‹ Traite de legislation, ou Exposition des lois generalesChapitre 34 sur 69 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Dç la discordante qui existe , en morale et en législation , entre les systèmes adoptés en théorie, et les^ règles suivies dans la pratique.

Nous avons vu précédemment que l'effet pro* duit par un £aiux système est de faire considérer comme utiles au genre humain des actions ou des lois qui lui sont fanestes^ ou de faire considérer comme funestes des actions ou des lois qui lui sont utiles. En faussant ainsi le jugement des nations^ un système vicieux affermit les mauvaises institutions et les mauvaises habitudes qui existent déjà^ ou il en multiplie le nombre ; ou bien il ébranle les bonnes lois ou les bonnes habitudes déjà établies, ou il empêche que le nombre ne s'en augmente.

Mais comme les conséquences que produisent les habitudes et les institutions humaines^ sont indépendantes du jugement que nous portons des causes qui les engendrent^ et comme, par leur propre nature , les hommes tendent à repousser ce qui les blesse et à établir ce qui leur est utile, un peuple ne peut adopter un &ux système sans qu'il s'établisse aussitôt une lutte entre le mou-

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vement inhérent h 8â propre nature , et les fansses opinions dont il est imbu.

Cette lutte entre la tendance qui porte, le genre humain vers sa prospérité^ et les idées qui tœdent à le rendre stationnaire ou à lui imprimer un mouvement rétrograde, a pour effet, non de rectifier immédiatement les fausses opinions qu'on a adoptées, mais d'en affaiblir insensiblement l'influence. D^abord, on cherche à mettre en pratique toutes les opinions qu'on! a reçues ; les bons effets qu'on en espère inspirent un zèle qui n'appartient qu'à la conviction; mais bientôt la tendance inhérente à la nature humaine l'emporte sur des opinions factices. Le relâchement arrive; les actions cessent d'être en harmonie avec les doctrines, et des opinions qu'on: a adoptées comme l'expression même de la vérité, ne sont plus que de vaines formules qu'on répète par habitude, et qui n'ont plus d'autre résultat que d'obscurcir l'entendement. Quelquefois, en conservant les mots du système, on y attache d'autres idées ; on prête à l'auteur des pensées qu'il n'a point eues; on suppose qu'on l'a d'abord mal interprété , et on lui fait hommage de sa raison, plutôt que de reconnaître qu'il s'est trompé , et qu'on s'est égaré en le suivant..

Les systèmjes religieux sont moins sujets que les systèmes philosophiques ou politiques à éprouver des révolutions de ce genre, parce que toutes lés religions font des promesses ou des me-

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naces dont il n'est pas feeile de vérifia l'accom^ plissement. Cependant les systèmes religieux eux'^mémes sont .mpdifiés par la tendance qui porte le genre humain vers sa prospérité; à naesure qu'une âiùsse religion Tieillit, on Toit s'af&iblir- k zèle des nationS' qui l'ont adoptée. Les premières pratiques auxquelles <m renonce^ sont celles qui «ont les plus cokijlraires à la nature de l'homme; les dernières qu'on observe sont celles qui exigàit le moiiis de sacrifices « Les sec^ tes se forment quand l'écrit cesse d'être coci^ vaincu^ et pour ne pas accuser les fondateurs dé s'être tr(»npés^ on suppose qu'ils ont été mal entendus. On leur attribue alors «les idées qu'on croît soi-même les i^m raisonnables; le zèle ire^ ligieux se raniiHe ^^ mais s'il ne peut se soutenir qu'en combatiam des penchans inhérens à la naiture de l'bomme^ il finit encore par. suc^ coniber.

. Les plus durables des £éux systèmes sont œuï qxn sont adoptés par des législateurs^ et qui. se confondent avec une religion quelconque; c'est cette alliance de la politique et de la législation aux idées religieuses ^ qui a fait la durée du système de Mahomet, C'est aussi pairce quelapuie^ sance de cette aHtancé est conAue^ qu'il n'y a point de mauvais gouvernement qui ne ^ay che à se jconfondre avec la religion^ ni de finisse religion qui né cherche à s'atiâeravec les. lois. Cependant^ même lorsque cette isdliance existe y h. fonce inhà*ente à la nature humaine en affid**

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bUt l'empire, et finit même quelqueleîs par en triompher.

