LIVRE I9 CHAPITRE XIII
Le roi Nuina^ pour inspirer aux Romains le respect des propriétés, pouvait trouver commode de leur persuader que les bornes qui limitaient les champs , étaient des dieux, et que ceux qui les déplaceraient, seraient punis par des puissances invisibles ; il pouvait trouver convenable aussi de leur faire croire que ses lois lui étaient inspirées par la Divinité. Un peuple qui était assez ignorant et assez simple pour le croire, dut se laisser influencer par les opinions qu'il adopta ) cependant, s'il ne voyait, dans le déplacement des bornes, qu'une offense faite aux dieux, la question se réduisait à trouver le moyen de s'emparer de la propriété sans déplacer les bornes , OH, à se convaincre que des pierres n'étaient pas des dieux.
Ainsi, quand un principe de morale est fondé sur une erreur, il tombe aussitôt que cette erreur se dissipe, car on ne voit plus alors de raison pour l'observer; et lorsqu'on fait dépendre la morale tout entière de la croyance de telle opinion particulière, on autorise et l'on encourage, en quelque sorte, à n'avoir que de mauvaises mœurs, non-^seulement les incrédules, mais encore tous ceux qui ont des opinions religieuses différentes. Un prêtre romain, par exemple, peut bien faire à un musulman, à un juif, ou même à un protestant, un crime de ne pas croire à l'infaillibilité du pape ; mais il ne peut leur reprocher de manquer de probité^ -de bonne foi, de tempérance, ou de toute autre vertu; car^
24o TRAITÉ DE LÉGISLATION.
l'incrédulité étant admise^ il ne peut plus y avoir pour eux de raison d'exercer des vertus aociales.
Il n'est aucun devoir qui soit plus incontesta-' ble et plus à la portée de toutes les intelligences que celui qui prescrit de réparer envers la personne offensée, le mal qu'on lui a fait par l'offense ; mais ce devoir disparaît en quelque sorte^ ou du moiifô se dénature, quand on fonde exclusivement la morale et les lois sur les préceptes ou les dogmes d'an être surnaturel, et que Von considère cet être comme la fin de toutes chose:^. Alors on répaare les maux faits à l'humanité, non par des bienfaits envers les hommes dont on a blessé les droits ou les intérêts, mais par des offrandes ou des sacrifices à l'être dont on a violé les lois. £t comme cet être ne peut rien recevoir immédiatement par lui<-même, c'est à ses ministres., c'est-à-dire ài ceux qui s'attribuent le privilège d'allamer ou d'apaiser sa colère , que les offrandes et les sacrifices s'adressent. Toute personne qui possède le moyen de satisfaire leur avidité, peut se livrer W sûreté de consciaûiGe aux actionsles plus immorale» et les pltt» criminelles . Chez quelques peuples de l'antiquité, le^ prêtres d'ÂpoUon livraient des nations inoffensives au pillage, à la servitnde^ à la mort^ pourvu que l'armée conquérante leur assovôt la dixième partie du butin. C'est par des moyens analogues que cbe^ les moderne» d^ crimipelis de tons les rangs ont acheté la rémission de leurs vices ou de
leurs erime»,; aussi y lest mauYâisef actions^ ont* elles été cominunei$ partout ôul'joàaNu fléaHrte commerce 4e8indulfgeBO@seli^ vaines pratiques. Les mœurs ne sauraient en effet .ooHèrvier^qiiel* que pureté^ m les loi^'^voitr- quelque i&toe:^ quand les.:lioma]^es. qui sont considérés» con^mé en étant les gardiens, exclusifs, entrent eo partage avec les malfaiteurs, ç^t voient croître kursrevè^ nos àmesurp que; les intelligences s^obscùrcSes^t et que 4espaceurs;se dépravent?,.: : i i:('b » /.i Latepdso^ qu'ont les ministres d'unere^iglon à faire considérer leur croyance partioaiièrie comme le fondement exclusif ide la maralebu îde ktlégi^^tion, est d'autant plus. forte,! que rks préceptes, de cette religion sont plus hombréuxl Pluf, en jcffet, le fondateur d'une r^ligioniaët^ prévoyant, plus il a restreiiM^ le champ sur lequel les hommes peuvent e;Kercer,lQur intelligenee^/Là crainte de yoir découvrir des préceptesifunieflifes aux hommes, devient d'ailleurs plus forte àimë^ sure qpe le npmbre de ces préceptes sejmuitiplîei Il suit de là que. 1^ religions :qm renfermeiltie plus d'erreurs,, qu qui excluent le plu» de véri^ tés,: ^0^% ^u^^ celles qui sot|ffî[^nat le moins l'esoercicede riutBlligenee^Il neÊiut donicipas être surpris si Jes peuples: dontiles moeurs, les lois etles sin^plesiUaages,:ont,été;régiés par des.pré**ceptes religieux, se sont arrêtés .dans k^carrière de la civilisati<>n. > . • s, * <;
