‹ Traite de legislation, ou Exposition des lois generalesChapitre 58 sur 69 · LIVRE II, GHÀPIT&B XIII · texte numérisé non relu

LIVRE II, GHÀPIT&B XIII

les parens à avoir soin de leurs enfaiis^ ou pour répiiiméi' les atteintes qu'ik. portent à leur sûreté ou à leur vie; puisqu'elles répondraient qu'il suffit que l'action de la forcé publiîjue soit employée dans un seul cas, pour empêcher que ce cas ne se renouvelle. Il feut donc 'juger de l'influence de cette action , non par ce qui se passe dans les pays oii elle est exercée, mais par ce qui a Heu dans les pays où elle n'a pas été admise (i).

En étudiant l'histoire de la législation y on s'aperçoit que les devoirs des parens envers leurs enfans , sont les derniers dont les gouvernemens ont exigé l'accomplissement. L'action des parens sur leurs enfans n'a pas eu , pendant long-temps^ d'autres limites que celles que leur donnaient leurs affections et leur puissance. Non-seulement aucune autorité publique ne veille à la conservation dest enfans chez les peuples barbares , m^is chez des peuples même que nous sommes habitués à considérer comme civilisés , ce n'est que fort tard que les magistrats s'en sont mêlés. Un

(i) Le système qui suppose que tout lé bien et tout le mal qui arrivent dans la société sont produits par l'action du gourernemîent, est au fond le même qne celuide Hobbes; il n'en diffère qn'en un seul p^int: Hobbes suppose qu'ua individu qui commande va toujours droit , et que la population/ya toujours de travers; dans le système ou l^on prétend que tout le bien se. fait' par. le gouvernement ^ on place d^v^ une. assemblée. ou. dans un conseil le privilège que Hobb^fs place dans un individu ; nMitis» dans l'un cpn^me dans Vstu\Tp> le genre humain, est considéré sous le même poipt de vue.

442 tHAITÉ DIS LÉGIgLATIOK.

Româid^ du temps de la république , pouvait disposer de ^es desceudans d'une manière aussi absolue que d'aucune espèce de propriété ; il pouvait les vendre^ lès donner^ les tuer^ sans que Fautorité publique y trouvât à redire. Son pouvoir n'avait pas plus de limites à cet égard que celui d'un nègre des côtes d'Afrique, qui vend son fils au trafiquant européen qui consent à lui en payer lé prix. Nous ne voyons pas cependant que l'abus de ce. pouvoir ait été un obstacle à i'acctoissement de la république romaine, à là conservation et à la prospérité des femilles. Les premières atteintes portées 'au pouvoir paternel furent des envaliissemens du despotisme; les empereurs se substituèrent aux pslrens , et les enfans ne s'en trouvèrent pa^ miedx (i)'.

En Chine, aucune limite n'^t mise par le gouvernement à l'autorité paternelle j aucun acte n'y réprime l'exposition desenfans, chacun peut abandonner les siens et les laisser périr de misère. Suivant les derniers voyageurs qui ont visité l'intérieur de ce pays , la capitale seule^ renferme trois millions d'habitans (2), et la popu-

(i ) tJn lëgislatenr de rnitiquité juge» qu'il ne deTait pas feîre de lois pour réprimer le parricide. Nos gonTcmciiieiis ont été plus pré^oyans^ et sans doute ils ont eu raison. Je ne suis pas très* convaincu cependant que leur imprévoyance à cet ég'ard et à quelques autres, eût beaucoup plus troublé la sécurité publique parmi nous, que ne la troubla chez les Athéniens Timprévoyance de $o1<hi.