On a beaucoup vanté la sagesse des rois et des prêtres d'Egypte ; mais qu'est-ce qui nous reste des uns et des aistres, si ce n'est quelques débris de monumens ^ des signes inexplicables ou mal expliqués? Les institutions de Lycsirgue ont £ait l'admiration des philosophes modensies; cependant que soiit*elles devenues, et jquel est le peuple qui voudrait se les appropriai ? Le& institutions â admirées des autres peuples de la Grèce ou de l'ancienne Italie, sont égsjemem tO0àbées , sans que personne ait songé à les relever. L'esclavage domestique, qui se liait à tout, a suffi pour tout corrompre ; il a entraîné la ruine de tous les systèmes auxquels il se ratta. ehait,. et il a lui-même fini par disparmtre. La reli^on païenne a subi la m^e destinée; elle n'a pm être souteiiue ; ni par le génie dea plus grands poètes, ni par les efforts de ses pr^es, ni par la puissance des empereurs. Le système féodal qui couvrit l'Europe après la cbûte de l'easapire ro^ main s'était éteint après ukn règne de quelques siècles. L'église de Rome> dont le pouvoir suffi* mt pour ébranler l'Europe, traite maintenant de puissance à puissance avec quelques poigaéeade turigands. L'empire des Musulmans a été ébranlé jusque dans ses fondemens par des hommes qu'oa prenait pour les derniers, et tes plus lâches dç.leur^ esclaves ; et li^ dmte de cel empire h est pas la pius grande des ruines awqueU,es nous asr«

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sistons. Ainsi périssent les erreurs et 1^ faux systèmes, qui semblaient devoir arrêter la marche du genre humain.

Mais si au milieu dé ces yafiftes destructions que les peuples laissent sur leur passage , il se rencontre des observations prises dans la nature; si un philosophe nous peint avec une sévère exactitude les sombres fureurs d'un tyran, oulesemportemens, d'une ignorante multitude ; si un poète nous fetit le tableau des passions et des discordes qui agitent les chefs d'une armée, ou s'il nous apprend quelles furent les mœurs domestiques de 8e$ concitoyens; si un sculpteur, animant le marbre sous son ciseau, nous montre l'espèce humaine dans ses plus belles proportions ; si un observateur profond nous trace les caractères des infirmités auxquelles les hommes sont assujettis , et nous en fait connaître les remèdes; si un savant jurisconsulte prononce une décision qui soit fondée sur la nature invariable de l'homme: les ouvrages des uns et les observations ou les décisions des autres vont , à travers les siècles et les révolutions, servir de modèle ou de guide aux générations les plus reculées. Des esprits à systèmes peuvent nous ïEaire admirer des législateurs qui, par force ou par adresse, sont parvenus à faire adopter certaines institutions à des populations plus ou moins barbares; mais lorsque nous voyons, d'un côté , ces institutions célèbres tomber en ruine sans, que personne songe aies relever, et que, d'un

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autre côté^ nous voyons les déd8iom:des/ftiril^cojiçultes romains ^ qu'un heureux hasard a £iit découvrir après phisieurs siècles de/ barbarie y adoptées et converties en loi par presque tous les peuples de l'Europe^ sans Tixitervention ni des miracles, ni de la violence, il est permis de croire à la puissance de la vérité, et à la durée des Lois. qui ont été prises dans ]a nature même del'liomme.

Si les systèmes établis ou soutenus par la pu^-sance des gouvernemens ou par l'autorité des religions, perdent insensiblement de leur influence, et tombent en ruine lorsqu'ils sont en opposition avec le mouvèm^it qui p(»rte le ge&re humain vers son développement, d<is systèmes t[ui, n'ont pour appui que les sopUsmes e^ Yûo^ quence des écrivains qui les ont imaginés, ne sauraient avoir sur la conduite des hommes nâe longue influence. On peut les adopter dans, un moment d'entrainement et d'enthousiasme; tmà», si les effets, qu'ils produisent ne répondent pas aux, espérancea qu'ils. ont £sit naître, on ne^ae laisse pa$ long-temps diriger, par eux ; il est rare même qu'on adopte un fiaiix système en» entier, et qu'oui en suive toutes les conséquence . Comine les faux &yst(èmes peuvent se multiplier ài'infini, et qu'il n!est pas possible q^t'une longue sàrie d'erreurs soit volontairement et. ananimëmes^ adoptée , les fausses opinions se neutraUseatimu*taellement. Un homme qui voudrait mettre- en pratique toutes ses fausses opinions, jurait à

