‹ Traite de legislation, ou Exposition des lois generalesChapitre 13 sur 69 · LITRE I, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LITRE I, CHAPITRE VI

posées à s'abandonner à leurs penchans, qtie^ si elles ne les considèrent pas comm^ TertBettk; elles seront au moins très-disposées aies considérer Gomme innocens. En exagérant les manx que produisent les mauvaises habitudes , on fournit des armes à ceux qui veulent les défendre. Il faut s'abstenir de calomnier même le vice, de peur que le public ne le prenne pour une victime^ et ne finisse par s'intéresser à lui.

L'analyse des effets d'une mauvaise habitude peut être infidèle d'une autre manière : elle peut la présenter accompagnée de biens qu'elle ne produit pas , et ne pas faire voir les maux qui en sont la suite , ou n'en faire voir qu'une partie . L'effet que produit sur l'esprit une telle description , est de faire sortir l'habitude décrite du rang des habitudes funestes, et de la faire passer au rang des habitudes indifférentes ou même avantageuses. On multiplie ainsi les motifs qui portant les hommes à la contracter, et l'on diminue les motifs propres à les en détourner ; ceux qui hésitaient à s'y livrer, s'y abandonnent avec confiance, d'abord parce qu'ils s'attendent à y trouver de grandes jouissances; en second lieu , parce qu'ils ne prévoient pas les maux qui en résulteront, soit pour eux-mêmes, soit pour les autres ; enfin, parce que le^ personnes qui en souffrent, ne voyant pas la cause de leurs maux, n'exercent sur elle aucune action pour la feire cesser.

Gegenre d'infidélité, qui d« tous est le p\iii

fécond en nxauvais résultats , est très-souveirt mis en usage; il ne l'est pas seulement par les hommes qui veulent se livrer à de* passions funestes , ou qui cherchent à séduire leurs sem-^ blables pour en faire des instrumens àix des complices; il Test aussi quelquefois par des écrivains qui aspirent à se rendre célèbres par Tin-^ dépendance ou par la nouveauté de leurs opinions, et qui se font un mérite de se mettre au-? dessus des jugemens du vulgaire. Ne voyant pas les résultats éloignés de certaines actions ou de certaines habitudes , et trouvant que ces habitu-r des ■ ou ces actions sont suivies immédiatement de certaines privations ou de certaines jouissances, ils s'imaginent que le caprice et l'ignorance ont pu seuls les comhiander ou les interdire, et poussent les. nations vers le désordre et la misère, en croyant les ramener dans leur état naturel. C'est ainsi qu'oin est arrivé à considérer l'association et la fidélité conjugales , la subordinatioa des enfans envers leurs parens , le respect de la propriété, et Tordre social lui-même, comme des résultats de la violence, de l'imposture ou du caprice ; c'est au nom des intérêts de l'humanité qu'on a poussé les peuples vers un état pire que l'état sauvage.

Dans la législation, une analyse incomplète ou infidèle produit des effets analogues à ceux qu'elle produit en morale ; mais ces effets sont souvent plus inévitables , et par conséquent beç^ucpup plus étendus. Un ouvrage immoral.

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et je donne cette qualification à tout écrit qui tend à propager ou à fortifier de mauvaises habitudes ^ et à en affaiblir de bonnes , n'influe imniédiatement que sur les personnes qui le lisent et qui ont l'esprit assez faible pour ne pas en démêler les erreurs ou la fausseté. Un écrivain peut vanter la prodigalité sans que personne se sente forcé de renoncer à Téconomie; s'il détermine le gouvernement à faire de folles dépenses, les particuliers du moins restent libres dans leur conduite privée. Une analyse fausse ou incomplète, qui fait établir ou conserver une mauvaise institution , influe sur le sort de toutes les per3onnesau préjudice desquelles cette institution existe, et celles qui en voient le mieux les vices, sont celles aussi qui en souffrent le plus. De même une analyse infidèle qui empêche Fadop^ tion d'une institution salutaire, agit immédiatement sur la destinée de tous ceux qui en eussent profité; et ce sont encore ceux qui la jugent le mifsux , qui en sentent le plus vivement la privation.

Supposons, par exemple, qu'un légiste recherche quelest le moyen le plus sûr d'arriver à la découverte d'un fait donné, d'une opinion ou d'une action jugées funestes. Il observe ;qu'en général, lorsque les hommes souffrent, ils se résignent aux plus grands sacrifices pour mettre un terme à leurs douleurs. Il observe de plus qu'en soumettant à la torture un accusé, et en - augmentant graduellement ses douleurs, on peut

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arracher de lui , soit Faveu du feit qai lui est imputé^ 80Ît la dénonciation de ses complices. L'idée d'une découverte si précieuse enflamme son imagination ; il voit que^ si elle est adoptée, on aura un moyen sûr d'arriver à la découverte de tous les criminels 3 que les malfaiteurs, craignant d'être dénoncés les uns par les autres, ne trouveront plus de complices, et que le seul défaut de complices rendra impossible la plupart des crimes , ceux du moins qui alarment le plu^ la société. Si notre légiste n'est investi d'aucune autorité, il n'agira que sur les esprits, et la force de l'action qu'il exercera sera en raison de l'ignorance des hommes auxquels il se sera adressé, et du talent avec lequel il aura exposé son système ; s'il est investi de la puissance publique , il emploiera sa raison pour convaincre les ignorans, et son autorité pour soumettre les incrédules. Dans l'un et l'autre cas, si ce système est converti en loi , il agira sur la population entière, et il se maintiendra jusqu'à ce qu'un homme plus habile , soumettant les effets de la même loi à une analyse fidèle , ait démontré qu'elle ne produit pas les avantages qu^on en avait espérés, et qu'elle produit des maux qu'on n'avait pts prévus.

Par la même raison qu'une analyse infidèle peut faire adopter une institution funeste, elle peut empêcher l'adoption d'une bonne , ou en amener le renversement. 11 suffit de présenter comme des conséquences de cette institution des

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maux qui sont produits par d'autres causes , et de taire les biens qui en résultent y ou de les attribuer à des causes différentes.

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