‹ Traite de legislation, ou Exposition des lois generalesChapitre 16 sur 69 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Des lc# inhérentes à la nature hums&ie , et des opinions dea j«BB00ii8«lteB à ce sujet.

Dans la formation de l'homme , de même que dans la fonnation de tons les êtres organisés , la nature suit une marche constante , invariable ; elle les crée tous avec les mêmes fecultés , et les assnjétit aux mêmes besoins. Si des aberrations se font quelquefois remarquer dans quelquesuns, ces aberrations, produites par âes accidens, disparaissent avec les individus sur lesquels on les a observées , et re8j)èce n'en est pas affectée.

Naissant avec les mêmfes organes , ayant à salis£ftireles mentes besoins, étant sujets à contracter les mêmes habitudes , les hommes prospèrent ou dépérissent par les mêmes causes. Ils sont nombreux et forts partout où ils satisfont leurs besoins dans une juste mesure ; ils sont faibles et rares partout où ils ne peuvent les satisfaire qu'avec difficulté. La faim et la soif, le froid et la chaleur, la crainte et la sécurité, produisent sur tous les mêmes effets , lorsqu'ils ont

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contracté les mêmes habitudes et reçu le même développement. ,

Cette liaison qui existe entre une cause et Teffet qu'elle produit^ est ce qu'on nomme une loi naturellCy ou simplement une loi. Âinsi^ c'est une loi que l'individu qui s'abstient de prendre des alimens pendant un temps donnée sou£&e un certain genre de douleur^ ou périsse si l'abstinence est trop long-temps prolongée;* c'est une autre loi que celui qui expose 9e» organes à l'action du £eu^ se chauffe ou se brûle ^ selon la distance à laquelle il se place; c'est une autre loi que celui qui. est privé de la quantité d'air respirable qui lui est nécessaire^ souffîre ouk meure ^ selon la durée ou l'étendue de la privation ; c'est une autre loi que la multiplication( de l'espèce résulte de l'union des 9esL^ y c'en est une autre que des jouissances trop souvent répétées^ ou trop long-4emps prolongées^ afi&ûblissent nos organes ; c'en est un autre qu'un exercice modéré les fortifie.

Lorsqu'on affirme que le genre humain est soumis à telle loi^ on ne £edt donc pas autre chose qu'indiquer la^ relation qui existe $ntre I deux phénomènes dont l'un est constamment I produit par l'autre. C'est dans le même sens qu'on parle des lois du monde physique : c'est une loi que tel grain germe et se multiplie ^ s'il est déposé dans la terre; qu'il se réduise en va-^ peur et en cendres^ s'il est exposé à l'action du feu; qu'il soit dissous d'une autre manière^ si

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un animal quelconque 8' en nourrit -y c'est une autre loi du monde physique que tel corps tombe s'il cesse d'être soutenu ; que tel autre s'élève, selon la manière dont il est comprimé. Dans ce sens , on peut dire, avec Montesquieu , que tous les êtres ont Içurs lois; <pie le monde physique a ses lois, et que les intelligences célestes ont les leurs. Tout ce que cela signifie, c'est que, la nature des choses étant déterminée, les mêmes^ causes produisent constamment les mêmes effets; et que les effets ne peuvent être difierens,] à moins qu'on ne ehange la nature des choses.

En le prenant ainsi dans le sens le plus général, le mot loitL la même signification cpiepuissance : deux choses étant données, nous considérons comme une loi de leur nature, l'action que Fune d'elles exerce constamment sur l'autre dans tous les cas qui se ressemblent. On observe qu'il y a une action et unei^éaction continuelles, soit entre les hommes et les choses, soit entre les individus qui sont de même nature ou de même espèce. Cette action et cetfe réaction nous sont favorables ou funestes, nt>n par un affet de votre volonté, mais par une conséquence de leur propre nature et de la nôtre. Il n'est pas en notre pouvoir de nous soustraire à Faction des choses dont la nature a fait une condition de notre existence , et d'échapper en même temps à la destruction; nul individu n'a la faculté de se soustraire à l'action qu'aercent sur lui l'air atmosphérique ou les substances alimentaires ,

laa TAAITÂ »K LÉQISLA,TIOB.

êSûOM ea porter ausaitôt la peine. Tomt homme est égalem^it dans rahematîve on d'échapper à Uactioa de certaines choses^ ou de subir lesman- Vais effets qu'dles produisent sur lui : ce sont les loia de sa nature.