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liitttsr contre uae foule d'amres hommes qui ont adoplë d'autres idées. U suit de là qu<e chacun est obligé de chercher des raisons et d'adopt» des iwi/itutions qui puissent convenir au plus grand nombre y et qu'on faat ainsi , du système qu'on a adopté y les formules dé sa croyanee , saoai en laire les r^esde sa c(Maduit6.; H y aalors deux êtres dans la mênote personne : celui qui pense et celui qui agit ^ celui - ci se conforme autant q^'il le pwt au mouvement qui convient à Sfi propre nature > oeIui4à n^iste que dans un monde imaginaire ^

L'eipérience de tous les jours nous prouve que Teotendoment dçs hommes n'est pto en hanno^ ni^y niavec leurs intérêts^ ni avec leur conduite. Un émwin pept soutenir ^ en thèse générale^ ipie la conscience est le seul juge éclairé des lois et des acÉions y ou que y pour savoir ce qui est bien et ce qqi est mal y i) suffit de consulter te 9^tm ^M)ral ou le sentiment intime ; mais^ s'il se trquve dans une assemblée où une question de morak soit dcmtroversée , et où quelqu'un soutienne une opinion contraire à la sienne par principe de comciaice, il affirmera sans la moindre hésitation que la conscience àt son adveêtoirei se trfunpe ; il lui prouvera , par des rai* sons tîir^ du bien et du ma} y q^'il a tort de la prendre poiur guide , et qu'on ne doit suivre les mouviemens de sa conscience que lorsqu'on a éclairé son jugement.

Un publiciste pourra soutenir que le senti-

ment religieux est le principe unique des bonne» institutiom et des boninea mœurs y et que la mcn raie et la liberté ont été perdues le jour oh les hommes ont jûjgé les jetions et les k)is par le bien et le mal qu'elles: produisent; il prouvera 'son système par l'histoire des hordes sauvages et des nations civilisées^ par eeUe des peuples mo-^derne» et par eeUe des pemples anciens (i)^ mais si le même écrivain est appelé dans une assem* bîée législative y et qu'i^ ait à combattre une loi qu'il croit mauvaise / il laissera de côté son sys** t^e sur le sentiment rd,igieux ; aux hommes impartiaux^ il exposera les conséquences bonnes ou mauvaises de la loi propesée ; il leur fera voir que le bien qu'elle doit produire est nul , ou du moins intiment petit , tandis que le mal qui ea résultera sera immense , bien convaincu que , s'il parvint à leur prouver que les mauvais effets excèdent les bças; il les déterminera à rejeter h loi 'y acix hommes avides ou craintifs , il prouvera que la loi doit leur être Ameste ; qu'elle est «adtraire à leurs intérêts bieft ^itendus ^ et que^ par cette raison, ils doivent la rejeter. Après qt^e l'homme d'état aura ainsi rempli son devoir y le philosophe ira feire le sien : il retournei^a à son systèkne ; il prouvera que ks écrivains qui ont enseigné arix hommes à consulter leur intérêt bien entendu y et à juger les kris et les actions par les

(i) Voyez rintroduction de l'ouvrage de M. Benjamin Constant , Delà Religion. '-•

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conséquences bonnes et mauvaises qu'elles produisent^ ont été les destructeurs de la morale et des bonnes lois , et qu'il n'y a rien à espérer des nations , aussi long-temps qu'on ne renoncera point à ces funestes doctrines.

Un troisième ^ après s'être rempli l'esprit des maximes de Grotius ou de Burlamaqui^ présentera un système de lois naturelles ; s'il . est professeur^ il eiiseignera que ces lois^ gravées dans tous les cœurs y admises par le genre humain tout entier^ sont éternelles et immusJ^les^ et qu'aucune autorité humaine ne peut les changer ; mais , s'il est appelé dans un conseil, et qu'il soit question de prendre quelques mesures énergiques , ce seront d'autres doctrines et unautre langage; alors on proclamera la nécessité de modifief, de suspendre même les lois naturelles , . immuables , invariables ; le salut du monarque ou du peuple deviendra la loi suprême sous laquelle toutes les autres plieront ; on poursuivra , on enfermera dans des cachots quiconque s'avisera de parler , autrement qu'en théorie^ des lois immuables qu'aucune puissance ne peut ni suspendre ni modifier.

Un quatrième y imbu des dogmes du Contrat social^ ne reconnaîtra^ en théorie^ le caractère de loi qu'aux actes qui seront l'expression dé la volonté générale; il établira qu'il n'existe parmi les hommes d'autres obligations que celles qui résultent des conventions ; mais^ s'itest question ensuite de faire deslois^ A trouveraqu'onn'enpeut

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faire de bonnes, à moins d'enlever toute sorte d'influence aux quatre-vingt-dix-neuf centièmes^ de la population ; il proclamera la souveraineté du peuple, pourvu qu'il n'existe ni assemblées, ni nominations populaires , et que nul, excepté les ministres , n'ait la faculté de publier un lait où une opinion.

