‹ Traite de legislation, ou Exposition des lois generalesChapitre 56 sur 69 · CHAPITRE X!L · texte numérisé non relu

CHAPITRE X!L

Des élémens de puissancëfdont se composent les lois île la morale.

On a vu précédemment que leë conséquences qui résultent de nos actions ou de nos habitudes, 8e composent d'un mélange de biens et de maux; que ces biens et ces maux se répandent presque toujours sur un iiônibte plus ou moins grand de personnes; qu'ils se tnanifesteùt à des intervalles pliid ou moins éloignés; tju'ils ne se répartissent que d'une manière illégale; enfin, que le perfectionnement des mœurs et des institutions tient, en grande partie, à la connaissance que nous avons de» effets qili en résultent.

J*ai maintenant à faire voir quelles sont les circonstances sur lesquelles il est nécessaire de porter suocessivemént son attention, si Ton veut avoir une connaissance complète de chacun de œs effets. Pour donner cette démonstration , Je prendrai pour exemple une des habitudes les moins rares de la vie privée.

Un ouvrier, 'je suppose , ayant une femme et des en&ns qui subsistent au moyen de son travail, reçoit, le samedi, le prix des six journées de

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travail de la semaine. Au lieu d'employer la «omme qu^il a reçue à l'eatretien de sa famiUe^ il va en dépenser la plus grande partie dans un cabaret. Cette action produira évidemment des plaisirs et des pein^ss : ToyçnM en quoi les uns et les autres consistent.

Elle produira d'abord un ^plaisir physique pour une seule personne : ce plaisir poujrtra avoir quelques heures de durée, un peu plus on un peu moins ; l'intensité qu'il aura sera en raison de k sensualité de l'individu .

£lle produira , d'un autre coté , cîes douleurs . physiques pour la femme et pour les en&ns, douleurs qui consisteront dans des privations d'alimens^ de vétemens^ deprppr^té>..de chauffage^ de remèdes en.caade m^Udie,

Elle produira y de plus , diverses douleurs morales telles, par exemple, qqe celles qui doivent résulter du spectacle réciproque de la misère, de l'idée de l'abandon, des espérances trompées, des craintes de l'avenir, de la perte de la confiance, de l'affaiblissement ou de l'extinction des affections de famille.

Le nombre des personpesi s^r lesquelles ces douleurs physiques et morales se r^pandSent, sera égal à celui des membres dont.se compose la famille , et des individus qui fr'intér^^^i^nt à. elle.

La moindre durée qu'elles ptiisf^ent avoir excédera de beaucoup la durée des plais^^s que l'intempérance aura produits ; elle pourra être égale à la vie de plusieurs des membres de la JBamille.

LarjQOième'aclioD^ aprè» avoir produit, {>our un seul individu y 4ic» jouissances physiques , ptodqiira ppi|r iuides douleurs Se divers genres ; elle rà£fectera:ikm ses &cultes intdlectudles, morales m "pfarfsifpies.

Je n'ai pas^it entrer dans ce calcul le» avantages qui so'^ réauHes^ |)our le marchand / de la vente de ses denrées ; cela n'était pas nécessaire^ puisque si V^^uvrior avait employé la somme'qù'il lui a payée / à pçurtoir ans: besoins de sa BsimiUe^ cette somme aurait ' paiement passé dâqs les xnaiiiade ceux qui auraient fourni les choses nécess^rerà ia^ati^clion de ees besoins ; elle se serait nièmé :rq)andùe 4'une manière fduaiégale chez plmieiirs classes de la société , et elle eût été par- conséquent plus utilement dépepaée.

Il résuhe de cette comparaison que les douleurs produites par rintempéranœ excèdent les plaisirs, par la variété /par le nombre dés per* sonnissr qu-elles^atteignent, par l'intensité et par ia durëê qu'èUes ont. Les plaisirs. dùnt* uh.peu plus infmédiats bu :ùn peu plus. ràppmcHif^jqua les peines, et ils ont , par conséquent V-^il'l^'^*^ degré de certitude de plus : inaia oeAtaid^féreùce est si. petite , qu'elle çst ixiappi^éciable. i , , s , <

Si Ton veut se dornier la peine de woheffclwf quelles sôlnt les conséquences des ]ii^bit9de»,ou dea actions auxquelles les peuples» jciviliséafil<}A-^ nent le nom de vicieuses, on rencontrera partout les mêmes «lémens ; on Verrai que toint^, ks £Qt$ qu'udie aétioa produit sur ^ea organeA physique,

45a jjuiTk .w%. htGi9ULtwsA

snri(d8 fiiffec^n^;mormlfitf> ou «îiriedlMéftiltéa inteUQctuello» des iioiiiiu£â^.;ttq(e ^Mcinieidémaiix plus considérable cpie celle- de» ibièns:^.Qii^te*aO' tiem est mise au rang 4es eci&ant ¥icfiéuaQs> où crl^ minelles ; on verra que, poi^ cakiiieE'}a aoiphie des nna et k:aonnne^e8«uiares, ftdus kèr peut>Ie$ éclairéâ oni! pri^ eu coill^ideifaflîoaiJj'iatèKâité jlu btea^t duima^ pcodbit^ le nombre' de personnes qùitea'sont a£féctéèc) y la dnré^ diea jodissances et desipeines^rl^ur {Mrogdmittrottili^ éloî^itement, leùrplus oa^motQS'dekaenitnlud^ ii: •

