‹ Traite de legislation, ou Exposition des lois generalesChapitre 11 sur 69 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Ides objections faites contre TappHcation de Tanalyse à fétnde des lois etdès mœai^

Oif a îait aux philosophes^ qui ont miè au jour hs causes et les résultats d'un- certain nombre de lois ^ un reproche grave; on les a accuséa d'avoir tout détruit et de n'avoir rien su fonder* Ce reproche a fiedt même une telle impression , /pte des écrivains dont on ne peut soupçonner les ixH tentions^ se sont empressés de dédarer qu'il était temps d'abandonner la critique et de prendre te rôle de fondateurs. D'autres écrivaina^ d^une opinion différente^ se^sont ^atement prononcés contre la critique ; ila ont aussi reprpché aux philosophe» dvt dernier siècle , d'avoir tout détruit et de n'avoir rien su construire; mais au lieu de vouloir fonder un édifice nouveau^ ils ont prétendu qu'il fallait rétablir les ancienne» ruines. ;

U y a^ dans quelques^una de ces reproches^ uncD apparence de- modération qu'on est très-disposé à considérer comme de la sagesse. Des hommes qui viennent se placer entre deux partis^ dans la v4ie de les mettre en paix, et qui les condamnent en même temp» l'un et l'autre, ont un air

^O TBAITÉ DB LjftQISLATIOir .

d'impartialité et de supériorité très -propre à séduire h multitude. Je doute cependant que ceux qui font ce reproche , et ceux qui le croient fondé y sachent bien en quoi il consiste. Entendent-ils proscrire F étude des faits*^ S'imaginent-ils que pour détruire une institution malfaisante^ il feut s'abstenir d'en rechercher les causes ^^ d'en examiner les résultats? S^iU ne proscrivent pas l'observation des faits, veulent -ils nous faire considérer seulement ceux'qui sont de même nature? Faut-a ne voir, en fuaaiit l'analyse d'une hal^tade^ d'une action ou d'une loi, que les l^iens ^ui en résultent, et s'ajbstenir d'en emminer les mauvaises conséquences ? yeuliœtr4]3 arriver av perfectionnement de la législation et de la ni^çrate^ en remf^çant des lois par d'autres lois, d^ hdbitndes par d'autres habitudes, sans avoir examiaéles conséquences des lois et des habitude^ qu'on abandonne, ni le» conséquences de celles par lesquelles on les remplace ? Croientrib, enfin, l^urs idées tellement justes, leurs projets si essentiellement bons, que les race» futures n'iai^nt rien à y changer ? Youdraientrils nous insinfaer qu'ils sont arrivés aux derniers termes de la perfection , et qu'il ne reste plus au genre humain qu'à jouir en repos du produit de leurs veilles ? Si > à cet égard , leur modestie n'est pas up obstacle à \ws^ conviction , ils ont encore tort de pp[*oscrire l'observation; car, lorsqu'on est sûr d'avoir découvert la vérité, on provoque l'exaiD^n, iTiais on ne commande pas la foi.

Lq reproche fait à la critique d'avoir tout dé^ truit et de n'avoir rieii fondé , est dfàutaiU plus mal âppËquéy qu'en morale et^en lëgtdatÎQn^ ces dîBux <^o$e8 sont psresque toujours inséparables. Les philosophes qui sont parvenus à détruire le secret des procédures ^ ne sonth-ils pas les foiidatëurs de la publicité ? Ceux qui ont £ait abolir la torture^ n'ont-ik pas garanti d'un horrâ>le supplice tous las hommes injustement accusés? Ceux qui ont brisé les entraves qui résultaient ^ dans l'intérieur des états ^ d^une multîtuie de lois fiscales y n'ont-* ils pas fondé la liberté du commerce? Ceux qui ont &it abolir les corporations, les jurandes , les maîtrises , n'ont-41s.pas fondé la liberté de l'industrie? Celui qui parviendrait à détruire tous les Hens dans lesquels le despotisme enlace les hommes y ne serail^il pas le fondateur de la liberté ? Âffiranchis à pcdne de l'esclavage , apprenonsàfiaiire usagede nos facultés, etn^aUons pas fièrement d^napder ^\a homm» dbnt la vie et les talens ont été ccuisacrés à nous rendreiiin'es, pour quelle raison ils n'ont rien iifis à la place des fers dont ils nous ont débarrasses; ne donnons pas à croire que nous sommes ipcfipables d'apprécier les avantages que le public a retirés de son affî^anchissement, et qu'il ne faut voir que la perte que les peuples ont feite, quand des code& funestes sont restés sans force entre les maliis des hommes qui en étaient possesseurs^ ou qui en fsdsaient l'application/ , .

