I.1TBE I, CHÀPITKE V
autres, n'auraient-ils pas pour but de s'amarer le monopole de l'intellijgrence? Si la raison est si feible, s'il est*si dangereux d'en faire usage , quel est l'instrument à l'aide duquel nous dfecernerons, entre cent religions qui nous sont offertes, la seule qu'il nous importe de suivre? Quel est l'instrument à l'aide duquel nous arriverons à cboissir, parmi des milliers de sectes entre les^ quelles telle religion s'est divisée, celle f d'entre elles qui n'a exclu aucune vérité, ou qui s'est garantie de toute erreur? £t si, en de pareilles matières, il est impossible à chacun d^avoir un guide plus sûr, plus impartial, plus intéressé à ne pas se tromper, que sa propre intelligence , comment serait-il possible d'en avoir un meilleur dans des questions de législation ou de morale?
Mais si l'égoïsme, la vanité, la paresse et la peur font repousser des sciences morales l'application de la méthode analytique , il ne faut pas croire que toutes les craintes qui se manifestent à cet égard, soient le résultat d'un préjugé ou d'un vice. Des hommes qui ne manquent ni de lumières, ni de désintéi^essement, et qui ne sont les protecteurs, ni des préjugés, ni de l'ignorance , ni d'aucun genre d'abus, peuvent ne pas être inaccessibles à. de semblables craintes. Il faut pour que la méthode analytique n'ait point de danger, qu'elle soit employée par des hommes qui aient non-seulement de la bonne foi, mais encore assez de sagacité pour savoir rapporter
7& niAITf BB CiGISLATIOir.
diaque efi^è Ih came qui le produit^ et {>our suivra toiis lefc ieffets qui résulteat d'iuae mèone cause; une^aoûlyse incomplète ou>ieî^e peut avoir des résultats aussi funestes que quelque systèaie «que ce joit. La même méthode qui^ dans tes ttwins d'uiA homme éclairé et d'un esprit àsxàky cmduk aar iicKmweàîa le» plufi utiles ^ festc fCTodmreaux plus fimestes écarts^ dmê ka msdne d'un homme sans lumièriss et d'un esprit fiiux. €et inconTéhient est gmve;* ifiaià il est coinmàn à toutes les.sciences; «t jamais on ïi'en eût ibrmë aucune^ û la crainte de tdmbar dam Terreur araic Mt reciQiDcer à la redierchede la ▼cri«é.
J'exanDÎnétai^ daBS le chapitre auivaaty quelles «dnt^ en lé^slatiom etehiRiorak, les conaéqoien'ces^ soit d'une analyse incomplète^ soit Femploi dessophismes et des hax système, j
LnriB I j GHANTmE vr. 79
CHAPITJttEVL
De 11Atf«ien6ef d'HiAé atialyfte feuM kn* kl» MiM siir leâ Mkbiii^ r
Nom âi«ôiii VU) ddnè leB diâpitresfyréeédfeB»^ que f âpj^lk^tibn de Ift méthpde analytique à l'étâde de k tnoraie ert delà lëgidlation ^ a {Kiar éfifet de divisel^ en diftti:» ckMto les «0110» et les inBtîMtibHfr hui>Mii]e$ ; de Àiérttre d^«a e6të celte Klùi pi^bdn&sent pont rhutmaiiitë* pins db bîiais que dé ttïtfux , et de p1«eer de l'autre icelleid ôpii produisent plus de mam: que de biens; de^fiiii^ réprouver ks fipeMièim ^par tcmm tes personnes à qui eHei uuiseoi, pàT' ^llâi aiènte «foi n'en souffrent pna f fiiaié qui ne ^peuvent pas espérer d'en profite^ ^ >€% souveM tnètne par ^celles <qili «h profitent; de rei^drtÉ^akmf^ees^tièns fSa» ^ares> oâ de ftkùf^ wtah» 4e» institutions., en tournant cdnirij elles Popbiim qui ^les «ontemit^ on qui me les condannïak'^stô. • ' > ^^
^'Nclus ktieni wr /de ^us^ que^f àpfdioattiM de la liièi^ n)éthod<g àdes i^onsri^ des iksëtmnfws ïAénfàiÉànî^y'A ]^otîr e£fot de les&im approuver prirf^tra@irles^p^8tmnies<À qui dle^fieu vent être titilea ^ m J^XfAleÈ qfifiin^ont auMMi^bien dkeet à ^'espérér/iîdTttltléWsfelles n'bn^ auouq mal
8o ' TRAITÉ DE LÉGISLATION.
à en craindre ; d^afiSeiiblir l'opporition des personnel qui ont ou croient avoir des intérêts contraires ; et de multiplier ainsi le nombre de ces actions^ ou d'amener l'établissement de ces institutions. Je rendrai la même pensée en moins de termes , si je dis que Teffet de l'application de la méthode analytique à l'étude de la morale et de la législation , est de déterminer l'action de la plus grande partie du genre humain, à proscrire les habitudes ou les institutions qui lui sont funeste, et à multiplier ou à établir les habitudes ou les institutions qui lui sont avantageuses. Lés hommes tendant naturellement vers leur conservation et leur déveiop(>ement y l'analyse à poutf effet de leur faire voir .quelle est la route qu'ilsr doivent suivre ^ et quelle^ e^ f^^à qu'ils doiv^t éviter.