Pour juger ^ effets généraux du système que nous i^aminons id, il ne&ut pas'se borner j. 16
fjradnié! ropplnpié- à «né Uftion particulière : U &pt;ieii: voir lesoonsëqcreiices éotùs lé monde «iniçr^ il fsvt considérer <[ue ce systèiiie retient dans la liairbaii^ liss petrpïes de l'Asie et de Vhrfiriqoey et même une partie de ceux 'de f Europe; îl[;&uS,co»iGddéîier ^qile^ ïnêii»e paMii les sectes chrétiennes, celtes qui amcyrisent sans réserve fur* sageite^IHateUigene^humaine, ne fortnent qu'une fraction infinimeiàt petite dû genre humsin. itoQ^pendant^ s'il est vrai qu'il n^ftsdste aucun df^taieireof nttu par les peuples y qui interdise , MMtid'egkBminer qtt^ies sont les conséquences de iBès iu^itudes et 4a nos institutions , "uni de détroÎMld^ habitudes ^U'des institutions Tioieuses jpiir ides moyens autres que ceux qui seraient tires fteq^e'OQ tetie religion , sur' quoi pourrait -on foiideff 'i|a pftreil système? Peûrrait-Km établir, imedes'fints, qu'U n^a existé de b<>nnes lois ou ^.dwnnes moaur^ que dans les pays où telle cnéyàme spéciale a étfé admise/et que, partout <xa la même croyitnce a été reçue, lés mœurs et les lois ont été bonnes f Pom^rait^on établir que tous les moyens pi4s hors de cette croyance pour établir ;de bonnes lèis ou de bonnes habitudes, ont été funestes aux nati^ms? Ces proposîtioné sont tellem^t démenties par les feits, <^è per- ^iine n'a jamais osé fes soutenir; il ne s^est trouvé personne qui, après avoir afiirnié que s^ ^inîons Tèligieuses 'étaient Tunique fonécmdnt 4f^ lia. moi!a|e;^«ait rajouté' q^i'il n'avait jamais
LIVRIS t^ CHAPITRE XHI. 345
existé de boiined mce^ts que diéz les individus qui avaient aàù^té la mètm croyance^ et que tous ctvoL qui Gâtaient admise avaient eu de bonnes mœur^'et de bonnes Ic^,
Ne pcmvant s<mtenir une proposition » évidemment démentie par les Âtits^ on convient qu'aucune erôyanoe particulière n'est la base exeluèî've de la morale on â&s kris ; on va même jûi^qu-à dire qui! est assez indifférent que Ton adopte telle ou telle ^inion religieuse^ pourvu qû^onen adô{)te réellement une. Cette doctrine compte tin grand nombre de partisans dans tous les pays^ et pàHiculièrement parmi les Àqglais «et léë jALhglb^Aftxéricains. Nous tencms peu y disentîHé , à ce que les hommes'professe^t telle <>u telle croyance ; qu^îls soient jiiîfe i* catboKques / om même musulmans , peu importa : l'essentiel «est qu'ils aient une religion positive et qu'ils la «ui-^ vent. Us reprochent à la nation française^ non d'être catholique ^ non d^^doip^ de dusses iyçàr ttibns; mttis de n:e'psfs être aeiffisammeat reli^ ^euse , c'est-^à-dîre de ne pas tenir asseae fortement t deé dogmes ens^gnés par un» clergé quelconque. Il est des prêtres / dans certains cultes ', qui ne sont pas ékâgnés de partager cette manière de voir ; ils con^iéiid^aient volontiers q;^^ lés doctrines qu -fls eni^gn^Wt sont doiiteuses on fiiusses, si Fdn voulait létir aoeorderqn'diles sont nécessaires: Leurs efiforts- tendent bicii lâoins à en prétover la vérité, qli'à persuader aux honunes qu'elles sont indispensables au maintien
244 TBAITÉ DB LÉGISliATlON. -
dé Tordre et des bcmnes mœurs. Ces doctrines ^ qu'ils présentent comme nécessaires, ne sont pà$ celles qui sont communes à toute^les religions , et qui se rapportent aux préceptes de la morale; ce sont , au contraire, les docfllines spéciales qui appartiennent à chacune d'elles.