De cette multitude de systèmes et de cette opposition continuelle qui existe entre les doctrines qu'on professe et les principes qu'on met en pratique , il résulte que les nations ne savent ni ce qu'elles doivent faire, ni ce qu'elles doivent penser; et, ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que les hommes qui ont ainsi une double doctrine leur reprochent , tantôt de ne point se passionner pour leurs systèmes, tantôt de s'attacher à l'un et de faire violence à l'autre : comme s'il était possible de se passionner pour des contradictions , et de marcher en même temps vers deux points opposés !

Les hommes qui créent des systèmes se bornent , en général, à en avoir deux : celui de la théorie, qui est celui d'un monde imaginaire doué de perfection, et celui de la pratique, qu'on est obligé de conformer aux imperfections de la nature humaine. Mais les hommes qui n'ont pas assez de confiance dans leur jugement pour avoir des opinions qui leur soient propres , et qui n'osent penser que d'après des livres, ne s'en tiennent pas à deux systèmes contradictoires. Ils étudient souvent tous ceux qui leur tombent sous

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la main, el les reçoivent tous avec la même con* fiance , pourvu que les auteurs n'appartiennent pas à des partis opposés. Leur entendement devient ainsi un véritable chaos, formé de mots auxquels ils n'attachent aucun sens précis, mais qui leur savent à manifester des sentimena de satisfisiction ou de mécontentem^at , dont ils ne démêlent pas les véritables causes. Si une loi leur parait mauvaise , ils diront qu'elle est telle parce qu'elle est une violation ou des principes du droit naturel , ou du contrat social , ou des droits de l'homme; $i elle leur parait bonne, ils manifesteront leur approbation par des mots opposés , aux-quels ils n'attacheront pas des idées plus précises. Ce n'est pas que les peuples ne fassent des progrès malgré cette confusion ; il est beaucoup d'idées justes qui se trouvent hors du cercle de tous les systèmes, et qui, par conséquent, sont peu contredites. Il y a d'ailleurs, même dans tes hommes les plus simples , un fond de bon sens que ne peuvent étouffer tous les sophismes, et qui , dans la piratique , a plus d^influence que les mots qui obscurcissent l'entendement. Mais , si ka peuples avancent, ce n'est, pour ainsi dire, qu'à tâtons et en hésitant ; û» ne sont pa& sûrs du terrain sur lequel ils marchent; et, après avoir fait quelques pas , il n'est pas rare de les^ voir revenir en arrière, dans la craintede s'être engagés dans une feusse route.

Dans toutes les sciences , on a coinmis des erreurs ; (kns toutes , on à imaginé de faux sys-

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tèmes ; «lais ce n'est qu^en politk{ue ^ en iéfj^ lation que l'on observe ce défaut d'iiarmonie entre la théorie et la pratique* Les physicien» , les chimistes , les médecins^ agissent comme ik pensent ; ils ne se remplissent pas l'esprit de tous les £bùix systèmes imagiaés par leurs prëdéces» seun». Poiir eux , tout ce qui n'est pas reconnu bon dans la pratique > est rejeté coimne mau^- Vais dans, la théorie ; une erreur déinontrée est une opinion détruite; une vérité constatée, est une oonquéte qui ne peut pluft être, perdue ; leur entendement n'«Bt jamais en arrive de leurs procédés. Il en est tout autreinent dans la législation i dans cette science > il n'y a ^ pour la plur partdes hommes , ni vérités, ni •erreurs; il n'y a que des opinions : on admire en^théorie ^ ce qu'ob repousserait en pi^atiqike y et il d'est jamaia sûr que l'action réponde à la pensée.

Tous les gouvernemens font diea loiay.et les gouverpeinens ne peuvent être composes que d'hommesv jO né faut donc pas. être «u]:pdsjai'lës lois n'ont presque jamais été cbfuddërée&que.dans leurs mpports avec les formés de gouvèmemeiit étiJ^ltes , et si l'on a chçrcfaé tour à toiik* à faine deslpis démocratiques y aristoeratiques ou mot narchvqueà.. Il né font pûà non plus éti^e surpris ^ si Von s'atlache d!abord à une fiorme de gou^ vernement pour rechercher ensuite qùdJes sont les lois q;ui conviennent à cette ferme ^ Pour la plupart des homines qili s'occupent de législa^ tion ou de politique , le premier besoin est de

