et brisé, à un vaisseau gâté et corrompu comme vous êtes : autrement vous serez piilées par les voleurs, c'est-à dire les démons qui cherchent, qui épient, nuit et Jour, le temps propre pour le faire; autrement, vous gâterez, par votre mauvaise odeur d'amour de vous-même, de confiance en vousmême et de propre volonté, tout ce que Dieu vous donne de plus pur. Mettez, versez dans le sein et le cœur de Marie tous vos trésors,toutes vos grâces et vertus : c’est un vaisseau spirituel, c'est un vaisseau d'honneur, c’est un vaisseau insigne de dévotion : Vas spiriluale,

vas honorabile, vas insigne devotionis. Depuis que Dieu même en personne s'est enfermé avec toutes ses perfections dans ce vaisseau, 1l est devenu tout spirituel, et la demeure spiri-

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tuelle des âmes les plus spirituelles ; il est devenu honorable, et le trône d'honneur des plus grands princes de l'éternité ; 1l est devenu iusigne en dévotion, et le séjour ie plus illustre en douceurs, en grâces et en vertus ; il est enfin devenu riche comme une rnaison d'or, fort comme une tour de David, et pur comme une tour d'ivoire.

Oh! qu'un homme qui a tout donné à Marie, qui se confie en tout et pour tout en Marie, est heureux ! Il est tout en Marie, et Marie est tout à lui. Il peut dire hardiment avec David : Hec fac ta est mihi (1) : Marie est faite pour moi ” ; ou, avec le disciple bienaimé : Accepi eam in mea (2) : “Je lai prise pour tout mon bien ” ; ou, avec Jésus-Christ : Omnia mea tua sunt,et omnia tua mea sunt (3): “Tout ce que j'ai est à vous, et tout ce que vous avez est à moi.”

Si quelque critique, qui lira ceci, s'imagine que je parle par exagération et par une dévotion outrée, hélas ! il ne m’entend pas, soit parce qu’il est un homme charnel, qui ne goûte pas les choses de l'esprit, soit parce qu'il est du monde, qui ne peut recevoir le Saint-Esprit, soit parce qu'il est un orgueileux, qui condamne ou méprise tout ce qu'il

(1) Ps. cxvin, 56.

(2) S. Jean, xix, 27.

(3) S. Jean, xvir, 10,

l est deeur des ;, devenu us illuss; il est on d'or, comme

lonné à tout en farie, et rdiment : Marie ple bienl'ai prise -Christ :

sunt (3):

t ce que

imagine ne dévopas, soit qui ne it parce cevoir le orgueilce qu'il

n'entend pas. Les âmes qui ne sont pas nées du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu et de Marie, me comprennent et me goûtent ; et c’est pour elles aussi que J'écris ceci, Cependant je dis pour les uns et les autres, en reprenant ce que Jai interrompu, que la divine Marie, étant la plus fidèie et la plus libérale de toutes les pures créatures, elle ne se laisse jamais vaincre en amour et en libéralité ; et pour un œuf, dit un saint homme, elle donnera un bœuf :

c'est-à-dire, pour peu qu'on lui donne, elle donne beaucoup de ce qu’elle à reçu de Dieu ; ct, par conséquent, si une âme se donne à elle sans réserve, Marie se donne aussi sans réserve ; si une âme met sa confiance en Marie sans présomption, travaillant de son côté à acquérir les vertus, à dompter ses passions, Marie se donne à cette âme sans réserve.

Que les fidèles serviteurs de la sainte Vierge disent donc hardiment avec saint Jean Damascène : ‘Ayant confiance en vous, Ô Mère de Dieu, je serai sauvé ; sous votre protection, Je ne craindrai rien; avec votre secours, je combattrai et mettrai en fuite mes ennemis :

car votre dévotion est une arme de salut que Dieu donne à ceux qu'il veut sauver ” : Spem tuam habens, o Deipara, servabor ; defensionem tuam possidens, non timebo ; persequar inimicos meos et in fugam vertam, habens protectionem

128 Di LA VRAIE DÉVOTION

et auxilium tuum; nam tibi devotum esse est arma quœdam salutis quaæ Deus his dat quos vult salvos fieri. (S. Jean Damasc.)