(a) Macartney, Voyage en Chine cl en TarUrie^ t. a,

LITRB II, GBAPITBÊ XIII. 44^

lation entière de l'empire g'élève à trois cent cinquante trciê millions (4). Des officiers de police patrcoorent^ tonales matins^ les rues de Pékin , pour en enlever les en£ans exposés pendant la nuit^ et comme ces enfans sont portés dans le même lieu , pour y être voués à la destruction^ il aété facile d<en constater le nombre. A Pékin» seulement , ce iiombre s'élève , un jour daiis l'autre y à vingt-(|uatré y envirpn^euf mille dans le. cours de l'année. Le nombre dç ceux qui sont exposés dans le reste de l'empire^ n'est évalué qu'à un nombre égal ; de sorte que les trois millions de la capitale fournissait un nombre pareil à celui que donnent les trois cent, cinquante Yniliions qui habitent les provinces (2)^

Le. nombre des enfans exposés annuellement dans toute là Chine est donc évalué à dix-huit mille ; mais il faut comprendre dans ce îaombre les enfans morts-nés^ ceux qui meurent dans l'accouchement , ceux qui meurent dans les premiers mois de leur naissance et que les parens ne font pas ensevelir j ceux qui naissent mal conformés et que. les soins des parens ne pourraient pas conserver, ceux , enfin , qui appartiennent à des parens tellement pauvres, qu'ils' mourraient de

ch. 4 y p. 378. — Bairow, Voyage en Chine, t. 3, eh. i3^ p. 94 et 95.

(i) Macartney, Voyage ea Chine ot en Tttrtarie, t. 4^ cil. 3, p. 209.

(a) Barrow ^ Voyage en Chine , t. i , eh. 4 , p. a83 et 986L

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misère peu d'iastans après leur naissance^ quand même ils ne seraient pas abandonnés (1 ).

n ne £eiut pas douter que le plus grand nombre des encans exposés ne soient dans un de ces cas : cela ne saurait être autrement dans un pays où les dernières classes de la population vivent dans la plus affreuse misère ^ dévorant lesnrestes d'animau;x putréfies et jetés à la voirie ou dans les rivières y les chrysalides des vers à soîe-^ les vers et les larves des insectes qu'ils cherchent dans la ten*e, et jusqu'à la vermine dont ils sont euxmêmes rongés (â).

Supposons maintenant que le gouvernement chinois^ au lieu de laisser aux parens un pouvoir discrétionnaire sur leurs enfans / imite les gouverneraens européens ; qu'il déclare que le père et la mère sont tenus de nourrir, d'entretenir, d'élever leurs enfans ; qu'il prononce des peines sévères contre l'exposition et surtout contre l'infanticide ; enfin qu'il emploie la force dont il dispose , à faire observer les devoirs qu'il aura proclamés , à réprimer les actions qu'il aura défendues : quelles seront la somme de bien et la somme de mal qui résulteront de l'emploi de sa force en pareille circonstance ?

Tous les enfans de l'empire chinois seront-ils

(i) Barrow, Voyage en Chine, t.. i , ch. 4, p. 298.

(a) Id. ch. 2, ia6 et ia79Ctch. 4, p. 286 cl 287; t.'S, p. 28o< — Macartney, t. S,ch, 4^, p*'a99 et- 339.

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mieux nourris , mieux vêtus y mieux élevés? Non assurément; car la déclaration du gouvernement et l'emploi de sa force n'accroîtront pas d'un grain de blé ou d'un fil de lin ^ les revenus des parens \ et sans un accroissement de revenu ^ ils ne sauraiept vivre plus à l'aise. En Chine, comme dans tous les pays du monde, le bien-être des en&ns est en raison de la fortune,. des lumières et des dispositions morales de leurs parens , et non en raison de la surveillance et de la force de l'autorité publique. Quand uij en£ant manque de vêtemens, d'alimens, de médicamens, un père consulte les ressources qu'il possède pour savoir ce qu'il doit £aire, mais il s'informe peu de ce que lui prescrivent les ordonnances duprince. S'il ne fait pas tout ce qu'il pourrait &ire, le magistrat, qui ne connaît ni les ressources du père, ni les besoins de l'enÉant, ne saurait y suppléer. Les déclarations et la force du gouvernement ne sauraient donc avoir aucune influence ni sur le bien-être ni sur la conservation des enfeins que les parens veulent conserver s'ils en ont les moyens.