posséder l'autorité y le second de s'y nuintenir. En elle^-mème^ oette tendance n'est point un mal^ puisqu'il n'est pas impossible de désirer la puissance^ pour s'en servir dans l'intérêt du public^ encore plus que dans son propre intérêt ; mais si^ en elle-même, cette tendance n'est pas vicieuse, elle n'est pas non plus scientifique , elle n'est pas un moyen bien sûr d'arriver à la découverte de la vérité. Ce que nous avons à rechercher, ce sont les lois suivant lesquelles les peuplés prospèrent j ou dépérissent ; lorsque nous aurons trouvé ces y^ i lois, nous pourrons rechercher quels sont les gouvernemens qui en assurent le mieux la durée, ou qui tendent avec le plus de force à les détruire . Les lois , pour être bonnes , doivent sortir de la nature même de fhomme^ un gouvernement, pour être bon, doit être tel qu'il tende, par sa propre nature, à l'observation exacte de ces mêmes lois.

n résulte de cette manière d'envisager les choses, qu'en étudiant la législation comme science, on n'a point à rechercher si telle loi est démocratique, aristocratique, oligarchique ou monarchique ; et que, par conséquent, oa n'a point à s'occuper des diverses formes de gouvernement. Les mots au moyen desquels on désigne ces formes, ne rappellent que des idées indéterminées et confuses; ils ne sont propres qu'à réveiller des sentimens aveugles de sympathie ou d'antipathie. Tel individu croira flétrir une loi en disant qu'elle est anti-monarchique; tel autre

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croira faire un fort bon raisonnement en di-> sant qu'elle est mauvaise , parce qu'elle est aris^ tocratique. Les systèmes qu'on fiait sur. les gouvernemens, ne sont ni mieux conçus^ ni mieux suivis que ceux qu'on a faits sur les fondemens de la législation ; mais ce n'est pas ici le lieu de les

Il résulte de ce chapitre que, si les divers systèmes qu'on a faits sur la législation^ servent à obscurcir l'entendement des peuples, ils ne diri-> gent pas leur conduite ; qu'ils sont même souvent abçndonnés dans la pratique, par les écrivains qui les ont imaginés ; que ce ne sont plus, par conséquent, que des formules qu'on étudie et qu'on répète sans y croire ; ce sont des espècea de religions dont le fond a disparu, et dont on conserve les formes par bienséance ou par habitude; on invoque le Contrat social, comme les poètes invoquent Apollon, sans avoir plus de foi dans l'un que dans l'autre. Mais comme une fausse religion ne disparaît entièrement que lorsqu'elle a été remplacée par une religion nouvelle, les faux systèmes, en législation et en politique, ne tomberont dans l'oubli que lorsqu'ils auront été remplacés par quelque chose de plus propre à satisfaire l'esprit. Qu'estce donc qui pourra les remplacer? Qu'est-ce qui établira l'harmonie entre l'entendement des hommes et leur conduite? l'étude, l'observation des faits : c'est là une répétition; mais c'est une

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yénté sur laquelle il fikudra revenir plus d'une foîs^ avant qu'elle soit comprise.

Mais les iaits résoudront-ils toutes les ques^ tions ? jetterûnt4k la lumière sur tout ce qui est obscur? non sans dotite» Lorsqu'on' étudie une science, et qu'on a t)iên constaté quelques hiis , on peut remonter à ceux qui les ont produits^ dît desceùdrte à ceui qui en iiésultent. Soit qu'^n môiite des effets ans causes, ou qu'it^n desceiide des causes aux èfffets, on doit atler aussi loin qu'ils peuvent nous conduire. Mais quand ils s'arrêtent et qu'ils cessent de nous éclairer > nous devons nous an^ètér avec eut : nous ne pouvoiié aller au-delà sans en^t^er aussit^ dans l'empire des ténèbres, des vagues conjecturesyet des interminables disputes. Si dés questions iibportantes irestent à résoudre, il fiaut laisser au temps et à Texpérience le soin d'en donner la solution. Il n'est point de sciences qui se soient formées spôiitàiiefnetit ; il il^ëri fest aucune qui se soit chargée de rësbudte toutes les' qu^îoris soulevées par ttctire ifttéiNet ou par nôtre cùt*i6site. Un ftiit bien constaté vaut mieux que le système imaginaire lé plus ihgéiiièâx. Si nous Àe voulons pas no^ feiiçàgët dans là roiite dé l'er»reiîr, n'otibllôhs pas là deVise qti'un graild poè^e a donnée à la vérité ï

Jesuis fiUe du Teiiips, et doistoutài|ion père. ,.

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