‹ Traite de legislation, ou Exposition des lois generalesChapitre 30 sur 69 · LIVRE I^ CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE I^ CHAPITRE XIII

U» dystème qui fonde la morale exclusivement sur le8 préceptes d'une religion positive, et qui laisse la législation soumise au raisonnement et à l'expérience, est beaucoup moins contraire que le précédent aux-progrès d'une nation. Cependant, la morale privée exerce une telle influence sur le bien-être des hommes , et elle est si intimement liée avec la législation, qu'il eçt impossible qu'un tel système ne soit pas une source de querelles, et un obstacle à leur perfectionnement. Si le gouvernement conserve son indépendance, il peut changer les mœurs par la force des lois et par le

» doit point ^voir d'autre pontife que le prince , ni d'autre» » prêtres que les magistrats. Alors mourir pour son pays, » c'est aller au martyre; violer les lois, c'est être impie; et >» soumettre un coupable à l'exécration publique, c'est le déavouer au courroux des dieux, » La religion chrétienne' parait, au contraire, à Rousseau, destructive de Tordre social ; et, après en avoir fait le plus grand éloge , il ch^xlié à prouver qu'elle est de toutes la plus mauvaise. II résume ses observations en ces termes : « Mais je me trompe en » disant une république chrétienne ; chacun de ces deux mots » exclut l'autre. Le christianisme ne prêche que servitude et » dépendance. Son esprit est trop favorable à la tyrannie , » pour qu'elle n'en profite pas toujours. Les vrais chrétiens » sont faits pour être esclaves; ils le sftvent et ne s'en éitiéa* » vent guère: cette courte vie a trop peu dé prix à leurs » yeux. » Contrat social, liv. 4 9 eh. S,

Pour compléter le parallèle qu'a fait Rousseau des diveises religions , il ne lui manquait plus que de prouver que les hommes avaient fait bien plus de progrès au Japon et dans Femphre de Mahomet , que obe» les peuples chrétiens de France, d'Angleterre ou des États-Unis d'Amérique.

progrès des lumières ; s'il est asservi ou daminé par les ministres de la religion^ ceux-ci peuvent changer les lois en changeant les idées et les mœurs. S'ils s'associent pour l'oppression^ on aura tous les vices d'un gouvernement théocratique : les prêtres prêteront l'appui de la religion à des lois oppressives ; les autorités civiles prête* ront l'appui des .lois aux prétentions sacerdotales, yils se divisent avec des forces à peu près égales^ on verra rensâtre les querelles entre le sacerdoce et les autorités civiles , et les peuples se feront la guerre pour savoir s'ils doivent obéir à leurs magistrats ou à leurs prêtres.

Nous avons vu qu'un peuple auquel on persuade que telle ou telle opinion religieuse est le fondement exclusif de l'ordre social et des bonnes mœurs ^ peut dev«iir hypocrite par système^ et en quelque sorte par vertu. Cela peut arriver^ en effets lorsqu'il existe des institutions^ des lois et des lumières suffisantes pour que les mœurs conservent quelque pureté; mais si le gouvernement est vicieux et la population ignorante^ les mœurs se corrompent à mesure que la croyance s'affeiblit. Or, comme chacun reconnaît que toutes les religions et même toutes les sectes^ moins une^ sont fausses ; et y comme il est de la nature de l'erreur de périr, il s'ensuit que^ dans presque tous les pays, on donne à la morale une base fausse et périssable, toutes les fois qu'ion lui donne exclusivement pour appui une croyance particulière.

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