LIVRE I, GHAPIT&B IX
diseiit-Us^ seront celles qu'il recevrait dans cet état (i). Partant de ce principe^ Montesquieu réduit à cinq les lois naturelles : la première par son importance^ est celle qui^ en imprimant dans nous ridée d'un créateur, nous porte vers lui ; la seconde celle qui porte l'homme à la paix ; la troisième celle qui le porte à chercher à se nourrir ; la quatrième celle qui porte un seie vers l'autre; la cinquième celle qui porte les hommes à vivre en société (S) • (]et écrivain exclut ainsi du nombre des lois naturelles la plupart des maximes que les jurisconsultes y font eqitrer.
Il est un autre point sur lequel les jurisconsultes ne sont pas plus d'accord que simples prér cédens. Les uns admettent que les lois naturelles peuvent être modifiées par les lois pqsitjlves ; lef autres sont d'avis qucrrien ne peut les changer. Grotius pense que ce pouvoir n'appartient pas même à la Divinité • et son opinion est partagée par plusieurs écrivains. Blackstone, tout en pro*fessant un profond respect pour l'autorité des gouvernemens, leur refuse la puissance dis changer les lois de la nature et de la révélation. On ne doit pas souffrir, dit-il , que les lois huhdaines contredisent celles-là j si une 'loi humaine nous ordonne une chose défendue par les lois, naturellies ou divines , nous sommes tenus de transgresser cette loi humaine (5). D'autres juriscon-
(i) Esprit des lois^ Uy. i, ch. 2.
(2) Ibid.
^ . 0 Les jurisconsaltes considèrent les lois na turelles comme
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raltes^ non moins dévouée au pouvoir^ assurent que les lois natarelk» sont immuables^ qu'elles ne dépendent ni du temps , nî des lieux , et qu'elles règlent ëgaleufnent le passé et Tavenir. Ces propositions sont professées publiquement et sans contradiction^ même dans des pays soumis à des gôuverneniens absolus : on les considère comme des vérités évidentes par ^es- mêmes, et qu'il n'est pas nécessaire de démontrer.
En lisant ce que les jurisconsultes et les phîlosopheis ont écrit sur les lois naturelles, une réflexion se présente à l'âsprit : on se demande confient il se peut que des lois que la nature enseigne à' tous les animaux, que Dieu a promulguées au genre humain par la droite raison, qùé la raison éternelle a gravées dans tous les cœurs, qui ne sont que la raison humaine en tant tpjtelle gouvcirne tous les peuples de la terre donnent lieu à tant de contradictions ! Si elles sont gravées dans tous les cœurs, ou si la Divinité a pris soin ellerniême de les promulguer aux hommes, elles doivent être connues aussi bien
étant iternell£« etànnuiabUs^ H leê Ifiïs positives côoun^ temporaires et révoc4>les,à yoloi^té; mais cela ne les empêche pas de faire résulter une loi naturelle d'une loi positivé. L'esclavage domestiqué , par exemple , ne peut exister qu'en vertu dNiné lorproâltife} il e&t cotidamné par la loi natnrelle. ( L. 4. Dig. dejuvê. et fur. L. 3^ , Dig. de reg^ jur, ) Cependant ce sont les lois de la nature qui sanctionnent les obligations des affranchis envers leurs patrons: Naturâ enim opéra pàtronp libertus débet, Dig. lib. 12, tît. 6^ 1.26, §.2. '
de l'ignora&i qui aesait pa9 lire ^ que degsa^ns qui [Hreimeiit soin de nomades expliquer ; cbaeiim doit les définir de la mêrni^ iBanlère ^ et m. con* Baître exactement les disposkiops» IHousiWfons cepeodantqùeicetix qui passent pour les xnienx eonnaîlâre^ ne s'entendent paa entre ensc; qoeee quedes uns preimerpt pouv ùnp loi nator^e n^vst considfiré par les autres quer^eetume «ne loi po*siti^^^ et qne la droite xaisoii de Domaê àdéoou*vert^aii moins dix fois plue de lois naturelles que is. génie de Mcmtësqiiiea« > ^
Lé consentement universel / qui eit le signe à râidé dnquel on pr^te&d les reconàaitrev ^ pour OBlft'<l'uniiaibte secours; car quelscrq le moifen à ¥4nd(Ç'4Qquel dn «constatera- cm pareil leonsen-»- (ement ?• Çh ne pôut coaasuhoB ton» les? individus qui peuplent la terre /et s'assprer du consulte* menft'dies. ^générations passées' et des «générations àiiisèiiîr;iSi^ dansfquelqne iien et dans qnelqqe tsmps.< qùC' iaej seil^/ on treoiTe dé^^ .hommes qui refiasfant leprtassènitiment / icela saffîra^t^l'pour eoÏQinahder la-cropnosdiu veste; du; mbnde^ Peut •hètrei diri-^^teoiv qu^ien fpa])laiiÉ' du) oonsentéK ment' u^ivérsel^' on^nk^lsnd'psQ^hr iqhejdu cen-^ sehtemeat des^^èns éobircB ^ mais alors il»lie &ut pas dire que 1^ lois naturelles cwt ^tépronul* guées au genre humain par la droite raison ; il Éaut ^reproduiyé \e sophisme rapporte par Loqke, et d^fp ;, If es lois que tout le ,geij]^e hpm^m rçcpoii|siit^Wjit.iAatureUes4 jc^lles^que les persoiuies de bon sens reconnaissent sont admises par tout
le genre humaiu ; nous et nos amis sommes des personnes de bon sens ; donc nos ma&imes sont des lois naturelles (i).