Ce système, réduit à fa plus simple ei^pr<^ftr sion , peut se rendre en ces termes : les^homn^eg ont besoin de bonnes mœurs et de bonnes lois, mais ils ne peuvent obtenir ou conserver les unes et les autres qu'en adoptant . un certain nombre d'erreurs convenues^ et en chargeant un corps nombreux de les enseigner. Ainsi, vous^ Musulmans , vous devez croire les -doctrines de votre prophète; vous, Indous, vqus. devez croire celles du vôtre , quelque fausses qu'elles soient ; car, si vous ne les croyez pas, vos femmes seront infidèles, vos. enfeins se moqueront de vous, et vos serviteurs s'empareront de vos biens. H est vrai que nous, qui n'avons aucune foi dans vos prophètes, et qui les considérons comme def imposteurs , nous avons des seryitçurs honnétes„ .des femmes chastes et des enfans, soumis; mais c'est par la raison que noMs avons adopté une autre croyance qtijç vous considérez comme un tissu d'erreurs et [de, mensonges.. : ,
Ce qu'il y a de remarquable dans ce ^sième^ c'est que^oeux qui ^^ulent l'établir, ne parlent jja^ mais qu'stu nom d'un Dieu de vérité, d'un Dien ennemi de l'erreur et de l'imposture ;^ils présentent ce Dieu commue lefondateur de la morale;
UVftS I9 GHAPITHB Stlt. 345
ils iBidmettent en même temps ^e toutes les religions et toutes les sectes^ moi^s une ^ sont des erreurs ou des mensoqges ; et ils prétendent ensuite que cette morak^ d'origine divine ne saurait se soutenir^ si les erreurs sur lesquelles elle repose^ venaient à être détruites (i).
J'ai parlé ^ dans ce chapitre,, du système qui &it d'une religion positive le fondement exclusif de la- morale ou de la législation ; et j'ai fait observer en même temps que ce système n'était que l'ouvrage des hommies. Il ne faudrait donc pas conclure de ce que j'ai dit, que nulle religion ne
(i) La plupart des mîmstres de chaque religion considèrent les dogmes qu'ils enseignent comme les fondemens «EclUisîfs de la morale; cependant la morale est partout la partie de la religion à laquelle^ ils mettent le moins d'importance. Ils rejettent du sein de leur église tout homme qui n'admet pas, comme d'incontestables -vésités , certains événement racontés par l'histoire ; mais leur est-il jamais arrivé de repousser comme incrédules ou hérétiques les hommes qui n'admettent pas certaines vérités morales? Le système de l'esclavage domestique , par exemple , est la dénégation formelle de l'existence de tout devoir et de tout droit dans les personnes' qui sont mises an rang des propriétés: quelle est cependant^ même dans la religion chrétienne, la secte qui s*iivisa jamais de repousser de son sein comme hérétiques, les hommes qui défendaient en "théorie et en pratique la légitimité de la servitude? On peut donc nier qu'un être humain ait aupun devoir à remplir envers spi-méme , envers ses parens, ses enfans, envers l'humanilé, sans cesser d'appartenir à quelque secle religieuse que ce soit. Qu'est-ce donc qu'on entend par la morale, quand ou dit qu'elle a telle ou telle religion pour fondement?
24^ THiJUCÉ W .hiefi»hA.T10Ji.
saonik proKluire aur les iiiœut^ une ûiflueoce 3a« krtaire. Je n'ai ipacié que du v}Sièsm qtû exclut Fu8a{^ de l'iuiteÛigeBce de l'étude de la movale <m de l'étude de» lois. JLa rel^^ chrétienne n'exclut le laiM&nemint d'aucune de cea deux sciences : eUe ne renferme même aucune diapo** ntîoB législative^ aucun principe de gouvernemecfct. Pluffleura des sectes» de cette t^gion n'existent que par l'usage que les hommes ont Sait de leor entendement) et si^ dans d'autres seeles, eet usage est condamné ^ il ne l'est par aucun précqfyte tiré du fond mêaie de la reUgicm.
