‹ Traite de legislation, ou Exposition des lois generalesChapitre 42 sur 69 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la pensée du l^slateur , et. des descriptions de . imaginaires. ! *

LoBSQtJE deux peuplés cotttemportfînsr se trou- Tent placés Tun à côté de Tautre, qu'ils oûtfeît dans les arts et les sciences les mêmes ]^pogrès, qu'ils- parlent la mérûe langue et ont la même religion, il lie peut exister dans leutir moètirs et dans leurs lois, que des nuaïice^ f8rt légères. Tenter alors de transporter dhez Tun les fois qui existetit chea l'autre , ce n'est guère qriè substituer des descriptions, des classificàfidtls, des dén<»fninations nouvelles, à des descriptions, des classifications, des dénominations anciennes; c'est réformer le langage bien plus que les idées. S'il existe quelques différences réelles dans les dispositions , ces différttoces portent, en général, sur des manières de procéder , et le fond reste le même; on arrive au même résultat par des moyens divers.

Mais ce n'est pas toujours à rendre communes à une nation tout entière les lois qui en régissent une partie , que se bornent les gouvernemens ; possédant des descriptions ât» disposi-

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tiens (le Ipis particulières à des peuples qui ont disp^udiela terre , ils s'imaginaut quelquefois qu'il ^t en l^r puissance de rétablir ces lois » parlaraâsop qu'Us ont le pourvoir d'enrepro^ duirç'les di^ppsitioiis sur le papier $ ils emploient alors toute 1^ force dont ils di^ioaént^.à donner aux générations existantes les idées , les passions^ les préjugés des générations qui ndfont plua. Quelquefois aussi, au lieM de prandre pour mo<d^ les lois d'uii peupla contemporain , ou les lois d'un peuple d'un autre âge^ ik forment on monde idéal, tmoent les règles suivant lesquelles ce monde doit vivre , et , donnant à ces rè-^ glea le nom de lois ; ils ordonnent aux peuples de modifier leurs idées , leurs passions , leur exis^ tence, de telle sorte qu'ils ressemblent en tout au monde imaginaire qu'iLs oni; conçu (i).

Trouvant dans des livres la description d'une multitude de dispositions de lois, pouvant en décrire un nombre eâcore plus grand d'imaginaires , et prenant des fictiom ou des supposi* tioos pour des lois , les gouvernemens finissent p^r ae persuader qu'il n'est rien de plus fecile que de modifier les nations qui leur sont sou*^

(i) Il t$t assez eommuii aux philosop&es de décrire des lois imaginaires , et de les présenter ensuite aux nations sous le nom de constitutions ou de codes : c*est ainsi que nous avons eu des républiques, des monarchies constitutiounelleâ , etc. Il est douteux si les maux qu'ont produits c^ codes imaginaires, n'ont pas excédé les biens qui en sont

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mises ^ et qu'ils n'ont qti'à parler pour qu'elle^ pensent^ agissent et sentent selon qu'il convient à leurs intérêts ou à leurs désirs. Ce ne sont plus alors les livres qui doivent représenter le tableau de roi*dre social, ou renfermer la description méthodique des dispositions des lois suivant les-^ quelles les peuples procèdent lorsqu'ils tendent vers leur prospérité. Ce sont, au contraire, les peuples qui doivent représenter ce qui se trouve dans lés livres, et les livres doivent représenter ce qui s'est passé dans l'esprit de ceux qui les ont fait écrire. Il n'est rien de si commun que.de voir des ministres, des princes , et même des philosophes, qui croient que le genre humain doit être la représentation exacte de ce qui se passe dans leur cerveau. Montesquieu , en exposant quel a été de tout temps et dans tous les pays , l'esprit' des lois^ a prouvé que telle a toujours été la. pensée des gouvernemens. Rousseau avait la même idée que Montesquieu attribue aux gouvernemens, lorsqu'il écrivait que celui qui ose entreprendre d'instituer un peuple, doit se sen« tir en état de changer la nature humaine, c'està-dire de la jEaçonner de telle manière qu'elle ne soit plus que l'expression de sa pensée. Enfin, les jurisconsultes, presque sans exception, sont dans la même croyance; il n'en est presque aucun qui ne s'imagine que, pour déterminer comment on doit agir dans un cas douteux, on. doit consulter , non la nature de l'homme, mais la pensée du législateur. Il £aut que la conduite.

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