Les bienfaits de l'autorité publique doivent donc se restreindre aux dix-huit mille environ que les parens exposent annuellement; mais ces bienfaits sont encore nuls pour ceux qui sont morts avant que de naître , pour ceux qui meurent dans le travail de l'accouchement , pour ceux qui ne naissent pas viables ou qui ne survivent que peu de jours à leur naissance. En évaluant

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aux deux tiers le nombre des enfeiis qui se trou^ vent dans quelques-uns de ces cas, c'est rester de beaucoup au-dessous de la vérité^ puisque^ toute proportion gardée ^ ce nombre serait beaucoup plus grand en Europe j il reste donc environ six mille individus en faveur desquels la protection du gouvernement puisse être bonne à quelque chose.

Mais il faut encore distraire de ce nombre > ceux qui naissent dans des familles tellemait pau*vres qu'il leur çst impossible de les élever. Ordonner^ en pareil cas, à des parens de nourrir et d'élever leurs enfans, sans leur en fournir le moyen, c'est donner un ordre inutile; autant •vaudrait ordonner à des malades de se bien pocter, à des^ mendians auxquels on refuse l'aumône, d'avoir de bons habits , des alimens sains et des logemens commodes. La défense de.l'exposition, en pareil cas , ne peut pas avoir d'autre effet que de changer de place un lit de mort : l'enfant qu'on eût laissé périr sur des haillons devant la porte d'une maison , périra sur des haillons dans l'intérieur. Le nombre de ceux qui sont ainsi condamnés à la mort dès leur naissance , doit être fort grand, dans un pays où la population est immense, où la dernière classe est excessivement nombreuse et misérable, et où il n'existe pas d'hôpitaux pour recevoir les enfans dont les mères meurent en couches , et auxquels les pères n'ont pas le moyen de donner une nourrice.

Enfin , il faut distraire du nombre de ceux

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pour lesquels Taction du gouvernement serait inutile^ tous ceux qui seraient exposes ou dé<truits malgré les défense» de l'autorité publique. Ce nombre serait encore assez grand y comparse tivement au nomln^e de ceux que les paren§ voudraient ne pas élever^ dans un pays où une population immense est réunie sur un espace très-resserré , oùlarecherche et la découverte des délits seraient^ par conséquent^ très-difficiles, où les magistrats auraient fort peu d'intérêt à les rechercher^ et où la misère et le despotisme af* faiblissent beaucoup la crainte des châtimens {\ ). Le bien&it résultant de l'action du gouverne* ment se resserre ainsi dans un nombre excessive^ ment petit ^ comparativement au nombre total de la population. Pour apprécier ce bienfait^

(i) Lorsque Ton compare le nombre des enfans qui sont abandonnés par leurs parens dans les états de l'Europe , et particulièrement dans les grandes yilles, au nombre de ceux qui sont abandonnés dans l'empire de la Chine » et que l'on prend , en même temps , en considération les différences de population et de richesse , on est surpris de trouver , sous ce rapport, un immense avantage en faven^'des mœurs chinoises. On croirait que le nombre des enfans exposés annuellement dans une ville de trois millions d'habitans est beaucoup plus grand que ne le disent les voyageurs, s'il ne nous apprenaient pas qu^ toqs ces enf«ps sont portés dans un mémo lieu; que les missionnaires jésuites s'y rendent tous les matins pour administrer le baptême à ceux qui respirent encore, ou pour les conserver^ et que c'est de ces missionnaires eux-mêmes qu'ils tiennent les faits qu'ils rapportent.

quatre choses sont à considérer : les maux qui sont, pour les en£ans, la conséquence de Fexppsition, etHiont Fautorité publique les délivi^e; le nombre probable d'années qu'ils ont à vivre; les biens et les maux qui seront leur partage dans le cours de la vie; les peines et les jouis* sances qui résultent, pour leurs parens, de leur conservation.

