‹ Traite de legislation, ou Exposition des lois generalesChapitre 60 sur 69 · LIVRE ^I, GHAPITAB XIV · texte numérisé non relu

LIVRE ^I, GHAPITAB XIV

niillîèine çsgrtie de richesses qui se conservent par la seule force des mœurs ou des intérêts personnels. Le bien est donc infiniment petit ; il est^ de plus^ incertain et en quelque sorte inappréciable; enfin ^ il ne se présente que dans l'éloi-. gnement, puisqu'il n'est pas ressenti par ceux auxquels l'action du gouvernement est inutile^ et que ceux sur lesquels cette action s'exerce^ n'en éprouvent que des privations .

Lesmaux^ au contraire^ se répandent sur la société tout entière^ et ils sont très-graves^ puisque personne ne peut plus être en sûreté chez lui) et échapper à l'arbitraire des magistrats. Ils consistent dans les inquiétudes inspirées à tous les citoyens; dans la nécessité d'exposer l'état de leur fortune pour justifier leurs dépenses; dans les poursuites injustes auxquelles peuvent donner lieu les erreurs^ les préventions, la malveillance, la cupidité des magistrats et de leurs agens; dans les poursuites et dans les peines qui sont appliquées aux accusés, toutes les fois qu'ils ont en* fireint les défenses de l'autorité ; daiis la création de magistratures nouvelles, et dans les peines et les dépenses qui en sont la suite ; enfin, dans la tendance donnée à une partie de la population vers les jouissances secrètes.

Ainsi, les maux excèdent les biens dans une proportion immense, par le nombre des personnes qu'ils atteignent, par l'intensité, parla certitude, par la proximité, et même parla durée,

puisqu'ils agissent d'une manière constante, et I. 5o

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que quelque»-uii« peuvent $e feurc sen^ encore, quand la cause qui lésa produits a cesse d'exister. Ces réglemens ou ces lois ont donc été proscrits comme vicieux , et ils l'ont été par la raison que k somme de mal qu'ils produisaient excédait la somme de bien qtii pouvait en être la suite.

En cherchant à distinguer^ parmi les effets d'une loi , ceux qui doivent être s^ttribués à la seule force des mœurs, et ceux qui appartiennent à Faction du gouvernement, j'ai pris à dessein deux exemples où ces forces et cette action tendent vers le même but : la conservation et la prospérité des nations. J'ai été déterminé dans ce choit par deux motifs : le premier de n'avoir pas h m'occuper de l'intention des gouvememens; le second de faire voir que leur action peut quelquefois être funeste, même lorsqu'elle tend à seconder les penchans les plus utiles au genre humain. Cela fera comprendre l'étendue du mal qu'elle peut causer, lortqu'elle tend à renforcer des inclinations vicieuses j cela fera voir aussi qu'il est des maux que les gouvememens doivent savoir tolérer , s'ils ne veulent pas en causer de plus graves. Un gouvernement qui voudrait extirper par la force tous les maux, ne serait guère moins oppresseur que celui qui ne voudrait souffrir aucun bien (^).

(i) Les gouvernemens se sont tellement (Considérés comme les conservateurs du genre humain y qu'ils ont paru croire qu'il était nécessaire d'employer la force pour obliger les peuples à vivre et à se reproduire : ils ont fait des lois pour

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