Ainsi ^ Yen donne le . nom de TtoBjà i'iiabitiide de se livBer^ à des actiona >^i^r(idiiiseà:)|; lûatmé^ dia;tem8li| ^â eeirtein: )[>ki£iir> .tnaîa qui aont Suivies:de peînea>ini)raiésf>lfls!iîteiidiieayjpar la duréeypa^ rintensité:^ ^^paiMlp' nombare; des perdoimbs ^qu'elles offefstent ; jc>&>dtone Je même nônii àlliabitude de; s'eaposer^^ desimausjconsidéi^blds polir 'obtëmr<]^es)àT«flat£^eS(X]pQi<!i^ certs^t^s ottim0ins'ëten4us;^jon doDnes«!niiniQjnéme noifn à rbflbiixuieidiç sacHfieràuiliiindivsdii bu à un; péifllPttopibre y lf& iBf.éDèts* d>\mûànaà»b plus

> iLeg' ëlîdiiRMs dié iCfldcul . kpiV edtcent ^dailis Tapprédation id^tnie liqliftwiffijugée jijar^aéme, ,; chez unt tïaition elvilisëe^ sônt.esabtement.leaiilièilies ({ue elstÊt' if eiftr^tf éwfs l'appi^cîalion dfiine babkîitàë'bbntrilifey.il: ù'y à ;dp>diffiéce«j^ que d*në'I:é|^ «'éstiilttUiSw^Dans le'pneinieriias y 1» ^mme deisî iiâfÀil&^Meède]c^k'de9biens>;*f^nsie second, c'es^ 'êellé;detf)laiiens^'c|iiî/ «excède ^qeUed^ inau3i«

L1Y1&B II, (^APIVaB XII. ^Sl

Qa'il taie amt peiniois d'en donn^ «acore^ un exemple : je prendi^d i^liii Ap l'ëcoiion^ev

Qu'un ouyrier actif et intelligent place J tocites ks seu^ainea et pendant \m ceumn nombre d'Anneesv une partie de M^^b^n^fi^^dans une caisBf d'épar^ne^ ; oeUeliabitudi^ > dont 1$ résultat éei^a la f ormatioi) dW capital^ ^era Buivia cùnm^ la prëcédenl^ )d'ui) mâônge de biens et de mmipt/ .

Les manx cpn^teront dansles' privations qu'il s'imposera ; ils. ne^tomberoiit que ^ur une seule personne^ et n'auront pas -pln;^ d'intensité ni de durée que les^tentations defiépeiise auxquelljes il faudra résjster. ' i

Lie capital, produit par l'épargne ^ sans qu'il soit nécessaire d'y toucher, ni métœ ^^eti coii^ sommer les intérêts.^ produit y pat s^ s^lie^exis^ teboe^ plusieurs sortes^ lié biens. Le'pi;|pmiei! est la sécurité ; le capitaliste , ni^lad i»ieinbi*es de ia famille nr'oi^t:plu6 à craindre qu^ne suspension de travail^ cayisée par tmei maladie ou-pard^ùires àccidens; les réduiseàla dernlére>iàisèrei QelDden de la séouricé* commence à êti^eiseilti à rîinstiEint ntémeott l!ouiFri^ fait sa première ^épài*gne, et il s'accrot|; àpiésure que-ie^ valeurs épargnées sfaeouniuliem. ' '•:-";- •'•»''! »•••••; •• •<;••> " ••. ' Lej second; bien es» 4'à<}ci'b'issétoeïit à* force qu'il dondeaûi; àffaettonsd^ fàiÀ^IlëV^UH'homtale qui s'impose desiprivations pou^ asMirél[< TaÉvénir 4e ses en&ns et desa fi^me^y léu>r est bëailcôùp plus cher qu'il iie le aérait s^it^sé contèiltaït dfe pourvoir à leur ëxbtenoi jouriUlàiiàre'^ ayant le

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moyea deJaire davantage. Xkej^dn ooté, iLa plus d'affeci^u pour eif x ^ ^pac la ramm mkne qu'il lenx ïait de plus gi^nds sacrifices : les jouissances qui naissent de ces affections, sont plus pures ^ pafce ^'eUes sont, dégagées des craioites et des anxiétés inséfarables dt^mt existence précaire.

L%trojsîèm<^ bi«[|.^t celui da respéra&ce : les parç)[|S qui, par leurs économie ^ préparent à leurs enfans im Jle||reux.:avenijE^, «jouissent d'avance nie toupies biens qu'ils dgivent posséder un jour ^^ cette joijiissânce s'accrcat à mesure que l'espérance est plus près de se réaliser.