Les peines qui sont la suite naturelle de l'exposition sont purement physiques; car un en£ant naissant ne peut avoir ni prévoyance, ni crainte, ni affection. L'intensité de ces peines ne peut se mesurer que par le degré et par la durée de la sensibilité : s'il est difficile d'évaluer le degré de sensibilité, il est facile, au moins, d'en mesurer la durée. Les Chinois ne paraissent estimer ni l'un ni l'autre très-haut : « L'habitude, dit lord Macartney , semble avoir appris à croire que la vie ne devient vraiment précieuse, et le défaut d'attention pour elle criminel, qu'après qu'elle a duré assez long-temps pour donner à l'âme et aux sentimens le temps de se développer ; mais que l'existence, à son aurore, peut être sacrifiée sans scrupule, encore qu'elle ne le soit pas sans répugnance (^). »

La probabilité de la durée de la vie doit se calculer par la faiblesse de la constitution que les enfans apportent en naissant, et par les maladies

(i) Macartney y Voyage en Chine et en Tactarie^ t. a, ch. 4 , p. 382.

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qu'ils tiennent de ietirs pareûs; Cette<6iiblé88e tt ces maladies doivent être cotKsidépablea, sil'oÀ en juge par la constitation des auteurs ^b leurs jours. Chez les classes Içs plus pauvres^ chez les pêcheurs^ la nnsère s'annonce par la maigretir , là pâleur^ les maladies scrophuleuses (i). Des individus si malsains et si £Bâ)les ne sauraient don^ ner le jour à des eofaiis robustes. La probabilité de la durée de leur vie doit se calculer^ de plus , par l'influence qu'exercent^ sqr des en&ns malsains et mal constitués^ les maladies naturelles à l'enfance^ des alimens peu abondans et souvent malfoisans^ le défaut d'attention^ de propreté et de médicamens. Les disettes né sont pas rares en Chine^ et les premiers individus que de telles catlamités emportent^ dans tous les pays^ sont toujours ceux qui sont les plus faibles^ les plus mal constitués et les plus pauvres. La mortalité produite parmi les enfans par cette seule cause^ doit être plus grande dans ce pays que dans aucun des pays de l'Europe^ puisque le nombre des pauvres y est immense^ que k inendieité y est inconnue , et que nul secours n'est accordé aux malheureux^ si ce n'est par les membres de leurs famiUes(2).

Les peines et les jouissances des individus qui

(i) Barrow, Voyage en Cldue^ t. 3, ch. i2j^p. 56.

(a) Id. t. a, ch. 8, p. 194 et ujS. — Macartney , Voy. en Chine et en Tartarie, t. a, ch. 4» F* 3i8 et 8x9; et t. 3^ ch. 4,p. a3i.

45o TEJUTÂ D£ LÉGISLATION.'

ne dcmt pas emportés dans lei p^émièTNes années de ieiir en&nce^ par ces diverses cauaes dé mortalité^ peuvent s'évalua par les plaisii^ et par les douleurs qui^ dans les grandes villes de l'Europe, sont le partage des classes les plus misérables. H est permia, au moins, de douter si la somme dés jouissances qu'ils éprouvent et qu'ils font éprouv^, excède b somoie de» maux auxquels ils sont assujettis ou qu'ils occaaionent à d'autres, et si , par ^onséqu^sit, leur existence ost un bien ou un mal.