De toutes les vérités que je viens de décrire par rapport à la très sainte Vierge et à ses enfants et serviteurs, le Saint-Esprit nous donne, au livre de la (renèse, une figure admirable, dans l'histoire de Jacob, qui reçut la bénédiction de son père [saac par les soins et l’industrie de Rebecca sa mére. La voici comme le Saint- Esprit la rapporte ; j'y ajouterai ensuite quelques explications.

Esaü ayant vendu à Jacob son droit d’ainesse, Rebecca, mère des deux frères, qui aimait tendrement Jacob, lui assura cet avantage, plusieurs années après, par une adresse sainte et toute pleine de mystère. Isaac, se sentant fort vieux et voulant bénir ses enfants avant de mourir, appela son fils Esaü, qu'il aimait, lui commanda d'aller à la chasse pour avoir de quoi manger, afin de le bénir ensuite. Rebecca avertit promptement Jacob de ce qui se passait, et lui commanda d'aller prendre deux chevreaux dans le troupeau. Lorsqu'il les eut donnés à sa mère, elle en prépara à Isaac ce qu'elle savait qu'il aimait ; elle revétit Jacob des habits d’Esaü, qu'elle gardait, et couvrit 8es mains et son cou de la peau des chevreaux, afin que son père, qui ne voyait plus, pût, en entendant la voix de Jacob,

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croire au moins, par le poil de ses mains, que c'était Esaü son frère. Isaac, surpris de cette voix, qu'il croyait être celle de Jacob, le fit approcher de lui; ayant touché le poil des peaux dont il s'était couvert les mains, il dit que la voix, à la vérité, était la voix de Jacob, mais que les mains étaient les mains d’Esaü.

Après qu'il eut mangé et qu'il eut senti, en baisant Jacob, l'odeur de ses habits parfumés, il le bénit, et lui souhaïita la rosée du ciel et la fécondité de la terre ; il l'établit le maître de tous ses frère, et finit sa bénédiction par ces paroles : ‘“ Que celui qui vous maudira soit “ maudit lui-même, et que celui qui vous béni: “ra soit comblé de bénédiction” A peine Isaac avait achevé ces paroles, qu’'Esaü entre et apporte à manger ce qu'il avait pris à la chasse, afin que son père le bénit ensuite. Le Saint Patriarche fut surpris d’un étonnement incroyable, lorsqu'il reconnut ce qui venait de se passer ; mais bien loin de rétracter ce qu'il avait fait, il le confirma, au contraire, parce qu'il voyait trop sensiblement le doigt de Dicu dans cette conduite. Ésaü alors jeta des rugissements, comme marque l’Ecriture sainte, et, accusant hautement la tromperie de son frère, il demanda à son père s'il n'avait qu’une bénédiction : étant en ce point, comme remarque les saints Pères, l’image de ceux qui, étant bien aise d’allier Dieu avec le monde, veulent jouir tout ensemble des consolations

ton eus

du Ciel et de celles de la terre. Isaac, touché des cris d’Esaü, le bénit enfin, mais d’une bénédiction de la terre, en l’assujettissant à son frère : ce qui lui fit concevoir une haine si envenimée contre Jacob, qu'il n’attendait plus que la mort de son père pour le tuer ; et Jacob n'aurait pu éviter la mort, si sa chère mère Rebecca ne l'en cut garanti par ses industries et les bons conseils qu'elle lui donna et qu'il suivit,

Avant d'expliquer cette histoire, qui est si belle, il faut remarquer que, selon les saints Pères et les interprètes de l’Ecriture sainte, Jacob est la figure de Jésus-Christ et des prédestinés, et Esaü celle des réprouvés ; il ne faut qu'examiner les actions et la conduite de l’un et de l’autre pour en juger.