On se fonde, pour condamner l'usage du raisonnement, sur ce que tels dogmes ou tels préceptes ont été établis par la IHvinUé eUe-^mème ; mais y en admettant que c'est k Divinité qui a créé l'homme, il est au moins ausm chiir qUe l'intelligence humaine est son ouvrage, qn'Hl est clair que tel précepte ou tel dogme a été donné ou établi par elle. Il dépend de tel ou tel individu de présenter ses opinions particulières comme des dogmes ou des préceptes établis par la volonté divine ; mais il n'est en la puissance de personne de changer la nature du genre humain. En étudiant cette nature y, nous pouvons nous tromper, mais» nous n'avons à craindre que nos propres erreurs; en adoptant des opiniona qui noua aont transmises de génération en génératicm, nous avons à craindre tout à la fois nos erreurs personnelles et les erreurs ou les mensonges des hommes qui nous ont précédés.
La méthode qui fiiit reposer sur Tobservation, les sciences de la législation et de la morale , ne peut pas avoir d'autre force que celle qui appartient à la vérité ; elle n'exclut rien de ce qui est vrai , maïs aussi elle ne peut être combattue que par des systèmes qm rétiferment dutre chose que la vérité.
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a48 T&JUTÉ ]» LiOIBLATlO».
CIUPITRE XIV.
De la doctrine qui fonde la morale el la législation sur le principe de Tulilité , ou sur l'intérêt bien entendu.
La science de la législation n'est que la connaissance-d'un certain ordre de phénomènes^ classés selon le rang qui leur est assigné par leur importance ; par l'analogie^ ou par lai manière dont ils s'engendrent. Elle ne consiste ni dans les déductions tirées d'une supposition mensongère^ ni dans la connaissance des préceptes d'une religion. Il faut^ quand on aspire à l'acquérir , mettre de côté les systèmes imaginaires et les livres qui les renferment, et observer les hommes et les choses au milieu desquelles la nature les a placés.
Un jurisconsulte justement célèbre, et joignant à la connaissance des lois ou des institutions de son pays un esprit très-philosophique, a écarté, en effçt, les systèmes imaginés par les écrivains qui Taviiient précédé, et a cherché à 4onner à Fart de faire des lois des règles plus sûres: il a jugé les institutions et les actions humaines par le bien et le mal qui en résultent. U n^a admis
LIl^EB .1 9 GHAPITaE XIV. i 349
qu'un SQul. principe de raièoanement : celcii de Tutitité 4^ipl^ grand nomlHre* Ayant que d'exa* miner cçUq doctrine^ il est bon d'obaerver comment Taut^ui' y à été conduit.
Les sciences morales^ ainsi que je l'ai £ait préoédenuPQent remarqu^r^ n'ont été long-temps que des recuei}s de préceptes ou d'avis adressés par des théologiens ou par des philosophes , tantôt aux gpuvernemenS; tantôt aux nations. II est ré^ suite de cette manière de les former que, lorsqu'au lieu de donner des conseils ou des préceptes^ des écrivains se sont attachés à exposer comment les choses se passent, on les a considérés comme ayant créé les faits qu'ils avaient observés. On les a donc approuvés ou condamnés, selon qu'on a trouvé ces faits conformes ou contraires, aux systèmes qu'on avait d'ayanc^ adoptés.
Il est peu d'ouvrages, par exemple, qui aient rencontré des adversaires plus violens que le livre De VEsprà^ d'Helvétius. Pourquoi? ce n'est pas parce qu'il renferme' un certain nombre d'erreurs ; c'est parce que l'auteur dT cru voir que les actions humaines sont généralement approuvées par ceux à qui elles profitent, et condamnées par ceux à qui elles sont funestes ; que les individus, les corporations, les peuples , et le genre humain tout entier, honorent toujours les hommes en raison du bien qu'ib s'imaginent avoir reçu d'eux j que l'amitié, l'esprit de corpS;^ le patriotisme^ l'humanité, désignent des
aSll TRAITÉ DB lÉaiSLATlOir.