Les peinea attachées ^ la conservation forcée d'uu eafiant qu'où croit n'avoir pas le moyen on la force d'éb var^ sembleraient excéder les plaisirs qui doivent en être la conséquence^ si l'on s'en rapportait au jugement des personnes sur lesquelles l'action du gouvernemimt est nécessaire; mais oe aérais un mauvais moyeu d'apprédation. L'in-* divid^ sujc lequel agttl'auteritépftîbiique, poutètre effirayé des pewas ^ des difficultés imm4diiutes auxqi^los U e0t obligé de se sou^lettre, et œ pas aperc^YDir les jouissipp^^ éloignées qui en seront la^ ^uj^^, h» ftflfectiow de famittej, comnw les af» Ipçtions 4^ tQW l«s ^w^9 «s dévelappent et se fortifient en même temps que les pei^ifipinne$ qtli m so<t l'obje^t} mais Iwsque les peîjdes qu'elles occasionent deviennent excessives, et qu'on les croit en même temps infructueuses, elles en diminuent de beaucoup l'intensité et souventmême la durée.

Ainsi, en calculant les avantages q\ie produi-*

UV&S tl, GHAPITEB HLIII. 4^1

rail; daiM ua pays tel que la Chine, peuplé de trois cent cinquante-trois millions d'habitans, l'action du gouvernement employée, soit à oontraândre ks parens à nourrir et élever leurs «iSftns, sott à réprimer rexpoflitîon et Finlianttdde, on trotti<e que ces avantages seraient sentis tout au plus par ^quelques centmnes d'individus de la classe la plus misérable. Ce bien se réduirait à une simple prolongation d'eust^ice, pcolongati^u qui serait presque toujours accompagnée dfi plus de peines que de plaisirs ; il ne s^ait peut^tre pas ressenti par un seul individu sur plusieurs centaines de nsdlle, et il se.néduârait à^^;s4^|ue rien (î).

TeU sont les avantages que pourrait produire r*action du gouvernement, si elle vmiait se joindre aux dimrs s^itimena qui agissent sur lea hom^ mes, et qui les déterminent à voiler à la oonservation de leur espèce. H reste à savoir quelle est la somme de mal au prix de laquelle ce bien serait

(i) Les voyageurs nous font des tableaux «ffrayans des ^(gts que prodiHt en Chipe le défimt (J« iov^X fctf de^oq^ Ternem^nt; qiû réprioie risdBsinticide et TexposHion àpt ea^aas, et cpû ol^Ug^ les p»reo8 k uomrrir et s ëjfn^cr cens ^mxqqels 4U donnent le jonr; mais lorsqu'on réduit à leur juste valeur lesCûts qu'ils rappQrtentyOP tonil>e dans ime surprise extrême en v^y^Qt combien est petitf! la sç\mme de bien que pent produire k c^ égard TaçtiQU du gouverne- ^nenty à laquelle on donne «ep^nd^nt le nom de loi. Dans le# états de r£urope, où certes les goqvememens nç man- <l^e^t ni d'aotivité m de surveillance , qù L'on décrète quç les pères et mères 'nourriront leurs enfans ^ pu Toi^ punit

45a TRAITÉ DE LÂ6ISLATIOK.

acheté^ et sans laquelle il n'y aurait pas moyen de Tobtenir.

Les codes de tous les peuplés chrétiens déclarent que les pères et les mères sont tenus de nourrir et d'élever leurs en&ns^ suivant leurs moyens; mais^ dans tous les pays^ Faction du gouvernement est complètement nulle &um long-temps que les en£ans ne peuvent, par euxmêmes, &ire aucune réclamation. D est, je crois, sans exemple qu'un magistrat se soit jamais introduit dans l'intérieur d'une famille, pour examiner si les enfans étaient nourris, logés, vêtus, életéreonfbrmément aux facultés de leurs parens* Les magistrats peuvent rencontrer fort souvent des enfans mal vêtus, et se nourrissant de mauvais alimens ; aucun ne s'est encore avisé de traduire un père ou une m^e eu justice pour les faire condamner à raccommoder leurs habits , ou à leur. donner de meilleur pain. Si donc les déclarations des gouvernemens ne font pas un grand bien, elles ne font non plus aucun mal, et

de mort rinfanticide^ oit l*6n punit' de paines qai ne sont guère moins sévères les suppressions et les suppositions d'état , où l'on se vante dé posséder tme religion pure et une morale éclairée , il y a , toute proportion gardée , dix fois phis d'expositions ou d'infanticides qu'il n'y en a dans l'em* pire cbinoîs où le gouvernement croit ne devoir jamais se placer entre les parens et leurs enfans, pour mettre obstacle à l'action des premiers sur les seconds. Les Chinois auraientils désespéré de trouver , pour protéger les enfans j des magistrats plus attentifs^ plus survetiians, plus affectionnés que les pères ?

