‹ Traite de legislation, ou Exposition des lois generalesChapitre 43 sur 69 · I.ITU II,. CHAPITRE Y. 35 i · texte numérisé non relu

I.ITU II,. CHAPITRE Y. 35 i

et les mœurs des nations soient l'expression de cette pensée^ eut-elle été conçue par un imbé^ die comme Claude^ ou par une béte féroce comme Néron. C'est là, dit-on, ce qui fait le bonheur 4es états, la grandeur et la dignité des peuples (i).

- Ce Éfystème n'est que celui de l'esclavage réduit à l'expression la plus simple, et porté aussi loin qu'il peut s'étendre i l'esclave le plus docile, celui, qui est doué de l'organisation la plus flexible, ne peut s'annuler d'une manière plus complète qu'en devenant l'expression de la pensée de son maitre; et le maître le plus despotique ne saurait exiger rien de plus de l'esclave le plus soumis. Il est si vrai que ce système n'est que celui d'un es-

(i} Sï une loi est conforme à l*mtérét du genre humain^ il suffira sans doute pour bien l'entendre de connaître et dé consulter cet intérêt; mais si elle a été faite dans la vue àe favoriser quelques individus aux dépens du public , si elle est' ojyptessîve' ou tyrani^qué». comment peut- on espérer de bien l'entendre et de bien l'exécuter^ si Ton ne recherche pas V esprit. on la pensée du législateur? Cette objection est fondée;, mais il reste à démontrer qu'il est du devoir des peuples de bien entendre des lois tyranniques , de les appli<» quer dans l'esprit qui lès a dictées ; il reste à démontrer que les hommes sont obligés, en consdence, de conformer leur coud^ite aux idées d'im despote où d'un esprit faux, même lor&qa'iU ont la puissance de se conduire autrement. Si une loi est bonne, on l'entendra bien en consultant l'intérêt public; si elle a été faite dans de mauvais de seins, il faut encore consulter l'intérêt public, car il est bon qu'elle soit Retraite. Dans tous les cas , la pensée dii législateur est hors d£ la questioB.

35a TRAITÉ DE LÉQI6LATIOK.

clavage sa^s lîmil?ê9> qu'il nnffît de ÈKàmitximr le mot àe molife à celui de législhteilLry potrr ne plu8 apercevoir de diffé^ènc^ : cette Mbstttutioû ne chaiig0 rie» ôtt fond de» chose» v, ptti^ue les deux mots désignent 'égalemaDit un homme. Ce système n'a pu naître et se propager que chet de^ nations formées dès-long-temps à Tesclavage, chez des nations qui ont r^eté les mots propres "à ia servitude, et qui en ont conservé lés mœurs. Il e^t naturel que y chez de tels peuples / les uns aspirent à être maîtres, et proclament les maximes du despotisme, sous le nom de législateurs^ et que les autres ne voient, dans leurs propres personnes, que des esclaves sous le nom de sujets ou de citoyens ; que le& premiers prétendent que leurs pensées sont le modèle suivant lequel les nations doivent se former, et que les seconds admettent une telle prétention comme une réglé* de conduite.

Il est sans doute indispais^ble que les citoyens obéissent aux lois ; pour s'y conformer , ils ont besoin d'en connaître les dispositions j ils rie peuvent les connaître, dans beaucoup de cas, que par la description qui leur en e^t donnée ; et e^Uéà description ne peut être que l'expression de k pensée de celui qui en est l'auteart Maïs si .là description n'est qu'un intermédiaire entre riionime qui la consulte et la pensée du législateur,, la pensée du législateur elle-même ne doit étie qu'un intermédiaire passa^ger entr^ la nature des choses et la, description. Un peiatre fixe

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868. regard» sur un paysage; l'idée s'en trace aussitôt dans son esprit : il prend ses pinceaux et rend sur la toile l'impression qu'il a reçue; en d'autres termes, il exprime sa pensée. Que feront maintenant les personnes qui voudront connaître le même paysage? Elles étudieront le tableau qui. en aura été feitj et si cela ne leur suffit pas, si elles trouvent la représentation incomplète ou inexacte, elles étudieront l'objet même que le peintre a prétendu représenter. Cherçberont-elles à connaître quelfe est la pensée du peintre ? ce serait une folie ; cette pensée n'a -été qu'une modification de l'individu; cette modification peut être effecée par l'oubli, même par la mort de celui qui l'avait éprouvée. Il ne reste, donc, entre la chose décrite et la personne qui veut la connaître, que le tableau, ou la description qui k représente; il n'y a plus rien au monde qui soit la pensée du peintre. Les pensées d'un homme qui décrit des &its ou des actions n'ont pas plus de durée que les pensées d'un homme qui décrit des paysages; elles ne «ont pas moins susceptibles d'être modifiées effiacées, détruites. Nous reste-t-il autre chose des jurisconsultes romains, par exemple, que les descriptions qu'ils nous ont laissées .i* Si nous trouvons ces descriptions obscures, feusses ou incomplètes, avonfr-nous d'autres moyens de nous éclairer que de procéder comme ils procédaient eux-mêmes, c'est-à-dire d'étudier la nature des choses? Rester^it-il, sur la terre un

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