qu'dux dépens d'un nombre plus ou moins grand de personnes, d'une corporation, par exemple , la haine produite d'un côté eicédera, par le nombre des personnes, la reconnaissance qui aura été produite d'un autre côté. Si le bienfeit s'est répandu sur une corporation, et s'il a été exercé aux dépens d'un peuple, la proportion de bienveillance et de malveillance produites pourra rester la même que dans le cas précédent; mais il est probable cependant que la somme de malveillance l'emportera. Enfin, si le bîenfeit s'est répandu sur une nation, et s'il a été exercé aux dépens de l'humanité entière, la somme de mal, et par conséquent de haine, l'emportera sur la somme de bien et de reconnaissance. Ces sentimens (f amour ou de haine, de reconnaissance ou de vengeance, ne peuvent exister cependant* qu'autant que tous les individus affectés en bien et e|i mal voient nettement les causes des biens ou des maux qu'ils ont éprouvés.
Mais le sentiment de haine produit par lé mal qui résulte d'une action, ne se concentre pas siir l'auteur immédiat de cette action ; il se répand sur tous ceux qui en profitent ou qui en téinoignent de la reconnaissance. Qu'un général, par exemple, trahisse, en faveur de l'ennemi, la nation qui l'emploie, la haine qu'il inspirera au peuple qu'il aura trahi , ne tombera d'abord que sur lui, et elle ne se répandra même pas plus loin si personne ne l'a excité à la trahison, et si, au lieu de l'en récompenser, l'ennemi lui-même l'en a
LIVEE I, CfiAPlTEB XIV. 255
pupi^.fioît par aon mépris ou autre4^eiit>, Maia si la tralâson a été récompensée , honoi^ par le peuple qui en a profité, c'est sur lui que se répandjra.la îiaine qu'elle aura {tfodûite : UjQn sei'a conaiçléré<commQrai>1(Çi;iir> Qu'jun ministf^e^pour la gtaiideur particulière de son pays^ deyienïié le fflé^u, des autres nations^ il pourra m6ï2t'ir cjiarg^ de richesses et d'honneurs ; mais qu'on ne p€^^^ p^s.pour cela qual^a^sentimeas de haine et de vengeance qu'il aura allunlés pérûront àveb lui^ ils passeront sur la nation qw aui'a profité des .calamités, d^. autres^ et comme les nations ue, meurent pas, elle en èefa tôt du tard la vio* timçij^c'/B^taUisi qwiepéîlgirent sur le peuple de Rome M^. nations qu'il avaU<si long-temps opj^im/ées, ,e|^ qu'elles lui flretetr payer, le* trioJEiiJhes qu'il a\[a^t décernés sa sea^énéiraui^. i : î. • , ).- £jl af^pliquant ces oibs^rvafiond à là morale et à .}a,l^gi^ion, on arriit^e^à cette 4^<msequëne0 qne.; iPPUr juiger des actions ou des loisi^ il ùâit ei^aminer le^ effets qu'elles produisent, non re^ lati^^em^pt à w^ indi^q, à un corps ^'à un géor l^eux^ement qpi à une; /natioii Rimais relativement aU)genre hiiii^iLin tout i^ntîi^rvfSi lé ^naLqui tsMrésîilite 5. excède lie jbieii,(>^ isqntimebt: .de : haina ^Ht 4}iî8*eTiQnt m'm^ > *C5?p.. plus fpvt <^!plu8 persfé^^rSntqwç :le:;.S0*itime»t ©ontoainè qUir«{ sera la .si^ite^ kss iniji'^idus q&'elles: f^voifiseront auront à lutter, pour les maintenir, contre là force même qui porte le gesuj^^^bumaîn vers son ^cçroijs^ement.et sa prospéi^té^ et comme cfittfe»
d54 TllAfrÉ HB liÉCinLATtôK.
foroe tst ii)rdê8t]^u(^tible^ <ft qu^ètte agit cmietâiDr ment 9 elle finira par triompher et par détruire les rftces qfui lui auront iait obstacle : de là le sya^ tème qui JTonde les k^s sur la plus grande irtiKté^ on mv l'intérêt bien entende. Lorsqu'on lek établit auree principe ^ il est dair qu-élleê doivent piodoire le plus de bien et le moins de mal poa- Âble, egt que ^ par conséquent^ les forcer qm leur sont propres doiTent excéder ceUes qui tendent à k» détruire.