'^LtYftE 11^ GHAPiTHB Xlil. 4^^

nous sommes à cet égard aussi libres q^e les Chinois. L'action de Faiitoritë ne commence que lorsqu'il ^'agit de réptimer l'infanticide^ la suppression ou la supposition d'état d'enfant légitime; lainsi^ c'est uniquement le mal- produit par cette action qu'il s'agit d'çvaluer (î). • Po^ savoir quels sont les maux que produit en pareil cas l'action répressive de l'autorité pu-» blîque, supposons que le gouvernement chinois établisse contre l'infanticide et l'exposition des eiï&iis^ . des peines semblables ou analogue» à ceUçs qui existent dans la plupart des états euro-^ pééns. Il faudra d'abord donner à des inàgistrats la «faculté de rechercher et de ;pQWftuivre' les. délits^ de faire ai^rêter les per^oimîes. qu'ils croient coupables,. d'appder, d'interroger. des témoins; il faudra instituer ' des j^océdures, juger les accusés, infliger Jaa châtiment aux condamnés.

(i) Suivaut Mcmtesquieu^ robligation naturelle qu'a Le père de nourrir ses en£Eui8, a fait établir le mariage^ cfix déclare celui qui dpit remplir cette obligation. Esprit des Ipis y lir. xxu , di. ïi. . . 1 . •

.Cela snipposé que l'association cohjligate et p^r consé» queutla conservation des enfans aontr^uisf e des législa^eavs; Si les soins de la mère sont insa|Qs^ns pour élever leurs enfans, et si les pères n'ont rempli leurs obligations naturelles qu'à compter du jour où les gouvernemens ont fait des lois sur le mariage , comment le genre humain a-t-il pu se conserTcr jusque-là? Les premieirs législateurs 6t^ les hommes auxquels ils donnaient des lois étaient-i-ife des bftl^rdl que la Providence n'avait conservés que pav miraiole.- »: ; -^^

454 TEAlTi tm iJciSfcAftOV.

Le premier md^ téraltera «Tim tel étaUi»* sèment, en one diminaticm de Èécùrité pour toutes les persannes 4]oi serc^t daos lé cm d'être accosées ou seulement soupçonnées. L'ét^dde et Tintensité de ce mal seront en raison du plus ou moms de ^CHrruption des magisti^t^^ de leur partialité ou de leur ignorance. EUes sereot en eotreen raison de la corruption on dé.k paitia- Uté des témoins , et des vices pkià ou m<rfns jp^yas de k procédure. Ce mal poun^ affecter plus ou mains la partie de la poptik^n^^dmiée de quelque pÉistôyance .^ ».

Leaecond mal consistera dans celui qui ^erë ^produit pttr les erreurs, les eaprioeë^ Farl^tnik^e des magisinit»; et les mêmes ^ârcoustanoes qtti i^jgraTerottt te premier^ serviront ^ rendit! le second plus grave. Ce sèicond genire de mal setu senti d'aulatft plus vivement^ qu'il tombera àfur des personnes plus développées ; il se répàsidm sur leurs parens ^ sur leurs amis, et pourra même affecter là société efltièi*e, IfHl s'élève dès JpUtcs sur leur Culpabilité.

Le troisième genre de mal sera dans les pdnes: souCËsrtes par les accusés qui serant jnééUertia:it oaupâUes^ par tes meml^ de leur &oiiUe ei par lettî^s atais j a se répandra partîeuHèremfeiit gai* lîeiè enftins et sur les àfecifeùdan^ qùî vivront encore.