1° Esaü, l’ainé, était fort et robuste de corps, adroit et industrieux à tirer de l'arc et à prendre beaucoup de gibier à la chasse ; 2° il ne restait presque point à la maison, et, ne mettait sa confiance qu’en sa force et son adresse, il ne travaillait que dehors ; 3° il ne se mettait pas beaucoup en peine de plaire à sa mère Rebecca, et il ne faisait rien pour cela ; 4 il était si gourmand et aimait tant sa bouche, qu’il vendit son droit d’aînesse pour un plat de lentilles ; 5° il était, comme Caïn, plein d'envie contre son frère Jacob, et il le persécutait à outrance.

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Voilà la conduite que gardent tous les jours les réprouvés. 1° Ils se tient en leur force et leur industrie pour les affaires temporelles ; ils sont très forts, très habiles et très éclairés pour les choses de Ja terre, mais très faibles et très ignorants dans les choses du Ciel: Zn terrenis fortes, in cwlestibus debiles, C’est pourquoi :

2° Ils ne demeurent point ou que très peu chez eux, dans leur maison propre, c’est-à-dire dans leur intérieur, qui est la maison intérieure et essentielle que Dieu a donnée à chaque homme, pour y demeurer à son exemple :

‘ar Dieu demeure toujours chez soi. Les réprouvés n'aiment point la retraite, ni la spiriiualité, ni la dévotion intérieure, et ils traitent de petits, de bigots et de sauvages ceux qui sont intérieurs et retirés da monde, et qui travaillent plus au dedans qu’au dehors.

39 Les réprouvés ne se soucient guère de la dévotion à la sainte Vierge, la Mère des prédestinés ; il est vrai qu'ils ne la haïssent pas formellement ; ils lui donnent quelquefois des louanges ; ils disent qu’ils l'aiment ; ils pratiquent même quelques dévotions en son honneur ; mais, du reste, ils ne peuvent souffrir qu'on l'aime tendrement, parce qu'ils n'ont point pour elle les tendresses de Jacob. [ls trouvent à redire aux pratiques de dévotion, auxquelles ses bons enfants et serviteurs se

rendent fidèles pour gagner son affection, parce qu'ils ne croient pas que cette dévotion soit nécessaire au salut. Pourvu qu'ils ne haïssent pas formellement la sainte Vierge, et qu'ils ne méprisent pas ouvertement sa “dévotion, 1ls prétendent que c'en est assez, et qu'ils ont gagné ses bonnes grâces ; qu'enfin, ils sont ses serviteurs en récita nt et marmottant quelques oraisons en son honneur, sans tendresse pour elle ni amendement pour eux-mêmes,

4° Les réprouvés vendent leur droit d'aînesse, c'est-à dire les plaisirs du Paradis, pour un plat de lentilles, c’est-à-dire pour les plaisirs de Ja terre, Ils rient, ils boivent, ils mangent, ils se divertissent, ils jouent, ils dansent, sans se mettre en peine, comme Esaü, de se rendre dignes de la bénédiction du Père céleste. En trois mots, ils ne pensent qu’à la terre, ils n'aiment que la terre, ils ne parlent et n’agissent que pour la terre et les plaisirs, vendant pour un moment de jouissance, pour une vaine fumée d'honneur, et pour un morceau de terre dure, ; Jaune ou blanche, la grâce baptismale, leur robe d'innocence, et l’ héri itage céleste.

5° Enfin, les réprouvés haïssent et persécutent tous les jours les prédestinés, ouvertement ou secrètement ; ne pouvant les supporter, ils les méprisent, ils les critiquent, ils les contrefont, ils les injurient, ils les volent, ils

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les trompent, ils les appauvrissent, ils les chassent, ils les réduisent dans la poussière ; tandis qu'ils font fortune, qu'ils prennent leurs pluisirs, qu'ils sont en belle passe, qu'ils s’enrichissent, qu'ils s'agrandissent et vivent à leur aise,

Quant à Jacob, le cadet: 19 il était d’une faible complexion, doux et paisible, et demeurait ordinairement à la maison pour gagner les bonnes grâces de sa mère Rebecca, qu'il aïnait tendrement; s'il sortait quelquefois, ce n'était pas par sa propre volonté, ni par conflance en son industrie, mais pour obéir à sa mère,

29 Jl aimait et honorait sa mère : c’est pourquoi il se tenait à la maison ; il évitait tout ce qui pouvait lui déplaire, et il faisait tout ce qu'il croyait lui être agréable : ce qui augmentait en Rebecca l’amour qu'elle lui portait.