Rbip i'homvne qtii étudie ou qui expoSé une science^ ne d^vipas proeédcir dé la même manière qu'une assemblée qui down^ des loia à un peuple. La puissance du premi^ ae borne à fàîr^ voir ce que les choses sont et -ce qu'elles produisent , à redh^H^her ia vérité relativement à nul certain ordre de fûts , et à ekpoaer le Tésultétdé ces redierchea danslWdre le plus méthodique v Lorsqu'il^ développé la adénee ^ e'esl h ^eéux en qui téside la puissance , qu'il appartient d^eii tSi^r panrti; sa iliission consiste à répandre la lumière^ àiécjbirerles routes diverseis que lés nations peu* vent pacroourir, mais il ^'a rieti à' prescrire à personne; Sf^ lorsqûela^^rité brillé de tout «liiéclat^. la force qui porteleg^re humaih vers sa {^ospédté /ne «ru^ pas pour déterminer les peupii^ k suivre k >me^ieure roui^'^ hî ê(Aei!kt^ n!a> nul reproche '^-se fiiiré^ elte ne ^peut plfts rien* =- .••''■• ' ' . • .. ^
Les gouvernemens ne procèdent pàsl de là même manière ; ils n^ont pas à feire conneâtre les
Liyas if <:aAPi«RB xiy« ^65
diwtê systèmes de lois qui ont existé , ks cannes ({ui ksB ont produites^ €rt les conséquenceB qui eia ont été ou qui en seront la suite. Us se boriient à interdire ou à punir œ qu'ils singent être mauvais^ à commander ou à récompenser ce qû'ikiWT^it être bon, à déterminer les procédés OQ à: tracer ks règles les plus propres à con^ duire à la découverte d'un certain ordre de védtes.^.et à.i|S8urer rexéc^tioD de leurs commundémens et de leurs défenses. Us profitent des lumières répandues par la science; ils mettent en pratiqué les règles quMle a découvertes ; mais ce tf est point à eux qu'il appartient de la former. Les résultats auxquels ik arrivent peuveoi rétre les menâtes que ceux vers lesqu^ tendent les saym^ ; maïs les premiers y parviennent plus immédiatement que les seconds.
Le genre humain tendant p^ sa propre nature vers sa prospérité^ on Jiç pe^it pas dii^.que rbomme qui étudie la législation et qui ck^rche à lédûver ka aulres sur la nature y les causes et les conséquences des lois /imagine un système ; car ce n'est pas créer un système que de faire voir ce que les choses, sont et ce qu'elles engendrent. Le système consiste à établir un principe pour en iaire dâriver dne science, à lieiire d'im précepte de mcrale, la règle qui doit nous conduire dans la recherche des faits ; c'est là une erreur de méthode dans laquelle Bentham serait tombe ^ s'il avait voulu feiire résulter la science du développement d'une maxime; mais il est
356 TAAITÉ 08 LÉOISLATtOH.
juste de dire qu'il s'est moins occupé de former la science que de donner des règles à l'art de faire des lois. Je dis que ce serait erreur de mé^ tbode^ car qui pourrait songer à contester le principe qui sert de.base à ses doctrinies ("!)?
« Le bonheur public , dit cet illustre jurisoon-^ sultQ y doit être l'objet dv législateur :> l'utilité
(i) On reconnaît volontiers, an moins en paroles, cpe le bien public ou VutiHté générale doit è|re le résnitat de la législation; mais chacun entend par bien public ou.j^ a tilité générale, l'utilité ou le bien exclusif de la nation dont il fait partie. Un Anglais , par exemple, dira, de très-bonne foi, que les ministres de son roi, avant de proposer une lo^ au parlement^ doivent calculer les biens et les maux [qui en résiiUeront pourjanatîcm.aaiglaise, et: se 'déterminer pour le ^ parti qui produira le plus de bien^ mais,£nt-41 prési^ dent d'une société bibliqqe, il se moquera de vous, si vous lui dites que ses ministres doivent faire entrer dans leurs calculs les biens et Tes- maux que la même loi produira pour les autres nations. 'I)émandeï-lni cependant pourquoi les miniitrès doivent consulter ^utre chose que leur intérêt personnejLet immédiat^ oii p^fu^q^uoi ils ne doivoit pas côasnlter l'intérêt de tous les hommeS: en général. H ne. saura que répondre, à moins d'avoir recours au contrat social;. à des conventions primitives, ou à d'autres absurdités de ce genre. Ainsi, même lorsqu'on admet le principe de l'utiïité générale comme base de la législation,- on n'ehtend qu'une utilité privée rela|ivèn\e9l:au; genne humain; d'où il résullSe que la n^9£a]e;[i'iE|Lvppii|t .de p9^pf ^t que tout se réduit à savoir quel est le plus fort dans un moment donné. J'ai cité de préférence un Anglais, parce que c'est un des peuples qui raisonnent le mieux sur la législation; mais j'aurais pu tout aussi bien prendre nlôn' exemple en France ou même en Amérique.
