‹ Traite de legislation, ou Exposition des lois generalesChapitre 51 sur 69 · LITRK II> CHAPITRE TII · texte numérisé non relu

LITRK II> CHAPITRE TII

elles ^ les plaisirs physiqaes qui prennent leur source dans une bonne constitution^ produisent souvimt aussi des plaisirs moraux. Un homme donttous les organes remplissent avec £acilîté les diverses fonctions auxquelles la nature les a àcsûnéSy qai satis&it tous ses besoins^ et qui éprouve ce genre de contentement que donnent^ la liante et l'absence de toute peine, s'abandonne bien plus &cilement à l'espérance et à toutes les affections douces et bienveillantes , qu'il ne le ferait dans une situation différente; sa vie est plus expansive; il s'identifie davantage avec ses semblables. En général, un homme heureux est un homme bon : un homme méchant est un homme misérable, dans le sens propre du mot. Cela peut nous faire juger des plaisirs dont jouissent les tyrans, et des mœurs des peuples qu'on rend misérables pour en &ire des instrumens plus dociles (i).

Les peines ou les douleurs physiqaes n'engendrent cependant pas toujours des peines mora«les correspondantes : il arrive , au contraire , fort souvent, qu'on se procure des plaisirs mcH raux par les peines physiques qu'on se donne ^

(t) Un hothine agité dd pSiHîotÈÈ ikialfaisâatés, est iiil komme qui tQuflre, parce que de tellet passions engeu-* drent la douleur ; mais il ne s'ensuit pas qu'un homme qui souffre , soit toujours agité de passions malfaisantes. On dit souvent d'un homme pauvre , qu'il est misérable -, mais on> ne dirait pas d*Uù homme qui est misérable : c*e$li»lAonwic^ peivert*

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ceUe»-ci sont^ en quelque sorte^ b moniiaie avec laquelle on achète ceux-là : c'est par un trayail pénible et assidu qu'on acquiert son indépendance^ et qu'on assure à ses en&na des moyens d'e3Eistence ou une bonne éducation.

Les plaisirs physiques produisait quelquefiins des jouissances morales^ mais ils n'en produisent pas toujours; il n'est pas rare^ au contraire, qu'ils produisent une multitude de maux; des excès habituels d'alimens ou de boisson, quels que soient les plaisirs qui les accompagnent, ne tardent pas à être suivis de douleurs de tous les genres.

Les jouissances morales , de même que les plaisirs physiques^ engendrent souvent des peines de même nature; ainsi ^ l'individu qui satisfait une affection morale^ telle que la haine, l'envie, la colère ou la vengeance, éprouve certainement un plaisir au moment où il se livre à une de ces passions; mais le plaisir est toujours suivi de peines morales plus ou moins graves, plus ou moins durables, telles que la crainte, le repentir, le mépris de soi-même , le désfaon^ neur. . ^

Il n'est, en un mot, aucun genre de plaisirs ou de peines qui ne puisse engendrer d'autres plaisirs ou d'autres peines , et non-seulement pour celui qui s'y livre , mais pour une foule immense d'individus ; une grande découverte peut produire^ des plaisirs très-vife et très-durables*pour celui qui en est l'auteur, mais elle en produira^

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aussi pour la plupart des hommeâ qui vieudront après lui.

Les peines ne se propagent ni avec moins de rapidité^ ni avec moins d'étendue que les plaisirs : les jouissances que se donnèrent César et ses successeurs, furent payées parles malheurs d'une multitude de nationSp

La distinction des divers genres de plaisirs et de peines que nous sommes susceptibles d^é^ prouver, est fort importante eu morale et en législation^ c'est pour ne l'avoir par foite, que l'on s'est livre à tant de disputes sur les véritables causes des actions et des jugemcns des hommes j et qu'on a souvent laissé impunis des faits punissables. Des philosophes ont dit que , dans ses actions et dans ses jugemens ^ Thomme n'est conduit que par les seatimens agréables ou douloureux qu'il éprouve ^ par des plaisirs ou par des peines, et ils ont entendu par là tous les genres d'affections dont nous sommes susceptibles. D'autres écrivains, restreignant le sens des mots plaisirs et peines ^ aux peines et aux plaisirs purement physiques, ont prétendu avec raison, que Vhomme n*était pas toujours conduit par le plaisir ou par la douleui*; et, pour justifier leur opinion, les exemples ne leur ont pas manqué. Ils ont accusé les premiers de calomnier le genre humain et de corrompre la morale; et pour rendre les hommes meilleurs, ils ont 1

tâché de les faire croire à des effets sans causes, et de leur persuader qu'ils devaient s'iuj poser

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des priratiom 00 «e soumettre à des docileurs sans motife.

Les erreurs dans lesquelles on est t«>nibë en législation, n'ont été ni moins nombreuses, ni moins graves; quelquefois on a prétendu que , pour apprécier le bonheu)r d'un peuple, il ne fallait tenir aucun compte de èeè jouissances physiques, et que la naticm k plus heureuse était eelle qui avait le moins de besoin à satiéfeire, comme si le bonheur ne se composait que de négations; quelquefois aussi Fon a pi^ndu que les jouissances et les doilleurs physiques étaient les seules qu'il fallût pi^ndre en considération ; qu'un peuple qui avait les moyens d'apaiser sa soif, de rassasier son appétit, et de se m^tre à l'abri de l'intempérie des temps , était le plus heureux des peuples et n'avait plus, rien à désirer; quelquefois, enfin, on a prétendu que si les peuples pouvaient aspirer & des jouissances morales ou intellectuelles , les gouvernemens étaient les juges suprêmes de k qualité et de la quantité qui devaient leur en étrû permises ^ on a bien admis que les hômmes'pouvaieût, sans danger, être juges de la qualité et de k quantité d'alî^ mens exigés par les besoins de leur estomac, mais on n'a pas admis également qu'ils pussent, satis danger, êtrejuges de k qualité et de la quan-^ tlté d^iiistrdètiôn exigée par leur esprit.

On «st uMé'plto Mn; OU a tenté de soumettre leurs défections morales aux mêmes règles que teurs afifections întelléétuelles : on a prétendu

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qu'il Miait aimer tels individus^ jusqu'au point de se faire tuer pour eux; tels autres jusqu'au point seulement de se faire leurs esclaves et de travailler pour leur service ; tels autres pour leur acheter exclusivement leurs marcbandises^ même quand elles Bont chères et de mauvaise qualité; tels autres enfin ^ jusqu'au point seulement de leur livrer son superflu ^ et de les eiupêcher de mourir de faim j les antipathies ont été réglées corrmie les sympathies; et elles l'ont été avec le même esprit,

Kous n^avons pas à examiner ici ces différeus systèmes : la seule chose que je me proposais de faire observer, c'est que, pour connaître les causes et les effets de Faction que les hommes exercent les uns sur les autres, il faut examiner les divers genres d^affections dont ils sont susceptibles ; il faut examiner tous les plaisirs et toutes les peines j quelle qu'en soit la nature^. .qui sont la cause ou le résultat de cette action.. ||, 1 1

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