J'ai à <létermÎQer maintwânt qu^ so^t y daiis les mêmessôeiices, les ^^ des analyses ini[)omplètcjs, de&fiiUK aysjtèiDCis^ des paradoxes , enfin de tqutea les erreurs;/ ^ous quelque nom qu'on les désiig^. On ccMftoeym &C!ileaient qu'eia^ m^ livrant à cet eiaoïen^âl ne s>''est (ias possible M détevminêr l'influence de chai{a6 erreur «en^pai^r ticulier ; il y a mille manièpc^s 4e QWi) yr^i^cMieiri eL chacune d'dies prpdôit 4^. e^fe 4}iii liiî)SOnt fffopres; Il «^ pfesit- |iil$ .li^;plus!êt¥Q qM^è^iQH ici de ^ .liv^p* à l'esamen ^e .tp^s 1^ . £»uïç f^ tèmes qui «i|t été imagËoéSii, feui'epiwivire Waim les cbnséqheooes. Ga^serlôt.un t«pvaU qui vl^mr tait point de^fin y et ^4<wtHlîlilfiliité ^e /^rii^ti :pa^
XIYÏLE I, GHAPItRE VI. 8l
très-grande. L'unique objet que je me propose > dans ce moment , est d-exposer là manière dont les erreurs agissent d^abord sur les esprits des homm^ , et ensuite sur leurs actions et sur leurs institutions.
Ayant exposé précédemment ce que j'entends par la méthode analytique , ou plus simplement par l'analyse, on concevra facilement ce que j'entends par une analyse fausse ou infidèle. Une analyse <?st fausse ou infidèle si elle ne décrit pas tous les caractères du fait qu'elle prétend faire connaître, ou si elle le décrit avec des caractères qui y sont étrangers. Elle est également fausse, si elle attribué ce fait à des causes autres que celles qui l'ont produit , ou si elle l'attribue ex^ clusivement à certaines causes , tandis qu'elle en laisse ignorer d'autres qui y ont concouru. Enfin, elle est fausse, si elle attribue à ce fait des conséquences qu'il ne produit pas , ou si elle ne présente qu'une partie des conséquences qui en résultent, en affirmant qu'il •n'en existe pas d'autres.
Il ne fout pafe confondre une analyse incomplète avec une analyse infidèle. La première fi'indique qu'une partie des caractères de l'objet décrit; mais tout ce qu'elle décrit est exact, et elle n!affirme pas qu'il n'existe point d'autres caractères que ceux qu'elle a tracés. La seconde décrit les choses autrement qu'elle ne sont , ou elle présente comme complètes des descriptions qui ne le sont pas. On est souvent obligé de se « 6
&d TBAITÉ DE LÉGISLATION.
boraer k àe$ analyses incomplètes ; on peut ne pas apercevoir toutes ks causes ou suivre tous les effets d'un phénomène qu'on décrit. On n'est jamais obligé de faire des analyses infî* dèles : il ne fout affirmer que les faits qu'on a constatés.
Pour déterminer les effets que produisent les faux systèmes, les sophismes ou les analyses incomplètes ou fausses , nous devons observer que toutes les actions et les institutions humaines rentrent nécessairement dans une de ces trois classes : plusieurs sont généralement considérées comme utiles au genre humain, d'autres sont considérées comme funestes, et d'autres comme douteuses ou comme indifférentes. Supposons poursimplifier le raisonnement, que le jugement porté par le public dans cette, classification soit juste ; mettons de côté les actions jugées indifférentes, et, au lieu de nous occuper en même temps des habitudes et des institutions, nous nous occupons d'abofd des premières. Nous pouvons d'autant plus nous abstenir de parler des institu* tions, que je ne dirai rien des habitudes , qui ne puisse s'appliquer aux lois.
Qu'un homnobe qui s'occupe dennorale , prenne une des habitudes que Topinion publique a classées au rackg de celk^s qui sont avantageuses au genre humain, et qu'il soumette à l'analyse ks effets qu'elle produit. Il peut se tromper de plu-* sieurs manières ; il peujfc ne pas apa»2evoir une partie dea maiis qui en sont inséparables , et
mettra au rang deâ effets quiân résultent^ de8' avantages qui sont produits par une cause différente. Il peut ne pas exposer les maux propres à détourner les bommes de cette habitude^ et lui attribuer faussement des avantages qui sont propres à k faire contracter. Par ce procédé, il ne la fait pas sortir de la classe des habitudes vertueuses; il ne la rend pas immédiatement moins commune. U est probable, au contraire, qu'il détermine quelques personnes à la contracter f si l'infidélité est volontaire , c'est un mensonge fait à bonne intention.
