LITRE II 9 CHAPITRE X.IV
On voit, par ce qui précède, qu'il est impod- «ible de bien apprécier une loi, gi Fon ne considère pas séparément chacun des élémens de force dont elle se compose,; et si Foii n'examine pas quels sont les e£Eets propre à chacun de ces: élémens ; mais aussi , lorsqu'on Mit ce procédé > on est étonné du peu de bien que Faction directe et immédiate de l'autorité publique produit, comparativement à celui qui résulte des lois inhérentes à la nature humaine. Si l'on soumettait à une pareille épreuve la plupart deslois qui sont l'ouvrage des gouvememens, on isearait surpris de la petitesse des résultats qu'on obtient, à l'aide d'immenses contiibutions, d'une multitude d'offîders publics, d'innombrables armées, et de tout ce qui constitue la f orce matérielle de l'autorité publique ; peut-être arrîvemitf^on à
obliger les homi$^B&*k se Aiarier et è petpétner ainsi leur espèce; ils en ont hît enfinite pour déelarav ique le^ pèm ^t mères nottrrirtdent leurs eâ&tlis, etpoy^ )^s eii^0clier'del^# détruire; ils en ont fait d'autres pour leur enjpindre de. ne pas se ruiner en folles dépenses , et de ne pas s'exposer à mourir dé faim; enfin ^ ils en ont fait, même ^our leur enjoindre de supporter la vie , et de ne pas se laisser mourir volontairement. B ftilkiit que les peuples IhsseBt bien misérables , pnimitie leurs gonvemioBs on- leurs maîtres crdyaiont aypir besoîi) :d'^plof er tiae {9ri:)a.ai;li£c^cslle jpbur l^s.^m* pécher de se détruire eux-mêmes; car je nepense pps ,qu^ les princes ou les ministres par lesquels ces lois étaient faites^ jugeassent tous lès hommes diaprés eux-mêmes; et éprou- Tassent là' tentation de rétfohcèr à (eur Ibudget, dMtrangler leurs enfans et de se pendre ensuite. * t i
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cette GOnséqu^ice^ qu'un peuple déjà civilisé n'a besoin^ pour être heureux, que de ne pas être pillé, et d'être abandonné à lui-même; et qu'il ferait mieux par la §eule force de des mœurs , par l'instinct qui le porte vers sa conservation et sa prospérité, que ne peuvent faire les plus savans politiques, avec leurs systèmes soutenus par leurs armées et par leurs innombrables agens.
Si nous appliquons maintenant à l'action de l'autorité publique ce que nous avons dit dies habitudes privées, et si nous donnons à cette action le nom de loi, il nous sera facile dé voir ce qui distingue une loi vicieuse d'une bonne loi : il sufiira de transporter id les définitions <}ui se trouvent dans le chapitre précédent, et de substituer les mots loi ou institution^ au mot habitude.
Ainsi, une loi vicieuse est celle qui produit un avantage immédiat, mais qui est suivie dé maux considérables quoique éloignés : telle fut la loi qui établit en Angleterre un impôt en &veur de tous les pauvres indistinctement. Une loi est vicieuse, lorsqu'elle produit des maux certains , pour obtenir des avantages douteux et éloignés ; on bien lorsqu'elle sacrifie l'intérêt d'ua nombre considéraUe de personnes À l'intérêt d'un nombre moins grand. Enfin, une loi est vicieuse lorsque, pour obtenir un bien passager, elle produit un mal égal en iqtejisité^ et plus considérable en durée.
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Une loi utile ou avantageuse est ceUe dans laqodle on rencontre des circonstance contrmres: c'est celle^ par exemple^ par lacpielle un peuple ou un gouvernement se soumet à \xa mal actuel pouréviterdes maux plus graves quoic[ueéloîgniés^ ou pour acquérir des avantages plus considérables; c'est celle qui^ au prix de quelques maux individuels^ produit un bien pour la société tout entière; c'est celle^ en un mot^ dont les effets en bien surpassent les effets en mal y en donnant à ces mots le sens le plus étendu .
En feisant l'analyse des ei^ts que produisent les habitudes^ les actions, les institutions humaines, sur nos acuités physiques, morales, intellectuelles ; en.&isant voir quelles sont les causes qui déterminent les peuples dans le jugement qu'ils portent de ces habitudes ou de ces actions, j ai voulu simplement exposer lar manière dont les choses se passent. Si, par exemple, l'économie y la tempérance, la générosité, la probité, la sin-^ cérité, produisent , pour le genre humain, une somme de bien infiniment plus considérable que la somme de mal qui en résulte, et si les peuples honorent ces habitudes, toutes les fois qu'ils en aperçoivent les conséquences, ce n'est point parco qu'il a plu à une autorité quelconque de leur en faire un devoir, c^est parce qu'il n'est pas dans leur nature de foire autrement. De même, si la prodigalité, l'intempérance, la vengeance, la perfidie, l'improbité, produisent pour le genre humain une somme de niaux plus considérable
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qae la somme de biens qui peut en résulter^ et si les peuples qui voient les conséquences de ces habitudes, les flétrissent par des qualifications déshonoranUl^, ce n'est point parce que les moralistes, les philosophes ou les ministres des di* verses religions l'ont ainsi voulu, c'est parce qu'il est dans la nature de l'homme de sentir et de juger de cette manière.
Nous pouvons donc affirmer, avec les stoïciens, que les h<Mnmes les plus vertueux sont ceux qui vivent de la manière la plus conforme aux lois de leur propre nature; et que ceux, au contraire, qui ont le plus de vices, sont ceux qui violent le plus fréquemment des lois, et qui en attirent les peines, soit sur eux-mêmes, soit sur les autres.
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