3° Il était soumis en tout à sa chère mère ; il lui obéissait entièrement en toutes choses, promptement sans tarder, et amoureusement sans se plain: e; au moindre signe de sa vo lonté, le petit Jacob courait et travaillait. II croyait tout ce qu'elle lui disait : par exemple, quand elle lui dit qu'il allât chercher deux chevreaux, et qu’il les lui apportât pour apprêter à manger à son père Isaac, Jacob ne lui répliqua point qu'il y en avait assez d’un pour apprêter une fois à manger à un seul

homme ; mais, sans raisonner, il fit ce qu’elle lui avait dit.

4° Il avait une grande confiance en sa chère, mère ; comme il ne s’appuyait point du tout sur son savoir-faire, il s'appuyait uniquement sur les soins et la protection de sa mère ; il réclamait son secours en tous ses besoins, et la consultait en tous ses doutes : par exemple quand il lui demanda si, au lieu de Ja bénédiction, il ne recevrait point la malédiction de son ‘père, il la crut et se confia en elle, dès qu'elle lui eut dit qu’elle prenait sur elle cette malédiction.

9° Enfin, il imitait, selon sa portée, les vertus qu’il voyait en sa mère ; et il semble qu'une des raisons pour lesquelles il demeurait sédentaire à la maison, c'était pour imiter sa chère mère qui était vertueuse, et s'éloignait des mauvaises compagnies, qui corrompent les mœurs, Par ce moyen, il se rendit digne de recevoir la double bénédiction de son cher père.

Voici aussi la conduite que gardent tous les jours les prédestinés :

19 Ils sont sédentaires à la maison avec leur mère : c’est-à-dire ils aiment la retraite, ils sont intérieurs, ils s'appliquent à l'oraison, mais à l'exemple et dans la compagnie de leur uMère, la sainte Vierge, dont toute la gloire est

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tant aimé la retraite et l'oraison, Il est vrai qu'ils paraissent quelquefois au dehors dans le monde ; mais c'est par obéissance à la volonté de Dieu et à celle de leur chère Mère, pour remplir les devoirs de leur état. Quelque grandes choses en apparence qu'ils fassent au dehors, ils estiment encore beaucoup plus celles qu'ils font au dedans d'eux-mêmes, dans leur intérieur, en la compagnie de la très sainte Vierge, parce qu'ils y font le grand ouvrage de leur perfection, auprès duquel tous les autres ouvrages ne sont que des jeux d’'enfants. C’est pourquoi, tandis quelquefois que leurs frères et sœurs travaillent pour le dehors avec beaucoup de force, d'industrie et de succès, dans la louange et approbation du monde, ils connaissent, par la lumière du Saint-Esprit, qu'il y a beaucoup plus de gloire, de bien et de plaisir à demeurer caché dans la retraite avec Jésus-Christ, leur modèle, dans une entière et parfaite soumission à leur Mère, que de faire par soi-même des merveilles de nature et de grâce dans le monde, comme tant d'Esaüs et de réprouvés. Gloria ct divitiæ in domo ejus (1) : la gloire pour Dieu et les richesses pour l’homme se trouvent dans la maison de Marie.

Seigneur Jésus, que vos tabernacles sont aimables ! Le passereau a trouvé une maison

(1) Ps. ext, 3.

pour se loger, et la tourterelle un nid pour mettre ses petits, Oh! qu'heureux est l’homme qui habite la maison de Marie, où vous avez le premier fait votre demeure ! C’est en cette maison des prédestinés qu'il reçoit son secours de vous seul, et qu'il a disposé des montées et des degrés de toutes les vertus, pour s'élever en son cœur à la perfection dans cette vallée de larmes. Quam dilecta tabernacula tua, ete. (E).