Poov connaître toutes k» lois aiixquettes ie genre humain est soumis, il fendrait €onnaitre> les diverses manière» dont les hommes peuvent être alfeetés^ Factîoa que les indîvidns'cle messe espèœ ou de même genre eseccent ou peuvent exercer les uns à l'égard des aiotres /les>efiBeis qui sont ou peuvent être produits auor eux per fes^ ' y choses qui existent dans la nature, et rînfluence qu'ils peuvent eux-mêmes exercer sur ces choses; de même que pour eonnidtre toutes les lots dit monde physique, il fendrait savoir qndl est le genre d'action que les choses exercent ou sont susceptibles d'exercer les unes snr les autres.

L'application dé ^a métboie analytique aux habitudes et aux institutions humaines, n'a pas d'autre objet que de rechercher les loia suivant lesqudles les peuples prospèrent, dépérissent, on restent s taîtionliaîres ; c'est la connaissance de ces lois qui forme la science de la morale ou de . la législation. L'affîmiation que telle action oit telle institution est conforme ou contraire à la loi naturelle de l'homme, ne peut donc pas^signifier autre chose , ai ce n'est que de tel feit il résulte telle conséquence bonne ou mauvaise; c'est une manière abrégée d'énoncer le résultat d'une démonstration précédemment feite, ou

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jugéi]iutiieV<^smsedèrëvidèiicé d^^ ; mais $i la démonstration n'a pas été £8dte ^ qii si les &its ne sont pas l'econnus > l'affîrmation ne signifie absolument riéïi : ellese réduit à une pétition de principes^

J'ai donné aux mots /a^' ui^urelie le sens qu'Mi leur donne génét^dism^a^ Jorsqn'cm v^^ désigner la relation de deux &its dont l'un est ëons-« tamment produit par l'autre; mais ce s'est pas ainsi qu'ilssont entendus en jurisprudence. Danîs cette science, ils ne servent généralement qu'à désigner une certaine coHecdon de mttdmes que les jurisconsultes étendent ou restreignent presque arbitrairement, et qu'ils considèrent comme ' la base de toutes les lois sociales.

Ulpien avait défini les lois naturelles , cdlles que la nature a enseignées à tous les animaux. Des jurisconsultes mod^mes , trouvant cette définition vicieuse, et ne vodbnt pas assimiler l'homme à la béte , ont défini ces lois , celles que Dieu a promul^ées au genre humain par la droite raison (1). D'autres ont pensé qu'on pouvait rendre cette définition plus juste en disant ; que les lois naturelles sont celles que la raison éternelle a gravées dans tous les cœurs (S). Mon-*- . tesquieu avait dit que la loi, en général, est la raison humaine en tant qu'elle gouverne tous les peuples de la terre (3). Enfin, d'autres ont cru

(i) Heinnecius , récit, lib. i , tit. a, J. 40.

(a) Delvincourt, Inst. de droit eivil , titre préliminaire.

(3) Esprit des lois , lir. | ; ch. 3.

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que Fa^sentiment universel à une nlaxime> était une marque infaillible que cette maxime était une loi naturelle.

On ne s'est pas mieux accordé sur les choses définies que sur la définition ; ce que les uns ont considéré comme une loi naturelle^ n'a été considéré par les autr^ que comme une loi arbitraire ou positive ; ainsi j tandis que Domat assure que c'est nne loi naturelle que les pères laissent leurs biens à leurs enfans (A ) , Montesquieu affirme que la loi naturelle ordonne aux pères de nourrir leurs en&nsy. mais qu'elle ne les oblige pas de les fiiire héritiers (â).

Les lois naturelles ^ dans le sens que les jurisconsultes attachent à ces deux niots y étant invariables^ et l'éternelle raison les ayant gravées dans tous les cœurs, il semble qu'il ne devrait pas y avoir de dispute sur le nombre de celles qui existent. Les écrivains sont loin cependant d'être d'accord à cet égard ; quelques-uns mettent au nombre des lois naturelles les principales maximes de la morale ; ils disent , par exemple , que ces lois défendent à l'homme de tromper ses semblables, ' de lès blesser, de porter atteinte à leur honneur, d'usurper leurs propriétés ; d'autres , et Montesquieu est de ce nombre , prétendent que , pour les connaître, il faut considérer un homme avant l'établissement des sociélés. Les lois de la nature,

(i) Lois civiles, ch. ii>S. 6.

(a) Esprit des lois , liy* a6, ch. 4.

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