Une telle infidélité dans la description, des effets peut être suivie de plusieurs mauvaises conséquences,. Il arrivera que ceux qui cbercberoiit à contracter cette habitude, sur k foi de la description des conséquences qu'on- lui aura attribuées, la trouveront accom-pagnée de maux qu'ils n'avaient pas prévus, et dépourvue d'avantages qu'ils avaient espérés. Leur attente étant ainsi doublement trompée, ils se sentiront disposés à la repousser comme mauvaise, sans se donner la peine d'en soumettre les effets à l'examen; la f <M*ce avec laquelle ils la repousseront sera en raison de la déception qu'ils auront éprouvée. D'un autre côté, ceux qui ^ par un motif quelconque^ voudront s'opposer à ce que cette habitude seforme^ ne manqueront pas de diriger leurs attaques sur la partie, fausse de la description; et, Finemetilude ea étant prouvée, ils croiront et feeont ctoire qu'ils ont triomphé. Ce que peut dé-
84 TRAITÉ DE LéGISLATIok.
sirer de mieux unfaomme qui défend une tnau vaise cause, c'est de voir son adversaire défendre ta sienne par de mauvaises raisons; car ces raisons sont pour kii des moyens d'excuse et quelquefois même de succès.
L'analyse des conséquences d'une habitude utile au genre humain peut être infidèle d'une autr^ manière. Elle peut ne pas présenter toutes les conséquences avantageuses qui en résultent , et présenter, comme des effets qui en dérivent , de& maux qui sont produits par d'autres causes. Le premier effet de cette infidélité est de tirer l'habitude dont il est question de la classe des habitudes utiles, et de la faire passer, ou dans la classe des habitudes douteuses, ou dans celle des habitudes funestes; le second, de corrompre les mœurs des personnes dont elle a faussé le jugement. Un exemple fera mieux comprendre la manière dont agit sur les mœurs une analyse infidèle.
Un moraliste soumet à l'analyse les effets de l'habitude de l'économie : il décrit les privations qui sont inséparables de cette habitude ; mais , lorsqu'il arrive à en faire connaître les conséquences, il n'aperçoit pas l'indépendance qu'elle donne, soit à celui qui la possède, soit à sa famille; ou bien il ne comprend pas comment, en formant de nouveaux capitaux, elle crée des moyens de travail pour les classes laborieuses de la société. Il est évident qu^en procédant ainsi , il affaiblit les motifs qui pouvaient déterminer les hommes
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à contracter ou à conserver cette habitude ; car personne ne consent à s^imposer des privations dont on ne peut retirer aucun avantage ; et une action dont les avantages ne sont pas aperçus par celui qui l'exécute, est pour lui la même chose qu'une action qui n^en produit aucune. D^u» autre côté, les autres personnes à qui cette habitude est utile , ne voyant pas les avantages qui en résultent pour elles, cessent de la soutenir ou de l^encourager; le public lui-même n'y attache aucune importance, et n'accorde aucune estimeà ceux qui la possèdent. Cette habitude s'affaiblit alors de plus en plus, le nombre des personnes qui la possèdent décroît , parce qu'elle n'est plus soutenue par l'opinion , et que les privations dont elle est accompagnée exercent une action continuelle propre à la détruire.
Mais si le moraliste , après avoir laissé inaperçue une pai^tie des bons résultats de l'économie, attribuera cette habitude des mauvais effets qu'elle ne produit pas ; s'il lui attribue l'inactivité dé l'industrie, la stagnation du commerce, là misère de la classe ouvrière , il tournera contre elle l'opinion publique ; il la fera condamner par toutes les personnes qui lui attribueront une partie de leurs souffrances , et même par toutes les personnes désintéressées. Le public la fera passer alors au rang des habitudes funestes; il la flétrira du nom de vice, et exercera son in-» fluencc pour la rendre aussi rare que possible; par une conséquent inévitable, ce sera l'habi-*
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tude contraire qu'il encouragera, et qu'il fera passer au rang de celles qui sont jugées bonnes. Cependant le jugement qu^on portera de l'économie ou de la prodigalité, ne changera rien^ ni à la nature, ni aux résultats de ces habitudes ; la première continuera de produire de bons effets, mais elle sera moins pratiquée j la seconde con* ' tinuera de produire des effets funestes, mais elle sera plus commune.
Telles sont les conséquences d'une feusse analyse lorsqu'elle est appliquée aux résultats d'une bonne habitude. Nous allons voir qu'elle produit des conséquences analogues lorsqu'on l'applique aux effets d'une habitude funeste.
L'analyse des effets d'une mauvaise habitude peut être défectueuse de plusieurs manières; elle peut présenter comme en étant des conaéquences, des maux qui n'en résultent pas réellement, et ne pas présenter tous les biens qu'elle prodoit . Cette inexactitude ou cette infidélité laissera l'habitude dans la classe à laquelle elle appartient ; elle n'aura pas pour effet de la rendre immédiatement plus commune; au contraire, il est poissible qu'elle détermine momentanément quelques personnes à s'en abstenir. Elle finira cependant par produire de mauvaises conséquences: les personnes qui se livreront à cette habitude, y trouvant des jouissances qu'on avait dit ne pas y être , et n'y ti^ouvant pas lous les maux qu'on avait dit en résulter, verront qu'on les a trompées. £Ue»*setfontMd'apèant> pkui dis^