Le quatrième bien est celui de l'indépendance : vn^bon ouvrier qui a aipassé un^ peti{ capital, n^est ^s, obligé de rei^voir la loi de celui qui l'emploie; il traite.^ en quelque sorte , avec. lui d'égal à égal*; s'il« n'est pas satis&it au marché qu'on lui oflrç, il pcîut attendre^, ou ^e transporter dajas un lieu où le travail est mieux payé.

{j'éducation des ënfans^eet le cinquième avants^gç qui résiste de l'éôoiiomiè. Un ouvrier qui i^'a fait a ucûne épargne n/a aucun moyen d'élever ses e;nfan^; ilest obligé, demies laisser dans les derniers rangs de. la société*. Celui qui fiossèdeim petit capital^ peut faire entrer les siens dans une cja^se pluf éclairée f^^plUs aisée : it peuDles placer 4'^R6ln^aïîière p^^s hpUQrâble et pdus^lacrâtive. , ; ^ {i£(;Conspminaiion des revênps du capital accu*mulé pr.oduira des joiûssàncesde divaits 'genres , jgLpn-^seulement^pourùelui qui l'aura- foirmé par 4esî,épairgue^>ti^ pour lesimembres de sa femille,

LnvHE.ii, ghapithe XII. 453

mais pour tous ceux qui leur succéderont à Fiafini^ aussi long-temps que le capital ne sera point détruit.

Je n'ai parlé que des avantages que produit l'économie pour, celui qui s'en fait une habitude et pour les membres de sa famille; mais elle en produit aussi pour d'autres personnes dont je n'ai pas parlé. U est dans la société une multitude de familles qui ne peuvent exister qu'au moyen de leur industrie^ et nulle industrie ne peut être exercée sans capital. Faire des épargnes ou créer un capital^ c'est donc créer des moyens de mettre en activité Findustrie d'une partie de la population, et par conséquent lui créer des moyens d'existence.

I^es effets de l'habitude dont je viens de faire l'analyse se composent donc d'un mélange de peines et de jouissances; mais la somme des dernières excède la somme des' premières par la multiplicité des genres, par le nombre des personnes qu'elles affectent, pisur l'intensité, et surtout par la durée.

Cette habitude est donc mise au rang des vertus^ à cause des avantages qui en résultent pour les hommes; et, si l'on veut rechercher quelles sont les conséquences des autres habitudes quot l'on considère comme vertueuses», on verra que partout on a pris pour base de ses opinions les mêmes élémens de calcul.

Il est donc aisé de se faire une idée générale des habitudes auxquelles on donne le nom do I. a8

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vertus j on donne ce nom à l'habitude de s'exrposer ou de se soumettre à une* peine actuelle , pour éviter des peines éloignées, mais plus gra^ ves; on le donne encore à l'habitude de se soumettre à des privations individuelles y pour procurer à un nombre plus ou moins grand de personnes , des avantages plus considé<rables.

On évalue la grandeur de la vertu.^ en compa^rant les biens obtenus , aux maux au prix des^p quels on les achète: l'excédant en bien mesure la valeur de la vertu, comme l'excédant en mal mesure le degré de haine que doit inspirer le vice0).

Toutes les fois que les hommes «ont portés à exécuter ou à s!interdire certaines actions^ par

(i) Si Ton avait toujours jugé les actions humaînes par les effets qu'elles produisent , se serait-on jamais avisé de dire que c'est Vopinion des peaples qui rend leurs actions vertueuses ou vicieuses ? Un philosopha eùt-il jamais écrit le passage que voici : « Peut-on trouver nulle part des nuances » intermédiaires entre la fidélité conjugale , imposée par nos » mœurs y et la prostitution honorée chez les peuplades disp séminées sur le grand Océan ? Il est donc des vertus et des » vices , comme il est une beauté et une laideur , de localité » et de convention : changez de latitude, la laideur se change » en beauté , l^ vice est changé en vertu f v Fieurieu, Voyage du capitaine Marchand , t. i , ch, 3 , p. 238.

Les lois de la morahe ne sont pas plus arbitraires que les lois du monde physique; mais on peut ignorer les premières comme les secondes y et l'ignorance n'en suspend pas les effets.

LIVâE lïf CHÀPiTEE XII. 4^5

des forces inhérentes à leur nature^ et sans Tinterventlon de rautorité publique^ on donne à ces forces le nom de lois morales ^ ou plus simplement de morale; ainsî^ blesser simplement les lois de la morale ^ c'est se livrer à des actions funestes que Tautorïté publique ne réprime pas.

Tous les peuples ne s'accordent point pour donner aux- mêmes actions des noms semblables : celles que quelques - uns considèrent comme honorables et vertueuseSj sont considérées par d'autres comme honteuses ou vicieuses, La raison de cette différence est facile à voir ; tous calculent de la même manière^ mais tous n'aperçoivent pas les mêmes biens et les mêmes maux.

Dans l'exposition que je viens de faire^ je me suis borné à suivre le procédé qu'a suivi Bentliam dans ses traités de législation : c'est au moyen de ce procédé qu'il a porté la lumière dans plusieurs branche^î de cette science; et ce n'est qu'en le suivant qu'on peut espérer d'avancer.

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