LIVRE I, CHAPITRE XIII
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Ce système, vaaté tout à la fois par des prêtres et par des philosophes , se conçoit aisément ^ quoiqu'il ne repose sur aucun dogme positif. Il n'est point de système philosophique, créé par l'imagination , qui puisse résister à l'examen ; il n'est point de religion qui n'impose aux hommes un nombre plus ou moins grand de devoirs mo* raux, qui ne recommande certaines habitudes et qui n'en proscrive d'autres; il est même des re^ ligions qui renferment des systèmes de législation et des principes de gouvernement. En soumettant à l'analyse les actions commandées et les actions interdites , on peut trouver que quelques-unes d'entre les premières sont funestes au genre humain, tandis que, parmi les secondes ^^ il en est qui lui sont favorables ; on peut, par conséquent, tourner contre tel commandement ou contre telle défense la tendance qui porte la nature humaine vers sa prospérité. S'il était prouvé, par exemple, que les lumières sont une des principales causes des vertus et de la prospérité des nations, un précepte religieux qui recommanderait l'ignorance, perdrait par cela même une grande partie de son influence, et donnerait peu doi considération aux hommes chargés de l'enseigner.
Les fondateurs des religions, en établissant des devoirs moraux, ont eu pour but, du moins en cela , le bonheur des hommes auxquels ils les ont imposés , même lorsque, pour faire remplir ces devoirs, ils ont employé des moyens que la
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bonne foi condamnait. Le plupart des législateurs de l'antiquité ont £ait intervenir un être surnaturel dans la fondation de leurs institutions; ils se sont environnés de circonstances miraculeusesy propres à entraîner les suffrages d'une multitude ignorante et barbare. L'observation de leurs préceptes moraux ou législatifs ne devant^ dans leur opinion^ produire que d'heureuses conséquences^ ils n'avaient pas à craindre d'en voir rechercher les résultats; ces recherches d'ailleurs n'étaient probablement pas à la portée des hommes auxquels ils donnaient des lois. Nous ne devons donc pas être surpris de ne pas trouver dans leurs préceptes la défense de rechercher quelles sont la nature^ les causes ou les conséquences de telles actions ou de telles institutions.
Mais tous les ministres de chaque religion n'ont pas la même confiance que les fondateurs, dans l'utilité des préceptes qu'ils veulent &ire observer ; les progrès qu'ont faits les lumières peuvent avoir rendu douteux ce qui ne l'était pas il y a plusieurs siècles. Il arrive d'ailleurs que les préceptes d'une religion se multiplient avec le temps , et qu'à ceux* qui furent établis dans l'intérêt du genre humain, les ministres chargés de les faire observer en ajoutent quelquefois qui n'ont pour objet que leur intérêt particulier. Ils ne peuvent alors, sans s'exposer à un danger personnel, permettre qu'on recherche les causes et les conséquences des actions