Le dernier ifeiire de mal consistera dans lea peiaes,, les pertes de twips aiaquelks seront aar^ sujettis les ma^pslrats > l^ag^m judiciaires <et les

UTBB H) QHAVrrilB Xllf. 455

témfHM^ si lenrs fonctioas sont ^prstiiites, ou dans ligsimpèts qu'il fiaudra établir^ s'ils reçoivent une indemnité proportionnée aux sacrifices qui leur sont imposésa

Je n'ai poligit parlé des maux aoeidentebq^u^oo^ caaioftnoit toutes les procédures > tek que parfu^ tes ^ &U1 tésmoignages , oorraptioii et prévarioa<tion des magistraU^ procédures en peines que ces mant rendent nécessaires^ et qui sont d'srutant ^s 4»iiaidjéfaM(ps qoe la popmlàtton est pbis oor^ rompvki

Ainsi y pour faire l'analyse de la puissutoe qui veille à la «conservation des encans ^ et à laquelle nous donnons le non de loi^ il est lié«* eessaire de déoomposer cetljè pnissaiM;^^ 6t fib eonsid^r séparéaKkentdea e^tsbons et mauvais qui résubiânA dn chacune dias forcés dont elle se oomposea

ir existe dans l'hanlme des fbi*oes qiiile détei^ minent à noocrâr ^ à âever ses en&nS{ ces forces agissant.sur les individus de toutes lesmces, aous tontes les fonoes de gouversement ^ sotis 'toutes ksteihpératures^ partout elles .[VQduiBen't un mé* lange de JbSeas et de jaiauK ; maia d^ps toutes les ctrcônstancqs^ elles n'égissent paa avec une jégale éoergie; elles aontquâlquofiaispamlyséefi par des forces oomr^îrfis.

Si y pour ifur donnet* plus d'énergie) u» gouf vemement vient y ajouter ses propres foi*ces , U produira sans doute un aeecoîesement de biena et de inaux ; mais il n'est pas me. que k somme

456 TBAITÉ D« UGISI.A'riOil*

des {Nrendors excède œUe des deniters. La soini^ de ceux-là pourra n'être qae de deux^ tandis qne la somoie de cemMïisera de dix; il y aura alors une perte de huit^ quoiq[ae le lésoltat généraT de toutes ks forces soit avantageux. Si le gouvernement clnnois, par exemple^ établissait des peines pour empêcher l'exposition des eoÊins et réprimer Tinfenticide, on peut mettre en doute^ sans le calomnier, si la somme de bien q[u'il produirait, ne serait pas excédée par la sopune de mal qui serait une conséquence inévitable de ses mesures.

J'aurais pu appliquera d'autres lois où même à des institutions politiques, ks d^iservations que j'ai £ûtes sur k loi qui détermine les parens à prendre soin de leurs enËsms; et, dam beaucoup de cas , les résultats auraient été les mêmes. J'ai choisi de préférence un exemple où l'action de l'autorité publique tend à second» ké forces qui portent le genre humain vers sa conservation; on a vu combien, dans ce cas, est petite l'influence de cette action sur k prospérité des peu-* {des ; c'est un grain de saUe porté sur les bords de k mer pour en resserrer les limites. Le résultat aurait été^bien différ^oit, si j'avais choisi un exemple oùles forces de l'autorité t^[ident à seconder les mauvaises inclinations^ et se trouvent en oppositibii avec ksifbrices; qui portent le genre humain; vers- sa^proepérité: On* aurait vu alors que les gouvàmemaas ,* si faibks- quand ils veulent £»re le bien , possèdent quelquefois une

LIYAB II, GHAPITAB Xin. 4^7

influence immense pour £ûre le mal; d'où, l'on pourrait tirer la conséquence que moins ils se font sentir^ plus les peuples prospèrent.

458 TAAlTÉ Bt lÉGISLATICni*

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