2° Les prédestinés aiment tendrement et honorent véritablement la très sainte Vierge, comme leur bonne Mère et Maîtresse, Ils laiment non seulement de bouche, mais en vérité ; ils l'honorent, non seulement à l'extérieur, mais dans le fond du cœur; ilsévitent, comme Jacob. tout ce qui peut lui déplaire, et pratiquent avec ferveur tout ce qu'ils croient pouvoir leur acquérir sa bienveillance, [ls ui apportent.et lui donnent, non deux chevreaux comme Jacob à Rebecca, mais leur corps et leur âme, avec tout ce qui en dépend, figurés par les deux chevreaux de Jacob, atin : 1° qu'elle les regoive comme une chose qui lui appartient ; 29° qu'eile les tue et les fasse mourir au péché et à eux-mêmes, en les écorchant et les dépouillant de leur propre peau et de leur amourpropre, et, par ce moyen, qu'ils puissent plaire à Jésus, son Fils, qui ne veut, pour ses disciples et amis, que des morts à eux-mêmes ;

(1) Ps. xxxrni, 2.

pour DETTES

avez cette cours ées et lever lée de , CE).

nt et icrge, s J'aiérité ; , mais [acob.

quent uvoir pPpormime âme, ur 1es le les ient ; ché ouilnouraire s dismes ;

3° afin qu'elle les apprête au goût du Père céleste, et à sa plus grande gloire, qu’elle connaît mieux qu'aucune créature ; 4° afin que, par ses soins et ses intercessions, ce corps et cette âme, bien purifiés de toute tache, bien morts, bien dépouillés et bien apprêtés, soient un mets délicat, digne de la bouche et de la bénédiction du Père céleste. N'est-ce pas ce que feront les personnes prédestinées, qui goûteront la consécration parfaite à Jésus-Christ par les mains de Marie, que nous leur enseignons, et la pratiqueront fidèlement pour témoigner à Jésus et Marie un amour eftectif et courageux ?

Les réprouvés disent, il est vrai, qu'ils aiment Jésus, qu'ils aiment et qu'ils honorent Marie ; mais non pas jusqu’à donner de leur substance, mais non pas jusqu’à leur sacritier leur corps avec ses sens, leurs âmes avec ses passions, comme les prédestinés. Ceux-ci sont soumis et obéissants à la sainte Vierge, comme à leur bonne Mère, à l'exemple de Jésus- Christ, qui, de trente-trois ans qu’il a vécu sur la terre, en a employé trente à glorifier Dieu son Père par une parfaite et entière soumission à su sainte Mère.

3° Les prédestinés obéissent à Marie en suivant exactement ses conseils, comme le petit Jacob ceux de Rebecca, qui lui dit : Æili mi, acquiesce consiliis meis (1) : ‘Suivez mes con-

l, Gen. XXVIL, 8,

138 Dé LA VRAIE DÉVOTION

seils ?” ; ou comme les serviteurs des noces de Cana, auxquels la sainte Vierge dit : Quod.

cumque dixerit vobis, facite. (1) : “ Faites tout ce que mon Fils vous dira ”. Jacob, pour avoir obéi à sa mère, reçut la bénédiction comme par miracle, quoique naturellement il ne dût pas l'avoir ; les serviteurs des noces de Cana, pour avoir suivi le conseil de la sainte Vierge, furent honorés du premier miracle de Jésus- Christ, qui convertit l’eau en vin, à la prière de sa sainte Mère. De même, tous ceux qui, jusqu’à la fin des siècles, recevront la bénédiction du Père céleste, et seront honorés des merveilles de Dieu, ne recevront ces grâces qu'en conséquence de leur parfaite obéissance à Marie : les Esaüs, au contraire, perdent leur bénédiction, faute de soumission à la sainte Vierge.

4° Les prédestinés ont une grande confiance dans la bonté et la puissance de la très sainte Vierge, leur honne Mère ; ils réclament sans cesse son secours ; ils la regardent comme leur étoile polaire, pour arriver à bon port ; ils lui découvrent leurs peines et leurs besoins avec beaucoup d'ouverture de cœur ; ils s'attachent à sa miséricorde et à sa douceur, pour avoir le pardon de leurs péchés par son intercession, ou pour goûter ses douceurs maternelles dans leurs peines et leurs ennuis. Ils

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