‹ Traite de legislation, ou Exposition des lois generalesChapitre 54 sur 69 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Des peines et des plaisirs moraux considérés comme élémens de la puissance dés lois.

Les lois sont des puissances composées de divers élémens de force ; mais y dans toutes y ces élémens ne sont pas de même nature^ et n'existent pas dans la même proportion. La loi ou la puissance qui détermine les pères à nourrir et à élever leurs enfans , n'est pas composée des mêmes élémens de force que celle en vertu de laquelle on enrégimente ces enfiams pour en faire des instrumens d'oppression ou de pillage. Une loi en vertu de laquelle on enlève à la partie laborieuse de la population , le tiers ou la moitié de ses moyens d'existence^ n'est pas composée des mêmes élémens de force qu'une loi qui met les propriétés de chacun à l'abri du vol. Une loi qui repousse des frontières d'un état les marchandises étrangères, n'est pas composée des mêmes élémens de puissance qu'une loi qui garantit à chacun la disposition des produits de son industrie. Les principaux élémens de force de quelques-unes de ces lois^ se trouvent dans la masse entière de la population^ et sont inhérens à la nature humaine.

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Les principaux élémens de force des autres se larouvent dbez les hommes qui sont en possession du pouvoir.

On a vu , dans les diverses révolutions que la France a éprouvées , . des momens où un gouvernement avait perdu toute sa puissance, avant qu'un autre l'eût remplacé. Dans ces courts intervalles y les femmes restai^it unies à leurs maris, les enfans obéissaient à leurs pères , les pères nourrissaient leurs enfans , les ouvriers travaillaient pour les maîtres, les. maîtres payaient les ouvriers , en un mot, toutes les opérations nécessaires à l'existence d'un peuple , continuaient à s'exécuter. Pourquoi ? par. la raison, que les principaux élémens de force des lois sociales, exi^taiqnt dans le sein même .de )$i. population; ils existaient dans ses besoins , dans 91^ affections, dans ses jugemens, dans ses idées.

A)[ais si^ dans le nombre des 1(hs établies , il s'en, trouvait quelques-unes dont les principaux élémens de^ force n'existassent, que dans les besoins , ds^is les passions ou daw les préjugés de la partie gouvernante du peuple , cQlles4à étaiei^t suspendues ou détruites aussitôt que 1^ éjémeaas de force dont elles se composaient , étaient dispersés. Si elles avaient pour objet d'empêcher )es hommes de manifester publiquement, qe^rtaines opinions, d'arborer, certains signes, d'inyoqi^er certains ^oms, d'abandoni^er certains drapçaup:, de reparaître dans certains lieux , chacun popvait librement faire ce qu'elles avaient empêché

4t4 TEAFTÉ^ BS LÉGKLATIOir.

josqae4à : les peines les plus sëvèms qu'dles avaient prononcées, restaient inefficaces, et nul ne songeait même à en demander l'application.

Les lois, qoelle qoe soit ia partie de la pc^ulation dans laqodle résident les principanx élémens de forcedontc^es se composent, fie penvoit se tronver qne dans les besoins physiques^ dans les affections morales ou dans les opinions 'de la partie de la popnlation qni gonveme, on de cefle qni est assujettie. Dans le chapitre ptécédent , j'ai exposé comment la passion on l'amoilr des jouissances physiques, et l'aversion des peines de même nature , sont au nombre des âémens de force qui coiastituent les lob. Jedéisezposer main« tenant comment les ^i£feciioûs morales forment une autre partie de la même puissance, et comment les lois varient en même temps qtte ces affections.

On observe qu'en général, à mésulre que la passion des jouissances physiques se développe , lés affections généreuses se resireignenf , et qu^au GonU^ure les peréoÀnes qui 4ont les plus sévères pouir elles-tiiêined , sont eeliés dont les affections biè^^vMllaïites embarrassent une plus grande par^ ttedu genre hutMiii. Les étoïtiéns, qui se feisaiesut une gloke de mépHisër^es pkisirs sensuels et (H s'estercer à Itt dotiléur, sont les première qui ont prockmé qu*il fallait préférear le bonheur d'une fieunille à celui d'tm individu, le bonheur d'une natit()n à celui d'une ftttiiUe, et le bien^tre du gearfefcumëte au biew-êtte d'une nation. Les ty-

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