Il est vrai que les philosophes n'ont pas seule.

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ment détrait des institutions^ mais qii'ik ont aussi détruit de fausses croyances; on ne croit plus à la sorcellerie^ et on n'attribue pas à un esprit malfiBÔsant la plupart des phénomènes de la nature. Mais quand on détruit une erreur, ne fonde-t-on pas la yérilié contraire? Quand on détruit un vice , ne fonde-t-on point par cela même une vertu? Prouver, contré l'opindon commune, que tel effet n'est pas produit par telle cause, n'est-ce pas tarir une source d'erreurs et flteiliter la découverte de la vérîté? Si jamais la médecine faisait as^ez de progrès pour extirjper les germes de toutes les maladies, les médecins encourraient-ils une grande respon^ sabiHté? Faudrait-il les accuser d'avoir tout détruit, et de n'avoir rien su fonder? Ou bien &udrait-^il peifêer que les maladies de Fésprit méritent des. égards particuliers qu'on ne doit pas aux maladies physiques? Ou croirait-on qu'on* a déjà £ait tant de progrès, qu'il n'existe plus^ ni erreurs , ni vices , ni mauvaises lois 0 )?

(i) Les reproclies Savoir tout détruit, adressés aux philosophes du dix-huitième siècle y ont commencé le jour où il s'est trouvé en France un gouvernement qui a voulu rétal^ir les abus dont les écrivains de cette époque avaient accéléré la destruction* Quand ce gouveroemeat a été reaih^ versé, les jeunes gens élevés dans ses écoles ont reproduit les mêmes reproches , et attaqué les mêmes écrivains. Cela devait être : sivant que de marcher par leurs propres forces , les hommes commencent toujours par répéter les leçons de leurs màitres.

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Tous les reilgrodies adresses à quelques pfailo*sophes ^ d'avoir £edt remarquer les consëquenoes funestes de certaines institutions^ peuvent également être adressés à là méthode analytique^ puisque cette méthode consiste principalement à esposar les conséquences bonnes et mauvaises des institutions et des lois humaines^ on à £aire voir la liaîsoB des. effets et des causes. Cependant on ne pourrmt proscrire Femploi de cette méthode de» sd^DU^es: morales, sans proscrire par cela même l'étude des faits ^ c'est-a-dire les sciences elles-mêmes. Car on ne saurait mettre au nombre des sciences k connaissance de c^v taines opinions ou de certains systèmes^ lors même que ces opinions ou ces systèmes seraient exposés dans de gros livres., avec un appareil plus ou moins scientifique.

Des esprits tiinides et bien intaitionnés , tout en reconnaissant que l'analyse a produit de bons effets daàs un grand nombre de cas ^ craignent qu'elle n'en produiise de mauvais, si on l-applique à toutes nos habitudes età tcmtêsnosinsiiitttions. Il est , disent-ils^ des institutions et des habitudes sur lesquellesl'opiniou des peuples est hautement prononcée; toutes les fois que le îngement qut en a été porté est juste y à quoi bon les remettre en question ? Ne vautnl pas mieux s'en tenir à ce qui a été décidé , que de compromettre par uu nouvel esamen tes: concrètes qu'on a d^. &ites?

Les personnes qui raisonnent aiDsi, rosscnie»

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blent ^ cas; placeurs qui n'ont qu'une médÎQcre coBfiaqee dani le& Imnières et l'iulëgirité de leurs juges^ et qui ont obtenu un triconphe inespéré. La penf ëe des dangers qu'elles ont couru» les fait trembler t elle^ ne peuvent supporter l'idée d'uq appel qui les exposerait à perdre oe qu'elka ont gagné. Si Ton pouvait leur garantir qu'eUfis ne seront pas dépouillées de ce qu'ellea ont acquis ^ elles eonsentiraient volontiers à l'ab<^ition des tribunaux , pour n^avoir plus à craindre de juge* mens. .