Les homme&qui nous présentent leurs pensées comme des lois naturelles^ et qui en donnent pour preuve le consentement universel^ ne se mettent guère en peine de conâtater renstence d'un tel consentement. S'ils avaient un peu mieux observé les^its^ ils se seraient conyaînpns. de Timpossibilité d'obtenir presque svyr rïen l'asiâor timent de tous les hommes ; ils aiaraient vu les mêmes actions honorées en Grèce ^; flétries à Rome, considérées dans un pays comme indifférentes, proscrites dans un autre comme essén^ tiellementimmorales; ils auraient vu leslaprâiaia, ayant pour certains animaux domestiques un. si profond respect qu!ils ne peuvent les punir ^ et surtout les mettre à mort, sans une autorisation spéciale de leur empereur^ exposer leurs èaâsm ou les étrangler* sans être. dssujétâs là aciçuM peine ; (S); ils .auraient vu lea km îeft fka$ absur-t des^ les usages les fdur immoraux ou les- plus atroces > être en vénération chez ^les nationâ en-r tières , et 1^ actions ou fe^ opinions les! plus ia<* nocentes, ourmemes des plus utiles, être punies coimne lés ph» grands crimes (3).
^ (^} Essai sur Tentendement humain ^ liv i , ch. a. (là) Jlistoi^e et description générale du Japoa, par Charlevoixy' îîv. préiîniinaîre,ch; a et 9, et supplément^ ch. 8.
(3?) Voyez l'Essai sut l'entendement humain, îîv. i, cbJ 2, 5.9.' i . . ., ; V r- •. î'^ . '■'• /
LPnat I, cBAPiTÀE IX* 1119
Un célèbre jurisconsulte «nglai»^, M» Jëreiniie Benthâm.^ frappé des contradictions des jrniriconsultees , de rincohérence de leurs dé&iitiens 5 et surtout de l'inutilité de feur&systèities, a prétendu qu'il n'existait aucune loi! aaturelle^ dans le sens du nioins généralement, attaché à oe mot. ... ;;.•..
«Les auteurs, U-t-il dit , ont pris ce mot comme ê'il ayait un sens propre , comme s'il y avait un codede ]ois naturelles ; ils en appellent à ces lois, ils les citent , ils les opposent littà'.alement aux lois des législateurs , et ils skb s'appr^ivent pas que ces lois naturellesiaimt dfisJoiêi, de leur invention, qu'ils se cmnrediaent topSiSiu* ce code prétendu , qu'ila sont réduits^à affirmer sans prouver, qu^iutant d'écrivains. autant: 4e systèmes, et qu'en raisonnant dé cette manière, il fapt toujours recommôncer ^ parce, que^ sur. des lois imaginaires, chacun peut' avancen 09. qu'il lui pl«ât, et que* les disputes soiitintjerininahles. S'il y avait une loi deUa' nature qui diri^^t tous les hommles vers leur bien commun , les lois sen raient inutiles. Ce serait- employer un roseau .à soutenir tm chéhe ; ce serait allumer un: flambeau pour ajouter à la lumière du. soleil (i). »
Lf^ systèmes des jurisconsultes* sur les lois naturelles ne paraissent pas!à M. Bentham de vaines théories ; il les considère jcomme des erreurs fort <iangereuaes^, comme les pîlus grande enne-
(i) Traité de législation chile et pétialii^'t* 1 , ch. i3, n. 10. *• 9
l5o TEHITÉ DB LÉGISLATlOn.
mis de la vaiMn.^ comme les aitnesles pUis terribles qn'on paisse employer pour détruire les ^ùteriiemens.