, LIVEK I ,. UHAPITIUB XIV. 2Sj
générale doit être le principe dn raisonnement en législation. » Ce n'est pas un feit général que le savant auteur affirme; c'est un devoir (lu'iX établit ; et j'ai déjà dit que l'objet de la science est d'exposer les £eiits ; mais que les sayans n'ont rien à prescrire à personne, au moins en qualité de sayans. Les règles , les devoirs peuvent sortir de l'exposition des faits '; ils peuvent en être des conséquences, et c'est seulement alors qu'ils sont incontestables ; mais si l'on commence un ouvrage scientifique par ce qui devrait en être la conclusion ; si , au lieu d'exposer aux hommes ce qui est , on commence par leur défclarer ce qu'ils doivent faire , on risque beaucoup ou de ne pas être écouté, ou de soulever contre soi une multitude de préjugés. Faites voir aux nations que tel fait existe, et qu'il produit telle conséquence : si l'observation porte avec elle un caractère d'évidence, on n'a point d'objections à craindre, point d'incrédulité à surmonter ; mais dites à tel homme, à un sultan, à son ministre, ou même à ses esclaves : « Le bonheur public doit être l'objet du législateur ; l'utilité générale doit être le principe du raisonnement en législation ; » il est bien. possible que , de très-bonne foi , ils vous denaandent : Pourquoi? Où trouver alors la raison du devoir, si l'on ne veut pas recourir au livre de Mahomet? J'ai supposé que la question pourrait être faite par un sultan, par son ministre ou par leurs esclaves; mais je n'aurais pas fait une supposition absurde, -si, au lieu de mettre I. 17
359 »AlTt BB I.ÉGI8tAtI0H*
cette que^ion dans leur bouche^ je l'avais supposée daas l'esprit de la plupart des rois ^ des ministres et des sujets européens (i) ?
Le bonheur public > Futilité générale n'est pas
(i) Il suit évidemment de la que la législation et la morale ne peuvent faire des progrès durables et assurés , que par une grande diffusion de lufiiières, et par Taetion générale du genre humain stlr les individus ou sur les collections d'individus qui cherchent leur bien particulier dans les maux du grand nombre, et qui se sentent disposés à demander pourquoi le bonheur public doit être l'objet du législateur? Je me trouve ici en opposition avec Un écrivain dont on peut ne pas partager toujours les opinions, mais dont on ne saturait du moins contester ni Tesprit, ni les talens, ni la persévérance à défendre la liberté : c'est M< Benjâmin-Ccmstant. Voioi comment il s'exprime t
0 Depuis que les hommes d'état de TEurope ont adopté pour maxime que toute amélioration doit venir du pouvoir seul, être accordée exclusivement par lui , et n'être accordée que lorsque les peuplés n'ont fait aucune tentative pour imposer des conditions ou tracer des limites à l'autorité, per'sonnèy ce semble, ne doit intervenir dans ce qui touehe au golvremement^ peilsonne ne le |>eul sans affronter des périls inutiles, et, ce qui est plus grave, sans appeler sur sa tête une responsabilité morale qui me parait un trop lourd fardeau.
» En effet , n'est-il pas iticontestable qu'en démontrant l'existence d'tm abus, la nécessité d'une réfpime, on s^èxpose à en faire naitre le désir dans l'esprit d'une lUultittidé qui soufifre de cet abus > ou qui gagnerait à cette réfbrme? Et qui peut prévoir le résultat d'un désir né de la tft>nviction ^ et devenu plus ardent par les obstacles mêmes ? Mais si ce dé^ix* efitraine les nations à des réclamations trop hardies, ou à des Hôtes irréguliers, il s'ensuivra qu'elles seront privées prour un temps beaucoup plus long des biens qu'elles solH-