L'application de 1^ méthode analytiique parait également dangereuse mis hommes qui ont l'es-* prit rempli de systèmes imaginaires) elle peut détruire leurs conceptions y ou effiicer leur science. Lorsqu'on a passé la plus graioide partie de sa vie à inventer des systèmes du succès desquels on fait dépendre le bonheur dû genre humain /il est fi^eux de s'ape^c^oir que le travail auqud on s'est livré se réduit à un simple arrangement de mots. Il ne l'est pa| moins d'avoir^mployé sa vie à m meubler l'esprit de dusses idées ^ et de découvrir qu'on ne sait rien^ lorsqu'on s'imagiqait avoir acquis des titres à la qualité de savant.

Enfin ^ il est um troisième classe de peirsooties qui considèrent comme dangereuse l'appKeation de la méthode analytique; oe sont celles qui jouissent^ daufs l'ordre social, de c^tains avantages funestes à leurs semblables, et qui craignent de voir compromettre leurs possessions par un

examen impartial. Ce $asA oiadinaûremeat les personnes d^ cette dernière daue qui ae pxtmon*^ cent avec ie pins d'énergie flemme toote recher^ cbe^ et qui excitent les alarm^ ^ la première. Si on vent les en erofare , rien n'est plus {Hnopre à propager le vice que d'en feiire voir les causes et les conséquences^ et à ébranler la vertu que d'en examiner les effets» Ponrqneles bopnes institntîons soient durables y il fiaiut que les peu^ pies n^m voient pas les résultats ; pour se mettre à l'abri des mauvaises lois, il £mt s'abstenir de r^rder ce qu'elles produisent. Enfin, l'examen des £aits et de levùn conséquences n'est propre qu'il ébranler les droits anciennement établis, et il est des choses qui ne^doivent pas être mises en question quand on tient à la ]tf ancpiiUité des peuples.

C'est ainsi que parlait, dans um les pays, les hommes qui fNXxfitent des abus; et e'eqt pro^ baUement de la même manière que parleraient, s'ils avaient la parole , les loups qu; se seraient introduits, p^idant la nnit^ au sein d'une ber^ gerie s GardeE-vous, diraient^ik^ de porter id la lumière , si vous ne voulez pas troubler la sé^ curité du troupeau.

Je ne sais s'il existe , en e£fet , des choses qui ne doivent pas être examinées quand on t^t k la tranquillité des peuples ; mais ceux qui repous^, sent l'examen né veulent pas sons doute np^s Isire croire que ces choses-là sont funestes à l'espèce humain^. Si les faits qu'on nomme deç droits

yS TAAITÉ DB LÉGISLATION»

anciennement établis y ne produiseipit que d'heureuses conséquences , l'examen ne peut que leur étre&yorable ; car plus Futilité en sera démontrée^ plus les peuples s'y attacheront. S'ils n'ont^ au contraire^ que de funestes résultats^ quel motif aurait-on de les respecter et de s'en interdire l'examen? Suffira- t-il qu'une chose nuisible ait pris le nom de droit y pour que la raison humaine doive s'arrêter devant elle? Personne d'ailleurs ne saurait se plaindre de ce qu'en faisant abstraction de ce qu'on nonune des droits , on examine les choses en elles-mêmes, et par les résultats qu'elles produisent; car du moment qu'on écarte de la discussion les droits du plus fort comme les droits du plus faible, la condition est égale pour tous, et nul n^oserait avouer qu'il défend comme des droits des prérogatives funestes au genre humain. L^exameu des faits ne peut pas avoir d'autre résultat que de faire voir ce qu'il y a de bon et de mauvais, dans chaque .chose, et puisqu'on s'accorde à reconnaître l'utilité des droits, on n'a rien à en redouter; il est naturel, au contraire, que chacun le sollicite.

On redoute la faiblesse de la raison humsdne ; on craint que chacun s^e s'égare du moment qu'il consultera son ijatellig^nce; mais ces craintes, qui semblent annoncer une si grande modestie chez ceux qui les éprouvent ou^ qui veulent nous. les communiquer, ne seraient-elles pas en effet unorgueil déguisé? Ceux qui veulent les inspirer aux

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