Suivant lui^ on ne peut plus raisonner avec des fiinaitiques armés d'un droit naturd <{ue chacun entend comme il lui plaît ^ applique comme il lui convient ^ dont il ne peut rien céder^ rien retrancher^ qui est inflexible en même temps qu^inintelligible^ qui est consacré à ses yeux comme un dogme , et dont cuine peut s'écaiter sans erÎQie^ Au lieu y dit41 , d'eiuuniner les loispfir leurs effets^ au lieu de les juger comme l^ftiiids^^ oomme mauvaises , ils les oonsidè- ¥«»iS' par leur rapport avec ce prétendu droit na- W|i^V'<^'ést«4^re qu'as substâtuent aujtaison- ^^iti«Éft de l'eaÊpépiJbnee tontoj les chimères de kiuifiimagttia/tîon. x. i >
Après: avoir, démontré > par des rexen^es^ ■eofi^ifterit les «rren^ des jifarisisoniiilfes se gli^ se^bl' de la dieoine'dnts.lfi pratique^ etcoamme&t elles î«jD^^nt ' les ohojsens à traASgrosser les lois , te niéme écrûrain ajouté : ti N'est-'ce pas mettre 4esttNn«sà la lAniQde tbusles)&n»tique^ eoiMre tMé'le» gem^vieriiemeMr? Bans FiOEimwse variété dtes iltiécis rar la loi naitiirelleet là hnàiym^» chacun ne trouvennt^ pas quielqu^ raison pour résister à toutes les lois, humaines? Y a-*tril un seul état qui' put se maintenir un Jour ^ si chacun se croyais en ccmsdence tenu de résister aux lois , à moins qu'elles ne fussent conformes h «ses idées particuliènes sur h loi naturelle et la
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loi révélée» Quel horrible ooupe^gorge entre tous les interprètes du code de la nature et toutes les sectes religieuses (^) ! »
Les systèmes des jurisconsultes sur les lois naturelles ont pour base deux supposition» égalentent inadmissibles : Tune» que les maxîmwt auxquelles on donne le nom de lois natiu^îles sont des idées innées^ communes à tous les individus de notre espèce ; l'autre que les hommes sont sortis de Tétat de nature 5 une époqiie qU' on ne saurait indiquer ^ mais sur l'existence de laquelle on ne peut élever aucun doute. Il n'est aucune erreur j surtout en morale et en législation j qui n'ait de» conséquences plus ou moins funestes j et celles que je viens d'indiquer ont retardé beaucoup les progrès de l'esprit humain 3 jje ne crois pas cependant que le danger le plus grand qu'elles présentent^ soit celui que paraît craindre le philosophe anglais* Les hommes sont si généralement portés à la soumission, qu'on ne les voit guère se révolter contre leurs gouvernemens pour soutenir des systèmes philosophiques ; si l'on a vu ^ dans des révolutions 5 des hommes se faire des armes de quelques principes généraux pour sonlever des populations entières * si ces principes sont devenus des signes de ralliement contre rautoritéj c'est qu'on avait, pour s'insurger; des causes plus réelles ; on les expliquait mal sans
{*) TrAité de légkbttoa civUe et {léhîiléj du t'i , n. lO^
iSn TRAITÉ DB tÉGISLATIOlf.
doute, on se trompait 8ur le moyen de foire triompher 8es intérêts ; mais on ne s'armait pa» pour des chimères. Loin de craindre la résistance aux bonnes lois , il foudrait craindre plutôt une soumission trop Jacile à des lois vicieuses ; pour un peuple qui résiste. à une bonne institution, on peut en trouver dix qui se soumettent à}ies institutions qui sont et qu'ils savent malfaisantes. La crainte qu'éprouve un gcmvernement de blesser une nation dans ses idées de justice ou de morale, et de la porter à la résistance, doit produire, à tout prendre , plus de bien que de mal ; puisqu'il y a au moins autant de lumières et de morale chez les peuples que chez les gouvernémens, et qu'il y a un intérêt plus vif et plus immédiat à n'être soumis qu'à de bonnes lois.
L'objection tirée de la crainte de la résistance peut avoir d'autant moins de force ,^ qu'elle peut s'appliquer à tous les modes de raisonnement ; l'affirmation que telle loi est contraire au droit naturel, peut ne troubler la sécurité de personne; mais l'affirmation que telle loi sera suivie de tels maux, peut inquiéter tous les hommes qui se sentiront menacés, et les disposer à la résistance. Les défenseurs des mauvaises lois peuvent dire aussi que, si chacun peut juger les lois par leurs conséquences ou par l'utilité dont elles sont, oa mettra les armes à la main de tous les raison^ neurs contre tous les gouvernemens ; que , dans l'immense variété des idées ^ sur ce qui est utUe ou funeste, chacun trouvera quelque raison pour
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résister à toutes les loi<5 humaines 3 qu'il n'y a pas un seul état qui pût se maintenir un jour, si chacun se croyait en conscience tenu de résister aux lois y à moins qu'elles ne fussent conformes à 8&è idées particulières sur l'utilité.
Le plus grave inconvénient qui résulte des doctrines des jurisconsultes sur les lois naturelles , n'est donc pas la résistance à laquelle ces doctrines peuvent exciter les peuples contre leurs gouvernemens -, il est dans les obstacles qu'elles mettent aux progrès de nos connaissances. Une fois qu'où a posé en principe que les lois naturelles de l'homme sont gravées dans tous les esprits ou dans tous les cœurs , on n'a plus rien à ajouter : nul ne peut se prétendre plus instruit que les autres. Un homme qui avouerait qu'il a quelque chose à apprendre , devrait être considéré comme un monstre^ il serait, au moral, ce que serait, au physique ^ un individu qui naîtrait privé des organes de la vue. <
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